Amour et estime de soi

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Peut-on rendre un enfant égoïste et orgueilleux en lui disant souvent combien on l’aime et on le trouve merveilleux

On confond parfois estime de soi et narcissisme. L’estime de soi est la conscience réaliste de ses forces et de ses limites dans différents domaines. Le narcissique cultive l’image de l’être sans défaut, qui ne reconnaît pas ses limites et se surévalue. Le parent qui souligne les succès, les progrès de son enfant contribue à développer son sentiment de compétence. Mais il doit aussi nommer les difficultés auxquelles son enfant se bute et l’encourager à les surmonter.

Si on néglige de nommer les forces et les succès et d’encourager les progrès en mettant l’accent sur les difficultés, elles deviennent pour l’enfant des obstacles voire même des échecs. Il se décourage, ne se fait pas confiance puisqu’il n’a pas pris conscience des forces qui lui permettraient de surmonter les obstacles.

De la même façon, si on évite de confronter l’enfant aux défis qui se présentent en voulant le préserver des frustrations, il n’apprend pas à persévérer, à faire face aux difficultés. Sa perception de lui-même n’est teintée que de compliments, d’émerveillements face à ses qualités et il se croit parfait. Il blâme les autres ou la situation pour ses erreurs et n’admet pas ses limites.

Il est donc important pour le parent d’aider l’enfant à avoir une vision juste et réaliste de ce qu’il est, de ce qu’il peut accomplir. C’est en nommant concrètement les gestes positifs de votre enfant : « Bravo, tu as réussi à mettre ta salopette. Je suis fier de toi, tu as aidé ta sœur à ranger ou tu as su attendre ton tour » que l’enfant acquiert le sentiment de sa valeur personnelle.

Lorsque le petit éprouve une difficulté le parent peut le soutenir en lui disant par exemple : « C’est difficile pour toi de pédaler en tricycle. Tu es en train d’apprendre à pousser sur les pédales. Continue tu y arriveras ». En soulignant ses réussites antérieures, le parent aide l’enfant à persévérer « Tu te souviens comment c’était difficile de grimper sur la colline, tu as pleuré puis tu as essayé et réussi ».

Les encouragements, le soutien lors des pleurs ou des colères devant les difficultés permettront à l’enfant de développer une confiance en lui assez forte pour repousser ses limites et affronter les difficultés de la vie.

N’oublions pas que les fondements même de l’estime de soi reposent sur la relation d’attachement. Dites je t’aime encore encore. Vous fournirez ainsi à votre enfant les vitamines affectives de l’estime de soi. Dites lui pourquoi vous l’aimez, pour son sourire, son petit nez rebondi, son rire en cascades, ses câlins chauds, ses petites blagues, ses gestes généreux, ses efforts pour devenir grand. Il y a tant de raisons de dire « je t’aime ».

Un outil pour cultiver l’estime de soi

Le CLSC Saint-Hubert et le CPE Les Petits Semeurs ont créé et publié un document intitulé Cultivons l’estime de soi en petite enfance. Cet ouvrage qui présente un heureux mélange de réflexions, d’approches et d’activités éducatives a d’ailleurs été primé lors du Concours Excellence 2004 du Regroupement des Centres de la petite enfance de la Montérégie. C’est un outil rassembleur qui interpelle autant les parents, que les intervenants communautaires et que les éducatrices en milieu de garde.

Le recueil s’appuie sur des fondements théoriques solides et s’inspire des ouvrages de Robert W. Reasonner et Danielle Laporte. Le thème du jardinage décrit d’une façon créative le rôle de tuteur des adultes qui favorisent l’épanouissement des petites fleurs-enfants à l’aide de diverses semences de l’estime de soi. Le concept de l’estime de soi et ses composantes soit le sentiment de sécurité, de l’identité, d’appartenance et de détermination et de compétences sont abordés. On y retrouve des fiches théoriques, une fiche de réflexion personnelle intitulée «À toi de toi», une fiche énumérant des attitudes éducatives «Jardin d’idées», une fiche «Jardin d’activités» et enfin le volet «Outils pour cultiver l’estime de soi» qui offre aux lecteurs des moyens pour favoriser l’estime de soi.

Au-delà, des cahiers de recettes, cet ouvrage met avant tout l’accent sur l’importance de la relation adulte-enfant. Les auteurs priorisent le savoir-être, les attitudes éducatives qui sont des semences essentielles à la culture de l’estime de soi. De plus, les outils et les activités sont présentés sous forme de tableaux distincts pour les groupes d’âge 0 à 18 mois, 18 à 30 mois, 30 à 42 mois et 42 à 56 mois. En annexe, un journal de bord et des grilles d’observation du comportement de l’enfant sont proposés afin de favoriser le travail de partenariat entre les parents et les intervenants en milieu de garde.

Voici quelques idées d’activités tirées de ce recueil. Ces extraits témoignent un peu mais si peu de toute la richesse de cet ouvrage qui saura alimenter non seulement la confiance de nos tout-petits mais aussi l’estime de soi des adultes. En implantant des programmes de développement de l’estime de soi en petite enfance nous stimulons la présence des facteurs de protection qui permettent à tout être humain de faire face aux difficultés de la vie. Nous devenons des tuteurs de résilience, quel bel héritage à léguer à nos enfants!

0-18 mois: À la découverte de mon environnement (sentiment de détermination)
L’adulte qui accompagne le poupon dans ses découvertes rendra son environnement attrayant et stimulant en mettant des objets adaptés à ses capacités et à sa portée. La détermination est travaillée dans la mesure où on augmente légèrement le degré de difficulté en regard des capacités actuelles du poupon.

Déposer un petit objet de couleur vive devant le nourrisson qui se trouve à plat ventre au sol. Lorsqu’il lève la tête et semble intéressé à celui-ci, l’adulte manifeste les encouragements visant à maintenir l’intérêt qui mènera possiblement à une action de sa part sur cet objet. Lorsqu’il devient habile à atteindre l’objet, l’adulte veillera à augmenter graduellement le défi, soit en déplaçant l’objet de gauche à droite ou encore en l’éloignant.Un_outil_pour_cultiver_son_estime_de_soi

18-36 mois: Ce que j’aime en toi (Sentiment d’identité)
Demandez aux enfants de se placer en cercle causerie. L’éducatrice débute en disant à un enfant: «Ce que j’aime de toi, c’est …» et elle mentionne une caractéristique physique de l’enfant (exemple: tes yeux bleus). Faire de même pour chaque enfant.

Variante: Lorsque l’éducatrice dit à un enfant ce que j’aime de toi et nomme une caractéristique, elle peut placer un miroir devant l’enfant afin qu’il puisse regarder ce que l’éducatrice vient de nommer.

42-56 mois: La famille Dino (Sentiment d’appartenance, sécurité)
Présentez aux enfants des œufs de différentes formes. Par la suite, l’éducatrice explique qu’elle a reçu un message secret dans lequel il est mentionné qu’une maman dinosaure a perdu ses œufs et demande aux enfants de les retrouver afin de les protéger du danger. Lorsque tous les œufs sont trouvés, l’éducatrice distribue un œuf à chaque enfant. Plus tard, elle les rassemble dans un panier. Puis, chaque enfant se voit attribué une responsabilité pour prendre soin des œufs jusqu’à l’éclosion (les placer au soleil, leur parler, leur faire écouter de la musique, etc.). À la fin de la semaine, l’éducatrice devra ouvrir chaque œuf et y déposer une petite figurine dinosaure. Avec surprise, les enfants découvriront leur bébé dinosaure. Conclure l’activité en rassemblant toute la famille Dino dans son panier y incluant le papa.

Cultivons l’estime de soi en petite enfance, Francine Audet, Julie Arguin, Lise Cyr, Hélène Gagnon, Mélanie Moreau, 2004, 166 pages, 25$ Distribué par le CSSS Champlain

Comment réagir au mensonge enfantin?

Sylvie Bourcier, consultante en petite enfance

Octobre 2014

www.aveclenfant.com

D’abord, ne pas dramatiser

Avant l’âge dit « de raison », 7-8 ans l’enfant confond la réalité et ses désirs, l’imaginaire et la réalité. Il est normal qu’il altère la réalité selon ses désirs. On parle davantage d’affabulations que de vrais mensonges qui sont dits dans le but conscient de tromper l’autre. Il faut d’abord écouter pour comprendre ce qui se cache derrière la fable puis exprimer votre doute ou ce que vous ressentez face à la situation. « Je suis déçue de … et je pense pas que ce soit le chat qui … ».

L’enfant peut trafiquer la vérité pour préserver une bonne image de lui. Il exagère un exploit pour impressionner ou invente une histoire dans laquelle il a réussi lorsqu’il est confronté à une difficulté. L’adulte doit donc au quotidien souligner les petites réussites et exprimer sa confiance envers l’enfant. « Je sais que tu travailles fort, tu vas réussir … » « Tu aimerais être fort comme papa. En grandissant, tu deviendras toi aussi un homme. » …

Attention aux punitions

L’enfant qui sait que tel ou tel comportement entraînera une punition peut nier afin d’éviter de se faire gronder. Il n’a pas l’intention de tromper, ni de blesser l’autre. Il ne pense qu’à lui. L’attitude de l’adulte est déterminante. S’il se fâche, blâme l’enfant ou le traite de maladroit, il encourage le petit à réutiliser ce réflexe à l’avenir.

L’humour et l’imagination demeurent des atouts de taille pour régler la situation. Nadine, toute barbouillée de chocolat tente de convaincre sa mère qu’elle n’a pas manger de biscuit. « J’ai rien mangé maman ». « Ce rien devait goûter le chocolat, regarde ta bouche » réplique la mère.

Il est aussi important d’aider le petit Pinocchio à prendre conscience des conséquences de sa bévue et de la réparer lorsque c’est possible. « Je n’ai pas brisé la construction en legos d’Émile. C’est Gros Gorille qui a lancé le ballon dessus. » On fait remarque qu’Emile est fâché, déçu et qu’il doit avec son ami Gros Gorille ramasser et rendre les blocs. Il aura à refaire la tour si Émile le souhaite.

Sanctionner l’enfant de façon excessive, le traiter de menteur ne ferait qu’aggraver la situation. Féliciter le courage de celui qui dit la vérité et lui dire que reconnaître que l’on a fait une bêtise est la meilleure façon d’éviter de la recommencer.

Trafiquer la vérité est aussi pour l’enfant une occasion d’expérimenter son lien avec l’adulte. Vers 4-5 ans, l’enfant prend conscience qu’il a ses propres pensées si elles sont connues de ses parents.

Il fait l’exploration des conséquences de son mensonge. Mes parents seront-ils incrédules ? Me trouveront-ils rigolo ? Se fâcheront-ils ? La fantaisie du petit se heurte alors à la réalité des conséquences. Peu importe la gravité du mensonge, selon le sens moral de l’adulte, la réaction des adultes ne doit en aucun cas fragiliser ce qui est le plus important pour l’enfant, son lien d’amour avec ses parents. C’est pourquoi pardonner, oublier, laisser-aller sans confronter sont de mise avec le petit en plein apprentissage de la réalité et du sens moral.

Pour en savoir plus :

Les vérités de Pinocchio dans Comprendre et guider le jeune enfant à la maison, à la garderie. Sylvie Bourcier, Éditions CHU Sainte-Justine, 2004, p. 44 à 50.

Dolloz, Danielle (2006) Le mensonge. Éditions Bayard.

Les peurs

Jean-Christophe 3½ ans vit la période de l’halloween avec angoisse. Il craint la présence de fantômes dans sa chambre, crie et ne veut pas se coucher. Il dit qu’il ne veut pas voir la sorcière Sucrerie qui viendra visiter les enfants à la garderie. Pourtant, l’année dernière il s’est tant amusé à l’halloween. Doit-on s’inquiéter de ces peurs?

Le tableau chronologique des peurs chez l’enfant de Mallet et Pelsser inclut les peurs de monstres et de fantômes dans la panoplie des craintes de l’enfant de 4 ans. On y retrouve aussi ogres, sorcières et petits animaux tels que la souris, l’araignée, les insectes. Quant à l’enfant de 3 ans, il a peur des gros animaux (loups, chiens, serpents) et craint d’être pourchassé, dévoré, mordu. Le grand de cinq ans manifeste des peurs face à certaines situations, par exemple: peur du vide, du dentiste, des accidents.

Nous connaissons tous les peurs des tout-petits, celle des étrangers entre 8 et 12 mois, peur de l’abandon, peur des bruits, de la nouveauté, peur de l’obscurité. Le trottineur de 2 ans tremble à l’idée d’être seul dans le noir. La majorité des peurs sont apprises et peuvent disparaître d’elles-même. L’enfant observe les réactions de peur de son parent et imite ses cris lorsqu’il y a du tonnerre et des éclairs ou lorsqu’une araignée se balance dans la baignoire.

Jean-Christophe comme tous les enfants de 3 à 6 ans a une vive imagination. Il ne fait pas la distinction entre la réalité et la fiction. C’est pourquoi, il peut avoir peur d’événements ou de personnages imaginaires. Pour lui, fantômes, sorcières et monstres existent et mettent en danger sa sécurité, son intégrité corporelle. Son imagination l’envahit et peut provoquer de l’angoisse. Les scénarios terribles qu’il imagine le terrifient, le font pleurer ou crier.

Voici quelques conseils pour aider les enfants à affronter et à surmonter leurs peurs:

  1. Adoptez une attitude calme et affectueuse et vous réussirez ainsi à le rassurer.
  2. Prenez au sérieux les peurs et parlez-en. Nommez la peur. L’enfant se sentira compris et apprendra à dire ce qu’il ressent. Ridiculiser ou minimiser la crainte envoie à l’enfant un message qui contredit ce qu’il ressent. Toute émotion est légitime et doit être accueillie.
  3. Initiez l’enfant à exprimer ses peurs en les racontant, en les dessinant, en bricolant au travers le jeu imaginaire où il devient lui-même le loup qui pourchasse.
  4. Parlez des peurs, les vôtres, celles illustrées dans les contes ou dans les peintures.
  5. Apprenez à l’enfant des stratégies pour surmonter ses peurs. Il peut respirer profondément, tenir la main d’un adulte ou aller chercher son toutou.
  6. Félicitez-le lorsqu’il exprime ce qu’il ressent.
  7. Préparez-le à affronter les situations nouvelles en annonçant le déroulement de ce qu’il verra ou vivra (visite chez le dentiste ou chez une vieille tante très malade et handicapée, par exemple).
  8. Faites des jeux symboliques avec l’enfant. Il devient fort et puissant lorsqu’il revêt le costume de tigre mais il doit faire semblant de griffer ou de mordre. L’imaginaire colore la réalité dans le contrôle du geste.

Les goûts et caprices alimentaires des tout-petits

Je suis responsable en milieu familial la période de dîner est devenue un moment de tension et de réprimandes. Je leur demande de rester assis et de tout manger. Suis-je trop exigeante ?

Le petit fouineur de 18 mois

Le petit trottineur fouine, explore, s’active à découvrir son environnement fort de son habilité à marcher. Il est beaucoup plus intéressé à se lever pour constater ce qui se passe autour de lui que de demeurer assis à déguster ce que l’adulte lui propose. L’adulte s’inquiète de la quantité de nourriture ingérée par le fouineur. Il faut faire confiance à l’enfant et lui offrir des aliments dotés d’une grande richesse nutritionnelle sans exercer de pression ou faire de chantage. Il a tendance à imiter ses petits amis. Il est donc astucieux de placer un petit mangeur près d’un bon mangeur. Cette stratégie agit comme un incitatif et préserve le caractère agréable du moment du repas.

Le décideur de 2 ans

Il veut tout décider même le menu des repas. Il change d’idées rapidement, se montre autoritaire et très capricieux. Il réclame le même aliment jour après jour, il adore les rituels qui le sécurisent. Il peut même perdre l’appétit si on change le décor, les rites. Voici les attitudes éducatives à adopter auprès du petit décideur:

  1. Évitez le chantage ou les menaces. Des recherches ont démontré que menacer l’enfant d’enlever le dessert pour qu’il mange, diminue peu à peu l’envie de manger.
  2. La période du repas ne doit pas être un moment de disputes et de batailles. On offre une variété d’aliments à l’enfant et on invite l’enfant à y goûter. Après quelques minutes, si rien ne se produit on ne dispute pas. On félicitera les enfants qui goûtent. La collation nourrissante en après-midi saura combler les besoins nutritionnels de l’enfant.
  3. Organisez la période du repas avec des rituels sécurisants: même place à table, mêmes couverts, heures fixes, napperons personnalisés.
  4. Installez une atmosphère détendue: musique douce, causerie, temps nécessaire.
  5. Redonnez les aliments aimés par les enfants si les aliments les nourrissent bien.
  6. Évitez de forcer l’enfant de finir l’assiette, offrez de petites quantités.

Le sociable de 3-4 ans

Heureusement, la période des caprices et des crises est transitoire. À 3-4 ans, l’enfant refuse encore certains aliments mais ses préférences sont moins marquées. Il aime la nouveauté, les jours de fête, les mises en scènes fantastiques où l’imaginaire lui fait oublier son manque de goût pour certains légumes. Il est de plus en plus autonome, manipule la fourchette et prend moins de temps à manger. Il tente de négocier les portions. Les mots-clés pour garantir des échanges constructifs et une atmosphère détendue: participation, imagination et nouveautés. Voici quelques attitudes susceptibles de favoriser la bonne alimentation chez le petit sociable:

  1. Faites participer l’enfant: laver la table, mettre les couverts.
  2. Faites des activités culinaires.
  3. Profiter de cette période où le goût de la nouveauté est présent pour introduire de nouveaux aliments.
  4. Proposez des aliments variés mais simples. Évitez les ragoûts, les repas en sauce ou en casserole qui peuvent être visuellement moins attirants.

Et bon appétit dans le plaisir!

Mensonge ou vérité déguisée : pourquoi l’enfant trafique-t-il la vérité ?

Mon enfant de 4 ans raconte des histoires invraisemblables. Je me demande pourquoi il dit ces mensonges et quoi faire pour lui apprendre à dire la vérité.

Le petit trafique la vérité, il invente. Il est en train d’apprendre la distinction entre le réel et le faux. Ce n’est qu’avec la pensée opératoire concrète vers 7 ans qu’il sera capable de reconnaître la fantaisie, la fiction et de la distinguer de la réalité. L’enfant raconte des histoires invraisemblables pour jouer avec les mots, pour attirer l’attention, pour cultiver une image positive (pensons aux prises extraordinaires des pêcheurs …) ou pour éviter d’être puni. Il faut éviter de porter un jugement moral sévère envers le petit. L’adulte doit décoder la vérité derrière le mensonge. Lorsqu’il dit à son ami qu’il possède lui aussi un chien alors qu’il n’en est rien, l’adulte répond: tu voudrais bien avoir un chien. Lorsqu’il prétend être tel ou tel personnage fort, tout-puissant, l’adulte peut utiliser la théâtralité, «tu joues à être …et moi je joue à être … aide-moi mon héros». On évite de ridiculiser l’imaginaire de l’enfant qui évolue à travers les jeux symboliques. Le parent qui félicite le courage de celui qui avoue son mensonge encourage son enfant à dire la vérité. L’enfant aura à réparer son geste. L’enfant embellit ses exploits ou prétend avoir réussi ou fait quelque chose avec laquelle il est moins habile, il parle de son besoin d’être encouragé et reconnu dans ses forces.

Comme parent délivrons des paroles justes, ayons le courage de la vérité, nous enseignons ainsi à nos enfants l’authenticité.
( texte les vérités de Pinocchio, Magazine Enfants Québec)

Le collé-collé de Chloé

Chloé 4 ans fréquente mon milieu de garde depuis plus de quatre mois. Elle me suit constamment, s’assoit sur moi dès que je m’arrête, me prend la main. Elle me répète qu’elle m’aime, qu’elle me trouve belle. Cet amour envahissant m’épuise et m’inquiète. En effet, elle ne prend pas contact avec les autres enfants. Elle tolère leur présence mais ne joue pas avec eux. Que puis-je faire ? Elle a pourtant des parents très affectueux et présents.

Trois objectifs d’intervention s’imposent : développer un sentiment de sécurité, faire une mise à distance progressive et enfin stimuler la création de liens avec les pairs.

1. Développer un sentiment de sécurité

  • Assurez-vous que les parents se sentent en confiance avec les services de garde offerts à leur enfant. Ont-ils des inquiétudes ? Les parents peuvent aussi exprimer à leur enfant la confiance qu’ils ont face à l’éducatrice « Je sais que tu vas bien t’amuser avec Julie et qu’elle saura bien prendre soin de toi ».
  • Sécurisez l’enfant lors des transitions, des déplacements et des remplacements de personnel à la garderie.
  • Parlez du sentiment d’amour qui existe au-delà du contact physique étroit. L’amour continue malgré les distances. On peut demander à l’enfant de nous dire quelles sont les personnes qu’il aime. On inscrit le nom sur un petit cœur découpé. Tous les petits cœurs sont par la suite collés sur un grand cœur qui représente le cœur de l’enfant. On lui fait remarquer qu’elle continue d’aimer maman, papa, frérot même s’ils ne sont pas à côté d’elle. On lui fait aussi remarquer qu’il y a beaucoup de places dans un cœur pour aimer beaucoup de gens. Ainsi, l’éducatrice aime les membres de sa famille, ses amies et tous les enfants de son groupe. Elle pense à eux même la fin de semaine à l’extérieur du CPE. L’amour est « élastique » et les sentiments continuent d’exister même à distance.

2. Mise à distance progressive

  • Évitez de repousser l’enfant. Vous pouvez l’inviter à s’asseoir à côté de vous plutôt que sur vous ou encore l’inviter à jouer avec vous auprès des autres enfants. Une mise à distance brusque provoquera de l’insécurité et l’enfant manifestera son besoin de rapprochement encore plus intensément.
  • Invitez l’enfant à accomplir une petite tâche, un jeu, soutenez-le puis retirez vous quelques minutes. Par exemple : « fais une tour de 3 blocs avec moi » puis « fais une autre tour de 5 blocs et je reviens te voir ». Augmentez progressivement le délai du retour à l’enfant.
  • Soutenez l’enfant en maintenant le lien à distance par un sourire, un baiser soufflé, un clin d’œil ou autre marque d’affection. Faites remarquer à l’enfant votre façon d’entretenir la relation.
  • N’oubliez pas il faut s’attacher pour devenir capable de se détacher. La complicité que vous établissez avec l’enfant deviendra une source de sécurité intérieure et lui donnera l’élan pour aller vers les autres.

3. Intégration au groupe d’enfants

  • Jouez en parallèle avec l’enfant en soulignant votre intérêt pour son choix de jeu. Imitez l’enfant dans sa façon de jouer. Vous lui indiquez ainsi que vous trouvez intéressant ce qu’il fait. Valorisez-le.
  • Lorsqu’un autre enfant se joint à vous, nommez de nouveau votre intérêt pour l’enfant et son jeu. Vous projetez ainsi au pair une image positive de l’enfant isolé. Faites remarquer à l’enfant isolé l’intérêt de l’autre enfant pour son jeu.
  • Agissez en tant qu’agent de liaison « Regarde Chloé, Julien aussi veut dessiner comme toi. Vous êtes capable d’échanger vos crayons de couleur ». Lorsque vous observez qu’un lien s’établit entre les deux enfants, retirez vous. Revenez au bout de quelques minutes de jeu et soulignez votre joie de constater qu’ils jouent bien ensemble.
  • Soutenez l’enfant dans la prise de contact avec les petits groupes de pairs. « Chloé, tu veux jouer avec Julien et Alice. Viens on va leur demander ensemble. »

Les enfants ont besoin de soutien et d’encouragement pour développer leur autonomie affective et parvenir à s’intégrer à un groupe d’enfants.

Chaque enfant se construit à son propre rythme et le temps nécessaire à l’apprivoisement d’un nouveau contexte social varie de l’un à l’autre. Faites comme le petit prince qui sut prendre le temps pour apprivoiser le renard et ainsi ensoleiller sa vie.

Laissez-lui sa doudou!

Margaux 15 mois fréquente mon milieu de garde familial depuis 2 mois. Elle arrive le matin avec sa « fonfonnette », une poupée en tissu dans ses bras. Elle ne veut pas la quitter. J’ai essayé de la lui enlever, ce qui a provoqué un drame. Je veux savoir comment faire pour inciter la petite à délaisser sa « fonfonnette »

Fonfonnette est l’objet fidèle de Margaux, celui qui représente son lien avec sa maman et sa maison. Donald W. Winnicott parle d’objet transitionnel. Certains enfants choisissent une peluche, une couverture, un chandail ou un foulard appartenant à la mère. D’autres enfants préfèrent la poupée ou même une couche de coton. Les petits l’appellent souvent la doudou ou la dodo. C’est un objet doux aux odeurs familières, parfum de maman, odeur du lit, odeur de la maison.

Cet objet sert de transition entre le connu et l’inconnu, entre le monde intime de la maison de l’enfant et le monde extérieur du service de garde. Il a un effet apaisant et magique. Il aide l’enfant à se consoler des chagrins, à faire face aux nouveautés. Il rassure dans les moments d’attente ou d’incertitude lorsque l’enfant se sent seul et loin de sa mère. Il est indispensable lorsque l’enfant souffre des absences ou perçoit une menace de séparation d’avec sa mère.

D’ailleurs, c’est à 8-9 mois que le bébé commence à traîner et à demander sa doudou puisque c’est à cet âge qu’il vit les premières difficultés à se séparer. Il abandonnera progressivement sa doudou en l’oubliant dans son lit ou dans l’auto et en s’intéressant de plus en plus aux autres enfants. Mais c’est l’enfant qui sait à quel moment les adieux auront lieu. Entre 3 et 5 ans, l’objet perd peu à peu de l’attrait au bénéfice des amis. Il servira seulement à l’endormissement.

Votre petite Margaux a besoin de sa fonfonnette pour s’adapter au nouvel environnement, pour se sécuriser. L’accueil, les périodes de transition et de sieste sont des moments qui génèrent des sentiments d’insécurité. L’enfant doit donc pouvoir accéder à sa bouée de sécurité : sa doudou.

Quant aux autres périodes de la journée, on peut suggérer à Margaux de déposer « fonfonnette » sur la tablette, sur la chaise près d’elle. L’enfant a un accès visuel à sa poupée douce et sait qu’elle pourra la retrouver après le dîner, par exemple, ou après la sortie dans la cour. Vous devez préparer l’enfant aux changements, aux transitions afin qu’elle puisse progressivement anticiper les moments de vie à la garderie.
Créez un lien chaleureux avec l’enfant, une belle complicité; elle sentira qu’en l’absence de sa maman, son éducatrice est là pour elle. Ce sentiment de sécurité est un préalable au passage de la doudou aux amis. Ne vous inquiétez pas, un jour Margaux dira d’elle-même « dodo la doudou » et ira placer sa fonfonnette dans un coin pour aller s’amuser avec ses amis.

Il s’habille en princesse !

Mon fils de quatre ans se déguise en princesse. Je le vois parfois affublé d’une robe rose trimbalant un sac à main. Il s’amuse à la dînette avec les filles. Ces attitudes exaspèrent son père qui se demande pourquoi son fils se travestit. Devons-nous nous inquiéter de ces jeux de filles?

En jouant à la dînette, à la coiffure ou au pompier, le petit garçon explore les deux mondes, celui de son sexe et celui du sexe opposé. On peut parfois observer chez les filles le même phénomène. Ainsi, la fillette qui tente d’uriner debout expérimente la différence.

Le processus de construction de l’identité se fait progressivement. Les petits prennent conscience de la différence des sexes vers l’âge de 20 mois. L’enfant s’identifie d’abord à la personne la plus proche de lui; souvent la mère. Le petit garçon et la petite fille diront tous les deux qu’ils veulent devenir une maman plus tard ou encore qu’ils portent un bébé dans leur ventre. Le garçon a donc à repousser cette identité féminine pour édifier son identité masculine. On retrouve d’ailleurs quatre fois plus de travestisme infantile dans les jeux de garçons que dans ceux des filles.

Certains se déguisent en princesse ou en fée et veulent se maquiller comme maman. Il faut accepter les jeux. Peu à peu, le garçon comprend qu’il s’agit de jeux de «faire-semblant». «Tu t’amuses à te déguiser. C’est amusant de faire semblant d’être une fée, une sorcière ou un docteur. On sait tous les deux que ce n’est pas pour vrai.» En réagissant hostilement, le parent apporte une attention particulière. L’enfant peut poursuivre son voyage dans le monde des filles pour susciter l’attention, pour faire réagir, pour s’opposer.

Si, par contre, la confusion sexuelle perdure, que le garçon paraît malheureux de son sexe, dit souhaiter être une fille, nie être un garçon, ne développe pas les intérêts en lien avec son propre sexe et démontre un inconfort à un tel point qu’il veut être débarrassé de son pénis ou le cache, il est conseillé de consulter un spécialiste.

Bye, bye la suce!

Je suis éducatrice d’un groupe d’enfants âgés de 2 et 3 ans. Certains ont encore une suce vissée à leur bouche. Comment faire pour qu’ils se débarrassent de cette habitude?

Dès le 6e mois de grossesse, l’enfant tète dans le ventre de sa mère. Pour le bébé, téter est un besoin physiologique, un réflexe instinctif. D’ailleurs, certains adultes ont eux-mêmes recours à des compensations orales, cigarettes, verres, grignotages pour canaliser leurs tensions. Pour le petit, téter la suce libère le trop-plein de tensions accumulées durant la journée.

La suce calme, console et ramène l’enfant à la tétée chaude et rassurante offerte par maman. D’ailleurs, il y a des moments générateurs de stress où la suce abandonnée par le grand redevient l’amie indispensable: l’arrivée d’un bébé dans la famille, un déménagement, la fatigue, la maladie ou l’intégration d’un milieu de garde, par exemple.

C’est nous, parents, qui avons glissé cet objet en bouche pour faire du bien au bébé, pour l’apaiser. Puis, nous voulons le lui retirer à un moment que nous jugeons pratique. Le sevrage répressif a des répercussions psychologiques. La séparation de cet objet de plaisir doit se faire au rythme de l’enfant. Lorsque l’enfant de 3 ans se passionne à un jeu, y met toute son énergie et sa dextérité, il abandonne peu à peu la suce pour s’investir totalement dans le monde extérieur. Dans la mesure où il se sent en sécurité dans l’exploration et soutenu dans ses découvertes, la suce sera délaissée naturellement. La plupart des enfants passent de la suce à l’objet transitionnel aisément. Le toutou ou la doudou devient l’ami rassurant dans les moments d’insécurité. Peu à peu, le champ d’utilisation de la suce se rétrécira de lui-même. Finie la suce dehors, le sable et les saletés la privent de son petit goût, puis finie la suce dans les jeux intérieurs. Enfin, ce sera le nounours qui héritera de la suce à la sieste.

Les critiques du genre «tu es un bébé» ou «ton cousin lui n’a plus sa suce» nuisent au sevrage puisque le message insécurise l’enfant. Il est difficile pour certains enfants de se séparer de leur suce et encore plus si cette séparation est imposée par l’éducatrice. Ces passages vers l’autonomie se font mieux guidés par les parents. Ils félicitent leur enfant lorsqu’il se montre capable de laisser la sucette à la maison ou encore lorsqu’il a réussi à dormir sans sa suce. Loin de moi, l’idée de visser la suce à la bouche de l’enfant dès qu’il pleure ou qu’il crie. La suce ne remplacera jamais la parole du parent qui console ou encore les câlins qui apaisent. La suce pour avoir le silence empêche l’enfant de babiller, de s’exprimer. On lui coupe systématiquement la possibilité de manifester son malaise. La tétine bouchon joue le même rôle que la télévision gardienne, elle apporte de la tranquillité aux adultes et coupe l’enfant des relations familiales.

Plutôt que d’avoirs recours à la suce systématiquement, il faudrait se faire assez confiance comme parents ou éducatrices pour retrouver comment consoler l’enfant. Si malgré les paroles, les câlins amoureux, le petit reste tendu, la suce peut l’apaiser.

Cependant, le port permanent de la tétine chez l’enfant passif est un indicateur qu’il ne faut pas négliger. L’entourage est-il suffisamment stimulant et aimant? Pourquoi cet enfant ne s’investit-il pas dans les jeux? Il nous exprime un besoin particulier qu’il faut décoder. Ce n’est pas en lui enlevant sa suce que nous répondrons à son besoin, bien au contraire nous le fragiliserons davantage.

Comme éducatrice d’enfants de 2 et 3 ans, soyez sensible aux périodes où l’enfant demande sa suce et cherchez à le sécuriser. Laissez la suce à l’enfant et proposez-lui une activité intéressante dans un contexte sécurisant. Il abandonnera sa suce de lui-même peu à peu et vous serez témoin de scène telle que celle-ci: le petit Étienne qui dépose sa suce doucement au fond de la poubelle en disant «Bye, bye suce».