Comment faire la transition d’une éducatrice à l’autre pour le parent ? (Lettre d’une éducatrice à un parent)

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Par Sylvie Garceau, enseignante TÉE

Objet: Bâtir un lien de confiance entre l’éducatrice et le parent.

Bonjour à toi cher parent et partenaire,

Au cours des derniers jours, j’ai appris que ton enfant aura bientôt une nouvelle éducatrice.  Rassure-toi, toute notre équipe a le désir d’établir un partenariat avec les familles dans le but de favoriser le bien-être de tous.  Continuer la lecture de Comment faire la transition d’une éducatrice à l’autre pour le parent ? (Lettre d’une éducatrice à un parent)

Accueillir un nouvel enfant : l’entrée progressive pour réduire son stress

Dans les prochaines lignes, je vous invite à réfléchir à l’importance d’une entrée progressive en présence des parents afin de faciliter l’adaptation de l’enfant à son nouveau milieu de garde. Pour ce faire, nous nous référerons au témoignage de Nancy qui accueille des enfants à sa garderie depuis 8 ans.  La collaboration avec les parents, elle y croit.  Voici, ses réflexions.

Je mise sur la collaboration avec les parents dès les premières minutes.

Lors de la première visite des enfants à notre milieu de garde, n’avons-nous pas remarqué qu’en présence de leurs parents ils se sentaient plus confortables dans leur exploration.  Leurs parents étant leur « base de sécurité », c’est avec une certaine assurance qu’ils observent les coins de jeux, qu’ils s’y aventurent et  qu’ils entrent en relation avec nous.  Certains appuyés à leurs parents nous observent, nous esquissent de timides sourires, d’autres plus dégourdis nous questionnent, nous touchent.   D’autres, enfin, acceptent nos bras tendus, tout en gardant un œil sur leurs parents.

Si nous pouvions accéder à leurs pensées à ce moment-là, nous y découvririons le message suivant : « En présence de mes parents, j’ai le goût d’aller vers toi, de te connaître, d’écouter ta voix, d’expérimenter les jeux que tu me proposes.  C’est facile puisque je ne suis pas envahi par les inquiétudes et la peine.  Je me sens également à l’aise de m’approcher des autres enfants, de m’introduire dans leurs jeux comme lorsque je vais au parc en compagnie de ma mère.  Enfin, je trouve ta salle de jeux fabuleuse, j’ai déjà la tête qui déborde de projets.  Laisse-moi venir avec mes parents à quelques reprises et je t’accorderai alors une bonne part de ma confiance. »

Je me souviens de l’arrivée de Samuel qui a tourné au cauchemar.

Le souvenir de la première journée de Samuel à ma garderie restera gravé en ma mémoire à jamais.  Quelques semaines précédant son arrivée, il était venu visiter mon milieu de garde avec ses parents.   Âgé de 4 ans, il était enjoué et curieux.  Pendant que nous discutions, il explorait chaque coin de la salle de jeux avec entrain et entrait en relation avec les autres enfants.   Ma garderie représenterait la première expérience de vie de groupe de Samuel.

Puis arriva sa première journée.  Enthousiasme, il s’est dirigé vers le bac de déguisements.   Constatant que Samuel était totalement absorbé, sa mère décida de s’éclipser en douceur.  Lorsque ce dernier réalisa que sa mère avait quitté les lieux, il ressentit une vive panique.   Il se mit à sangloter et à trembler.  Sa respiration était saccadé et son regard désespéré.  Incapable de le rassurer, j’ai téléphoné à sa mère pour qu’elle vienne le réconforter.

Une fois Samuel consolé et sécurisé, j’ai proposé à sa mère de réaliser une entrée progressive.  Ce que je n’avais jamais osé offrir auparavant,  car la crainte du jugement d’autrui étant trop intense.   Je l’ai convié à rester dans la salle de jeu à un endroit où elle pouvait l’observer discrètement.   Samuel est resté près d’elle au cours de la première heure.  Visiblement, il était encore secoué par les événements.  L’heure qui a suivi fut plus fructueuse du point de vue des explorations.  Peu à peu, il repris confiance et s’intéressa à mon bateau de pirates.  Mère et fils ont quitté ensemble juste avant le dîner.

Puisque la mère était disponible, elle a accompagné son fils pendant quelques jours.  Munie d’un bouquin, elle s’assoyait en retrait.  Nous avons alors planifié, de courtes séparations.   Samuel a participé seul aux activités pour une période d’environ 2 heures, puis 4 heures, et finalement 1 journée.  À chaque départ, sa mère l’embrassait et lui mentionnait qu’elle reviendrait le chercher lorsque l’aiguille de l’horloge toucherait le chiffre désigné.

Personnellement, je me suis promise de ne plus jamais faire vivre un tel stress à un enfant.  Parfois, lors de l’accueil d’un nouvel enfant, en présence des parents, ma vieille crainte du jugement ressurgit.   Je focalise alors mes pensées sur le bien-être de l’enfant et sur les nombreuses retombées positives d’une entrée en douceur pour lui, pour les autres enfants et pour moi-même.  Lorsque le parent n’est pas disponible, j’invite une autre personne significative, telle la grand-mère.

Je me réfère aux étapes du processus d’adaptation.

Les enfants confrontés à la réalité de l’intégration à un nouveau milieu de garde sont amenés à  traverser différentes étapes d’un processus d’adaptation.  En tant qu’éducatrice, j’estime qu’il est essentiel de s’y référer.   Je dispose ainsi de repères pour jauger l’adaptation de l’enfant.  Martin et al. (1992) citent 4 étapes auxquelles correspondent des durées approximatives1 , j’y ai ajouté quelques exemples vécus :

1- La découverte de la nouveauté (3-5 jours)
-Mathis, 3 ans, était très excité lors de ses deux premières journées, l’ennuie l’a gagné à la fin de la semaine.

2- Le choc de la réalité (5-10 jours);
-Jérémie, 11 mois, était étrangement tranquille au cours de sa première journée.  Il explorait très peu.  À sa deuxième journée, il a pleuré toutes les larmes de son corps.  Alexia, 3 ans, refusait de me parler.  Elle était fâchée envers moi.  À ses yeux, c’est moi qui l’éloignais de ses parents.

3- La peur de l’abandon (5-15 jours);
-Juliette, 2 ans, s’assoyait près de l’escalier.  Elle espérait y voir sa mère apparaître.  Julien sanglotait de soulagement au moment où sa mère venait le chercher.  Il semblait lui dire : « Mais, où étais-tu maman? ».

4- L’acceptation (vers la 15e journée).
-Tristan, 2 ans et demi, ne pleurait plus qu’au moment du départ de ses parents lors de sa quatrième semaine à garderie.

Évidemment, les processus d’adaptation sont différents, et ce à l’image des individus.  Il faut donc s’attendre à beaucoup de disparités entre les enfants.  En revanche, j’estime qu’à travers les pleurs et les colères des premières semaines, je possède un repère précieux pour percevoir, chez l’ensemble des enfants, les balbutiements de la création du lien d’attachement.  Je sais, notamment, que ce lien s’enracine lorsque l’enfant se laisse réconforter par mes paroles ou mes gestes d’affection.  Ses pleurs ou sa colère cessent ou diminuent.  Évidemment, dès que je m’éloigne ou  que je le dépose, les émotions l’envahissent et s’expriment à nouveau, haut et fort.  Je ressens alors une grande fierté et je me dis que la partie est presque gagnée car dans mes bras, il a confiance.  Je sais que la patience du jardinier a été récompensée…

Une amie exaspérée m’a dit un jour : « Je suis découragée, si je ne prends pas Olivier dans mes bras, il pleure.  Cet enfant ne s’adapte pas. ».  Elle fut à la fois surprise et soulagée lorsque je lui ai mentionné qu’au contraire, l’enfant s’adaptait très bien et que l’étape la plus importante était franchie.  Il était tout à fait normal qu’Olivier pleure lorsqu’elle s’éloignait de lui.  Le processus d’adaptation suivait son cour.  Elle avait réussit à établir un lien de confiance avec Olivier.  Pour preuve, celui-ci acceptait son réconfort.  Mon amie devait continuer son excellent travail et être patiente.

Linda Gagnon
M.A.  Psychologie
Formatrice et consultante en petite enfance

1 J. MARTIN et al., op.cit., p. 32.

Linda Gagnon
intervenante en petite enfance, consultante et formatrice

Intégration à la garderie: être compris, tout un défi pour l’enfant nouvellement accueilli.

Je me présente, mon nom est Nancy.  Ma garderie a ouvert ses portes il y a 8 ans déjà.  Dans les prochaines lignes, je partagerai avec vous  mon expérience quant à ma compréhension du vécu de l’enfant lors de son adaptation au milieu de garde, un moment fréquemment redouté par les parents et les éducatrices.

Tout d’abord, lorsque je planifie l’arrivée d’un nouvel enfant au sein de mon groupe, je me remémore une activité de visualisation qui m’a aidé à effectuer un parallèle entre les émotions et réactions vécues par un enfant et celles qu’un adulte pourrait expérimenter s’il était confronté à une expérience similaire.   Cette visualisation fut réalisée dans le cadre d’une formation portant sur l’adaptation de l’enfant à son milieu de garde.  Puisque cet exercice m’a aidée à adopter un nouveau regard sur la réalité de l’enfant et de ses parents, je vous invite à vous y livrer à votre tour.

Imaginez qu’une supposément « grande amie » vous ait inscrite à un concours loufoque s’intitulant « Voici tes bagages, tu pars en voyage ».  Du jour au lendemain, toutes vos tâches sont prises en charge et en moins de deux vous vous retrouvez accueillie en Italie par un sympathique couple d’Italiens tout souriant accompagné de deux de leur tout aussi sympathique couples d’amis.  Le hic, c’est que vous ne parlez pas plus italien qu’eux parlent français.  Après une brève présentation, l’équipe de ce fabuleux concours s’éclipse en vous mentionnant qu’elle reviendra vous visiter « bientôt ».  Vous tenez dans vos bras, votre bagage, c’est-à-dire un sac que vous n’avez pas préparé vous-même.  Debout dans le portique, vous vous remémorez que vous ne disposez d’aucun moyen pour rejoindre les gens que vous aimez.  Vous devez patienter jusqu’à qu’ils communiquent avec vous.

1- Comment vous sentiriez-vous dans une telle situation?(Prenez le temps d’y répondre)

2- Quelles seraient vos réactions?

3- Les organisateurs de ce concours décident d’en modifier les paramètres.  Ils souhaitent rendre le séjour des participants des plus agréables. À votre avis, quelles actions la famille italienne devrait-elle poser avant votre arrivée et au cours de votre séjour?

Le processus d’adaptation : des émotions et des réactions variées
Cet exercice réalisé entre collègues a suscité des discussions animées.  Certaines ont souligné qu’elles seraient terrorisées, fâchées, anxieuses, énervées, gênée, etc., tandis que d’autres ont mentionné qu’elles ressentiraient de l’excitation, de la curiosité, du plaisir, de l’enthousiasme, etc.  Des participantes ont précisé que cela dépendrait de la longueur du séjour.  Après quelques jours, l’excitation reliée à la nouveauté céderait à l’inquiétude et à l’ennuie.

De cette réflexion a découlé certains constats.  Premièrement, puisque chacune de nous est différente, en raison de notre tempérament et de nos expériences passées, notre façon de nous adapter le sera tout autant.  Deuxièmement, les défis d’adaptation de ce concours saugrenu ressemblaient drôlement à ceux vécus par les tout-petits…   Plusieurs d’entre nous se sont exclamées : « C’est vrai que ce n’est pas facile. », « Pauvres petits chatons. », « L’enfant ne comprend pas ce qui lui arrive. », etc.   Pour ma part, nouvellement arrivée dans le métier, m’adaptant à mes nouvelles tâches, j’ai réalisé, au cours de l’intégration d’un enfant, que j’étais davantage préoccupée par mon propre stress que celui de l’enfant.

Une panoplie de stratégies pour réduire le stress
Par ailleurs, à la question portant sur les actions que la famille italienne devrait poser afin de réduire le stress du participant et faciliter son adaptation, les réponses ont été multiples.  Les unes ont parlé de l’importance de nous faire connaître à l’avance la destination et la famille d’accueil par le biais de photos, de films, d’appels téléphoniques, etc. Les autres ont mentionné l’importance : d’énoncer nos intérêts, de nous spécifier la longueur du séjour et de nous offrir des moyens pour rejoindre nos familles.  Puis, une des participantes s’est esclaffée : « Moi qui n’aime même pas les pâtes! ».  Imaginons que l’on nous serve, au cours des premières journées de notre arrivée, des plats que nous détestons…  Ainsi, il y a fort à parier que nous nous retrouverions à vivre cette aventure, non seulement avec un estomac noué, mais avec un estomac vide.  Rien pour faciliter la situation.

Être sensible aux défis à relever et aux deuils à vivre
Cette visualisation a permis à chacune des participantes d’identifier des éléments auxquels un adulte pourrait être amené à s’adapter ainsi que des pertes ou des deuils qu’il pourrait devoir surmonter.   La similitude avec la réalité des enfants s’avère frappante.  Parmi les défis à relever, nous retrouvons : s’acclimater à de nouvelles habitudes de vie, apprivoiser un nouveau langage, suivre de nouvelles routines, obtenir réponse à ses besoins, se familiariser à un nouvel environnement physique intérieur et extérieur et, non le moindre, créer de nouveaux liens avec différentes personnes.  Parmi les deuils, nous identifions apprendre à vivre sans les êtres chers : accepter d’attendre qu’ils se manifestent… Bref, nous comprenons que chacun des défis cités peut être abordé sous l’angle du deuil.

Dresser une liste des pertes ressenties
En ce qui a trait aux pertes vécues par l’enfant, je prends soin d’en dresser la liste afin de personnaliser mes interventions.  Ainsi, Florence s’ennuyait de son ancienne éducatrice, de ses anciens camarades et d’une petite amie avec qui elle s’amusait au parc, et ce presque tous les jours.  Par contre, Mathieu, qui venait tout juste d’aménager dans notre ville, s’ennuyait tout particulièrement de son frère aîné, qui avait débuté la maternelle, et de son grand-père, qui avait pour rôle de les ramener à la maison.  Je me souviens également que Mathieu me questionnait souvent au sujet de l’absence d’une cabane dans mon arbre, une cabane avec une cachette secrète.  Ce jeu,  présent à son ancien milieu de garde, lui manquait beaucoup.

Communiquer, c’est décodé
Au cours de la formation, je me souviens qu’une participante, se référant au voyage en Italie, s’est écriée : « Oui, mais au moins, habituellement, nous parlons la même langue que l’enfant. »  La formatrice avait insisté sur le fait que la langue ne représente qu’un des aspects de la communication.  En fait, dans notre rôle d’éducatrice, nous devons investir de façon, plus ou moins consciente, beaucoup de temps pour décoder les besoins, les réactions, les émotions et les comportements des enfants nouvellement accueillis.

Pourtant, pour l’enfant, il lui suffit d’adresser un regard ou une mimique à sa mère pour être compris, pour que celle-ci réponde à ses besoins.  Avec sa nouvelle éducatrice, tout est à recommencer.  Sans compter qu’il doit lui aussi se prêter au même exercice.  En effet, il lui faut apprendre à décoder les messages verbaux et non-verbaux de son éducatrice.  L’expressivité émotionnelle différant d’un adulte à l’autre, un enfant pourrait être amené à constater que sa mère parle fort lorsqu’elle est fâchée, tandis que son éducatrice parle fort lorsqu’elle est enjouée.

Pour terminer
Depuis que je m’efforce d’endosser le point de vue de chaque nouvel enfant que j’accueille, je ne suis plus à court de stratégies pour favoriser l’intégration.  Cette sensibilité accrue au vécu de l’enfant m’a amenée à tirer profit au maximum des stratégies telles que la fiche d’accueil, la rencontre avec les parents et l’élaboration d’un plan d’intégration personnalisé en présence des parents.  Je vous parlerai de ces stratégies en détail très bientôt.

Linda Gagnon
intervenante en petite enfance, consultante et formatrice

Changements de groupe : préparation ou improvisation ?

Sylvie Garceau, TEE et Linda Gagnon, psychologue et formatrice
Juin 2014
www.aveclenfant.com

Chaque année dans nos milieux de garde, les enfants doivent faire preuve d’adaptation lorsqu’ils changent de groupe que ce soit parce que c’est la période officielle de transition (août-septembre) ou encore parce qu’en cours d’année, une place s’est libérée engendrant dans le milieu de garde, une série de transition d’un groupe à l’autre pour plusieurs enfants. Des facteurs, tels l’âge de l’enfant ou son tempérament viendront bien sûr influencer cette intégration. Toutefois, nous croyons que les différents intervenants du milieu de garde peuvent y faire une grande différence. Nous suggérons donc la mise en place de certaines pratiques afin de contribuer à rendre l’accueil de l’enfant et de son parent le plus prévisible et chaleureux possible.

Planifier tôt le choix des groupes

La planification est la clé de la réussite de cette transition. La façon de choisir les groupes dans les services de garde est différente selon les milieux.  Généralement, c’est lors d’une rencontre d’équipe que ce choix est fait. Nous suggérons de réaliser cette étape le plus tôt possible avant l’été. Nous recommandons de faire cette réunion au plus tard au mois de mai. Ainsi, nous pouvons nous assurer que l’éducatrice va connaître son poste futur. Nous proposons également aux gestionnaires d’établir le plus rapidement possible la liste des enfants des différents groupes ainsi que l’organisation des vacances du personnel éducateur. Vous vous demandez pourquoi toute cette préparation? Nous devons préparer l’enfant à cette transition qui sollicite ses capacités d’adaptation et représente un agent important de stress. La création de la relation d’attachement et le processus de détachement ne devraient jamais être banalisés ou pris à la légère.

Jasmin, âgé de 3 ans, a bénéficié grandement de cette stratégie. De tempérament anxieux, son changement de groupe était appréhendé par l’éducatrice et les parents. Dès, le mois de mai, de petites visites ont été planifiées avec Tricia, sa future éducatrice, pendant les périodes de jeux libres et les collations. Peu à peu, le lien s’est établi et Jasmin avait hâte d’aller faire ses coucous journaliers. Pendant les visites de Jasmin, pour sa part, Tricia invitait à se rendre chez l’éducatrice de ce dernier un enfant de son groupe de nature extravertie très heureux qu’on lui offre de la nouveauté.

Une fiche d’accueil à chaque année : une stratégie à enraciner

Dans le contexte du programme éducatif, un des principes est d’établir un partenariat et une collaboration avec le parent. Pour ce faire nous proposons aux éducatrices de construire un questionnaire à l’attention du parent. Ce dernier est remis par l’éducatrice ou par les gestionnaires aux parents dès que l’attribution des enfants est complétée. Le parent devra remplir ce questionnaire comportant des questions concernant son enfant afin que la nouvelle éducatrice puisse mieux le connaître (Note : à la fin du présent texte vous trouverez une liste d’exemples de questions pour construire votre propre questionnaire. Il ne vous reste qu’à « copier-coller » les informations, à vous de personnaliser « votre questionnaire ».).

Nous sommes convaincues que ce questionnaire d’accueil de l’enfant fait une différence marquée lors de la transition. Nous croyons également que cette planification devrait être amorcée avant les vacances estivales du personnel éducateur. Le questionnaire doit être rempli avant que l’enfant arrive dans son nouveau groupe. À la lecture de ce dernier, l’éducatrice communique par téléphone avec le parent afin de valider les informations du questionnaire d’accueil et démontrer son intérêt envers l’arrivée prochaine de son enfant.

L’entretien téléphonique est un pas très important dans l’établissement d’une relation de confiance entre elle et le parent. L’éducatrice pourrait réserver certaines questions pour l’échange téléphonique. La direction pour sa part doit s’assurer de libérer l’éducatrice pour la période des entretiens téléphoniques. Elle enverra une lettre à tous les parents pour mentionner qu’au cours des prochains jours, la tâche de compléter les agendas sera suspendue pour réaliser cet important mandat. Évidemment, ce service sera maintenu pour les enfants nécessitant des suivis particuliers.

L’éducatrice annoncera également le moment où l’enfant quittera son ancienne éducatrice et le moment où elle débutera l’accueil de ce dernier. Nous suggérons également au personnel éducateur de parler avec les enfants du changement de groupe à venir en effectuant la visite du futur local et en présentant à l’enfant sa nouvelle éducatrice.

Quant à l’éducatrice nous croyons qu’elle doit remettre en même temps que le questionnaire une fiche de présentation avec sa photo, son nom et une courte description. Par exemple, elle nommera ce qu’elle aime faire avec les enfants (bricoler, se déguiser, jouer à  l’extérieur…). Elle peut aussi décrire ses  valeurs  ou dire ce qu’elle désire transmettre à son groupe d’enfant. Elle devrait joindre un calendrier indiquant la date à laquelle l’enfant sera dans son nouveau groupe. Tout ceci dans le but de préparer l’enfant et de favoriser l’implication du parent dans le processus du changement de groupe. Une procédure adéquate et bien établie au sein d’une équipe peut rendre cette période moins lourde et angoissante tant pour l’enfant, le parent, et l’éducatrice. Prévoir du temps pour planifier ces changements est un gage d’une bonne qualité des services.

Au CPE, Alexis, 3 ans ½, attendait avec impatience le retour de Lise, son éducatrice, en vacances depuis 2 semaines à la mi-août. Croyant bien faire, le CPE avait planifié, le changement de groupe pour la première journée de son retour. Lise accueilli les nouveaux enfants, Alexis fut reçu dans un autre groupe tandis que  deux  de ses camarades qu’il appréciait furent dirigés vers un autre groupe. Alexis était en état de choc, il ne comprenait rien à tous ces changements pour lesquels il n’avait pas été préparé. Il croyait sauter dans les bras de son éducatrice et enfin retrouver sa « vraie vie de groupe », car bien que gentille, l’éducatrice qui effectuait les remplacements de vacances, ne possédait pas le même lien d’attachement avec lui. Alexis pleurait, faisait de crises, était déprimé, il n’arrivait pas à s’adapter. Pour Lise, plus jamais, d’improvisation de la sorte. Elle fut bouleversée par la peine et la détresse d’Alexis et se questionna sur les émotions ressenties par les autres enfants de nature un peu moins démonstrative.

Les changements en cours d’année : qu’en est-il?

Ces changements sont souvent difficiles voire impossible à planifier. Ils peuvent être causés par un déménagement subi, une séparation, une maladie ou autres évènements de vie.  Les éducatrices disposent alors d’une faible marge de manœuvre pour effectuer la transition. Ce n’est pas le critère de l’âge de l’enfant qui devrait guider le choix de l’enfant qui vivra la transition mais plutôt ses capacités d’adaptation.  De plus, les mesures citées plus haut devraient être mises en place : questionnaire, entretien téléphonique, visites ponctuelles.

En avril, Julie devait accueillir un nouvel enfant. Pour ce faire, il lui fallait transférer un enfant à sa collègue. Elle décida de ne pas désigner Miriam, bien qu’elle soit la plus âgée du groupe. En analysant, tous les changements auxquels Miriam serait confrontée, il était clair que ceux-ci représentaient trop de défis pour son tempérament inhibé. Myriam aurait été transférée dans le groupe d’Hélène jusqu’à la période des vacances. Par la suite, elle aurait vécu les remplacements de vacances, puis aurait été accueillie avec Maryline en septembre. Son choix, s’arrêta sur Élodie, grande exploratrice de nature, qui pour sa part fut enchantée d’aller explorer de nouvelles contrées. Julie planifia avec la future éducatrice de Miriam de courtes visites pour développer peu à peu le lien d’attachement.

Le rôle du parent

À la maison, le parent, ayant en main les informations sur la future éducatrice de son enfant et sur la date où son enfant sera accueilli par cette dernière, est invité à construire un petit calendrier où il peut aider son enfant à compter les dodos. Combien de temps à l’avance doit-il informer son enfant?  Cela dépend de son tempérament. Toutefois, un calendrier qui cible les deux semaines qui précèdent le changement pourrait s’avérer judicieux. Trop longtemps à l’avance peut devenir anxiogène. En connaissant la journée officielle de son changement de groupe, cela lui permet, avec le soutien de son parent, de préparer une petite carte pour dire aurevoir à son éducatrice. Une façon concrète de s’approprier son départ et son arrivée au sein de son nouveau groupe.

Si dans le CPE de votre enfant, il n’y a pas de questionnaires ou d’entretiens téléphoniques de planifiés, demandez à la direction d’obtenir un entretien téléphonique ou de rencontrer la nouvelle éducatrice de votre enfant quelques minutes. Remettez-lui les informations que vous aimeriez lui transmettre. Vous pouvez vous inspirer des questions ci-dessous.

Suggestions de questions à inclure dans le questionnaire d’accueil:

Activités, intérêts, routine

-Les activités qu’il aime, ses jeux et jouets favoris.

-Ses personnages et ses émissions préférés, ses livres d’histoire ou chansons préférés.

-Est-il attaché à des objets : couverture, toutou, suce.

 

Tempérament, réactions

-Décrivez son tempérament, ses qualités

-Ce qui le fait rire, ce qui le fait pleurer. Comment apaisez-vous ses peurs? Ce qui le rend triste.

-Comment le consolez-vous consoler?  Ce qui l’impatiente, le met en colère. Comment le calmez-vous lorsqu’il est en colère?

-Ce qu’il déteste

-Quels sont les activités que vous aimez faire ensemble?

-A-t-il un surnom?

-Ses goûts et ses besoins alimentaires, ses habitudes de sommeil, son rituel de dodo;

-Est-ce qu’il prononce des mots, aime-t-il parler?

 

Apprentissages : succès et défis

-Est-ce que l’enfant est dans une période d’apprentissage particulière (ex. : apprentissage à la propreté; utilisation des ustensiles)?

-Ses réussites (nouvelles habiletés maîtrisées) au cours des dernières semaines.

-Les défis à relever au cours des dernières semaines, (ex. : il doit se pratiquer à faire des belles demandes, à enfiler ses vêtements seuls, etc.)

-Quelles sont les choses dangereuses qu’il est porté à faire?

-Quel est son état de santé  (dents qui percent, otites, etc.)

 

Ma vie avant la garderie

-Comment se déroule une journée à la maison?

-Ses expériences de garde passées.

-A-t-il l’habitude de jouer seul ou avec d’autres enfants?

-Présentation de sa famille (parent, frère sœur)

-Les personnes importantes pour lui et les activités qu’il réalise avec elles (grands-parents, voisins, ami(e)s)

-Photos de sa famille, des personnes qu’il aime, de son animal domestique.

-Est-ce que des changements majeurs sont survenus dans sa vie ou dans celle de sa famille ces derniers temps?

 

Changements

-Quels sont les évènements qui ont influencé ou peuvent influencer l’humeur ou le comportement de votre enfant? (naissance, séparation, décès, départ ou absence d’une personne significative, etc.)

Séparation difficile à la garderie

Un papa s’attarde à la pouponnière. Il hésite à partir. Il a les yeux remplis de larmes. Il semble triste. Le bébé pleure. Comment peut-on répondre aux besoins du père et de l’enfant?

L’être humain est un être de langage dès sa naissance. On doit avoir à l’égard du bébé le même respect que l’on a vis-à-vis de l’adulte. L’intervenant doit dire vrai et parler à l’enfant de ce qu’il observe de la réalité immédiate de son monde émotif et ce même au bébé.
Le bébé ressent le ton respectueux de la voix et l’intention rassurante de l’interlocuteur. Les mots deviennent porteurs de sens. L’intervenant s’adresse donc à l’enfant lorsque le parent et l’enfant sont présents ensemble lors des échanges. Les paroles dites au bébé touchent le parent et mettent l’enfant dans la relation.
On doit aussi se demander quels sont les besoins du parent et ceux du bébé dans la situation décrite.

Besoins du parent

  • Besoin d’être compris dans sa difficulté à se séparer de son bébé.
  • Besoin d’être accompagné dans cette séparation passagère.
  • Besoin d’être rassuré par rapport aux soins prodigués dans le milieu à son bébé.

Besoins du bébé

  • Besoin d’être rassuré, de sentir son parent confiant dans la qualité des soins et surtout des relations qui règnent dans le milieu de garde.
  • Besoin d’être rassuré face à la continuité des soins, soins à la maison prolongés et reproduits en milieu de garde.
  • Besoin de sentir l’intervenant confiant, rassurant, calme et respectueux avec son parent qui demeure le pilier de sa sécurité affective.

L’intervenant peut donc dire au bébé dans les bras de son papa:
«Ton papa est triste comme toi. Il trouve ça difficile de partir travailler et de te confier à moi. Tu sais, c’est nouveau la garderie. Si tu veux on va l’aider à te dire au revoir. Tu vois je te tends les bras et je vais te prendre aussi longtemps que tu en auras besoin

On peut demander au parent, lorsqu’il se sent prêt, de nous confier le bébé dans nos bras. Il faut éviter de saisir le bébé. La transmission de la responsabilité doit être faite doucement et non à l’arraché. Le bébé sait alors que papa a confiance, se rassure et est capable de créer des liens positifs avec son éducatrice.

Ses premiers pas en garderie

Je retourne travailler dans un mois et je veux préparer mon enfant à son intégration dans son milieu de garde. Comment dois-je m’y prendre afin de faciliter son adaptation?

Voici quelques conseils afin de faciliter l’intégration de l’enfant en milieu de garde. Plus l’intégration se fait progressivement plus l’adaptation est facile.

Nouvel environnement

  1. Faites visiter la garderie à votre enfant en prenant soin d’explorer son local (lieu de dodo, de repas, jouets, casier personnel), la cuisine, la cour extérieure et les toilettes. L’enfant se préoccupe particulièrement des besoins de base, qui lui fera son repas, où dois-je faire pipi, etc.

    Nouvelles relations

  2. Présentez l’éducatrice et la cuisinière à votre enfant. Expliquez à votre enfant leur rôle et dites lui la confiance que vous avez en ces personnes.
  3. Préparez votre enfant à la vie de groupe. Nommez le plaisir de jouer avec d’autres enfants. Si vous connaissez certains enfants qui fréquentent la garderie, rassurez votre enfant en lui rappelant qu’il retrouvera Julien ou Claire.
  4. Allez jouer avec votre enfant au parc visité par la garderie. Il apprivoisera ainsi les futurs compagnons de jeux et l’éducatrice.

    Communication entre le parent et l’éducatrice

  5. Parlez de votre enfant à l’éducatrice. Dites lui quels sont ses goûts, ses peurs, ses habitudes, vos trucs pour le consoler ou l’endormir. L’éducatrice apprendra à le connaître et ainsi saura mieux le respecter dans ses rythmes et sa personnalité.

    Nouvel horaire

  6. Prévoyez une période d’entraînement au nouvel horaire; lever plus tôt, heure du dîner, sieste en après-midi. Informez-vous des rituels du milieu de garde et adaptez votre propre horaire journalier à ce rythme progressivement. On évite ainsi à l’enfant ce stress.

    Contexte de groupe

  7. Développez chez votre enfant l’autonomie. Dans un contexte de groupe où l’éducatrice doit accompagner 7 ou 8 bambins dans l’apprentissage de l’habillage, de l’alimentation autonome ou de la propreté; l’enfant vit de l’attente. Savoir accomplir des petits gestes comme baisser son pantalon, utiliser la fourchette, enlever ses chaussures, mettre son chapeau, devient pour l’enfant un atout et source de grandes fiertés.

    Intégration progressive

  8. Intégrez votre enfant à son groupe d’amis avant votre première journée de travail. Prolongez graduellement le temps passé à la garderie. Par exemple, la première journée à la garderie l’enfant vit la collation et la période de jeu et retourne dîner à la maison. Puis il pourra rester jusqu’à la sieste et dîner à la garderie.
  9. Apportez un objet familier de la maison à la garderie (toutou, couverture). Les odeurs familières rassureront votre enfant.

    Rituels

  10. Ayez des rituels, rituel du départ, rituel du retour. La stabilité permet de construire un sentiment de sécurité. Un horaire stable facilite l’intégration. L’enfant sait par exemple qu’après la collation d’après-midi tous les jours papa vient me chercher et que tous les matins maman vient me reconduire après que le grand frère soit parti pour l’école.
  11. Amusez vous à créer des rituels de salutations, 2 câlins, 4 bisous et 3 «bye-bye» et maman s’en va travailler. Soyez fidèles à ces marques d’affection.

Un article sur ce thème intitulé «Les gros chagrins du matin» est paru dans le Magazine Enfants Québec, tout sur le bébé en avril 2001.

En milieu de garde depuis 1 mois et il pleure toujours…

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance

septembre 2012

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Les recherches démontrent qu’il existe un lien entre la qualité de l’attachement à sa mère et la capacité du très jeune enfant à s’adapter aux relations avec d’autres adultes et d’autres enfants. Si la mère est chaleureuse, fiable, si elle sait répondre à ses besoins physiques et affectifs de façon stable et prévisible, l’enfant acquiert un sentiment de sécurité.  Il devient confiant et convaincu que les adultes peuvent être bons pour lui. La qualité des premières relations facilite donc l’intégration en milieu de garde. L’enfant attaché à ses parents réagit à la séparation du matin. Il pleure, s’agrippe à son parent, peut crier. Il dit à sa façon à ses parents qu’ils sont ses figures d’amour, importantes pour qu’il se sente bien. Mais après le choc de la réalité, alors que le petit comprend que maman ou papa est parti et que cette dure réalité se reproduit tous les jours, vient pour plusieurs, la peur de l’abandon. L’enfant s’inquiète du retour éventuel de son parent.

Le processus d’adaptation se vit de façon différente pour chacun, plusieurs facteurs peuvent d’ailleurs l’influencer et moduler la durée et l’intensité de la réaction de la réalité. La stabilité du personnel est importante pour l’établissement du lien de confiance entre l’enfant et l’éducatrice. Toute nouvelle personne doit être introduite à l’enfant. L’éducatrice doit posséder une sensibilité et des connaissances du bébé qui lui permettent de bien décoder ses besoins et y apporter des réponses adaptées afin de le sécuriser. L’adaptation sera plus facile si l’enfant est intégré à la garderie avant le 6e ou 7e mois alors qu’à 8-9 mois, la peur des étrangers rend l’arrivée en milieu de garde plus difficile.

Le tempérament du bébé joue aussi sur le processus d’adaptation. Certains enfants plus calmes réagiront en dormant davantage alors que les plus actifs risquent de pleurer davantage. Un parent confiant transmet son enthousiasme face à la garderie à son enfant. Peu à peu, l’enfant sécurisé s’intéressera aux jouets, se montrera curieux des activités, des propos de son éducatrice. Certes, certains continueront de pleurer lors du départ mais se laisseront consoler puis distraire par l’éducatrice souriante et calme et par les joyeux lurons actifs autour d’eux. Mais si les pleurs persistent durant plus d’un mois ou réapparaissent, que l’enfant s’accroche à ses parents d’une façon inhabituelle, et qu’il se montre inconsolable, … dont le comportement n’est plus le même au retour des parents, on doit s’inquiéter et observer.

On peut se demander si les réactions de l’enfant sont les mêmes lorsqu’il se fait garder par grand-maman par exemple. Si oui, il peut s’agir de l’insécurité de l’enfant. Si non, le milieu de garde peut être en cause ou l’attitude des parents face à la fréquentation de l’enfant en milieu collectif. Les enfants comme des éponges absorbent, ressentent l’inquiétude de leurs parents.

Les bébés pleurent pour signaler un besoin immédiat ou encore pour évacuer un stress. L’objectif n’est pas d’empêcher le bébé de pleurer mais bien de décoder la source de sa gêne, les causes de son stress. Il se peut aussi que la garderie ne lui convienne pas et qu’un autre mode de garde sera préférable. Quoiqu’il en soit, il ne faut pas négliger les signaux de détresse que l’enfant envoie. Les deux premières années de vie de l’enfant sont cruciales pour l’établissement de liens d’attachement de qualité, base des relations sociales ultérieures. Ne laissons pas nos petits pleurer durant des mois sous prétexte qu’un bébé ça pleure ou qu’il n’y a pas de place ailleurs. Cette détresse doit être entendue, comprise et apaisée. Il vaut mieux consulter et être rassuré que de négliger et ainsi laisser des blessures profondes marquer le petit. Le Chu Sainte-Justine offre d’ailleurs les services d’une Clinique d’attachement.

Bibliographie

Baron, C. (2001) Les troubles anxieux expliqués aux parents. Éditions Hôpital Sainte-Justine.

Bourcier, S. (2004) Les gros chagrins du matin dans Comprendre et guider le jeune enfant à la maison, à la garderie. Éditions Sainte-Justine.

Gauthier, Y, Fortin, G., Jeliu, G. (2009) L’attachement, un départ pour la vie. Éditions Hôpital Sainte-Justine.

Martin, J., Poulin, C., Falardeau, I. (2003) Le bébé en garderie. Presses de l’Université du Québec.

Salter, A. (1999) Pleurs et colères des enfants et des bébés. Jouvence Éditions.

L’intégration du bébé en pouponnière… Attention bébé fragile!!!

Lyne Archambault, éducatrice –  formatrice
 

Août 2012

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Le mois d’août signifie, pour toutes éducatrices, les vacances d’une part et de l’autre l’amorce d’une nouvelle année au C.P.E. En pouponnière, à mon sens, il existe une façon de faire afin que les enfants et les parents soient accueillis avec empathie et qu’un lien de confiance s’installe jour après jour. Voici mes actions et interventions gagnantes qui m’aident à réussir, année après année, ma rentrée à la pouponnière.

TOUT D’ABORD, LE PARENT EST ACCUELLI

Pour initier  un climat de confiance, je rencontre les parents afin de les connaître et découvrir leur bébé. Je leur consacre une heure individuellement avec un questionnaire qui m’informe sur la santé, les habitudes et les comportements de leur poupon. Sans la présence du petit, il est plus facile d’échanger entre nous. De plus, je  réponds  à toutes les questions des parents. Ensemble, nous élaborons un plan d’intégration parfois plus court ou plus long selon les possibilités de chacun des parents.  La pouponnière reste ouverte aux parents utilisateurs : ils sont toujours les bienvenus. Cet environnement appartient à leurs enfants, à moi et à eux !!

La façon de quitter la pouponnière est toujours expliquée aux parents. Lors de l’arrivée de l’enfant à la pouponnière, on ne quitte jamais en cachette que le petit chou soit occupé ou non.  On  doit établir ensemble un rituel de départ pour l’enfant avec ses parents.

 

Quand le parent est prêt à quitter après avoir joué ou non dans le local, assis par terre avec son enfant, il me prévient. Je prends alors le bébé, le parent traverse la clôture. Après un dernier bisou à maman ou papa, je dis : « (Le prénom du bébé), ton papa, ta maman reviennent  tantôt» et la porte se ferme. Que le bébé pleure ou non la porte reste fermée. Les parents peuvent toujours jeter un œil par le trou du passe plat chez la cuisinière ou m’appeler en tout temps pour du réconfort. Parallèlement, les visiteurs sont limités en période  d’intégration.  Une affiche collée sur la porte  indique à tout le monde que les visiteurs sont limités. La porte du local  reste fermée en tout temps. Un lien d’attachement est en train de se construire et c’est précieux.

 

JE M’ORGANISE

Avec les informations  recueillies  lors de notre rencontre, j’organise mon local en notant sur mes tableaux les habitudes alimentaires, de sommeil et d’hygiène de chaque bébé pour  m’organiser et établir une routine afin de respecter le rythme biologique de chacun.  Je sors les jeux préférés et le matériel nécessaire, car en période de séduction on apprend à se connaître.  Répondre au plus vite aux besoins des enfants et communiquer avec lui renforcent son lien de confiance et établissent un lien d’attachement.

Les premiers jours l’observation est primordiale. On s’apprivoise dans notre local : je tente d’avoir des sourires et retiens pour les prochains jours les jeux favoris pour les obtenir de nouveau. De plus, je parle aux enfants, je surveille les signes d’insécurité. Je suis toujours là, en parole. Si je ne suis pas dans leur champ visuel, je nomme ce que je fais.

Il est de notre responsabilité de prendre en main l’adaptation de chaque enfant, de chercher des solutions  adaptées et de se baser sur nos observations. Il ne faut oublier de souligner aux parents ce que l’enfant a aimé et les moments plus difficiles que vit son bébé. Bref, la communication est toujours importante. Acceptez toujours l’aide et les commentaires des parents, ils peuvent nous mettre sur une bonne piste !

 

MA TECHNIQUE POUR QUE L’ENFANT DÉLAISSE MES BRAS :

1 – Je prends le bébé quelques instants, je tente de l’intéresser ;

2 – Je m’assois par terre avec lui dans mes bras ;

3 – J’assois le petit entre mes jambes sur le plancher pour qu’il se retrouve à côté de moi.

Il faut de la patience et beaucoup de concentration. Le temps d’adaptation est différent pour chacun. L’enfant est unique. La constance et la  répétition  aident  à  rassurer les bébés.

Je laisse aux petits ses objets de transition pour assurer son réconfort : sa suce, sa doudou, son toutou avec les odeurs de sa maison. Des petits sièges, des carrosses et des boîtes de carton le sécurisent, car il se sent entouré et bien assis. Ces outils m’aident  pour aller dehors ou lorsque mes bras et mes mains sont occupés. En laissant ma main sur lui, en tenant sa main, je suis près de lui sans nécessairement l’avoir dans mes bras. Je dois partager équitablement mes bras et donner de l’attention à  chacun.

Pour cette période, les parents fournissent la nourriture en purée, les biberons préparés, les collations préférées de leurs trésors qu’ils laissent dans des paniers identifiés à leurs noms dans notre frigo pour que l’enfant retrouve ses goûts et le réconforte lors de cette routine. Un coin de photos de famille est installé sous la table à langer pour l’année. Chaque bébé découvre sa famille dans une porte cachette qu’il soulève. Coucou !!! J’utilise les couvercles de serviettes humides pour bricoler les cachettes.

L’organisation et les choix de l’équipe de travail sont au cœur de la réussite d’adaptation avec un groupe de poupon.  Je travaille tous les jours soit 5 matins de 7h00 à 13h30, tandis que ma collègue travaille tous les jours, les après-midis, de 13h00 à 18h00  (horaire particulier pour notre groupe). J’accueille tous les matins les petits. Les poupons apprivoisent donc mon visage et celui de ma collègue. Cette période n’est pas  recommandée  pour intégrer une stagiaire.

Courage mes chères consoeurs  lors de cette période ! Avec du temps, de la patience, des petites attentions, de la générosité et sans doute en  s’oubliant un peu, on offre notre meilleur aux bébés en  intégration.  Les petits demandent tout notre temps. À force de travail répété, comme par magie, la constance dans la routine et la confiance seront bientôt acquises. Un lien d’attachement sera créé et l’année se poursuivra dans le plaisir et la sécurité. Quand le bébé se sent en  sécurité,  il est prêt à conquérir le monde. BONNE RENTRÉE !

Faciliter l’intégration d’un poupon

Marie-Lyne l’éducatrice de la pouponnière est toujours un peu préoccupée par la rentrée d’un nouveau poupon. Elle remarque que la capacité d’adaptation varie d’un enfant à l’autre. Elle voudrait bien mettre en place des moyens susceptibles d’aider l’enfant à s’intégrer au groupe.

Effectivement, plusieurs facteurs influencent l’adaptation du petit à son milieu de garde. L’âge ainsi que le tempérament sont des facteurs internes qui ont un impact. Dès la naissance, l’attachement du bébé se construit avec une personne significative (la mère). La totale dépendance du poupon permet à la mère de prendre contact avec son petit. Les soins prodigués, les paroles réconfortantes, son odeur et ses gestes de tendresse participent à l’établissement du lien d’attachement sécurisant. Durant les premiers six mois l’enfant manifeste son insécurité, lors de la séparation, quelquefois par des pleurs ou encore par un appétit moindre et parfois même par des problèmes de sommeil.

Après six mois, le duo amoureux est difficilement dissociable, la fibre de l’attachement est bien tissée. Le bébé peut vivre du stress lors de la séparation. Trois phases sont alors observables, la protestation, le désespoir et la création d’un lien d’attachement avec un autre adulte, son éducatrice. La protestation se caractérise par le refus d’avoir des contacts avec des adultes autres que ses parents. Le bébé réagit en s’accrochant à sa mère, en évitant le contact visuel avec son éducatrice et en raidissant son corps lorsqu’il est pris. Quant à la phase du désespoir, elle s’exprime par des pleurs intenses, isolement et absence de jeu. Enfin la création d’un nouveau lien d’attachement avec l’éducatrice indique que l’enfant s’adapte et fait confiance. Il est capable d’aller vers les autres, de jouer, de tendre les bras à son éducatrice, de se montrer détendu lorsqu’elle le prend, d’accepter les soins, d’échanger des regards et des sourires.

Pour certains enfants le passage d’une phase à l’autre est plus difficile. Le tempérament de l’enfant teinte sa capacité d’adaptation. Le tempérament intense manifestera fortement son désaccord aux changements alors que l’enfant au tempérament plus facile sera curieux pour découvrir son nouveau milieu de vie. Les réactions du parent, la fréquence de l’enfant dans le milieu ainsi que l’organisation du milieu à recevoir un nouvel enfant sont des facteurs externes qui influencent également l’adaptation du poupon.

C’est durant la période d’adaptation que le parent remet souvent son choix en question. Son insécurité, son questionnement et parfois même son manque de confiance envers l’éducatrice est ressentit par le petit et ça ne lui permet pas d’être en sécurité avec son éducatrice. Le rôle de l’éducatrice est alors très important pour sécuriser le parent et l’enfant dans son adaptation. Répondre aux questions du parent, l’informer sur les réactions possibles de son enfant lors de la période d’adaptation, le questionner sur ses inquiétudes aidera le parent à prendre contact avec l’éducatrice de son enfant. Une rencontre préalable sans la présence de l’enfant permettra d’amorcer la confiance du parent envers l’éducatrice de son enfant. La régularité de la fréquentation du petit dans son milieu l’aidera à anticiper les moments de vie, prévoir les changements et mieux accepter sa nouvelle vie à la pouponnière. Établir avec le parent, un horaire d’arriver et de départ stable afin de répondre adéquatement aux besoins physiologiques de son l’enfant. La stabilité du personnel dans l’organisation du milieu facilitera également l’adaptation du petit et du grand à la pouponnière.

Afin d’aider à l’adaptation des tout-petits, Marie-Lyne propose à l’équipe de la pouponnière de mettre en place un plan d’intégration comprenant 5 A.

  • ACCEPTATION: accepter la famille et l’enfant tel qu’il est.
  • ACCUEILLIR: mettre en place des stratégies qui répondent aux besoins de chacun des enfants.
  • AGIR: développer des outils, matériel et moyens pour favoriser l’intégration en douceur.
  • ADAPTER: revoir le fonctionnement du milieu pour faciliter l’intégration de chacun des enfants en ajustant et en apportant des changements.
  • AIDER: ajuster le milieu physique de façon à répondre aux besoins, goûts et intérêts de jeux des nouveaux enfants.

Voilà la proposition de Marie-Lyne pour mieux vivre l’intégration avec un nouvel enfant à la pouponnière. Il ne lui reste plus qu’à mettre en place son guide de survie… pour mieux vivre l’intégration avec ses petits.

Planifiez l’intégration d’un poupon

Émile a dix mois. Pour faciliter son intégration au CPE, il est venu trois jours par semaine pendant deux semaines. Depuis un mois, il vient cinq jours par semaine. Dès qu’il arrive, Émile pleure et hurle. Il est complètement désespéré lorsqu’il voit ses parents franchir la porte du local. Il ne s’intéresse pas aux jouets, il ne cherche que les bras des éducatrices. Les éducatrices ne savent plus quoi faire. La vie est difficile à la pouponnière. Lorsqu’Émile pleure, les autres enfants sont tendus, plus inquiets et se mettent à pleurer à leur tour. Le soir, les parents d’Émile partent en coup de vent sachant bien ce que les éducatrices vont dire sur la journée de leur petit.

Dans un texte précédent, j’ai parlé des étapes d’adaptation du petit et du parent dans un processus d’intégration. Voyons maintenant l’organisation de la pouponnière, les attitudes et rôles des éducatrices ainsi que les outils à mettre en place pour faciliter l’adaptation de toute une famille.

Le parent qui choisit de mettre son jeune enfant en pouponnière doit accepter la perte de l’exclusivité avec son enfant, les différences du milieu, les réalisations de son enfant en dehors du regard maternel. En plus des inquiétudes que ce changement apporte, il doit concilier famille/travail et s’entraîner à un nouvel horaire. Ouf! Beaucoup de choses pour le cœur d’un parent.

De son côté, l’éducatrice doit soutenir, informer le parent de ses observations, accepter les différences des familles et chercher à connaître l’enfant pour son mieux-être. Voilà le défi que les éducatrices doivent rencontrer dans un contexte d’un service de garde.

Il est certain que la période d’adaptation demande du temps et de l’acceptation autant du côté de l’enfant et de son parent. Afin que la nouvelle famille développe un lien de confiance, la pouponnière doit mettre en place une organisation physique et humaine pour s’assurer d’une intégration gagnante. Les éléments incontournables sont:

  1. Créer un environnement accueillant
    Créer un lieu où le parent peut s’asseoir confortablement avec son enfant à l’arrivée du matin et au départ le soir. Cet endroit peut servir aussi pour échanger avec d’autres parents du groupe. Une causeuse ou sofa recouvert d’une housse lavable peut être utile, soit dans le local ou à l’extérieur.
  2. Développer une méthode de jumelage
    Jumeler des anciens parents à de nouveaux parents sur une base volontaire. Les échanges peuvent aider à démystifier ses inquiétudes comme parent.
  3. Établir un processus d’intégration centré sur les besoins des familles
    Des études démontrent que 75% des enfants s’adaptent à leur éducatrice; les moyens mis en place pour aider le petit à s’adapter vont aider dans ce sens. Voici un exemple qui peut être modifié selon le besoin des familles. Proposez au parent un plan d’intégration qui s’échelonne sur une semaine.

    • Dans un premier temps, il est important de rencontrer le parent seul sans son enfant pour prendre contact et l’informer du fonctionnement de la pouponnière. Profitez de ce moment pour faire visiter les lieux.
    • Dans un deuxième temps, visite du parent avec son petit, prenez contact avec l’enfant et observez le parent avec son enfant. Placez cette visite dans un moment de routine, soit durant une collation, les jeux libres pour permettre à la famille de vous voir en action avec les autres enfants. Le parent peut en profiter pour prendre des distances progressives dans le local tout en étant disponible à son petit.
    • Dans un troisième temps, établissez avec le parent un rituel d’arrivée qu’il pourra mettre en application les jours suivants. Le parent prend des distances progressives et permet à l’éducatrice d’intervenir auprès de son enfant dans les routines (collation, repas, jeux libres). Le parent peut en profiter pour observer les façons de faire de l’éducatrice. Il est important que l’enfant puisse faire une sieste au CPE afin qu’il connaisse le déroulement de cette routine avant le grand jour. Le parent peut en profiter pour quitter le CPE et revenir après la sieste de son enfant.
    • Dans un quatrième temps, l’enfant est laissé une courte journée au CPE, le parent peut venir le chercher après la sieste.
    • Dans un cinquième temps, le parent laisse son enfant pour une journée complète en appliquant le rituel du matin et informe l’éducatrice de l’heure de son retour.
  4. Visiter le milieu familial de l’enfant
    Une pratique qui se fait peu au Québec, mais qui peut faire toute la différence pour la transition foyer/service de garde. Cette visite permet de voir l’enfant dans son milieu naturel, d’échanger dans un contexte de famille et parfois de mieux comprendre la dynamique familiale et les comportements de l’enfant. La visite doit être courte tout en servant d’informations à l’éducatrice.
  5. Établir une politique visant la promotion dans la continuité des soins
    Offrir à l’enfant une éducatrice attitrée, ce qui lui permet d’avoir une stabilité dans les liens affectifs. Une condition de base pour qu’il s’intègre à la vie de groupe et développe son sentiment de sécurité. La continuité dans les liens permet à l’éducatrice d’avoir des relations plus chaleureuses et une plus grande connaissance de l’enfant. Une éducatrice auxiliaire peut être aussi présente dans la vie de l’enfant pour supporter l’éducatrice attitrée. Il est conseillé d’avoir une éducatrice attitrée jusqu’à l’âge de deux ans car le manque de stabilité dans les liens ne permet pas toujours à l’enfant de développer une confiance en l’adulte.
  6. Revoir le fonctionnement organisationnel et humain de la pouponnière
    Pour répondre aux besoins de stabilité du petit, l’équipe de travail de la pouponnière doit analyser le fonctionnement organisationnel et humain qui peut nuire à la sécurité affective des enfants. Voici quelques pistes de réflexions qui peuvent être améliorées pour favoriser l’adaptation du petit; si plusieurs questions sont affirmatives, il peut être pertinent comme équipe de travail à revoir ses priorités…

    • Est ce que l’enfant est en contact avec des remplaçantes qu’il ne connaît pas ou très peu?
    • Est-ce que le CPE me demande de relocaliser les petits dans d’autres groupes par manque de personnel ou par souci d’équilibrer les groupes?
    • Est-ce que je prends des stagiaires en début d’année lorsque le groupe est nouveau?
    • Est-ce que j’accepte que les éducatrices prennent leur pause à la pouponnière pour cajoler les bébés les plus attirants?
    • Est-ce que je participe aux sorties grands groupes en début d’année? (les pommes, cabane à sucre)
    • Est-ce que les ouvertures et fermetures se font en multiâge avec les bébés de la pouponnière?
    • Est-ce que je laisse circuler inutilement le personnel dans mon local?
    • Est-ce que je participe aux activités spéciales du CPE avec les bébés? (fête de l’halloween, fête de Noël)
    • Est-ce que le poste de la pouponnière est aussi de 4 jours et d’un horaire varié pour l’éducatrice?

Ces éléments ci-haut mentionnés peuvent être améliorés pour mieux répondre aux besoins des 0-2 ans. Le changement dans le fonctionnement organisationnel et humain est possible lorsque l’équipe y voit toute l’importance pour le développement et l’épanouissement du petit.

Les éducatrices d’Émile constate qu’ils peuvent revoir leur horaire de travail pour assurer une stabilité dans le groupe, avoir des enfants attitrés pour chacune des éducatrices pour mieux connaître les enfants, rencontrer le parent pour établir un rituel d’arrivé et de départ qui servira de sécurité pour la famille, informer le parent sur la période d’adaptation de son enfant, être disponible aux demandes affectives du petit pour qu’il se sente en sécurité dans son nouveau milieu. Voilà de bien petits changements qui feront toute la différence dans la vie d’Émile!