Prêt pour l’école

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Vous avez passé les cinq dernières années à regarder votre tout-petit grandir. Dans quelques mois, vous devrez l’inscrire à l’école. Cette étape vous fait probablement vivre une multitude d’émotions. Mais votre enfant, lui, est-il prêt pour cette grande aventure?

Les inquiétudes du parent

Que ce soit votre premier ou votre petit dernier, savoir que son enfant fera sous peu son entrée à l’école peut générer bien du stress. Plusieurs parents se posent d’ailleurs les questions suivantes :

  • À quoi m’attendre de la maternelle?
  • Mon enfant a l’âge requis mais est-il vraiment prêt?
  • Et s’il se faisait intimider?
  • Et s’il n’aimait pas l’école?

Ces questions sont tout à fait normales mais elles trahissent déjà votre anxiété de voir votre enfant grandir et devenir peu à peu autonome. Son réseau social ne se limitera plus à la famille ou à vos amis mais il aura maintenant ses propres amis; des amis qu’il aura choisis. Il apprendra plein de choses et vous vous sentirez parfois dépassés. Vous aurez l’impression que votre enfant apprend des choses à un âge plus précoce qu’à votre époque. Vous vous demanderez comment il se sent toute la journée assis à son bureau au lieu de jouer. Vous vous inquiéterez des exigences de son professeur en les qualifiant de « démesurées » car il est encore petit, n’est-ce pas? Lorsqu’on voit son enfant tous les jours et qu’il côtoie depuis longtemps les mêmes éducatrices, nous avons peine à le voir grandir et changer. Il vous suffit de penser aux commentaires d’une personne qui ne voit pas souvent votre enfant. Elle aura noté combien il a grandi, combien il a changé, et vous, tout surpris, vous demanderez comment se fait-il que je m’en sois si peu aperçu? Le professeur de maternelle de votre enfant le verra comme il est au jour où il entre dans sa classe. Il n’aura donc pas le réflexe de le voir petit et fragile mais plutôt comme un enfant curieux, autonome et motivé. Si votre enfant a des défis particuliers, le professeur s’en apercevra assez rapidement et vous pourrez alors convenir ensemble de stratégies pour l’aider.

L’ambivalence de l’enfant

Beaucoup d’enfants sont excités à l’idée de commencer l’école. Ils y pensent parfois depuis un certain temps et voient les enfants jouer dans la cour d’école. Ils ont hâte de faire partie du monde des grands. À cet âge, la curiosité est grande et les amis deviennent de plus en plus importants. En même temps, ils ont parfois eux aussi des appréhensions :

  • Et si je ne me faisais pas d’amis?
  • Et si mon professeur n’était pas gentil?
  • Et si je me perdais dans l’école?
  • Et si je ne comprenais rien à ce qu’on m’explique?

Votre enfant a donc, peut-être, des appréhensions qui ressemblent aux vôtres. Elles sont tout à fait normales. Ne vous laissez pas avoir par un semblant de confiance chez votre enfant. Il se peut qu’il garde ses interrogations pour lui-même; soit pour ne pas vous inquiéter davantage, soit pour prétendre qu’il est grand maintenant. Demandez-lui comment il se sent à l’idée d’aller à l’école et normalisez ses inquiétudes sans les minimiser. S’il ne vous parle de l’école qu’en termes positifs, vous pouvez lui dire que certains enfants, même s’ils ont hâte d’aller à l’école, ressentent aussi du stress à cette idée et que si jamais c’était son cas, il pouvait vous en parler. Cela le mettra en confiance et le temps venu, il s’en souviendra.

Votre enfant est prêt pour l’école

Pour s’assurer que leur enfant soit prêt pour l’école, certains parents achètent des cahiers d’activités qui reprennent des notions qui seront apprises en maternelle. Cela les rassure que leur enfant sera en mesure de réussir son entrée à l’école. Et si « être prêt » signifiait autre chose? Votre enfant aura amplement le temps de se familiariser avec les nouvelles notions qu’il apprendra. Ce dont votre enfant a le plus besoin dans son sac à dos est une bonne dose d’estime de soi, de la confiance en soi et en les adultes, la capacité d’entrer en relation harmonieuse avec d’autres enfants et la curiosité. Donc, sans vraiment vous en apercevoir, vous et le milieu éducatif dans lequel votre enfant a baigné au cours des dernières années avez contribué à le préparer pour son entrée à l’école. Il vous suffit maintenant de l’accompagner et de le soutenir, afin qu’il garde cette estime de lui et cette confiance en le monde qui est si importante. Pour ce qui est de la curiosité, intéressez-vous à ses journées et à ses apprentissages : il aura envie d’en savoir plus pour par le fait même, en partager davantage avec vous.

Je vous souhaite une belle entrée scolaire!

Geneviève Parent M.A.

Sexologue, psychothérapeute et conseillère parentale

Quand nos valeurs divergent

Les valeurs sont des principes moraux qui guident notre façon de réfléchir et d’agir. Elles proviennent de la famille et de la société dans laquelle nous avons évolué, des amis que nous avons côtoyés, de la formation que nous avons étudiée, des emplois que nous avons exercés. Comme les valeurs sont souvent bien ancrées à l’intérieur de nous, il arrive qu’elles provoquent des conflits entre des personnes. Comment alors s’en sortir?

Les valeurs éducatives

La façon d’éduquer des enfants varient d’une famille à l’autre et d’une éducatrice à l’autre. Cependant, elles peuvent se regrouper selon 4 styles d’intervention : le style autoritaire, le style démocratique, le style bienveillant et le style permissif. Dans le style autoritaire, c’est l’obéissance qui est prioritaire. Les valeurs qu’on y retrouve sont principalement la discipline et le respect de l’autorité. Dans le style démocratique, c’est l’intégration de bons comportements et de bonnes attitudes via l’apprentissage qui est mis de l’avant. L’autonomie, le respect de soi et des autres ainsi que la discipline sont les valeurs privilégiées. Dans le style bienveillant, on met de l’avant le développement harmonieux de l’enfant, tant à l’intérieur de lui que dans ses relations interpersonnelles. Pour ce faire, l’adulte s’intéresse aux pensées et aux émotions de l’enfant et lui communique les limites sociales et sécuritaires sous forme d’explications et de discussion. Les valeurs mises de l’avant ici sont l’amour de soi et des autres, la confiance, l’entraide, la communication, le respect et l’autonomie. Finalement, le style permissif favorise le plaisir et le bien-être dans le développement de l’enfant. Il met l’emphase sur l’estime de soi et la confiance en soi chez les enfants, au détriment souvent de la connaissance et du respect des limites. Les valeurs privilégiées sont alors l’épanouissement personnel, le plaisir et le bien-être. De nombreuses études ont démontré les retombées plus positives du style démocratique et du style bienveillant par rapport aux styles autoritaire et permissif.

 

Des rôles compatibles

Le parent et l’éducatrice ont des rôles qui à première vue peuvent sembler différents mais qui se rejoignent. Par exemple, ils ont tous les deux à cœur le développement de l’enfant. Ils ont pour mandat de s’assurer de son bien-être, de son développement optimal et de ses attitudes interpersonnelles. En ce sens, ils devraient être partenaires. Leurs objectifs sont les mêmes mais ce qui cause parfois des conflits, est l’emphase mise sur la façon d’atteindre ces mêmes objectifs. Les valeurs, d’ailleurs, pavent la voie à la manière d’atteindre ces mêmes objectifs. Maintenant conscients que ce qui vous rassemble est plus important que ce qui vous divise, je vous suggère d’identifier, que vous soyez parent ou éducatrice, ce que vous priorisez dans l’éducation de l’enfant. Tâchez de reconnaître le style qui vous ressemble le plus et les valeurs qu’il sous-tend. Il est alors possible de prendre rendez-vous avec l’autre parti pour discuter de ce qui vous rejoint et des différences que vous avez. Il n’est pas facile d’avoir un échange de qualité dans le cadre de la porte alors qu’il y a des enfants et des parents autour. Insistez davantage sur ce que vous avez en commun et tentez de trouver un accord sur ce qui vous distingue.

Des rôles différents

Malgré tout, il n’en demeure pas moins que vos rôles sont aussi différents. Le parent a le dernier mot sur l’éducation qu’il souhaite donner à son enfant à la maison, en autant que le développement de son enfant ne soit pas compromis au sens de la loi (Loi de la Protection de la Jeunesse, LPJ). Par contre, dans le milieu de garde, c’est davantage l’éducatrice qui, en fonction de sa formation et de son expérience de travail, privilégie certaines lignes directrices d’intervention auprès de l’enfant. Les connaissances de chacun sont aussi différentes. Le parent connaît son enfant depuis son moment de conception. Il connaît son évolution, les difficultés qu’il a rencontrées, les personnes qui l’ont côtoyé, sa personnalité, ses forces et ses défis. L’éducatrice connaît l’enfant depuis moins longtemps et ne possède souvent pas les informations permettant de se faire un portrait global de l’enfant. Par contre, au quotidien, elle passe davantage de temps avec l’enfant que ses parents et elle le voit évoluer dans un milieu de socialisation. Cela lui permet d’avoir un point de vue différent sur l’enfant.

En conclusion, pour que tout se passe bien, il est essentiel de vous situer en tant que parent ou éducatrice quant à vos valeurs éducatives et le style d’intervention qui y correspond. Échangez dans un moment qui vous est dédié sur vos attentes respectives quant à l’enfant et quant à l’autre parti (le parent ou l’éducatrice). Gardez en tête que vous êtes une équipe pour le mieux-être de l’enfant. Soyez également respectueux des champs de compétences de chacun et partagez entre vous l’information. Si vous y mettez chacun du vôtre, c’est l’enfant qui, en bout de piste, s’en retrouvera gagnant!

 

Geneviève Parent M.A.

Sexologue, psychothérapeute et conseillère parentale

Le parent fuyant

« Le parent fuyant »

Un des cinq principes directeurs du programme éducatif des services de garde du Québec spécifie : « … la collaboration entre le parent et le personnel éducateur est essentielle au développement harmonieux de l’enfant » [1]. Que comprendre, que faire lorsqu’une éducatrice veut rencontrer un parent afin d’y aborder une préoccupation à propos de l’enfant et que le parent est fuyant?

« Collaborer signifie un travail commun, une association avec quelqu’un dans un même but. Ainsi, le travail commun des parents et des éducatrices sera de soutenir le développement des enfants. Cela nécessite d’échanger, ce qui n’est pas facile car chacun a ses valeurs, ses perceptions, son langage, ses croyances et aussi, ses peurs d’être jugé » [2].  Dans un premier temps, il faut donc mettre en place des conditions favorisant les échanges, le partage de perceptions et de connaissances de l’enfant dans ses différents milieux de vie.  Pour se faire, le parent se sent-il considéré et accueilli pour ce qu’il est en tant que parent avec ses valeurs et ses références culturelles ? Avec ses inquiétudes, ses forces et ses limites, dans son autorité parentale ? L’éducatrice a-t-elle expliqué clairement ses valeurs éducatives et les méthodes d’interventions utilisées ?

C’est à travers les brefs moments partagés, que parents et éducatrices apprennent peu à peu à se connaître et établir une relation de confiance qui permettra à la fois de rassurer le parent quant à la qualité des soins qui seront offerts à son enfant et à la fois aider l’éducatrice dans la compréhension, la connaissance de l’enfant. Le parent est souvent à l’affût des indices pouvant l’informer et le rassurer sur la relation qu’a l’éducatrice avec son enfant. Comment interagit-elle avec lui? L’apprécie-t-elle? Que dit-elle ou qu’écrit-elle à son sujet? D’où l’importance pour l’éducatrice de signifier au parent, dès les premiers temps, son observation des forces, habiletés et initiatives de l’enfant dans le contexte de groupe ainsi que le décodage des besoins de l’enfant, derrière ses comportements.

Cette relation de confiance constituera la base nécessaire pour les échanges d’informations requis afin d’assurer la continuité des soins à l’enfant. Il y a donc un apprivoisement mutuel, qui se fait par les échanges à propos de l’enfant ou de façon plus informelle; par les regards; par les signes non-verbaux d’ouverture et d’approbation. La relation est-elle empreinte de respect et d’ouverture de part et d’autre ?

« Le parent est-il en mesure d’entrer en relation avec l’éducatrice? (Sa langue parlée, sa compréhension et aisance à s’exprimer) Perçoit-il sa contribution? Peut-il se projeter dans une complémentarité avec l’éducatrice ? Peut-il imaginer des moyens concrets pour favoriser la collaboration avec l’éducatrice de son enfant? [3] »

Certains parents perçoivent l’éducatrice comme étant « l’expert », s’attribuant moins de crédibilité et de pouvoir d’action. Favorisons-nous la recherche de moyens ensemble ? Questionnons-nous d’abord le parent sur les moyens utilisés à la maison afin de trouver une stratégie commune ?

Selon Cantin, G., Bigras, N., Brunson, L. [4],  il existe plusieurs facteurs d’influence dans l’implication des parents tels que la perception du parent quant à l’ouverture du milieu (diversité et quantité d’opportunités pour le parent de s’engager); sa perception quant à sa propre compétence (un parent qui se sent dépassé aura peu tendance à s’engager, ne croyant pas pouvoir aider son enfant); sa conception du parent quant à son rôle de parent (pour certains il est normal qu’il y ait concertation entre adultes faisant partie ou non de la famille et pour d’autres l’éducation est avant tout une affaire de famille immédiate). Dans cette dernière avenue, toute personne extérieure n’est donc pas vraiment « autorisée » par le parent à intervenir. D’où l’importance pour le parent de signifier à son enfant qu’il accepte que celui-ci reçoive les soins, l’affection et la prise en charge de l’éducatrice.

Devant la réaction de fuite d’un parent, certaines éducatrices pourraient être tenté de prêter des intentions négatives d’irresponsabilité, de paresse (de vouloir s’en défiler), de non-reconnaissance du problème. Selon Despard-Léveillée, L. [5], il serait possible que face à la demande d’une rencontre initiée par l’éducatrice pour aborder une préoccupation à propos de son enfant, l’interprétation du parent soit : « Il y a un danger qui me menace et je suis incapable d’y faire face. Je ne me sens pas à la hauteur de ce que l’éducatrice me demande. Il est préférable de l’éviter et de ne pas me mettre dans une situation où je me sentirais davantage déprécié, découragé et remis en question sur le plan personnel ou en tant que parent ».

Selon cette auteure, par la fuite, le parent reconnaît qu’il y a un problème chez l’enfant mais il ne voit pas ce qu’il peut faire. Il peut se sentir mal et considérer cette difficulté comme étant insurmontable. Elle identifie différentes façons pour le parent de l’exprimer: Il ne vient pas à la rencontre; Il fournit mille excuses pour ne pas agir; Il parle du frère, de la sœur etc…; Il exprime son impuissance; Il exprime son incapacité; Il affiche un « je-m’en-foutisme » généralisé par rapport au milieu de garde et un manque d’intérêt marqué.

Au quotidien, l’éducatrice peaufine son habileté à toujours se questionner sur les fonctions du comportement de l’enfant, à savoir quel est le besoin sous-tendu de l’enfant. Cette habileté peut s’avérer fort précieuse dans sa relation avec le parent et lui permettre d’envisager plusieurs avenues face à la réaction d’un parent. L’empathie par rapport à la réalité de parent contribue aussi à faciliter la communication.

En conclusion, la collaboration et la communication entre l’éducatrice et le parent nécessite des efforts des deux parties. Il apparaît essentiel que les rôles de chacun aient été distingués, clarifiés, et que le rôle professionnel de l’éducatrice soit consolidé [6].

Reconnaître et valoriser la compétence du parent, sa connaissance de l’enfant dans son contexte de vie, favorise l’empowerment du parent, et peut l’inciter à vouloir davantage collaborer avec l’éducatrice. Il importe de lui signifier notre intérêt à entendre sa perception, sa compréhension de son enfant afin de mieux connaître l’enfant et son réseau immédiat.

Ce qui doit être souligné, selon Katz, L. [7], ce sont les fonctions et les caractéristiques de chacun des rôles et comment les efforts de l’un peuvent être appuyés par l’autre.

Danie Massé formatrice en petite enfance

[1] Accueillir la petite enfance. Le programme éducatif des services de garde du Québec. Gouvernement du Québec. Ministère de la famille et des aînés. 2007

[2] [3] Naud, J., Sinclair, F., « Ecofamille » programme de valorisation du développement du jeune enfant dans le cadre de la vie familiale, Ed. Chenelière / McGraw-Hill, 2003

[4] [6] Cantin, G., Bigras, N., Brunson, L., Établir des ponts avec les familles. Une démarche d’autoévaluation pour rapprocher les SGE et les familles. Services de garde éducatifs et soutien à la parentalité. La coéducation est-elle possible? Presses de l’Université du Québec, 2010

[5] Despard-Léveillée, L., Les parents et vous : Garder le lien. Commission Scolaire des Manoirs, 1990

[7] Katz, Lilian G., Distinction entre maternage et éducation. Revue des Sciences de l’Éducation, vol. IX, no.2, 1983

Reconnaitre le parent comme un partenaire compétent

Pour que l’enfant se sente bien dans son milieu de garde, il est essentiel que les parents et les éducatrices travaillent main dans la main.
L’éducatrice fait partie du réseau social de l’enfant. Sa relation avec l’enfant ne remplacera jamais les liens privilégiés qu’il a tissés avec ses parents, mais elle constitue une relation d’attachement parallèle et significative pour lui.
Isabelle amène sa petite Léa, 15 mois, à la pouponnière. Elle salue rapidement l’éducatrice et rassure Léa : « Ne t’en fais pas, Léa, maman va revenir. Je ne te laisserai pas ici tout le temps, maman n’est pas loin. Bye-bye, ma chérie! » Isabelle s’éloigne puis revient voir Léa à quelques reprises. Léa pleure et Isabelle semble si inquiète de la laisser dans cet endroit avec cette femme étrangère à qui elle ne parle pas.
À l’inverse, une bonne communication entre les parents et l’éducatrice favorise l’adaptation de l’enfant. La complicité et la confiance mutuelle qui existent entre eux donnent à ce dernier un sentiment de sécurité. Ainsi, Marie-Pier s’est facilement intégrée au groupe des trottineurs. Dès le premier jour, sa maman l’a rassurée : « Je te laisse ici, avec Christine, parce que je sais qu’elle prendra soin de toi et qu’elle s’amusera avec toi pendant que je travaille. Christine est ton éducatrice, c’est son travail de prendre soin des enfants. Moi, je serai toujours ta maman d’amour. »
Ensemble pour l’enfant
Le partage d’observations et d’informations entre les parents et l’éducatrice assure une meilleure réponse aux besoins de l’enfant. Cette concertation facilite la cohérence éducative et la généralisation des apprentissages. L’enfant entend les mêmes messages, observe et imite les mêmes modèles. Par exemple, à la garderie, Justin se retrouve dans des situations où il doit attendre. C’est difficile pour lui car, chez lui, comme il est enfant unique, les moments d’attente sont plus rares. L’éducatrice de Justin a donc suggéré à ses parents de « l’entrainer à attendre » à la maison. Peu à peu, les sourires ont remplacé les crises et Justin a appris à mieux tolérer les délais, inhérents à la vie de groupe.
Des routines d’endormissement à la maison aux évènements marquants vécus par la famille, toutes ces informations aident l’éducatrice dans son travail. Ainsi, elle comprendra pourquoi Fatima s’agite toujours sur son matelas durant la sieste quand elle aura appris qu’à la maison elle s’endort avec une lourde douillette. Ou elle découvrira que, si Simon cherche depuis quelque temps son attention, fait le clown et contrevient aux règles, c’est parce que sa maman est hospitalisée.
La concertation est aussi un gage de succès dans un plan de soutien au développement de l’enfant. Dans le cas d’Étienne, qui a du mal à réfréner ses comportements agressifs, ses parents et son éducatrice se sont entendus sur la façon d’intervenir. Cette dernière a expliqué à Étienne : « Je vais parler avec ta maman et ton papa pour qu’on trouve ensemble comment tu peux être plus heureux à la garderie avec tes amis. Tes parents vont te dire après ce qu’ils auront décidé pour toi. » Ensuite, les parents et l’éducatrice échangeront leurs observations pour évaluer l’efficacité de leur plan.
Les obstacles à la communication
Même si les « partenaires », parents et éducatrices, s’efforcent de créer et de maintenir un contact, il peut y avoir des obstacles à la collaboration. Les barrières linguistiques et culturelles, par exemple, exigent un effort d’adaptation puisque les valeurs et les références divergent parfois.
Le rythme effréné du quotidien peut aussi réduire le temps qu’on alloue aux échanges. Il y a aussi la peur du jugement ou des critiques qui peuvent freiner les parents à s’engager dans une relation ouverte et réciproque. La recherche sur la collaboration famille-milieu de garde de Coutu et autres, démontre que « les éducatrices se montrent très critiques et ambivalents face à certains parents. Elles classent le quart des parents comme parents peu compétents. » On fait parfois appel au rôle de la répétition pour expliquer notre évaluation négative d’un parent. « On prétend alors qu’il ne peut donner ce qu’il n’a pas reçu. » Ce déterminisme va à l’encontre de l’éducation qui s’appuie sur la révélation des forces pour s’épanouir et se développer. L’éducatrice a un rôle à jouer pour aider le parent à découvrir ses compétences. Gilles Julien parle du rôle de révélateur auprès des parents. Claude Halmos avance qu’il est possible que les parents retrouvent « un sentiment de leur valeur alors que dans leur histoire, on leur a fait perdre. » Beaucoup de parents doutent d’eux et ont besoin d’être rassurés quant à leurs compétences parentales. Par l’écoute, l’éducatrice révèle au parent la valeur qu’elle lui accorde.

L’écoute attentive et empathique exprime la considération de l’autre. Bruno Bettleheim dans Dialogues avec les mères nous offre une autre piste : « On ne peut pas dire aux parents ce qu’ils doivent faire ni comment ils doivent le faire. Mais on peut les aider à voir de plus en plus clairement ce qu’ils désirent pour leurs enfants et les amener peu à peu, par leurs expériences quotidiennes, à faire de ces désirs une réalité. »
Une mère me décrit une situation où son garçon Mathieu a frappé un autre. Elle le punit en le frappant. Il aurait été facile de critiquer cette pratique éducative. Mais en lui faisant remarquer que le milieu de garde partageait son désaccord face au comportement de son fils, elle nous a avoué qu’elle détestait les coups et qu’elle s’était promise de ne pas reproduire ce que son père faisait.
Elle a su faire face au poids de sa propre histoire et tenter d’éviter d’entrer dans le piège de la répétition. En accompagnant les parents, en leur donnant des points de repère on peut les aider à se soustraire d’une partie de ce qu’ils connaissent de la parentalité. Le parent se mobilisera s’il sent que le milieu est ouvert, confiant quant à sa compétence. « Un adulte ayant une bonne opinion de lui-même comme personne et en tant que parent est optimiste et positif dans ses rapports avec les autres, a une tendance naturelle à souligner les points positifs et à valoriser son enfant, tout en reconnaissant qu’il vit parfois des difficultés et des limites. » (Duclos, G.).
Plusieurs auteurs se sont penchés sur les caractéristiques d’un parent compétent. Tochon et Miron en partant du vécu des parents ont divisé les différents aspects de la pratique éducative en deux catégories : le sentiment de satisfaction parentale et celui de l’efficacité parentale. Le parent qui éprouve un sentiment de satisfaction parentale se sent bien en compagnie de son enfant. Il éprouve du plaisir dans le temps partagé. Le parent qui ressent un sentiment d’efficacité a confiance dans son habileté à résoudre des problèmes liés à l’éducation et à sa capacité de persévérer face aux obstacles. La mère de Mathieu par exemple faisait preuve de plusieurs qualités. Elle s’informait de lui tous les jours, lui faisait un câlin avant de quitter la garderie, lui apportait les vêtements nécessaires. Elle venait le chercher tôt lorsque son travail le lui permettait. Elle le félicitait pour ses bricolages ou sa capacité à faire les choses de façon autonome.
Certes l’usage des coups pour corriger son enfant n’est pas souhaitable mais elle exprime ainsi peut-être de façon maladroite son autorité, sa capacité à dire non, à mettre des limites. La mise en valeur des forces du parent ouvre la porte aux changements puisqu’on leur permet d’avoir une nouvelle opinion d’eux-mêmes. L’appropriation de nos forces incite à la prise en charge de la famille par elle-même (empowerment).
Je recommande donc aux éducatrices qui reconnaissent en toute honnêteté qu’elles entretiennent envers un parent des doutes quant à ses compétences de faire l’exercice d’identifier ses forces avant de le rencontrer pour échanger au sujet des besoins de l’enfant.
Voici quelques caractéristiques susceptibles d’être examinées :
• Savoir dire non, établir des règles;
• Expliquer les raisons qui motivent un refus;
• Négocier;
• Être habile à communiquer;
• Décoder le besoin d’être rassuré ou stimulé;
• Accorder du temps à l’enfant;
• Respecter le rythme de l’enfant;
• Utiliser l’humour;
• Exprimer son affection;
• Encourager;
• Répondre aux besoins de base : santé, nutrition, habillement, hygiène;
• Assurer une sécurité physique dans la maison et une surveillance;
• Encourager l’autonomie.
L’éducatrice peut révéler aux parents leurs forces et leur permettre de porter un regard bienveillant à leur parentalité. Elle peut aussi en décrivant l’enfant en terme de besoin et en recadrant les attentes parentales dans un contexte d’apprentissage et de développement pour aider les parents à porter un nouveau regard sur leur enfant. Avoir des attentes réalistes sur ses habiletés de parentage et sur la performance de son enfant favorisent des relations chaleureuses avec lui et une meilleure réponse à ses besoins. Soutenir et valoriser les parents, c’est se pencher sur le bien-être et le bonheur des enfants. « Si une communauté attache de la valeur à ses enfants, elle doit chérir ses parents » (John Bowlby, rapport OMS cité dans CEDJE).

Sylvie Bourcier
Intervenante en petite enfance

Créer un lien c’est d’abord accueillir l’enfant dans ce qu’il vit

 

On sait l’importance de créer d’abord un lien avec chaque enfant dans son milieu de garde. C’est « La » porte d’entrée pour l’accompagner, le soutenir dans les multiples expériences qu’il vivra avec nous et les autres enfants.

C’est par des soins adéquats et des réponses de façon sensible aux besoins de l’enfant, qu’on qualifiera ce lien. Et bien sûr l’attachement c’est l’histoire des interactions entre une personne significative et cet enfant.

Quel est le besoin d’un enfant lorsqu’il pleure, parfois très fort, au départ de ses parents ? On voudra rapidement le rassurer, le réconforter, lui changer les idées et le divertir mais prenons-nous le temps d’abord d’accueillir l’émotion qu’il ressent ? Lui nommer ce qu’on perçoit (les signaux de tristesse sur son visage, dans sa voix, dans son corps…) et surtout, lui dire qu’on comprend sa tristesse. L’enfant a besoin d’être entendu, accueilli dans ce qu’il vit et a besoin d’être rassuré. Parfois, nous souhaitons que certain comportement change rapidement. Accueillir le rythme de l’enfant, est tout aussi important et s’avère parfois un autre défi pour l’adulte.

« Samuel, je vois la grosse peine que tu vis : les larmes coulent de tes yeux, tu es triste et tu aimerais que maman reste ici avec toi. Je comprends ta peine. »

Très souvent, on cherche rapidement à calmer, à « contenir » l’émotion de l’enfant plutôt que d’accueillir l’émotion en la nommant et en se montrant sensible à ce que ressent l’enfant tout simplement. Bien sûr on pourra ensuite, offrir des moyens pour l’aider à s’apaiser (doudou, le prendre dans nos bras, chercher un objet…).

Cela vaut pour la tristesse, la joie, l’envie, la colère…

On n’a qu’à se rappeler une situation où on a été très en colère et qu’un ami, bien intentionné face à notre colère (peut-être veut-il nous aider à mettre en perspective…), nous ait dit : « Ben voyons, tu t’en fais pour rien ! … » et de sentir la colère, monter en nous d’un cran, en se disant : « Qui il est, lui, pour me dire que j’m’en fais pour rien ! »

A la même situation, si cet ami nous dit : « Ouais, je vois que ça vient vraiment te chercher… », on se sent alors compris, entendu et cela a pour effet de nous apaiser.

Joséphine tape du pied et crie : « Non ! »  Son ami Benjamin vient de prendre le casse-tête qu’elle voulait. On peut lui dire : « Oh Joséphine, je le vois et je l’entends que tu es fâchée : tu tapes du pied, ton visage est rouge et tu cries… Tu le voulais ce casse-tête et tu es vraiment déçue de ne pas l’avoir. C’est difficile d’attendre, je comprends que tu sois fâchée. » On peut ensuite lui proposer des moyens pour faire face à la colère.

Chaque fois qu’on saisit le moment pour accueillir l’enfant dans ce qu’il vit, on vient lui signifier qu’il est important, qu’on est sensible à ce qu’il vit, et que nous y portons un intérêt. L’enfant pourra développer ce sentiment de sécurité que l’éducatrice est là, tant dans les moments agréables que lorsque ça va moins bien…

Bien entendu, lorsqu’il y a agression, on arrête d’abord le comportement, on se préoccupe de l’agressé puis, on pourra nommer et légitimer l’émotion de la colère chez l’enfant qui a perdu contrôle, tout en affirmant ne pas accepter les coups et proposer des moyens pour faire face à la colère.

Nous avons maintes occasions quotidiennement d’arrêter le temps pour porter une attention à ce que l’enfant vit et fait : à lui manifester la joie d’être assis à ses côtés, à accueillir sa peine, sa colère, son envie ou son inquiétude. Ainsi nous tissons petit à petit le lien si précieux qui unit l’éducatrice et l’enfant.