Prêt pour l’école

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Vous avez passé les cinq dernières années à regarder votre tout-petit grandir. Dans quelques mois, vous devrez l’inscrire à l’école. Cette étape vous fait probablement vivre une multitude d’émotions. Mais votre enfant, lui, est-il prêt pour cette grande aventure?

Les inquiétudes du parent

Que ce soit votre premier ou votre petit dernier, savoir que son enfant fera sous peu son entrée à l’école peut générer bien du stress. Plusieurs parents se posent d’ailleurs les questions suivantes :

  • À quoi m’attendre de la maternelle?
  • Mon enfant a l’âge requis mais est-il vraiment prêt?
  • Et s’il se faisait intimider?
  • Et s’il n’aimait pas l’école?

Ces questions sont tout à fait normales mais elles trahissent déjà votre anxiété de voir votre enfant grandir et devenir peu à peu autonome. Son réseau social ne se limitera plus à la famille ou à vos amis mais il aura maintenant ses propres amis; des amis qu’il aura choisis. Il apprendra plein de choses et vous vous sentirez parfois dépassés. Vous aurez l’impression que votre enfant apprend des choses à un âge plus précoce qu’à votre époque. Vous vous demanderez comment il se sent toute la journée assis à son bureau au lieu de jouer. Vous vous inquiéterez des exigences de son professeur en les qualifiant de « démesurées » car il est encore petit, n’est-ce pas? Lorsqu’on voit son enfant tous les jours et qu’il côtoie depuis longtemps les mêmes éducatrices, nous avons peine à le voir grandir et changer. Il vous suffit de penser aux commentaires d’une personne qui ne voit pas souvent votre enfant. Elle aura noté combien il a grandi, combien il a changé, et vous, tout surpris, vous demanderez comment se fait-il que je m’en sois si peu aperçu? Le professeur de maternelle de votre enfant le verra comme il est au jour où il entre dans sa classe. Il n’aura donc pas le réflexe de le voir petit et fragile mais plutôt comme un enfant curieux, autonome et motivé. Si votre enfant a des défis particuliers, le professeur s’en apercevra assez rapidement et vous pourrez alors convenir ensemble de stratégies pour l’aider.

L’ambivalence de l’enfant

Beaucoup d’enfants sont excités à l’idée de commencer l’école. Ils y pensent parfois depuis un certain temps et voient les enfants jouer dans la cour d’école. Ils ont hâte de faire partie du monde des grands. À cet âge, la curiosité est grande et les amis deviennent de plus en plus importants. En même temps, ils ont parfois eux aussi des appréhensions :

  • Et si je ne me faisais pas d’amis?
  • Et si mon professeur n’était pas gentil?
  • Et si je me perdais dans l’école?
  • Et si je ne comprenais rien à ce qu’on m’explique?

Votre enfant a donc, peut-être, des appréhensions qui ressemblent aux vôtres. Elles sont tout à fait normales. Ne vous laissez pas avoir par un semblant de confiance chez votre enfant. Il se peut qu’il garde ses interrogations pour lui-même; soit pour ne pas vous inquiéter davantage, soit pour prétendre qu’il est grand maintenant. Demandez-lui comment il se sent à l’idée d’aller à l’école et normalisez ses inquiétudes sans les minimiser. S’il ne vous parle de l’école qu’en termes positifs, vous pouvez lui dire que certains enfants, même s’ils ont hâte d’aller à l’école, ressentent aussi du stress à cette idée et que si jamais c’était son cas, il pouvait vous en parler. Cela le mettra en confiance et le temps venu, il s’en souviendra.

Votre enfant est prêt pour l’école

Pour s’assurer que leur enfant soit prêt pour l’école, certains parents achètent des cahiers d’activités qui reprennent des notions qui seront apprises en maternelle. Cela les rassure que leur enfant sera en mesure de réussir son entrée à l’école. Et si « être prêt » signifiait autre chose? Votre enfant aura amplement le temps de se familiariser avec les nouvelles notions qu’il apprendra. Ce dont votre enfant a le plus besoin dans son sac à dos est une bonne dose d’estime de soi, de la confiance en soi et en les adultes, la capacité d’entrer en relation harmonieuse avec d’autres enfants et la curiosité. Donc, sans vraiment vous en apercevoir, vous et le milieu éducatif dans lequel votre enfant a baigné au cours des dernières années avez contribué à le préparer pour son entrée à l’école. Il vous suffit maintenant de l’accompagner et de le soutenir, afin qu’il garde cette estime de lui et cette confiance en le monde qui est si importante. Pour ce qui est de la curiosité, intéressez-vous à ses journées et à ses apprentissages : il aura envie d’en savoir plus pour par le fait même, en partager davantage avec vous.

Je vous souhaite une belle entrée scolaire!

Geneviève Parent M.A.

Sexologue, psychothérapeute et conseillère parentale

Être l’aîné, quelle corvée!

Question
Je demande souvent à mon aîné de céder tel ou tel jouet à sa petite sœur et j’observe qu’à la garderie les pratiques sont différentes. On demande aux petits d’attendre que le plus vieux finisse son jeu en invitant ce petit à s’occuper à autre chose. Qu’en pensez-vous?

Le rang de naissance a un impact sur le développement de l’enfant, sur le rôle qu’il joue au sein de la fratrie et de la famille. L’aîné demeure le plus fidèle aux valeurs prônées par la famille. D’ailleurs, une étude portant sur les rivalités fraternelles (1) a démontré que l’ordre de naissances était le facteur principal pour prédire l’adhésion ou le rejet aux idées novatrices et controversées. En étudiant les scientifiques des quatre derniers siècles, on observe que les aînés sont en général conservateurs. Dans une famille l’aîné voudra donc défendre les valeurs traditionnelles familiales et ainsi plaire à ses parents. D’ailleurs n’a-t-il pas été avant la naissance de ses frères et sœurs le centre de toute l’attention parentale, celui sur lequel toutes les attentes parentales étaient projetées? Le premier enfant est aussi porteur des anxiétés parentales, nous apprenons avec lui le métier de parent. Par conséquent, lorsque les parents demandent à leur aîné d’être raisonnable, de donner le bon exemple, de céder aux plus petits ils lui imposent des responsabilités, des défis qu’il tentera coûte que coûte de relever pour plaire. Dans notre société, où le droit d’aînesse n’existe plus, cet aîné se retrouve avec des obligations sans avantage en compensation.

Il est vrai que les enfants apprennent par imitation et que le modèle offert par l’aîné a de fortes chances d’être plus évoluée et reproduit. Par contre, il est essentiel que chaque enfant puisse faire ses propres choix et suivre son propre chemin. Apprendre à demander, à attendre, à supporter la frustration du refus, tous ces apprentissages se font peu à peu à travers les relations sociales et fraternelles. Le petit doit apprendre que dans la vie on n’a pas tout ce que l’on veut au moment où on le désire. Le grand frère qui doit céder, s’oublier pour répondre aux désirs de sa petite sœur, risque de développer des sentiments négatifs envers elle. Le grand doit pouvoir jouir de privilèges reliés à son âge: se coucher plus tard, activités réservées, sorties. N’a-t-il pas eu à céder sa place d’enfant unique à l’arrivée du deuxième enfant?

Certains jouets doivent être réservés au grand et d’autres identifiés dans la zone de partage. Lorsque le grand échafaude tout un plan dans son jeu de construction par exemple et qu’on lui demande de céder un morceau, il ne se sent pas respecté dans sa créativité. Lorsque le grand prend en charge la sécurité de sa petite sœur et choisit donc d’entrer dans des rapports protecteurs, c’est bien. Mais l’imposition de ce rôle de protection en remplacement du parent soustrait l’enfant de son identité même soit celle d’être un enfant.

Référence:
1 Les enfants rebelles, Frank S. Sullonay, Éditions Odile Jacob, 1999.

Le père Noël, une poésie nécessaire

Ma femme et moi ne partageons pas la même opinion concernant le père Noël. Doit-on entretenir le mythe ou dire la vérité dévoilée inévitablement un jour ou l’autre?

Le tout-petit entretient dans sa pensée magique le beau rêve d’un père Noël généreux au rire gras. Sa visite est entourée de rites: biscuits, lait, liste de cadeaux, lettre au pôle Nord, pyjama rouge, bas suspendus. Ces rites préparent le cœur à ce moment d’excitations. Le père Noël, la fée des dents, le lapin de Pâques, habitent l’enfance et alimentent l’imaginaire du petit. La distinction entre la réalité et la fiction se fera par un apprentissage progressif. L’ami imaginaire, le père Noël et les jeux de faire-semblant (être Batman, chevalier, princesse ou dragon) disparaîtront peu à peu et feront place aux jeux de société, de règles, aux idoles du sport ou de la musique. Ne précipitons pas la divulgation de la vérité, préservons l’enfance aux enfants. La question de l’existence du père Noël viendra de votre enfant, d’abord sous forme de doute puis en affirmation. Si vous sentez votre enfant hésitant dans le doute demandez-lui ce qu’il en pense. Et toi qu’en penses-tu? Sa réponse saura vous indiquer s’il a encore besoin d’entretenir cette magie. Quant à moi, le vrai père Noël est dans mon cœur et je regrette de ne plus être un enfant. Peut-être ressentez-vous cette nostalgie à l’arrivée du temps des fêtes ? Je partage l’opinion de Bruno Bettleheim. «Il faut laisser le petit enfant croire au Père Noël, aux œufs de Pâques et à la petite souris, parce qu’ils lui permettent d’ajouter une ferveur émotionnelle à d’importants concepts qu’il développera plus tard. Nous savons tous par expérience que nos idées se rapportant à Noël sont passées du Père Noël et sa hotte à l’esprit de générosité, du plaisir de recevoir des cadeaux à celui d’en offrir aux autres».

Source: Bettleheim, B. (1998) «Pour être des parents acceptables» Hachette Pluriel

C’est plus ma mamie?

Doit-on amener les enfants visiter leur grand-mère ou arrière grand-mère affaiblie par les années ?

La mamie qui riait, celle qui racontait si bien l’histoire de Boucle d’or en changeant sa voix douce en voix grave et sévère du papa ours, celle qui se baladait lentement au parc avec les petits, cette mamie là n’existe plus. Il reste d’elle le doux souvenir d’un sourire attendri à la vue des petites orteils du poupon, ce regard habité par tant d’amour et sa façon bien à elle de jouer avec les enfants en économisant les grands gestes mais en sachant les captiver. On se demande comme parent si la vue de cette vieille dame allongée, les yeux tristes et vides ne va pas bouleverser les enfants. Doit-on amener les enfants visiter leur grand-mère affaiblie par la maladie ?

Vivre c’est aussi vieillir
C’est une question que je me suis posée comme parent lorsque je visitais ma grand-mère adorée atteinte de la maladie d’Alzheimer avec ma mère.

Dans la famille, j’étais la seule à amener Émilie, ma fille, visiter ma grand-mère maternelle les dimanches au Centre d’hébergement en soins prolongés. Plusieurs voulaient éviter à leur enfant d’être confronté à cette triste réalité du vieillissement. Émilie a vu cette vieille dame bercer une poupée, se ravir d’une simple coupe de fraises rafraîchies dans la crème, parler une langue bien à elle ponctuée de répétitions, de mots français et anglais. Douce mamie Elzir perdue dans un passé si lointain que les gens du présent devenaient tantôt des étrangers tantôt des fantômes de son enfance. Mais ce spectacle désolant prenait tout son sens lorsque j’expliquais à ma fille, qui, avait été pour moi cette grand-mère. Quelle était cette maladie qui rendait les idées dans sa tête comme un casse-tête défait aux morceaux manquants. Mais ce qui impressionnait le plus ma fille c’était les larmes de sa grand-mère à la vue de mamie Elzir.

« Tu sais Émilie, ta grand-mère est triste de voir sa mère ainsi malade, vieillie et si loin d’elle dans sa tête. Elle s’ennuie du temps où elles étaient capables de se parler vraiment ou elles pouvaient faire des choses ensemble. Mais elle sait que l’amour d’une mère pour sa fille ça reste pour toujours dans le cœur. Moi aussi je m’ennuie de la mamie Elzir d’avant quand j’étais une enfant. Mais mamie Elzir sait qu’il y a des gens qui l’aiment autour d’elle et ça lui fait du bien de se sentir aimée. »

Expliquez à vos enfants qui est pour vous cette vieille personne que vous allez visiter. Parlez des moments vécus entre elle et l’enfant.

Décrivez à l’avance ce qu’ils vont voir (une personne alitée qui éprouve de la difficulté à parler, qui utilise une chaise roulante, etc.).

Nommez vos émotions et rassurez vos enfants; vos pleurs ne sont pas de leur faute.

Soyez conscient que si l’enfant a connu sa grand-mère débordante de vitalité, il doit maintenant faire le deuil de cette grand-mère-là. Celle d’aujourd’hui l’aime toujours mais différemment.

Félicitez les gestes doux, les beaux bonjours. Répondez à leurs questions sans les devancer.

Ayez des attentes réalistes face à vos enfants. La visite doit être de courte durée et ponctuée de promenades à la chambre de bain, dans les couloirs ou autres aires communes.

Votre attitude sera garante du déroulement de la visite. Si vous êtes calme, si vous apposez la parole à ce qui se vit et restez sensible aux réactions de votre enfant, celui-ci profitera de cette expérience pour apprendre la générosité, le dévouement, la sensibilité à l’autre soit, le vrai sens de l’amour.

Pourquoi la guerre?

Tous les jours, on voit des images de guerre et de conflits à la télévision. Mon petit garçon me demande pourquoi il y a la guerre? Comment lui répondre sans l’inquiéter?

Les enfants sont de plus en plus conscients des horreurs de la guerre, des conflits, du terrorisme. Plusieurs d’entre eux se gavent de télévision. D’autres petits curieux ont les oreilles grandes ouvertes aux conversations des adultes. Rien ne leur échappe. Mais comment expliquer à nos enfants une réalité si incompréhensible?

Les petits d’âge préscolaire ont une vision simpliste de la vie, il y a des bons qui font des choses permises et il y a des mauvais qui font des choses défendues par les parents. Pour lui la guerre, c’est la chicane entre des gentils et des méchants. Les méchants qui veulent tuer et les gentils qui se défendent.

Mais ces images à la télévision peuvent les obséder et, d’ailleurs à cet âge, même les images fictives sont interprétées comme la réalité. Il n’est pas sensible aux malheurs supportés par les autres mais très préoccupé par sa propre sécurité. Sa pensée égocentrique l’amène à imaginer que les méchants peuvent s’attaquer à lui. Il a peur qu’il lui arrive quelque chose. Il faut le rassurer: «Tu sais il y a maman et papa qui sont là pour te protéger. Tu seras toujours auprès de nous. Il y a des gens qui se disputent et qui ne savent pas comment régler la chicane, mais il y a aussi des gens qui travaillent à établir la paix, à trouver des moyens pour qu’il y ait la paix.».

Il est inutile d’expliquer les contextes géopolitiques, les enjeux de territorialité ou même les notions philosophiques. Le petit d’âge préscolaire n’a pas encore intériorisé les notions de bien et de mal, n’a pas acquis assez de maturité pour juger de la probité d’une situation. Il a juste besoin d’être sécurisé face à son bien-être et d’être initié à l’importance de la résolution pacifique de conflit.

Le mendiant

«C’est quoi un clochard. Pourquoi il veut tes sous, maman?»

Certains sans-abri plus loquaces expriment leur désarroi ouvertement. «Je n’ai pas de logis, je n’ai pas mangé. Allez, madame, donnez-moi une petite piastre.» Le petit observe le curieux personnage et surtout ressent la gêne de sa maman qui accélère le pas, baisse la tête et évite de répondre. Vers 4 ans, l’enfant peut constater les différences; l’allure générale, les vêtements superposés. Il comprend ce que veut dire pas de maison, pas de nourriture. D’ailleurs, à cet âge, les enfants deviennent sensibles à l’équité. «Pourquoi lui et pas moi? Toi tu peux et pas moi?» sont des phrases typiques des enfants de cet âge.

Il peut dès lors s’inquiéter de devenir un mendiant ou que ses parents se transforment en clochard. Le rôle de l’adulte est donc de sécuriser l’enfant en adoptant soi-même une attitude calme. Dites à votre enfant que ce monsieur n’est pas méchant, il est triste. Il a eu des difficultés. «Ne t’inquiète pas ton papa et moi, cela ne nous arrivera pas. Tu es en sécurité avec nous, tu as notre maison et nous mangeons bien. Ton papa et moi allons empêcher que tu sois un jour triste et pauvre comme ce mendiant.» Vous envoyez alors un message sécurisant et induisez aussi la notion de combativité, de faire face aux épreuves. Il faut éviter que l’enfant pense que cet état de pauvreté peut lui tomber dessus comme une grippe.

Certains enfants d’âge scolaire font preuve de générosité en offrant une partie de leur collation. Félicitez-les. Peut-être deviendront-ils les agents de changement de demain.

J’ai peur du monstre ! Surmonter les peurs provoquées par les images violentes

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance

Mai 2012

www.aveclenfant.com

Contrairement au conte où il peut imaginer la scène à sa façon en y imposant ses propres limites et dans lequel l’adulte conteur peut moduler sa voix en fonction des réactions de l’enfant, la télévision propulse l’enfant dans des scènes soudaines, inattendues et parfois bouleversantes.

La peur est ressentie selon l’âge et le sexe du téléspectateur. Les enfants d’âge préscolaire ne distinguent pas toujours la réalité de la fiction. C’est pourquoi les créatures et les monstres les effraient tant. Mais les enfants en redemandent parce qu’ils éprouvent une réelle satisfaction lorsqu’ils arrivent à affronter la peur. Il ne s’agit donc pas d’épargner la peur aux enfants mais bien de les aider à la surmonter, à l’apprivoiser. Si les peurs sont trop grandes, l’enfant sera incapable d’y faire face et pourra ressentir une insécurité et se percevoir faible et fragile.

C’est la connaissance de leur enfant qui permet aux parents de juger du niveau acceptable d’une émission ou d’un film. Cette connaissance repose sur l’écoute des commentaires, des questions, des champs d’intérêt et sur l’observation de ses réactions. On observe plusieurs manifestations d’anxiété chez les enfants affectés par certaines images : agitation, sidération, accélération de la respiration, transpiration, tension musculaire. Les petits cherchent à se protéger. Ils se ferment les yeux, se rapprochent de leurs parents, se cachent les yeux sous un coussin.

 

Le rôle des parents est important. D’abord, les parents apprennent aux enfants à identifier et exprimer leurs émotions. La disponibilité, durant et après le visionnement, ainsi qu’une écoute objective et sans jugement permettent aux parents d’en constater les effets, de rassurer l’enfant d’un geste réconfortant, de favoriser l’expression des émotions ressenties et de recadrer la situation. Ainsi, on évite de laisser l’enfant seul avec sa peur alors qu’il ne comprend pas sa réaction. Comment alors y faire face quand on ne sait même pas à quoi on a affaire et que l’on ne peut évaluer la situation à sa juste mesure ? Les activités de défoulement ludiques ou créatives peuvent aider les petits à canaliser l’agitation à la suite d’images d’action troublantes. Beaucoup d’enfants reconnaissent qu’il y a des émissions qui font peur et préfèrent les éviter.

L’implication des parents est donc essentielle puisqu’ils peuvent aider leur enfant à rationaliser, à distinguer ce qui relève de la réalité et de la fiction, et surtout à exprimer les sentiments qui sont difficiles à identifier.


[1] Tiré de L’enfant et les écrans. Chapitre 4. L’influence des images violentes. Sylvie Bourcier 2010. Éditions Chu Sainte-Justine.

L’impact des écrans sur le développement du langage chez le jeune enfant

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance

Mai 2013

www.aveclenfant.com

 

L’impact des écrans sur le développement du langage chez le jeune enfant[1]

Pour apprendre, le petit a besoin d’échanges. Les activités de l’enfant doivent être associées au langage. Le langage dans l’action permet à l’enfant d’associer les situations, les gestes, les choses du quotidien aux mots.

L’écran donne de l’information si l’enfant écoute et si le niveau de langage utilisé est adapté, mais il ne répond pas. Comme il est triste de voir un petit qui appelle son personnage favori en s’adressant à l’écran indifférent !

La télévision peut aussi devenir une pollution sonore, car elle couvre les bruits familiers. Or, l’écoute attentive des sons émanant des activités domestiques et la discrimination des mots prononcés par les personnes de l’entourage sont des éléments essentiels pour le développement du langage du bébé. Lorsque son papa et sa maman identifient l’origine d’un bruit, les nomment, ils peuplent son monde de découvertes. Ses habiletés auditives peuvent alors se développer. Si l’environnement sonore est dépollué, il devient porteur de sens.

 

Et que penser des DVD d’éveil pour les bébés ?

 

 

Les bébés exposés à ce type de stimulations prononcent à 18 mois moins de mots que ceux qui n’y sont pas exposés. Christakis et Zimmerman, de l’Université de Seattle, concluent que les nourrissons qui ont été placés devant un DVD d’éveil cognitif voient leur capacité linguistique ralentir à raison de 8 à 16 mots de moins que ceux ne l’ayant pas regardé. Pour s’assurer qu’il s’agit de bonnes émissions, bien adaptées au bébé, les mêmes chercheurs ont comparé les effets de DVD et de vidéos dits spécialisés pour bébés, d’autres d’adressant aux adultes, des émissions de divertissement et, enfin, d’autres à vocation éducative. Ils ont découvert que les émissions dites adaptées n’avaient pas plus d’effets positifs sur le développement du langage que celles ne s’adressant pas spécifiquement aux tout-petits. En revanche, ils associent, comme bien des spécialistes, le fait de lire ou de raconter une histoire à une habileté linguistique importante.

Ce sont là des raisons qui expliquent les recommandations de Serge Tisseron, spécialiste des effets des écrans sur les enfants : pas d’écran avant l’âge de 3 ans. Quant à l’American Academy of Pediatrics, elle recommande d’éviter la télévision avant l’âge de 2 ans. Et la Société canadienne de pédiatrie ? Écoute d’une heure maximum pour les enfants d’âge préscolaire.

 


[1] Tiré de L’enfant et les écrans. Sylvie Bourcier, Éditions Chu Sainte-Justine, 2010.

Attention aux dangers de la scolarisation précoce

On observe dans nos milieux de garde des exigences de plus en plus grandes de la part des parents. Certains milieux cèdent à la pression des parents et les enfants se retrouvent dans un contexte scolarisant où l’excellence et la performance sont de rigueur. « La fabrique des surdoués », titrait La Presse en septembre dernier. Au programme, cours de pré-lecture, pré-écriture dès l’âge de deux ans; énumérations mathématiques à 3 ans et dès 5 ans pratiques de tests d’admission pour accéder à des écoles élitiques. Pourtant, les enfants qui obtiennent les meilleurs résultats scolaires en mathématiques viennent de Finlande où la scolarisation débute à 7 ans. Quant aux enfants qui accèdent à la maternelle suite à une dérogation scolaire, ils risquent davantage d’échouer une année scolaire. En effet, une étude1 démontre que 75% des enfants qui échouent une année scolaire sont les plus jeunes et qu’ils sont deux fois plus référés pour trouble d’apprentissage. De plus, en France, où les enfants débutent l’école très tôt, on constate certes à l’âge de 5 ans un large vocabulaire mais malgré les apprentissages précoces seulement 10% d’entre eux sont aptes à acquérir les bases de l’apprentissage de la lecture.

Selon les connaissances actuelles, les principaux prédicteurs de la réussite scolaire sont la maitrise du langage, des bonnes compétences sociales et la curiosité intellectuelle. L’imposition d’attentes irréalistes au niveau du développement cognitif crée des situations de stress chez l’enfant. Il se trouve confronté à des exercices qui exigent de lui des processus cognitifs non accessibles par manque de maturation anatomique. Son cerveau peut parfois mémoriser sans toutefois comprendre. Ce gavage intellectuel chez les petits peut provoquer des blocages face aux apprentissages scolaires. Il sape la motivation en lui faisant vivre des situations d’échec à répétition. Lorsque le temps de jeu est utilisé pour des apprentissages non adaptés au niveau de développement de l’enfant celui-ci risque d’être freiné ou ralenti. En effet, le temps qui devrait être alloué aux activités de découvertes d’exploration, de manipulation, de motricité est monopolisé inutilement par des exercices scolarisants visant des connaissances qi peuvent parfois s’acquérir naturellement par le jeu ou qui sont non adaptés aux petits. De plus, le cadre directif des apprentissages scolarisants est peu propice à l’expression de la créativité. Le jeu libre permet à l’enfant de se construire un monde intérieur à son image. Le jeu libre est libre de contraintes, libre de stress, libre d’objectifs prédéterminés.

Par son caractère universel, le jeu représente le meilleur médiateur entre les enfants de toutes origines confondues. Il développe les habiletés langagières particulièrement dans les jeux symboliques qui sont soutenus par le langage. En étant maitre d’œuvre de son univers ludique, l’enfant recrée la réalité et la corrige en fonction de ses désirs. Il évolue donc dans un contexte de valorisation personnelle.

Le jeu donne un sens à certaines situations observées et non comprises. L’enfant reproduit ce qu’il a observé et comprend mieux le contexte. La capacité de l’enfant à faire appel à des représentations mentales lui permet d’exprimer les conflits intériorisés qui l’habitent en projetant à l’extérieur des préoccupations jusque-là non dites.

Le jeu permet la construction d’images mentales. La pensée évocatrice favorise la pratique de l’organisation séquentielle, la mémorisation, l’organisation de la pensée, la décontextualisation, la planification, la décentration et ainsi favorise la conservation des apprentissages.

Le jeu permet l’intégration de différents concepts. Par exemple dans les jeux de sable, l’enfant explore les concepts suivants : poids/mesure, forme/grandeur, pareil/différent, lourd/léger, plus/moins, vitesse d’écoulement, transformation matière (sec/mouillé/évaporation), relations spatiales (dessus/dessous), etc.

Il favorise aussi le développement moteur et la bonne estime de soi de l’enfant. En effet, l’enfance joue sans vivre du stress excessif et vit un sentiment de confiance. Il vit du succès et fait preuve d’autonomie ce qui lui permet de se sentir compétent. Il exprime ses émotions, ses besoins, ses désirs ouvertement ce qui lui permet peu à peu de mieux se connaître.

Lorsque nous permettons à l’enfant de découvrir le monde par le jeu, nous respectons l’expression de sa personnalité. Les enfants ne sont pas des adultes en miniature, hantés par l’avenir. Ce sont des petits d’homme qui ont leurs propres désirs, leurs propres rêves et leur candeur. Ils ont droit au respect de leur rythme, ils ont droit à la joie et au plaisir d’habiter leur univers, la planète enfance.

1 Uphoffet Gilmore 1986 cités dans Du côté des enfants par Germain Duclos, Hôpital Sainte-Justine

Sylvie Bourcier
Intervenante en petite enfance

Préparer la venue du bébé

J’attends mon deuxième enfant et j’aimerais préparer mon fils de trois ans à la venue du bébé. Comment dois-je m’y prendre pour faciliter l’adaptation de mon fils?

  1. Annoncer la nouvelle à l’enfant en même temps qu’à son entourage. Des mots doivent être apposés sur cette réalité afin de sécuriser l’enfant qui ressent la fébrilité de sa famille. La nouvelle est dite simplement une fois et réexpliquée à la demande de l’enfant. L’adulte ne doit pas devancer les questions de l’enfant et se perdre dans des explications trop longues ou complexes sur la naissance ou la conception.
  2. Initier des interactions entre le bébé in utero et l’enfant. Les verbalisations de l’enfant au bébé sont valorisées; la voix sera reconnue par le bébé qui entend. Les échanges sont aussi dans le sens de l’intérêt de bébé envers l’enfant: la mère parle à l’enfant au nom du bébé. «Tu sais le bébé entend ta voix et ressent ta main qui caresse mon ventre. Tu as vu il a bougé pour te dire bonjour.»
  3. Favoriser les moments d’intimité entre le père et l’enfant. Le rapprochement entre le père et l’enfant durant la grossesse permet le détachement progressif à la mère. L’enfant invité à faire les emplettes avec papa lorsque maman se repose après l’accouchement participera volontiers si ces routines ont déjà été établies avant la naissance du poupon. L’invitation à râteler des feuilles à l’automne avec papa n’est pas perçue comme un abandon ou un rejet de maman puisque ces moments ont déjà été vécus dans le plaisir. L’enfant retire un sentiment de fierté d’être grand.
  4. Inviter l’enfant à choisir un cadeau qui lui sera offert par le bébé à sa naissance. Le poupon reçoit de nombreux présents. Les visiteurs arrivent à la maison les bras chargés de cadeaux pour le bébé. L’aîné peut envier son cadet. Le cadeau offert symboliquement par le bébé à sa naissance atténue le sentiment de jalousie.
  5. Faire l’achat d’une poupée – nourrisson qui deviendra un objet de transfert après la naissance. L’aîné est déçu de n’être plus le seul objet d’amour. Il peut être en colère contre le bébé qui le détrône. La poupée-nourrisson recevra les critiques, sera couchée, punie. Ce jeu permettra à l’aîné d’exprimer ce qu’il ressent.
  6. Limiter les sources de stress: déménagement, changement de milieu de garde, de lit. Maintenir les routines afin qu’il se sente en sécurité. Si l’enfant doit passer de la bassinette au lit, il est préférable d’initier le changement avant la naissance.
  7. Préparer l’enfant au déroulement de la journée de l’accouchement. Décrire la séquence des événements. Qui gardera l’enfant? Où et combien de temps? Cette préparation se fait à la fin de la grossesse puisque l’enfant vit dans le présent.
  8. Proposer à l’enfant de téléphoner à la mère à l’hôpital et de visiter la pouponnière avec ses parents. L’enfant peut aussi faire un dessin ou un bricolage à la mère pour la chambre d’accouchement. Ainsi, malgré la séparation, l’enfant maintient les liens, la communication et se rassure sur le fait que l’amour continue même dans le changement.
  9. Le guide Info-parents II Vivre en famille de la Collection Parents des Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine propose des contes pour enfants et des sites Web qui permettent aux parents de s’informer et d’accompagner leur petit dans l’apprivoisement de cette nouvelle réalité familiale.