Reconnaitre le parent comme un partenaire compétent

Pour que l’enfant se sente bien dans son milieu de garde, il est essentiel que les parents et les éducatrices travaillent main dans la main.
L’éducatrice fait partie du réseau social de l’enfant. Sa relation avec l’enfant ne remplacera jamais les liens privilégiés qu’il a tissés avec ses parents, mais elle constitue une relation d’attachement parallèle et significative pour lui.
Isabelle amène sa petite Léa, 15 mois, à la pouponnière. Elle salue rapidement l’éducatrice et rassure Léa : « Ne t’en fais pas, Léa, maman va revenir. Je ne te laisserai pas ici tout le temps, maman n’est pas loin. Bye-bye, ma chérie! » Isabelle s’éloigne puis revient voir Léa à quelques reprises. Léa pleure et Isabelle semble si inquiète de la laisser dans cet endroit avec cette femme étrangère à qui elle ne parle pas.
À l’inverse, une bonne communication entre les parents et l’éducatrice favorise l’adaptation de l’enfant. La complicité et la confiance mutuelle qui existent entre eux donnent à ce dernier un sentiment de sécurité. Ainsi, Marie-Pier s’est facilement intégrée au groupe des trottineurs. Dès le premier jour, sa maman l’a rassurée : « Je te laisse ici, avec Christine, parce que je sais qu’elle prendra soin de toi et qu’elle s’amusera avec toi pendant que je travaille. Christine est ton éducatrice, c’est son travail de prendre soin des enfants. Moi, je serai toujours ta maman d’amour. »
Ensemble pour l’enfant
Le partage d’observations et d’informations entre les parents et l’éducatrice assure une meilleure réponse aux besoins de l’enfant. Cette concertation facilite la cohérence éducative et la généralisation des apprentissages. L’enfant entend les mêmes messages, observe et imite les mêmes modèles. Par exemple, à la garderie, Justin se retrouve dans des situations où il doit attendre. C’est difficile pour lui car, chez lui, comme il est enfant unique, les moments d’attente sont plus rares. L’éducatrice de Justin a donc suggéré à ses parents de « l’entrainer à attendre » à la maison. Peu à peu, les sourires ont remplacé les crises et Justin a appris à mieux tolérer les délais, inhérents à la vie de groupe.
Des routines d’endormissement à la maison aux évènements marquants vécus par la famille, toutes ces informations aident l’éducatrice dans son travail. Ainsi, elle comprendra pourquoi Fatima s’agite toujours sur son matelas durant la sieste quand elle aura appris qu’à la maison elle s’endort avec une lourde douillette. Ou elle découvrira que, si Simon cherche depuis quelque temps son attention, fait le clown et contrevient aux règles, c’est parce que sa maman est hospitalisée.
La concertation est aussi un gage de succès dans un plan de soutien au développement de l’enfant. Dans le cas d’Étienne, qui a du mal à réfréner ses comportements agressifs, ses parents et son éducatrice se sont entendus sur la façon d’intervenir. Cette dernière a expliqué à Étienne : « Je vais parler avec ta maman et ton papa pour qu’on trouve ensemble comment tu peux être plus heureux à la garderie avec tes amis. Tes parents vont te dire après ce qu’ils auront décidé pour toi. » Ensuite, les parents et l’éducatrice échangeront leurs observations pour évaluer l’efficacité de leur plan.
Les obstacles à la communication
Même si les « partenaires », parents et éducatrices, s’efforcent de créer et de maintenir un contact, il peut y avoir des obstacles à la collaboration. Les barrières linguistiques et culturelles, par exemple, exigent un effort d’adaptation puisque les valeurs et les références divergent parfois.
Le rythme effréné du quotidien peut aussi réduire le temps qu’on alloue aux échanges. Il y a aussi la peur du jugement ou des critiques qui peuvent freiner les parents à s’engager dans une relation ouverte et réciproque. La recherche sur la collaboration famille-milieu de garde de Coutu et autres, démontre que « les éducatrices se montrent très critiques et ambivalents face à certains parents. Elles classent le quart des parents comme parents peu compétents. » On fait parfois appel au rôle de la répétition pour expliquer notre évaluation négative d’un parent. « On prétend alors qu’il ne peut donner ce qu’il n’a pas reçu. » Ce déterminisme va à l’encontre de l’éducation qui s’appuie sur la révélation des forces pour s’épanouir et se développer. L’éducatrice a un rôle à jouer pour aider le parent à découvrir ses compétences. Gilles Julien parle du rôle de révélateur auprès des parents. Claude Halmos avance qu’il est possible que les parents retrouvent « un sentiment de leur valeur alors que dans leur histoire, on leur a fait perdre. » Beaucoup de parents doutent d’eux et ont besoin d’être rassurés quant à leurs compétences parentales. Par l’écoute, l’éducatrice révèle au parent la valeur qu’elle lui accorde.

L’écoute attentive et empathique exprime la considération de l’autre. Bruno Bettleheim dans Dialogues avec les mères nous offre une autre piste : « On ne peut pas dire aux parents ce qu’ils doivent faire ni comment ils doivent le faire. Mais on peut les aider à voir de plus en plus clairement ce qu’ils désirent pour leurs enfants et les amener peu à peu, par leurs expériences quotidiennes, à faire de ces désirs une réalité. »
Une mère me décrit une situation où son garçon Mathieu a frappé un autre. Elle le punit en le frappant. Il aurait été facile de critiquer cette pratique éducative. Mais en lui faisant remarquer que le milieu de garde partageait son désaccord face au comportement de son fils, elle nous a avoué qu’elle détestait les coups et qu’elle s’était promise de ne pas reproduire ce que son père faisait.
Elle a su faire face au poids de sa propre histoire et tenter d’éviter d’entrer dans le piège de la répétition. En accompagnant les parents, en leur donnant des points de repère on peut les aider à se soustraire d’une partie de ce qu’ils connaissent de la parentalité. Le parent se mobilisera s’il sent que le milieu est ouvert, confiant quant à sa compétence. « Un adulte ayant une bonne opinion de lui-même comme personne et en tant que parent est optimiste et positif dans ses rapports avec les autres, a une tendance naturelle à souligner les points positifs et à valoriser son enfant, tout en reconnaissant qu’il vit parfois des difficultés et des limites. » (Duclos, G.).
Plusieurs auteurs se sont penchés sur les caractéristiques d’un parent compétent. Tochon et Miron en partant du vécu des parents ont divisé les différents aspects de la pratique éducative en deux catégories : le sentiment de satisfaction parentale et celui de l’efficacité parentale. Le parent qui éprouve un sentiment de satisfaction parentale se sent bien en compagnie de son enfant. Il éprouve du plaisir dans le temps partagé. Le parent qui ressent un sentiment d’efficacité a confiance dans son habileté à résoudre des problèmes liés à l’éducation et à sa capacité de persévérer face aux obstacles. La mère de Mathieu par exemple faisait preuve de plusieurs qualités. Elle s’informait de lui tous les jours, lui faisait un câlin avant de quitter la garderie, lui apportait les vêtements nécessaires. Elle venait le chercher tôt lorsque son travail le lui permettait. Elle le félicitait pour ses bricolages ou sa capacité à faire les choses de façon autonome.
Certes l’usage des coups pour corriger son enfant n’est pas souhaitable mais elle exprime ainsi peut-être de façon maladroite son autorité, sa capacité à dire non, à mettre des limites. La mise en valeur des forces du parent ouvre la porte aux changements puisqu’on leur permet d’avoir une nouvelle opinion d’eux-mêmes. L’appropriation de nos forces incite à la prise en charge de la famille par elle-même (empowerment).
Je recommande donc aux éducatrices qui reconnaissent en toute honnêteté qu’elles entretiennent envers un parent des doutes quant à ses compétences de faire l’exercice d’identifier ses forces avant de le rencontrer pour échanger au sujet des besoins de l’enfant.
Voici quelques caractéristiques susceptibles d’être examinées :
• Savoir dire non, établir des règles;
• Expliquer les raisons qui motivent un refus;
• Négocier;
• Être habile à communiquer;
• Décoder le besoin d’être rassuré ou stimulé;
• Accorder du temps à l’enfant;
• Respecter le rythme de l’enfant;
• Utiliser l’humour;
• Exprimer son affection;
• Encourager;
• Répondre aux besoins de base : santé, nutrition, habillement, hygiène;
• Assurer une sécurité physique dans la maison et une surveillance;
• Encourager l’autonomie.
L’éducatrice peut révéler aux parents leurs forces et leur permettre de porter un regard bienveillant à leur parentalité. Elle peut aussi en décrivant l’enfant en terme de besoin et en recadrant les attentes parentales dans un contexte d’apprentissage et de développement pour aider les parents à porter un nouveau regard sur leur enfant. Avoir des attentes réalistes sur ses habiletés de parentage et sur la performance de son enfant favorisent des relations chaleureuses avec lui et une meilleure réponse à ses besoins. Soutenir et valoriser les parents, c’est se pencher sur le bien-être et le bonheur des enfants. « Si une communauté attache de la valeur à ses enfants, elle doit chérir ses parents » (John Bowlby, rapport OMS cité dans CEDJE).

Sylvie Bourcier
Intervenante en petite enfance

À toutes les « Manon », semeuses de joies

Depuis près de 40 ans, je côtoie des éducatrices comme intervenante, formatrice, enseignante au collégial ou à l’Université. Certaines éducatrices se distinguent. J’ai eu la chance d’être sollicitée pour offrir un témoignage à une de ces éducatrices d’exception : Manon. Je veux partager avec vous toute l’admiration que j’ai pour elle en espérant que toutes celles qui s’apparentent à Manon puissent se reconnaitre.

Dès la première rencontre avec Manon, j’ai été impressionnée, touchée par sa description sensible et détaillée de l’enfant en difficulté dans son groupe. Elle n’identifie pas l’enfant à ce qu’il fait « c’est un menteur, un agressif, etc. » mais bien à ce qu’il est, soit une personne à part entière parfois maladroite dans sa façon d’exprimer ses besoins. L’histoire d’une fillette de 4 ans encoprétique dans son groupe témoigne de son respect pour l’enfant. Elle me fait part de ses observations, contextualise en situant la difficulté de l’enfant dans l’histoire de la famille. Elle ne se plaint pas des inconvénients importants que lui apporte l’encoprésie de l’enfant (odeurs, les nettoyages répétés de l’enfant et des lieux). Son empathie s’étend aussi à la famille qu’elle ne juge pas mais tente de comprendre dans sa propre réalité.

Le savoir-être de l’éducatrice se traduit dans l’art de créer des relations[1]. J’ai été témoin de la qualité des liens entre les enfants et Manon à de nombreuses occasions. Elle a su se défaire des schèmes relationnels usuels et faire confiance au lien. En voilà un exemple. Lors d’un tournage  d’une animation Brindami, elle remercie un enfant de bien prendre soin de Noé au lieu de lui interdire de toucher au matériel. Elle souligne les yeux attentifs plutôt que redire la consigne d’écoute. Les enfants répondent positivement à ses interventions. Ils savent que Manon reconnait ce qu’il y a de mieux en eux et tiennent à la relation avec elle.

Visiter le grouper de Manon, c’est s’assurer de bons moments de bonheur. Il y a de la joie. Les petites folies, les fantaisies alimentent le quotidien. L’estime qu’elle porte aux enfants se manifeste aussi dans le plaisir qu’elle exprime à partager le quotidien des petits. Les exclamations, l’enthousiasme, les rires et les encouragements fusent de toutes parts.

Sa passion pour la profession demeure inébranlable malgré les années de pratique, les tendances pédagogiques changeantes, les politiques familiales parfois démotivantes, rien n’a éteint la flamme. Même avec 30 ans d’expérience, elle participe aux formations, curieuse, désireuse de revisiter sa façon de faire. Pour elle, être éducatrice, c’est s’engager dans une démarche évolutive. Cela a toujours été un grand plaisir pour moi de la rencontrer en formation. Ses interventions ajoutaient de la profondeur au contenu et en ont inspiré plusieurs.

Pour toutes ces raisons et bien d’autres, je te dis merci Manon.

 

Merci Manon, la semeuse de joie

 

Si les enfants qui ont eu la chance de passer dans tes bras pouvaient écrire, ils témoigneraient

 

 

Merci Manon pour ta tendresse, tes chatouilles, tes câlins, tes clins d’œil, tes sourires

Merci Manon pour ta confiance en moi qui grandit, tes encouragements, tes félicitations

Merci Manon pour ton écoute, malgré mes cris, mes bouderies, mes pleurs, tu me comprends et m’aides à comprendre ce qui me bouleverse

Merci Manon pour la joie, merci d’avoir choisi le jeu, la fantaisie, l’imaginaire, et d’avoir ainsi protégé la magie de mon enfance

Merci Manon pour ton estime, tu as cru en moi, je peux croire en moi

Merci Manon pour ton amour pour nous
Merci Manon

 

Merci à toutes les « Manon » qui jour après jour ouvrent leur cœur pour accompagner les enfants qui grandissent.

 

 

Sylvie Bourcier

Intervenante en petite enfance

 

[1] Gendreau, Gilles. Jeunes en difficultés et intervention psychoéducative. Éditions Sciences et culture, 2001, p. 80.

Créer un lien c’est d’abord accueillir l’enfant dans ce qu’il vit

 

On sait l’importance de créer d’abord un lien avec chaque enfant dans son milieu de garde. C’est « La » porte d’entrée pour l’accompagner, le soutenir dans les multiples expériences qu’il vivra avec nous et les autres enfants.

C’est par des soins adéquats et des réponses de façon sensible aux besoins de l’enfant, qu’on qualifiera ce lien. Et bien sûr l’attachement c’est l’histoire des interactions entre une personne significative et cet enfant.

Quel est le besoin d’un enfant lorsqu’il pleure, parfois très fort, au départ de ses parents ? On voudra rapidement le rassurer, le réconforter, lui changer les idées et le divertir mais prenons-nous le temps d’abord d’accueillir l’émotion qu’il ressent ? Lui nommer ce qu’on perçoit (les signaux de tristesse sur son visage, dans sa voix, dans son corps…) et surtout, lui dire qu’on comprend sa tristesse. L’enfant a besoin d’être entendu, accueilli dans ce qu’il vit et a besoin d’être rassuré. Parfois, nous souhaitons que certain comportement change rapidement. Accueillir le rythme de l’enfant, est tout aussi important et s’avère parfois un autre défi pour l’adulte.

« Samuel, je vois la grosse peine que tu vis : les larmes coulent de tes yeux, tu es triste et tu aimerais que maman reste ici avec toi. Je comprends ta peine. »

Très souvent, on cherche rapidement à calmer, à « contenir » l’émotion de l’enfant plutôt que d’accueillir l’émotion en la nommant et en se montrant sensible à ce que ressent l’enfant tout simplement. Bien sûr on pourra ensuite, offrir des moyens pour l’aider à s’apaiser (doudou, le prendre dans nos bras, chercher un objet…).

Cela vaut pour la tristesse, la joie, l’envie, la colère…

On n’a qu’à se rappeler une situation où on a été très en colère et qu’un ami, bien intentionné face à notre colère (peut-être veut-il nous aider à mettre en perspective…), nous ait dit : « Ben voyons, tu t’en fais pour rien ! … » et de sentir la colère, monter en nous d’un cran, en se disant : « Qui il est, lui, pour me dire que j’m’en fais pour rien ! »

A la même situation, si cet ami nous dit : « Ouais, je vois que ça vient vraiment te chercher… », on se sent alors compris, entendu et cela a pour effet de nous apaiser.

Joséphine tape du pied et crie : « Non ! »  Son ami Benjamin vient de prendre le casse-tête qu’elle voulait. On peut lui dire : « Oh Joséphine, je le vois et je l’entends que tu es fâchée : tu tapes du pied, ton visage est rouge et tu cries… Tu le voulais ce casse-tête et tu es vraiment déçue de ne pas l’avoir. C’est difficile d’attendre, je comprends que tu sois fâchée. » On peut ensuite lui proposer des moyens pour faire face à la colère.

Chaque fois qu’on saisit le moment pour accueillir l’enfant dans ce qu’il vit, on vient lui signifier qu’il est important, qu’on est sensible à ce qu’il vit, et que nous y portons un intérêt. L’enfant pourra développer ce sentiment de sécurité que l’éducatrice est là, tant dans les moments agréables que lorsque ça va moins bien…

Bien entendu, lorsqu’il y a agression, on arrête d’abord le comportement, on se préoccupe de l’agressé puis, on pourra nommer et légitimer l’émotion de la colère chez l’enfant qui a perdu contrôle, tout en affirmant ne pas accepter les coups et proposer des moyens pour faire face à la colère.

Nous avons maintes occasions quotidiennement d’arrêter le temps pour porter une attention à ce que l’enfant vit et fait : à lui manifester la joie d’être assis à ses côtés, à accueillir sa peine, sa colère, son envie ou son inquiétude. Ainsi nous tissons petit à petit le lien si précieux qui unit l’éducatrice et l’enfant.

Garderie : Choisir le meilleur, défendre la qualité

En avril dernier, Ève-Lyne Couturier et Philippe Hurteau publiaient un rapport de recherche intitulé « Les services de garde au Québec : champ libre au privé », une étude de l’IRIS.

Oeuvrant depuis plus de 35 ans dans le réseau public des services de garde à l’enfance, d’abord comme éducatrice, puis gestionnaire, formatrice, chargée de cours et aussi comme membre d’un conseil d’administration d’un CPE de grande qualité, j’ai pu constater depuis près de 10 ans, un désengagement de l’état. Nous assistons maintenant à des compressions budgétaires et des choix fiscaux (crédits d’impôt) qui mettent réellement en péril le réseau national subventionné. L’étude de l’IRIS démontre en autres « en quoi l’action gouvernementale des dernières années pousse à la privatisation de ce service public » et qu’il existe bien un « écart de qualité en les services de garde publics et privés ».[1]

Les compressions budgétaires imposées au CPE, le grand nombre de places allouées aux garderies privées non subventionnées, la modulation et la bonification du crédit d’impôt pour frais de garde sont tous des éléments qui contribuent à l’affaiblissement du réseau. Ils ont non seulement un impact sur la qualité des services offerts par les CPE mais aussi sur le choix des parents.

Plusieurs parents se trouvent largement avantagés par les mesures fiscales qui les poussent vers le privé. Les auteurs de l’étude constatent que « avec les modifications au crédit d’impôt provincial, la part des familles ayant un avantage économique à choisir les garderies non subventionnées s’est élargie ».

L’AQCPE, les regroupements régionaux, les CPE ont dénoncé les compressions budgétaires dans les médias et en manifestant. Les sommes transitoires négociées ne représentent à mon avis qu’un parapluie face à une tempête. Les orientations ministérielles semblent viser le démantèlement de ce réseau envié par les autres provinces. Certains diront que le réseau public coute cher aux contribuables. L’étude de l’IRIS démontre que ce calcul est faussé en prenant en compte le taux d’activité des mères au travail, les dépenses fiscales du gouvernement reliées aux crédits d’impôt, l’efficacité des investissements en prévention (1$ pour 7$ démontré par le prix Nobel en sciences économiques). En effet, il est reconnu que la qualité des services éducatifs contribue au développement des enfants et particulièrement ceux issus de milieux vulnérables et ainsi réduit les inégalités sociales. En contrepartie, « la fréquentation d’un service préscolaire de faible qualité peut nuire au développement social, affectif et cognitif de l’enfant. »[2]

Lorsqu’on examine les données soulevées dans l’étude, on constate qu’on retrouve davantage de qualité dans le réseau public que dans le réseau privé. Voici quelques faits présentés sous forme de tableau.

CPE et RSG Garderies privées
Moins de 0,5 plainte par 100 places[3] 1,57 plainte par 100 places pour les subventionnées et 1,82 pour les non subventionnées3
Niveau de qualité auprès des poupons en 2014[4]

·      67,3 % des CPE sont jugés bons ou excellents

·      3,4 % des CPE ont la cote « insatisfaisant »

Niveau de qualité auprès des poupons en 20144

·      7,2% des garderies privées non subventionnées (GPNS) obtiennent des résultats jugés bons ou excellents.

·      41,2 % des GPNS ont la cote « insatisfaisant »

Niveau de qualité auprès des 18 mois-5 ans en 20144

·      45 % des CPE obtiennent la cote de qualité bonne ou excellente

·      4,0 % des CPE sont jugés de qualité insatisfaisante

Niveau de qualité auprès des 18 mois-5 ans en 20144

·      10 % des GPNS ont une évaluation bonne ou excellente

·      36,3 % des GPNS obtiennent des évaluations négatives

 

Les auteurs de l’étude soulignent aussi le fait que les CPE ont vu leur niveau de qualité progresser de 2003 à 2014 : de 60,7 à 67,3 % au niveau des résultats jugés bons ou excellents auprès des poupons et de 41,8 à 45 % avec les enfants âgés de 18 mois à 5 ans. La recherche de qualité dans le réseau public demeure une préoccupation constante et ce malgré les pressions économiques et politiques.

J’invite les gestionnaires à lire l’étude, à en faire un résumé aux parents engagés dans le CA, à partager la fierté d’un réseau de qualité autant avec l’équipe de travail qu’avec les parents utilisateurs. Plusieurs CPE font d’ailleurs la promotion de la qualité de leurs services, dénoncent les impacts des compressions budgétaires sur les services aux enfants. Ces démarches sont fort pertinentes puisque de nombreux parents ne sont pas au fait des données de recherches et des douloureuses décisions que les CA doivent prendre pour faire survivre le milieu de vie de leurs enfants et ce, au prix de cette même qualité qui nous distingue.

Je vous soumets quelques idées dans cet exercice de sensibilisation auprès des parents.

  1. Saviez-vous que les garderies privées non subventionnées ont un taux de plaintes 4,5 fois plus élevé que celui des CPE?[5]
  2. Saviez-vous que 67,3 % des CPE ont été jugés bons ou excellents au niveau de la qualité des soins auprès des poupons en 2014 alors que seulement 7,2 % des garderies privées non subventionnées obtiennent ces résultats?5
  3. Saviez-vous que seulement 10 % des garderies privées non subventionnées ont été jugées comme bonnes ou excellentes en ce qui a trait à la qualité des services offerts aux enfants de 18 mois – 5 ans alors que 45 % des CPE obtenaient cette cote en 2014? 5
  4. « Sur les 2 261 plaintes déposées en 1 année, seulement 26,3 % concernant les garderies du réseau public contre 73,7 % pour les différentes garderies privées. » 5
  5. De 2006 à 2007 à 2015-2016, on a observé une hausse de 35 % du niveau de subventions pour les garderies privées subventionnées, 50 % pour les milieux familiaux subventionnées et seulement 6 % pour les CPE.5

Sylvie Bourcier Intervenante en petite enfance

[1] Couturier, E.L., Hurteau, P. Les services de garde au Québec : Champ libre au privé. Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Avril 2016.

[2] Gouvernement du Québec Discours sur le budget – Budget 2008-2009, p. 22, www.budget.finances.gouv.qc.ca/budget/2008-2009/fr/documents/pdf/DiscoursBudget.pdf, cité dans Couturier, E.L., Hurteau, P. Les services de garde au Québec : Champ libre au privé. Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Avril 2016.

[3] Étude des crédits 2015-2016 : Renseignements particuliers volet famille, service de garde et intimidation. Gouvernement du Québec. 2015. Calculs des auteures cité dans Couturier, E.L., Hurteau, P. Les services de garde au Québec : Champ libre au privé. Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Avril 2016.

[4] La qualité éducative dans les installations de centre de la petite enfance. Gouvernement du Québec, Institut de la statistique, 2015 ; et La qualité éducative dans les garderies non subventionnées, Institut de la statistique, 2015 cité dans Couturier, E.L., Hurteau, P. Les services de garde au Québec : Champ libre au privé. Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Avril 2016.

[5] Rapport de recherche IRIS. Eve-Lyne Couturier et Philippe Hurteau, chercheurs. Les services de garde au Québec. Champ libre au privé. Avril 2016, p. 3.