De la formation continue des éducatrices dans un contexte de coupes budgétaires

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Julie surprend Simon, 19 mois, en train de pousser Alexis. Elle lui dit « Non! » et l’assoit en retrait. Elle lui demande « Est-ce que tu penses que qu’Alexis aime ça se faire pousser? » Il répond naïvement « Oui! ». Elle hausse le ton, lui demande de réfléchir. Reprenons cette même situation en y introduisant une éducatrice formée. Cette dernière reconnait la difficile tâche de retenue de son impulsivité chez un trottineur. Elle sait en outre qu’il lui est difficile d’envisager le point de vue de l’autre enfant sans soutien concret d’un adulte. Elle s’engage dans l’enseignement du décodage des signaux de détresse émis par Alexis et lui propose une façon adéquate d’exprimer ce qu’il veut.

Les éducatrices détentrices de diplômes collégiaux ou universitaires savent mieux décoder et répondre aux besoins des petits[1] qui évoluent auprès d’elles. Elles proposent des activités adaptées, stimulantes et appropriées au niveau du développement des enfants.1 De plus, les études démontrent qu’il y a un lien entre les compétences professionnelles et la qualité de la relation entre les éducatrices et les enfants.[2] Les spécialistes s’entendent aussi pour affirmer que les la formation postsecondaire en services éducatifs et de garde à l’enfance est fortement associée à la qualité d’un milieu de garde ainsi qu’au développement cognitif et social des enfants.2

Des travaux confirment aussi que la formation continue des éducatrices en milieu familial contribue à améliorer la qualité des relations avec les enfants. Elles démontrent plus de comportements positifs chaleureux envers les enfants, répondent mieux aux besoins des enfants que celles qui ne participent pas aux ateliers de ressourcement professionnel proposés.[3] La formation en petite enfance contribue aussi à développer chez l’éducatrice une attitude plus ouverte, plus sensible aux attentes des enfants. Les éducatrices peu formées sont moins enclines à développer une approche partenariale[4] avec les familles.

La formation de base et continue est au cœur de la qualité des services éducatifs. L’éducatrice par sa capacité de se remettre en question, son désir d’apprendre pour mieux comprendre et intervenir peut contribuer à l’amélioration de la qualité du milieu éducatif. Elle a un rôle à jouer dans le travail d’élaboration des programmes de formation. Bien que certains thèmes demeurent incontournables, le développement de l’enfant, la gestion des comportements et les relations parents-enfants3, les éducatrices doivent partager leur vision de la compétence, analyser leur expérience, leur fonctionnement et «  s’engager dans un processus dynamique de réalisation professionnelle ». [5]

Cette formation contribue au bienêtre des enfants mais aussi à celui des éducatrices. Certains auteurs parlent d’une meilleure estime de soi[6] et d’un sentiment de compétence accru chez les éducatrices en milieu familial qui suivent des activités de formation en continu. J’ai observé depuis plus de 20 ans que le seul fait de se faire confirmer positivement un choix pédagogique ou une approche en intervention par une formatrice contribue à soutenir la motivation, les efforts engagés auprès du développement d’un ou de plusieurs enfants. La grande majorité des professionnelles en petite enfance que j’ai côtoyées lors des activités de formation font preuve d’ouverture et désirent s’améliorer. Elles expriment une réelle satisfaction à observer des changements, une évolution chez l’enfant qui au départ représentait un défi pour elles. La formation doit inciter à la pratique réflexive, allier théorie et pratique et favoriser les échanges cliniques respectueux de l’enfant, de l’intervenante et de sa famille.

Ma pratique professionnelle autant comme intervenante que formatrice m’a appris que les éducatrices, les enseignantes en préscolaire ont besoin d’un « lieu de parole.» exempt de jugements ou d’objectifs à atteindre. On oublie que l’éducatrice se met à l’écoute de l’autre plusieurs heures par jour, reçoit des confidences des enfants, des parents, observe parfois des signes de détresse, de négligence. Cette attention à l’autre peut la fragiliser. C’est pourquoi, il est essentiel qu’elle puisse témoigner, échanger, chercher des alliés pour du soutien. Elle doit être accueillie et reconnue dans son engagement à l’autre. La formation, la supervision professionnelle sont des outils susceptibles de répondre à ces besoins.

Je déplore toutes les coupes faites dans notre réseau qui affecteront les sommes allouées à la formation continue dans plusieurs milieux. On peut s’inquiéter des « choix obligés » en matière de sélection du personnel. Sachant que la masse salariale représente le poste budgétaire le plus important d’un budget d’un milieu de garde, que les salaires horaires les plus élevés sont attribués aux éducatrices formées et ayant le plus d’années d’expérience, on peut se demander s’il ne sera pas plus économique d’engager moins d’éducatrices formées en respectant le ratio de personnel qualifié exigé au Québec. Plusieurs milieux se verront peut-être dans l’obligation de sabrer dans le temps libéré pour la pédagogie, le temps de travail d’équipe permettant de discuter des enfants à besoins particuliers ou celui alloué aux rencontres avec les parents, nos partenaires.

Il est reconnu que la formation de base et continue est un facteur important de qualité des services éducatifs. Il est démontré que des services de garde de qualité sont associés à un meilleur développement cognitif, du langage, des relations positives entre les pairs, à l’obéissance aux adultes, moins de problèmes de comportements et une meilleure relation mère-enfants. Les services de qualité « peuvent accroitre la persévérance scolaire ». [7]

Ces coupes auront donc non seulement un impact sur la qualité de vie des petits dès maintenant mais auront des répercussions à long terme sur la réussite scolaire des élèves de demain.

Sylvie Bourcier

Intervenante en petite enfance

[1] Carnet du Savoir. Apprentissage chez les jeunes enfants. Conseil Canadien sur l’apprentissage (CAA), Pourquoi les services de garde de haute qualité sont-ils essentiels? www.ccl-cca.ca, p. 3.

[2] La qualité, ça compte. Christa Japel, Richard E. Tremblay et Sylvana Côté. Résultats de l’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec concernant la qualité des services de garde. Choix IRPP, vol. 11, no. 4, oct. 2005, p. 35.

[3] Les services de garde en milieu familial : un lieu de prévention à découvrir. Sylvain Coutu, Suzanne Lavigueur, Diane Dugeau et Claude Harvey dans Revue canadienne de Psycho-Éducation, vol. 28, numéro 2, 1999, p. 187-198.

[4] Services de garde éducatifs et soutien à la parentalité. La coéducation est-elle possible? Gilles Cantin, Nathalie Bigras et Liesette Brunson. 2010, PV 9, p. 87.

[5] C. Lavoie et al cité dans l’Éducation à l’enfant. Une voie professionnelle à découvrir. Diane Berger, Louise Héroux et Danielle Sheridon. 2007. Gaétan Morin Édition, p. 272.

[6] Galinsky, Homes et Kontos cités dans Les services de garde en milieu familial, un lieu de prévention à découvrir.

[7] Carnet du Savoir. Apprentissage chez les jeunes enfants. Conseil Canadien sur l’apprentissage (CAA), Pourquoi les services de garde de haute qualité sont-ils essentiels? www.ccl-cca.ca, p. 3.

Les heures de préparation pédagogique: un luxe ou une nécessité ?

Par Sylvie Garceau, décembre 2015

Depuis plusieurs années, le réseau des services de garde au Québec est touché par des coupures dans les budgets.  Ce manque à gagner touche de différentes façons le quotidien des travailleurs en petite enfance.  Les gestionnaires du réseau tentent par tous les moyens d’éviter les répercussions pouvant réduire la qualité des services offerts aux enfants et à leur famille.  Toutefois, ce défi est de plus en plus grand et les ressources financières sont de plus en plus petites.  Continuer la lecture de Les heures de préparation pédagogique: un luxe ou une nécessité ?

Taper, mordre et tirer …. Des gestes qui parlent !!!

Lyne Archambault, éducatrice – formatrice

Février 2012

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Idées d’activités pour réussir à adopter des interventions positives chez les trottineurs.

Les petits entendent trop souvent le mot «NON» dans leurs découvertes. Comme éducatrice, notre travail consiste à observer les enfants afin de mieux comprendre leurs comportements et de rediriger de façon positive leurs découvertes. Il est primordial de garder pour une urgence le mot «NON» afin que celui-ci ne devienne pas banal à l’oreille du petit. Ainsi, les enfants s’aperçoivent de la gravité de l’avertissement. La constance et la fermeté sont de mises pour mettre un terme au geste jugé inacceptable. Parallèlement, il faut réfléchir à ce qui est inacceptable pour vous et échanger avec vos collègues, afin de s’assurer de la constance des interventions auprès des petits de votre groupe.

Bébé lance

lanceComme éducatrice, nous nous devons mettre À LA DISPOSITION des enfantsdes activités de défoulement telles que des balles, des éponges de bain, des foulards, des choux à cadeaux etc. Afin de rendre positif le geste de lancer et de démontrer le plaisir dans ce mouvement. C’est certain, qu’il est toujours interdit de lancer des blocs et des autos par exemple. Rediriger alors l’enfant vers les bacs de balles quand il oublie la consigne. N’oubliez pas la constance est toujours nécessaire.

 

Bébé tire les cheveux

Le trottineur est attiré par les cheveux de ses amis, voici le temps des activités des TOUCHE DOUX. Offrez des textures douces à toucher aux enfants. Par exemple, différents tissus, des cheveux sur des poupées, des plumes. Ces objets lui feront, entres autres, vivre des expériences sensori-motrices positives. On doit toujours encourager les touche doux entre les enfants. Votre devoir comme éducatrice est d’observer et intervenir de façon rapide par la parole et le geste face au geste négatif. Le contact doit être recréé entre les enfants afin d’apprivoiser les touche doux entres eux.

Voici une station de défoulement que j’ai créé pour m’aider dans mes interventions avec mon trottineur qui aime tirer les cheveux.

tirelescheveuxJ’ai redirigé la pulsion de mon ami et valorisé ses gestes en lui permettant de se défouler de manière positive sur cette poupée aux cheveux longs. J’ai utilisé différentes sortes de brosses, des rouleaux velcro, un petit séchoir qui laisse un filet de vent, un petit sac avec toutes sortes d’élastiques en tissus de différentes couleurs et textures, des bouteilles vides de shampoing parfumées et un livre de coiffeuse avec des mèches de cheveux. Laissez aller votre créativité, car la nouveauté stimule la curiosité de l’enfant. Par ailleurs, on se doit d’encourager les tentatives de l’apprenti coiffeur.

 

 

Bébé vide tout

videLes petits aiment faire tomber des objets, vider et remplir des bacs, regarder les objets tombés. Pour sa sécurité, je me dois de ranger et replacer le matériel de jeu. Sans doute, mon trottineur me suivra et recommencera son jeu. Donc, il est utile de faire des petits bacs avec quelques objets à l’intérieur en les changeant souvent pour minimiser le rangement. J’aime quand il explore à son rythme et de façon autonome : un vrai spectacle pour une éducatrice! En le regardant, vous observez ses intérêts et ses goûts ce qui vous permet de lui offrir des jeux adaptés. De plus, pensez à faire des mises en scène afin d’encourager sa curiosité pour découvrir de nouvelles façons d’utiliser le matériel.

 

arrachetout 2arrachetout 1Bébé arrache

Les petits aiment entendre des bruits et regarder des images. Les affiches au

 

mur, sont une source de stimulation dans ce sens. Afin de protéger vos affiches, une vitrine de plexi est utile pour que bébé regarde sans tout arracher. La variété et les détails des images à regarder stimulent son langage et son observation. Quand j’affiche des nouveautés, je prends du temps pour montrer les détails de l’affiche. Inventez des histoires pour stimuler sa curiosité en regardant l’image, par exemple, voici une auto comme papa. Pour arracher et entendre un super beau «Crac», le velcro est parfait. Voici des macarons fabriqués avec des couvercles de jus et de pots masson.TOUJOURS DISPONIBLES POUR SE DÉFOULER.

Bébé tape

Le trottineur aime exercer des mouvements de balais avec ses mains. Avec un toutou (souffre douleur) suspendu à un élastique tout le monde peut s’exercer en tapant, en le faisant voler et en étirant l’élastique. Notre ami prêt à recevoir tous les coups changera selon le thème, par exemple, une chauve-souris pour l’automne, un ours polaire pour l’hiver.TOUJOURS DISPONIBLE, il sera là pour tous les coups. Les enfants trouvent bien drôle, quand à mon tour, je me défoule sur ce toutou souffre douleur.

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Bébé mord

Vous avez un ami crocodile : pas facile ! Vous devez prendre en main cette situation en rassurant les parents. Vous pouvez toujours leur offrir des textes qui expliquent cette étape difficile. Plusieurs activités peuvent rendre positive cette pulsion quand les dents de bébés poussent ou quand la rage arrive. Tout d’abord, j’offre aux enfants des anneaux refroidis. De ce fait, chaque ami a son anneau accroché sur lui avec une attache à suce et même moi j’en porte une! L’usage de sa suce peut aussi aider en cas de pulsions. Je souligne à plusieurs reprises que l’on peut MORDRE des pommes, MORDRE sa suce, MORDRE des anneaux, mais il est INTERDIT de croquer son ami. Même les adultes doivent penser d’éviter les jeux du loup qui croque même par amour ! Par ailleurs, j’offre à l’enfant assis dans la chaise haute une brosse à dent avec un petit verre d’eau, une débarbouillette gelée à mordiller (activités super en attendant le repas). N’hésitez pas à organiser vos routines pour protéger votre victime et votre mordeur. Quand vous avez observé qui, quand, comment, pourquoi et où le geste se produit, il faut faire preuve de créativité afin que ce geste indésirable cesse rapidement et offrir aux enfants une situation de rechange positive.

Bébé grimpegrimpe

Vos amis aiment se retrouver en hauteur ? Offrez-leur des modules en mousse à escalader ou des jeux plus élevés à atteindre. Je fais semblant d’avoir peur de leurs exploits. Quel plaisir pour nos petits grimpeurs !

Bébé crie

Si bébé exerce sa voix, parlez lui doucement pour qu’il baisse sa voix, mais offrez lui la chance de se défouler en plein air, de chanter, de jouer des instruments de musique. Donnez-lui un environnement sans bruit inutile, par exemple une musique en sourdine dans le local. Quand vous offrez de la musique, soulignez que vous allez mettre de la musique pour danser, écouter des sons etc.

De façon générale, quand nous intervenons avec un petit, il faut traduire, vérifier son intention et nommer son désir. Observez sa réaction à ce que vous nommez, pour vous assurez de l’avoir bien compris. L’enfant explore son environnement pour apprendre comme adulte avoir un regard positif sur lui donne la chance de bien grandir…

Pour conclure, soyez créative face aux situations plus difficiles avec vos trésors et ce par vos observations et votre constance dans vos interventions. On arrive à vaincre toutes les difficultés en remplacent les interdits par des activités de rechange.

L’éducatrice, figure d’attachement

Est-ce que tous les enfants s’attachent à leur éducatrice? Qu’est-ce qui influence la qualité de la relation entre l’éducatrice et l’enfant?

Près de 75% des enfants ont un attachement sécurisant avec leur éducatrice. D’ailleurs, il est démontré que les enfants qui ont vécu un lien d’attachement sécurisant avec leur éducatrice sont plus compétents socialement. Ils manifestent moins de comportements agressifs et ont moins tendance à s’isoler des autres enfants. L’attachement entre l’éducatrice et l’enfant est un lien qui se développe par des soins adéquats et par une réponse sensible aux besoins de l’enfant.

En tant qu’éducatrice, vous êtes bien plus qu’une animatrice. Vous créez des relations qui ont une histoire porteuse de souvenirs, d’expériences, de moments partagés. Ces relations que vous tissez avec les petits vous permettront de décoder leurs silences, leurs hésitations. Ces relations génèrent des émotions chez l’enfant, et aussi chez l’éducatrice, qui deviendra alors sensible aux efforts, aux découvertes et au monde affectif de l’enfant.

Plusieurs facteurs peuvent influencer la qualité de la relation éducatrice-enfant. La personnalité de l’enfant joue dans la création de ces liens. Les enfants affectueux et exigeants récoltent plus d’attention et de réponses à leurs besoins que les enfants peu expressifs et retirés. De même, les enfants ayant vécu des liens positifs avec leur mère ont plus de facilité à s’attacher à l’éducatrice.

Les relations entre l’éducatrice et l’enfant varient aussi au gré des approches choisies par l’éducatrice. Les intervenantes qui se centrent sur l’enfant, créent des liens positifs plus facilement avec lui que celles qui optent sur une approche directive centrée sur les produits finis.

Il est aussi démontré que les éducatrices ayant une formation se montrent plus sensibles aux besoins de l’enfant. De plus, la fréquence des interactions positives (encouragements, disponibilité, soutien affectif) agit sur la qualité de la relation.

La stabilité du personnel oeuvrant auprès des enfants a un impact déterminant sur la relation. Les enfants qui ont passé plus de 12 mois avec la même éducatrice sont plus susceptibles de développer un attachement avec elle et ce particulièrement chez les enfants de moins de 3 ans.

Votre travail d’éducatrice repose avant tout sur la relation. C’est à travers les relations que vous transmettez des valeurs de respect, de générosité, d’entraide. Les encouragements, les félicitations ou les réprimandes auront un impact seulement si vous êtes significatives pour l’enfant. Voici comment développer des bonnes relations avec les enfants.

  • Priorisez les relations avec les enfants dans votre programme éducatif. Que chaque enfant puisse vivre du temps seul avec vous. Planifiez des activités en sous-groupe et permettez à l’enfant de jouer seul. Vous pourrez alors soutenir l’enfant individuellement, devenir complice de ses découvertes.
  • Prenez conscience des forces, des particularités de chaque enfant de votre groupe. Êtes-vous en mesure de parler de chaque enfant en terme de forces ou de besoins? Pourriez-vous raconter une anecdote, une tranche de vie en milieu de garde qui décrit qui est cet enfant?
  • Dites-vous que l’activité est un prétexte pour créer un lien ou pour stimuler l’enfant. Elle ne représente pas une fin en soi.
  • Soyez totalement présente à l’enfant dans tous les moments de vie. Si vous souriez en entendant ses mots d’enfant, si vous vous attendrissez devant son enthousiasme, si vous participez volontiers à ses jeux, si vous préparez gaiement un événement pour votre groupe et que vous démontrez une attitude sensible lorsque vous parlez au parent de son enfant c’est que vous avez ouvert votre cœur à cet enfant et avez su créer un lien significatif.

La pouponnière est-ce pour moi ?

Lyne Archambault, éducatrice – formatrice

août 2014

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En ce temps de l’année, le choix de groupe fait l’objet de discussions dans les réunions d’équipe.  S’interroger sur nos qualités, nos forces pour choisir le groupe d’âge qui correspond le mieux à notre profil d’éducatrice  demande de s’y arrêter et d’y réfléchir. Peut-être que la pouponnière me sera imposée ? Est-ce que la pouponnière sera un défi  pour moi ? Après tout, une éducatrice ne doit-elle pas être dotée d’un sens d’adaptation à toute épreuve ?

Il faut savoir reconnaître les qualités principales d’une éducatrice en pouponnière. Sans doute posséder un sens de l’organisation pour éviter de se faire organiser par les tout-petits. L’observation est le premier outil pour faciliter l’intervention. Posséder le sens de l’accueil pour les petits et leurs familles aide à tisser des liens significatifs. Un visage avec des expressions, des chansons plein la tête autant pour nos consignes, le beau temps, le thème du mois  est une arme puissante pour capter l’attention des petits et rendre les cœurs joyeux. La constance de nos humeurs et nos interventions sécurisent les enfants, les familles et les collègues. La communication et le sens de l’écoute sont nécessaires, savoir les utiliser au bon moment développe une relation de confiance.

Quand les enfants sont occupés à explorer, il faut profiter de ce moment précieux pour observer car en observant on comprend tout et on peut tenter des interventions, cibler les intérêts et les besoins. Ce qui permet de proposer des activités et des défis adaptés.

Posséder un sens des responsabilités et savoir reconnaître les limites du rôle d’éducatrice en pouponnière, avoir un groupe à m’occuper, intégrer et sécuriser n’est pas une mince tâche. Je ne dois jamais désespérer devant une situation, il me faut demander de l’aide à mes collègues, parler de mes observations aux parents, chercher des solutions ensemble. Mais, ne jamais attendre comme par miracle que tout s’arrange !

En observant les petits on apprend le langage des bébés, le non-verbal et ses signes.  On peut nommer ses émotions, ses besoins et avoir la patience d’attendre sa réponse soit par ses yeux, son expression, son langage. C’est plus long, mais plus satisfaisant et respectueux  pour le tout-petit en développement.

Être une mère n’est pas une qualité nécessaire pour être une bonne éducatrice à la pouponnière. Une maman et une éducatrice sont des rôles et des engagements bien différents. Par contre, être moi-même une mère m’a  permis de faire grandir en moi l’empathie que je porte aux parents de mon groupe. L’éducatrice se doit d’être en harmonie avec elle-même, sensible aux besoins des bébés et faire abstraction de ses propres besoins affectifs. Il faut avoir un calme intérieur, une grande disponibilité et un équilibre pour choisir de travailler avec les poupons.

La pouponnière est-ce pour moi ?

Oui, si j’ai à cœur les petits.

Oui, si je suis soucieuse du bien-être des enfants qui me sont confiés.

Oui, si je sais donner le meilleur de moi-même.

Voilà, ce qui me permet de garder la flamme tout au long de l’année !!!

Une rencontre de parents: angoissant

Sylvie Garceau, éducatrice en petite enfance

Août 2013

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Le programme éducatif Accueillir la Petite Enfance propose aux professionnels de la petite enfance des principes de base à appliquer auprès de l’enfant et de sa famille. L’un d’eux concerne la collaboration entre le personnel éducateur et les parents. La rencontre de parents est un des moyens que peut utiliser le milieu afin d’établir une collaboration et une communication avec la famille. Elle permettra de prendre contact avec sa réalité, ses coutumes et ses valeurs. Ainsi, le milieu de garde pourra mieux comprendre certains comportements de l’enfant. Quant aux parents, cette rencontre lui permettra de mieux connaître le milieu, ses services, ses programmes, les éducatrices et de prendre contact avec l’environnement dans lequel son enfant se développera. De plus, il aura la chance d’échanger avec les autres parents, d’établir des liens ou simplement de faire connaissance avec eux. Tout ceci est nécessaire afin d’établir un soutien mutuel dans le respect des rôles de chacun.

 

Année après année les éducatrices titulaires de groupe ont la charge d’animer les réunions de parents. Certains intervenants sont très à l’aise de parler devant un public alors que d’autres figent, bégaient ou transpirent. Pour ma part, les réunions de parents en début d’année, ce n’est pas ma tasse de thé, disons-le ainsi. C’est très embarrassant d’animer une telle rencontre. C’est donc important de s’y préparer dans le but de vivre et de faire vivre aux parents un moment agréable, dans le respect de tous. Voici donc quelques petits trucs afin de faciliter l’organisation de ce moment et d’en retirer le maximum d’avantages autant pour vous, pour les parents et aussi pour les tout-petits en bout de ligne.

Dans ce texte, vous retrouverez la structure d’une rencontre de parents ainsi que la fréquence des réunions. Vous pourrez identifier ce qu’on peut mettre à l’ordre du jour et les points à discuter avec les parents. Par la suite, quelques petits trucs d’animation sont identifiés afin de faciliter le déroulement de votre réunion. Finalement, il y a quelques points que vous pouvez vérifier avant la réunion comme l’aménagement des lieux physiques, tout ceci dans le but de s’assurer d’une préparation adéquate.

 

Lors d’une réunion de parents, il est important d’établir une structure. Différentes formules peuvent être adoptées, tout dépend de votre milieu. Il est important que les membres de la direction se présentent. Il est a noté que la direction peut être accompagnée du président du CA. Que ce soit la coordonnatrice ou les membres du soutien pédagogique, il est primordial qu’ils prennent contact avec les parents de votre groupe. Ce moment peut être orchestré de façon à ce qu’ils accueillent tous les parents et que par la suite, chaque éducatrice titulaire dispose avec les parents de son groupe. Il peut aussi y avoir d’autres façons de faire, par exemple, la directrice qui passe dans chaque salle et prend quelques minutes pour se présenter. Idéalement, elle devrait ouvrir et fermer la réunion. Quand à l’éducatrice titulaire du groupe, elle anime la réunion et traite de tous les autres points.

 

Les rencontres de parents devraient avoir lieu une fois en septembre et une fois en décembre. La réunion de début d’année aborde un thème plus général et formel. On y explique le fonctionnement du groupe, c’est à dire qu’on peut préciser les heures d’ouverture et de fermeture, donner aux parents les protocoles et les règles de notre milieu de garde et obtenir la signature de chaque parent. Par la suite, l’éducatrice peut expliquer la façon dont elle appliquera tout ceci concrètement au quotidien. Vous pouvez mentionner la façon dont vous communiquerez les informations de l’enfant. Expliquez le rapport journalier ou tout autre document ou fiches d’observation que votre milieu utilise pour fournir des informations sur l’adaptation de l’enfant. Vous pouvez expliquer comment vous appliquez le programme éducatif, vos valeurs et vous pouvez même préciser vos attentes face au rôle des parents. Finalement, vous pouvez présenter l’horaire type d’une journée. Le parent se sentira plus confiant s’il connait la routine que son enfant vivra dans un autre milieu que la famille. Surtout, il ne faut pas oublier de se présenter. S’il y a d’autres membres du personnel qui sont en contact avec le groupe, il est important des les présenter aussi. Par la suite, il peut y avoir des échanges avec les parents concernant les enfants ce qui favorise l’établissement du lien de confiance. La rencontre doit durer environ 45 minutes. Elle ne doit pas être trop longue pour ne pas perdre l’intérêt du parent. On peut offrir aux parents une période de question où on pourra clarifier certains points. Celle-ci va durer environ 15 minutes. À la fin de la réunion, vous pouvez offrir vos disponibilités pour les parents qui voudraient échanger individuellement avec vous.

 

Afin de s’assurer du plus grand nombre de participation possible, il est intéressant d’envoyer une convocation aux parents par courriel ou en papier (tout en s’assurant d’avoir d’abord fait une invitation verbalement aux parents). Il faut aussi l’afficher à l’entrée du service de garde et mettre une copie du rappel au casier de l’enfant. La convocation comprend quelques informations comme la date, l’heure, le lieu et un coupon réponse. Elle est envoyée environ 3 semaines à un mois avant la date prévue et une semaine à l’avance pour le rappel.

 

Quant à la réunion du mois de décembre, ou de la mi-année, elle devra être plus pratique et concrète. Elle se déroule en compagnie des parents de votre groupe. Vous pourrez répondre à leurs questions concernant le fonctionnement du service de garde, la pédagogie, l’horaire de la journée, faire des mises au point sur les interventions, analyser les différentes pratiques que le milieu adopte bref, faire un bilan de cette première moitié de l’année. Vous pouvez aussi vous questionner avec les parents sur ce qui pourrait être modifié ou amélioré. Par exemple, vous pourriez discuter du temps accordé aux jeux extérieurs ou encore du déroulement de l’accueil. Il est toutefois important de mentionner que tous les commentaires sont recueillis et analysés, mais qu’ils ne peuvent pas nécessairement tous être mis en application. Cette réunion peut aussi être utilisée afin de permettre aux parents d’échanger sur des problématiques qu’ils vivent avec leur enfant ou encore pour recueillir de l’information sur différents sujets. Par exemple, mon enfant ne veut plus manger ou l’apprentissage à la propreté. Certains sujets sont spécifiques à des groupes d’âges et il peut être pertinent de transmettre de l’information aux parents. Il peut être intéressant de demander, à l’avance, aux parents de quels sujets ils aimeraient discuter ou échanger de l’information ainsi vous pourrez mieux vous documenter et vous préparer. Vous remarquerez que dans les diverses familles, il y aura des similitudes. Vous permettrez à chacun de s’exprimer, de briser l’isolement tout en sachant que d’autres parents vivent aussi la même situation. Il faut s’assurer de toujours répondre aux besoins de la famille et de l’enfant. C’est donc une période propice aux échanges et à l’élaboration de stratégies gagnantes pour tous.

 

Vous pouvez organiser une troisième et dernière rencontre dans l’année. Elle peut se dérouler autour du mois d’avril ou mai pour faire le bilan de vos observations concernant le développement de l’enfant. Cette rencontre se fait individuellement avec chaque parent. Ce moment est très privilégié pour reconnaitre le parent comme premier intervenant dans la vie de son enfant. Vous remarquerez que les parents aiment toujours parler de leurs enfants.

 

Il arrive souvent dans les rencontres qu’il y ait des débordements. Différentes raisons peuvent être à l’origine de cette problématique. Il est intéressant d’établir avec les parents le temps qui sera alloué pour la réunion et le temps qui sera alloué pour les questions. Ainsi, tous se sentiront concernés et respecteront cette entente. Voici des exemples de situations que vous pouvez vivre avec des parents lors de votre réunion. Certains parents semblent exigeants, ils mentionnent toutes leurs attentes. D’autres en sont à leur première expérience et veulent être rassurés en posant une foule de questions. On peut alors proposer à ces parents de rester après la réunion pour une rencontre individuelle ou proposer un rendez-vous à la garderie ou un rendez-vous téléphonique. Si vous avez un parent qui insiste sur un sujet ou qui revient à la charge il faut alors être plus ferme et le convoquer à une rencontre à trois. Le parent, la direction et vous l’éducatrice. Il y a aussi des parents qui n’écoutent pas. Ça peut devenir problématique comme ceux qui prennent trop de place. Souvent il peut arriver que ce type de parent pose la question juste après qu’on y ait répondu. Alors ça prend du temps et c’est ennuyant pour les autres parents. Vous pouvez alors bouger plus en avant de la salle, ne demeurez pas statique. Utiliser l’humour pour désamorcer ce genre de parent ou mettre en valeur une partie de son propos en remettant de l’avant notre opinion. Il y a aussi le parent qui parlent trop ou qui posent des questions hors contexte. Vous pouvez lui demander qu’il garde sa question et lui dire que vous pourrez lui répondre plus tard ou que vous en parlerez dans les sujets suivants.

 

Aussi, il est important de vérifier quelques points important avant la réunion. Assurez-vous que la salle de rencontre est suffisamment grande pour accueillir toutes les personnes convoquées, mais pas trop grande pour ne pas perdre l’intérêt des parents. Si vous accueillez les parents dans la salle de l’enfant, il serait important d’offrir des chaises d’adulte. Une personne assise convenablement sera concentrée et attentive sur une plus longue période. De plus, il faut planifier l’organisation du milieu physique, comme par exemple la disposition des chaises ou des tables. Prioriser un éclairage adéquat, ni trop fort, ni trop faible. Vous pouvez préparer des éléments visuels pour soutenir l’attention comme un ordre du jour sur tableau et des photos pour illustrer vos propos. Attention aux bruits qui pourraient déranger autour. Demandez aux parents de mettre leur appareil cellulaire sur vibration. Vous devez aussi déterminer l’objectif et le but de la rencontre. Ce dernier pourra vous servir de rappel à l’ordre lors des interventions inappropriées des parents. Choisissez une façon de faire pour que le parent prenne la parole. Par exemple faire lever la main pour poser une question vous fera économiser du temps. Si vous êtes un petit nombre, moins de 5, vous pouvez favoriser la prise de parole spontanée. Il est aussi important afin d’être bien préparée de rédiger un ordre du jour et de bien identifier les points que vous aimeriez aborder avec eux. Inscrivez les plus importants en début de rencontre ainsi vous serez certain de les traiter si le temps manque à votre réunion. Planifiez l’accueil du parent, la façon dont il sera reçu le rendra plus disposé à la rencontre et à l’échange. Vous pouvez animer ce moment de différentes façons, ce premier contact mettra tous les participants à l’aise. Offrez une collation, un breuvage, faites un jeu, laissez aller votre imagination c’est la seule limite. Au début de la réunion, vous pouvez planifier avec les parents d’un moment pour la pause qui conviendra à tous. Pendant la rencontre, vous pouvez être attentif à quelques petites choses. Observez les signes non-verbaux des gens devant vous, ils pourraient vous en dire long sur la tournure de votre réunion. Avant que la rencontre se termine, vous pouvez fixer la date de la prochaine réunion. Vous vous assurez ainsi d’une meilleure participation à la prochaine rencontre. Vous pouvez faire une auto-évaluation de votre animation et prenez des notes ainsi vous apporterez des améliorations à une prochaine réunion.

 

Finalement, il faut se laisser le droit à l’erreur et toujours garder en tête que l’expérience est la clé de notre cheminement. Peu importe le nombre de participants à votre rencontre, il est important de garder à l’esprit que notre devoir c’est de se préparer, d’animer la réunion comme si nous avions plusieurs parents devant nous et de rester positive et sereine puisque nous sommes professionnelles jusqu’au bout. Chaque personne a un petit animateur en lui, il s’agit de l’exploiter petit à petit en appliquant les principes de l’animation un à la fois. N’hésitez pas à teinter cette rencontre de vos couleurs, vous pouvez y ajouter de l’humour, une histoire, bref, soyez dynamique et convaincu de votre travail et de votre rôle. Bonne rencontre de parents à tous.