Le stress de Noël

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Si je vous disais qu’après une journée au centre de santé où vous auriez baigné dans un bain de chocolat, où des mains chaleureuses et enveloppantes vous auraient massé sur fond de clapotis, vous en sortiez encore plus stressée, vous me diriez y’a un gros problème là!

Pourtant durant le temps des fêtes, nous devrions atteindre le même bien-être et le même sentiment de paix intérieure. Mais que se passe-t-il en réalité? On se laisse convaincre de l’importance de mille détails qui sont en réalité qu’un course à relais au bout de laquelle on s’effondre les ‘’batteries’’ vidées et sans énergie pour l’essentiel : les nôtres, nos enfants, notre couple et nos familles.

En ces temps incertains, visons haut, visons grand, visons une petite révolution! Ayons comme objectif de regarder les nôtres dans les yeux le plus souvent possible et touchons-les. Quand on regarde l’autre, notre enfant, dans les yeux, on s’interpelle et on échange. La communion entre les êtres humains mais d’abord avec nos enfants est à la base de la vie, de la paix et du bien-être.

En se regardant, mettons de côté la course effrénée aux cadeaux, diminuons le temps donné au matériel pour renverser la vapeur :

  • Racontons à nouveau des contes de Noël.
  • Prenons une marche sous les flocons avec l’appareil numérique.
  • Écoutons un film de Noël en chaussons avec un bon chocolat chaud.
  • Accueillons les amis de nos petits pour une journée-pyjama.
  • Laissons grand-maman nous raconter ses Noël passés et cuisinons lui de bons petits gâteaux sucrés.

Deux attitudes sont indispensables pour atteindre notre objectif : Lâcher prise sur l’agenda et la disponibilité aux autres. Vous verrez les bons moments s’enchaineront et vous serez submergé non pas de cadeaux mais plutôt de tendresse et de douceur.

Si vous êtes une éducatrice en service de garde, rappelez-vous le deuxième fondement de notre nouveau programme éducatif (2007) : l’attachement. La qualité d’un milieu de garde s’évalue par les attitudes des éducatrices et du climat qu’elles mettent en place en situation de stress et de grande émotivité entre autres. En ce sens, assurer à votre groupe un climat serein, rester ‘’zen’’ refuser la course de Noël.
Plutôt, installer un environnement paisible, des activités où l’enfant aura tout le loisir de rêver, de créer et surtout de s’amuser :

  • Chanter simplement
  • Décorer joyeusement
  • Bricoler librement
  • Planifier conjointement
  • Sorter quotidiennement
  • Rêver avec les enfants souvent très souvent….

Ils vivent leur enfance et vous avez le privilège de le partager avec eux. Protégeons les enfants de la performance de Noël. Au lieu, offrons aux enfants des moyens qui les obligeront à entrer en contact avec leurs parents comme :

  • Une carte commencée au service de garde à compléter à la maison ou
  • Quelques mini gâteaux cuisinés au service de garde à décorer avec grand-maman ou
  • Une histoire de Noël dont la fin doit être inventée par un adulte de la maison

Notre rôle professionnel est d’encourager l’enfant à poursuivre ses liens avec sa famille. Rappelons-nous que cet enfant qui nous est confié est de passage dans notre vie d’éducatrice tandis que ses parents sont là pour toujours. Favorisons des relations enrichissantes entre l’enfant et ses parents.

Et quand vous fermerez la porte du service de garde pour rejoindre votre petite famille, dites-vous que vous avez fait un excellent boulot… c’est le plus beau métier du monde que celui d’accompagner un enfant dans sa croissance.

Joyeux Noël!!!

Céline Perreault est enseignante
en techniques d’Éducation à l’enfance

La mixité des religions : les accommodements raisonnables à l’ordre du jour

On tombe amoureux d’une personne et de ses forces. On aime ses convictions et surtout ses actions. Ces valeurs nous inspirent. Si on s’accommode d’abord de l’amour et de l’intérêt de l’autre pour nous, l’arrivée d’un enfant peut nous confronter ou pire encore nous séparer.

Si papa est chrétien et maman est musulmane, l’amour a déjà triomphé de leurs grandes différences. Il faut donc poursuivre en ce sens par des ententes heureuses et respectueuses.

Ainsi avant l’arrivée de l’enfant, il est primordial de prendre des décisions quand aux rituels : rituels pour les fêtes, la nourriture à adopter ou autre. Par exemple, papa chrétien, fêtera Noël et Pâques et maman se joindra simplement à l’évènement. Jusqu’à 4 ans, l’enfant a surtout besoin de deux parents aimants et qui l’investissent. À cet âge, il commencera à voir les différences mais sans trop se formaliser pourvu qu’il n’y ait pas de conflits ouverts entre les parents.

L’autre option est de faire vivre à l’enfant une religion plutôt que l’autre. Dans cet optique, un des deux parents renoncent temporairement à sa religion en donnant à l’autre la priorité.

Vers 7-8 ans, l’enfant cherche à comprendre un autre point de vue. Sans prétention, l’autre parent peut expliquer ses points de vue différents et faire confiance à l’enfant. Il faut se rappeler l’adage suivant : ce que tu fais parle plus fort que ce que tu dis. L’objectif n’est pas d’enseigner une religion mais d’atteindre la conscience de l’enfant qui devra un jour ou l’autre faire ses choix. Il est certain qu’une de ses valeurs sera l’ouverture d’esprit puisque ses parents auront bâti leur union grâce à cette optique de la vie.

L’important est d’établir un climat ouvert à la différence et accommodant. D’ailleurs il y aura des sujets à discuter au fur et à mesure du développement de l’enfant en gardant à l’esprit que même si l’enfant ‘ »pratique » une religion chrétienne par exemple à l’adolescence, il peut tout remettre en question et choisir la religion musulmane ou même l’athéisme.

On ne peut pas obliger un enfant à adhérer à la foi.

La conscience de l’enfant se nourrit de l’expérience de l’enfant, des actions de ses parents et des gens qui l’entourent, de ses lectures et de ses contacts avec ses amis.

Le plus grand de soi n’est pas une information à enregistrer mais plutôt une croyance à acquérir. Laissons le plus grand que soi agir pour le bien-être de notre enfant.

Quand le stress devient détresse

Le stress est une réaction d’adaptation qui permet à tout être vivant de survivre. C’est donc un phénomène normal qui touche tout le monde y compris les petits. Le stress devient détresse lorsque l’individu ne peut le combattre ou le fuir. Le petit subit davantage les pressions extérieures parce qu’il n’a pas encore développé de nombreux mécanismes adaptatifs lui permettant de leur faire face et qu’il dépend de l’adulte.

Le corps en détresse réagit

Plus l’enfant est jeune, plus il exprimera sa détresse de façon corporelle. En effet, comme il ne peut traduire ce qu’il ressent en parole, son malaise peut s’exprimer par des troubles psychosomatiques. On pourra alors observer par exemple un mal de ventre ou à la tête, des troubles du sommeil ou de l’appétit. Chez certains déjà prédisposés on constatera une augmentation de la fréquence et/ou de l’intensité des crises d’asthme ou d’eczéma. On peut aussi noter des réactions comportementales ou émotionnelles. Certains « sur réagiront », on se retrouve alors face à de l’agitation, de l’impatience, des crises, de l’excitation manifestant de l’impulsivité anxieuse. D’autres expriment leur désaccord ou leur insécurité en « sous réagissant ». Ils adoptent alors des comportements qui dérangent moins mais doivent nous inquiéter tout autant. Ils se montrent passifs, se mettent en retrait. Ils préfèrent donc se soustraire de la situation stressante ou nouvelle de crainte de se tromper ou d’être menacé dans leur sécurité intérieure. De ce fait, ce type d’enfant manque souvent de diversité dans ses jeux préférant reproduire des activités dans lesquelles il est certain de bien figurer et dont il connaît l’issue. De plus, les recherches démontrent qu’un individu exposé de façon chronique au stress voit son système immunitaire s’affaiblir. Tout le corps se mobilise pour s’adapter et devient donc moins fort pour combattre les microbes.

Les sources de stress

Le rythme effréné de la vie, le climat familial et les changements peuvent causer un stress indu à l’enfant. Son niveau de stress variera non seulement selon la présence de ces stresseurs mais aussi selon le tempérament, la santé, les points de fragilités de l’enfant. Le rythme imposé par la société aux parents se répercute sur le sommeil de l’enfant, les demandes à satisfaire rapidement (habillage, repas, rangement …) et, sur la stabilité des routines quotidiennes et donc sur le niveau de stress des enfants. Certains ont d’ailleurs un agenda chargé; activités artistiques ou sportives se succèdent sans permettre le bonheur de la paresse souvent mère de la créativité. Le rythme imposé aux enfants en milieu de garde peut aussi contribuer à son niveau de stress. (D’ailleurs une chronique vous sera proposée sur ce thème en avril 2009 par Céline Perreault … à suivre).

Quant au climat familial, il est facile de concevoir le stress vécu par l’enfant qui grandit au cœur de disputes. Le petit profondément égocentrique se sent responsable des conflits, des séparations. Les punitions aléatoires engendrent aussi du stress puisque l’enfant ne sait pas quand ses parents séviront, les règles étant exercées au gré des humeurs des adultes. Les attentes irréalistes peuvent provoquer le stress de performance. Qu’ils s’agissent de demandes relatives à des apprentissages trop précoces c’est-à-dire non adaptées au niveau développemental de l’enfant; entraînement à la propreté à 18 mois, écriture, lecture, mathématique à 4 ans. (Je reviendrai sur les dangers du stress de performance en février 2009).

Les changements constituent aussi une source de stress chez l’enfant. Naissance d’un bébé, déménagement, maladie d’un proche, décès, intégration à un milieu de garde sont certes des événements susceptibles de mobiliser les capacités adaptatives de l’enfant. Mais les modifications aux habitudes de vie peuvent aussi inquiéter l’enfant, s’il ne peut anticiper ce qui lui arrivera il a fort à parier que l’enfant en sera préoccupé.

Quelques antidotes au stress de l’enfant

La stabilité des routines constitue une mesure simple et efficace pour contrer le stress. La constance des règles et une succession prévisible des routines contribuent à instaurer un sentiment de sécurité intérieure. Le jeu libre doit occuper une place prépondérante dans la vie du petit. En effet, non seulement il permet la détente et la créativité, il recèle une foule d’apprentissages. Il expérimente dans son corps, en manipulant de nombreux concepts qu’il intègrera peu à peu. Au cœur de ses découvertes, il y a lui, son corps et toutes ses possibilités motrices mais aussi son monde affectif et des notions comme les couleurs, les formes, les textures, les propriétés diverses des objets, leurs fonctions. Tout un monde!

Le facteur de protection le plus important demeure le lien d’attachement. L’enfant qui reconnaît l’amour inconditionnel, la fiabilité, l’écoute de son parent grandira avec la conviction que quoi qu’il arrive ses parents sont là pour lui, pour l’épauler, l’accueillir, le soutenir. L’amour s’exprime certes par les soins mais aussi par la qualité de la présence. Partager du temps avec ceux qu’on aime n’est-il pas le message d’amour par excellence ? Les vacances sont l’occasion idéale pour exprimer à nos enfants combien ils comptent pour nous et qu’ils font et feront partie longtemps de nos projets familiaux. Le partage du temps avec l’enfant peut et doit aussi s’inscrire au quotidien. De multiples occasions s’offrent aux parents : collaborer au moment de mettre la table, chanter en duo en voiture, déblayer la neige, trier les bas le jour de la lessive, échanger lors du bain, du repas et s’intéresser à ses jeux.

On ne peut immuniser notre enfant contre les stress de la vie, ils sont souvent imprévisibles ou encore incontournables. Cependant, il est possible de réduire les facteurs de stress. Éviter par exemple d’additionner les stresseurs, en changeant l’enfant de milieu de garde lors de séparation ou en donnant son lit au bébé au moment de la naissance de ce dernier (il est préférable de faire cette adaptation durant la grossesse). De plus, en donnant l’occasion à l’enfant de constater qu’il est capable d’agir de façon autonome, de choisir, de trouver des idées créatrices, on lui envoie le message qu’il sait trouver des solutions à ses difficultés.

Il est aussi possible d’apprendre aux petits à gérer leur stress, exercices de respiration, de relaxation, plein air deviennent alors des outils fort utiles.

Les parents ont un rôle de premier à jouer dans le développement du sentiment de sécurité chez l’enfant et l’apprentissage des mécanismes adaptatifs susceptibles de soutenir la gestion du stress. Mais n’oublions pas les éducatrices et l’influence des pairs qui l’une et l’autre agissent comme modèles et « enseignants » pour les enfants.

Sylvie Bourcier
Intervenante en petite enfance

Attention aux dangers de la scolarisation précoce

On observe dans nos milieux de garde des exigences de plus en plus grandes de la part des parents. Certains milieux cèdent à la pression des parents et les enfants se retrouvent dans un contexte scolarisant où l’excellence et la performance sont de rigueur. « La fabrique des surdoués », titrait La Presse en septembre dernier. Au programme, cours de pré-lecture, pré-écriture dès l’âge de deux ans; énumérations mathématiques à 3 ans et dès 5 ans pratiques de tests d’admission pour accéder à des écoles élitiques. Pourtant, les enfants qui obtiennent les meilleurs résultats scolaires en mathématiques viennent de Finlande où la scolarisation débute à 7 ans. Quant aux enfants qui accèdent à la maternelle suite à une dérogation scolaire, ils risquent davantage d’échouer une année scolaire. En effet, une étude1 démontre que 75% des enfants qui échouent une année scolaire sont les plus jeunes et qu’ils sont deux fois plus référés pour trouble d’apprentissage. De plus, en France, où les enfants débutent l’école très tôt, on constate certes à l’âge de 5 ans un large vocabulaire mais malgré les apprentissages précoces seulement 10% d’entre eux sont aptes à acquérir les bases de l’apprentissage de la lecture.

Selon les connaissances actuelles, les principaux prédicteurs de la réussite scolaire sont la maitrise du langage, des bonnes compétences sociales et la curiosité intellectuelle. L’imposition d’attentes irréalistes au niveau du développement cognitif crée des situations de stress chez l’enfant. Il se trouve confronté à des exercices qui exigent de lui des processus cognitifs non accessibles par manque de maturation anatomique. Son cerveau peut parfois mémoriser sans toutefois comprendre. Ce gavage intellectuel chez les petits peut provoquer des blocages face aux apprentissages scolaires. Il sape la motivation en lui faisant vivre des situations d’échec à répétition. Lorsque le temps de jeu est utilisé pour des apprentissages non adaptés au niveau de développement de l’enfant celui-ci risque d’être freiné ou ralenti. En effet, le temps qui devrait être alloué aux activités de découvertes d’exploration, de manipulation, de motricité est monopolisé inutilement par des exercices scolarisants visant des connaissances qi peuvent parfois s’acquérir naturellement par le jeu ou qui sont non adaptés aux petits. De plus, le cadre directif des apprentissages scolarisants est peu propice à l’expression de la créativité. Le jeu libre permet à l’enfant de se construire un monde intérieur à son image. Le jeu libre est libre de contraintes, libre de stress, libre d’objectifs prédéterminés.

Par son caractère universel, le jeu représente le meilleur médiateur entre les enfants de toutes origines confondues. Il développe les habiletés langagières particulièrement dans les jeux symboliques qui sont soutenus par le langage. En étant maitre d’œuvre de son univers ludique, l’enfant recrée la réalité et la corrige en fonction de ses désirs. Il évolue donc dans un contexte de valorisation personnelle.

Le jeu donne un sens à certaines situations observées et non comprises. L’enfant reproduit ce qu’il a observé et comprend mieux le contexte. La capacité de l’enfant à faire appel à des représentations mentales lui permet d’exprimer les conflits intériorisés qui l’habitent en projetant à l’extérieur des préoccupations jusque-là non dites.

Le jeu permet la construction d’images mentales. La pensée évocatrice favorise la pratique de l’organisation séquentielle, la mémorisation, l’organisation de la pensée, la décontextualisation, la planification, la décentration et ainsi favorise la conservation des apprentissages.

Le jeu permet l’intégration de différents concepts. Par exemple dans les jeux de sable, l’enfant explore les concepts suivants : poids/mesure, forme/grandeur, pareil/différent, lourd/léger, plus/moins, vitesse d’écoulement, transformation matière (sec/mouillé/évaporation), relations spatiales (dessus/dessous), etc.

Il favorise aussi le développement moteur et la bonne estime de soi de l’enfant. En effet, l’enfance joue sans vivre du stress excessif et vit un sentiment de confiance. Il vit du succès et fait preuve d’autonomie ce qui lui permet de se sentir compétent. Il exprime ses émotions, ses besoins, ses désirs ouvertement ce qui lui permet peu à peu de mieux se connaître.

Lorsque nous permettons à l’enfant de découvrir le monde par le jeu, nous respectons l’expression de sa personnalité. Les enfants ne sont pas des adultes en miniature, hantés par l’avenir. Ce sont des petits d’homme qui ont leurs propres désirs, leurs propres rêves et leur candeur. Ils ont droit au respect de leur rythme, ils ont droit à la joie et au plaisir d’habiter leur univers, la planète enfance.

1 Uphoffet Gilmore 1986 cités dans Du côté des enfants par Germain Duclos, Hôpital Sainte-Justine

Sylvie Bourcier
Intervenante en petite enfance

L’influence des pairs au sein d’un groupe d’enfants

Moi avec les autres

À 2 ans, les contacts se font principalement autour des objets. Deux enfants convoitent le même jouet et la dispute s’ensuit inévitablement. Ce n’est pas tellement l’envie de jouer avec l’autre qui provoque les rapprochements entre enfants, mais plutôt les conflits de possession. D’ailleurs, une fois le désaccord réglé, les deux belligérants iront s’amuser chacun de leur côté. Jusqu’à 2-3 ans, les petits se montrent curieux à l’égard des autres enfants, mais ils s’intéressent beaucoup plus à l’adulte qu’ils cherchent à imiter.

Peu à peu, cependant, l’adulte sera exclu des jeux même s’il devra encore agir à titre de médiateur, de négociateur ou d’arbitre. Vers 3 ans, les enfants commencent à nouer des amitiés. Toutefois, les petits groupes qui se forment sont éphémères. Les enfants jouent les uns à côté des autres en se racontant ce qu’ils font individuellement et changent de partenaires de jeux au gré de leurs envies.

Plus l’enfant grandit, plus il ressent le besoin de faire partie d’un groupe. D’abord soudé à ses parents, il prend peu à peu conscience de son identité propre et cherche à trouver sa place dans un réseau relationnel. Son premier ancrage est sa famille, puis vient le monde extérieur dans lequel il doit s’adapter, s’affirmer, se distinguer.

Certains enfants se font facilement influencer par le groupe. Le plaisir prend le dessus et la capacité à se contrôler diminue. Même les comportements excessifs peuvent susciter l’imitation. L’imitation peut être utilisée comme moyen de communication. Elle peut exprimer un désir de rapprochement. En mimant l’autre, l’enfant lui signifie que ce qu’il fait l’intéresse ou ce qu’il est suscite son admiration. L’imité remarque le mimétisme et ce dernier obtient l’attention convoitée. Les pairs au sein d’un groupe servent de modèles. Cet effet de « modeling » peut d’ailleurs durer jusqu’à 6 mois après observation du modèle agressif. Lorsque cette contagion ne menace pas la sécurité des enfants ni le respect de l’environnement, féliciter ceux qui se contrôlent et ignorer l’enfant qui perturbe le groupe suffisent souvent à corriger la situation.

Mécanismes d’influence des pairs.

La réaction des pairs peut renforcer certains comportements. Le bouffon se rend bien vite compte que ses pitreries lui valent les rires contagieux du groupe. Certes son éducatrice ne partage pas son sens de l’humour mais la gloire du clown pèse plus dans la balance que les réprimandes de l’adulte ou encore lui mérite non seulement l’attention de son auditoire enfantin mais aussi celle de son éducatrice.

La pratique de l’humour, par contre, fait diversion et démontre aux enfants que la folie collective, passagère ne vous atteint pas. Cependant, lorsque la contagion amène la quasi-totalité du groupe à passer à l’action et risque de mettre en péril la sécurité des enfants, il faut agir rapidement.

Commencez par éloigner la source de l’agitation. Privé des encouragements des autres enfants et sécurisé par votre présence, l’enfant s’arrêtera. Exprimez-lui alors clairement vos attentes. Il est important ensuite de faire le point avec le groupe, de mentionner que les comportements ont des conséquences, et de réitérer votre confiance dans la capacité des enfants à faire leurs propres choix.

Lorsqu’on étudie les réactions des enfants à une agression, on peut constater qu’il y a des enfants qui crient, d’autres se retirent et enfin certains cèdent à leur agresseur. En cédant, ils envoient le message clair à l’agresseur, la méthode est efficace puisqu’elle permet d’atteindre son objectif. Il est donc impérieux que l’éducatrice soutienne la victime dans l’expression de sa colère et qu’elle manifeste clairement son désaccord.

Les pairs peuvent aussi sans le savoir enseigner aux autres comment éviter d’être la victime en devenant soi-même agresseur. En observant une altercation où la victime riposte agressivement et évite ainsi les coups ultérieurs, l’enfant apprend qu’il s’agit de se défendre avec nos poings pour éviter d’être la victime. Ce mécanisme d’inter influence s’opère dans un contexte où l’éducatrice fait preuve de laisser-faire et d’indifférence par rapport aux altercations accompagnées d’agressivité physique.

Cette force d’influence peut servir à l’apprentissage des habiletés sociales. En offrant des modèles prosociaux aux enfants éprouvant de la difficulté à entrer de façon positive en relation avec les autres, nous lui permettons de vivre une relation amicale positive et de changer peu à peu l’image négative qu’il projette aux autres. Les stratégies de jumelage d’un enfant compétent avec un enfant en difficulté s’avèrent un outil percutant et efficace pour contrer le rejet social.

Méthode

  • Former une dyade constituée d’un enfant compétent socialement et d’un enfant éprouvant des difficultés à entrer en relation de manière prosociale.
  • Organiser une période d’ateliers où le groupe d’enfants s’affaire dans différentes aires de jeux en sous-groupes.
  • Planifier une activité où les deux enfants auront à travailler à proximité l’un de l’autre, à échanger, à se faire des demandes pour du matériel et enfin à collaborer. Le niveau d’implication conjointe dépend de l’âge des enfants.
L’adulte soutient la dyade en intervenant de façon positive par des encouragements, des félicitations ou un apport technique. L’atmosphère doit être détendue. Il est donc essentiel de limiter les interdits. L’adulte supervise l’activité en soulignant les gestes prosociaux et en nommant les intentions prosociales parfois mal exprimées.
Utilisation de pairs prosociaux
Les enfants antisociaux ont tendance à se joindre à d’autres enfants qui démontrent peu d’habiletés prosociales. Ils entretiennent alors des relations peu satisfaisantes imprégnées de violence et vivent peu de plaisir ou de succès dans leurs contacts interpersonnels. Ils sont aussi sujets au rejet social des pairs.
Le fait d’avoir un ami compétent socialement facilite le développement des habiletés sociales de l’enfant impopulaire. Le regroupement d’enfants agressifs engendre par processus d’imitation des effets iatrogènes, la déviance est renforcée. La filiation des enfants déviants à des pairs prosociaux servant d’agents de changement permet à ces enfants d’observer des modèles affichant des comportements positifs et de pratiquer avec succès des habiletés sociales. On assiste alors à une augmentation des interactions positives entre les enfants et à une diminution du processus de rejet social.
Non seulement les relations entre les enfants prosociaux et les enfants antisociaux permettent le développement des habiletés sociales de ces derniers mais elles favorisent aussi le maintien de ces qualités relationnelles par désir de préserver et de solidifier les liens vécus positivement. L’éducatrice se doit donc de mettre en place des conditions qui favorisent l’apprentissage par les pairs, d’agir donc en prévention au lieu de se restreindre à seulement réagir aux imitations indésirables.
N’oublions pas que celui qui imite la bêtise de son voisin a besoin d’apprendre à faire ses propres choix, besoin de s’individualiser et d’être fier d’être différent de l’autre et possédant sa propre volonté.
Planifier une activité où les deux enfants auront à travailler à proximité l’un de l’autre, à échanger, à se faire des demandes pour du matériel et enfin à collaborer. Le niveau d’implication conjointe dépend de l’âge des enfants.

Sylvie Bourcier
Intervenante en petite enfance

Changements de groupe : préparation ou improvisation ?

Sylvie Garceau, TEE et Linda Gagnon, psychologue et formatrice
Juin 2014
www.aveclenfant.com

Chaque année dans nos milieux de garde, les enfants doivent faire preuve d’adaptation lorsqu’ils changent de groupe que ce soit parce que c’est la période officielle de transition (août-septembre) ou encore parce qu’en cours d’année, une place s’est libérée engendrant dans le milieu de garde, une série de transition d’un groupe à l’autre pour plusieurs enfants. Des facteurs, tels l’âge de l’enfant ou son tempérament viendront bien sûr influencer cette intégration. Toutefois, nous croyons que les différents intervenants du milieu de garde peuvent y faire une grande différence. Nous suggérons donc la mise en place de certaines pratiques afin de contribuer à rendre l’accueil de l’enfant et de son parent le plus prévisible et chaleureux possible.

Planifier tôt le choix des groupes

La planification est la clé de la réussite de cette transition. La façon de choisir les groupes dans les services de garde est différente selon les milieux.  Généralement, c’est lors d’une rencontre d’équipe que ce choix est fait. Nous suggérons de réaliser cette étape le plus tôt possible avant l’été. Nous recommandons de faire cette réunion au plus tard au mois de mai. Ainsi, nous pouvons nous assurer que l’éducatrice va connaître son poste futur. Nous proposons également aux gestionnaires d’établir le plus rapidement possible la liste des enfants des différents groupes ainsi que l’organisation des vacances du personnel éducateur. Vous vous demandez pourquoi toute cette préparation? Nous devons préparer l’enfant à cette transition qui sollicite ses capacités d’adaptation et représente un agent important de stress. La création de la relation d’attachement et le processus de détachement ne devraient jamais être banalisés ou pris à la légère.

Jasmin, âgé de 3 ans, a bénéficié grandement de cette stratégie. De tempérament anxieux, son changement de groupe était appréhendé par l’éducatrice et les parents. Dès, le mois de mai, de petites visites ont été planifiées avec Tricia, sa future éducatrice, pendant les périodes de jeux libres et les collations. Peu à peu, le lien s’est établi et Jasmin avait hâte d’aller faire ses coucous journaliers. Pendant les visites de Jasmin, pour sa part, Tricia invitait à se rendre chez l’éducatrice de ce dernier un enfant de son groupe de nature extravertie très heureux qu’on lui offre de la nouveauté.

Une fiche d’accueil à chaque année : une stratégie à enraciner

Dans le contexte du programme éducatif, un des principes est d’établir un partenariat et une collaboration avec le parent. Pour ce faire nous proposons aux éducatrices de construire un questionnaire à l’attention du parent. Ce dernier est remis par l’éducatrice ou par les gestionnaires aux parents dès que l’attribution des enfants est complétée. Le parent devra remplir ce questionnaire comportant des questions concernant son enfant afin que la nouvelle éducatrice puisse mieux le connaître (Note : à la fin du présent texte vous trouverez une liste d’exemples de questions pour construire votre propre questionnaire. Il ne vous reste qu’à « copier-coller » les informations, à vous de personnaliser « votre questionnaire ».).

Nous sommes convaincues que ce questionnaire d’accueil de l’enfant fait une différence marquée lors de la transition. Nous croyons également que cette planification devrait être amorcée avant les vacances estivales du personnel éducateur. Le questionnaire doit être rempli avant que l’enfant arrive dans son nouveau groupe. À la lecture de ce dernier, l’éducatrice communique par téléphone avec le parent afin de valider les informations du questionnaire d’accueil et démontrer son intérêt envers l’arrivée prochaine de son enfant.

L’entretien téléphonique est un pas très important dans l’établissement d’une relation de confiance entre elle et le parent. L’éducatrice pourrait réserver certaines questions pour l’échange téléphonique. La direction pour sa part doit s’assurer de libérer l’éducatrice pour la période des entretiens téléphoniques. Elle enverra une lettre à tous les parents pour mentionner qu’au cours des prochains jours, la tâche de compléter les agendas sera suspendue pour réaliser cet important mandat. Évidemment, ce service sera maintenu pour les enfants nécessitant des suivis particuliers.

L’éducatrice annoncera également le moment où l’enfant quittera son ancienne éducatrice et le moment où elle débutera l’accueil de ce dernier. Nous suggérons également au personnel éducateur de parler avec les enfants du changement de groupe à venir en effectuant la visite du futur local et en présentant à l’enfant sa nouvelle éducatrice.

Quant à l’éducatrice nous croyons qu’elle doit remettre en même temps que le questionnaire une fiche de présentation avec sa photo, son nom et une courte description. Par exemple, elle nommera ce qu’elle aime faire avec les enfants (bricoler, se déguiser, jouer à  l’extérieur…). Elle peut aussi décrire ses  valeurs  ou dire ce qu’elle désire transmettre à son groupe d’enfant. Elle devrait joindre un calendrier indiquant la date à laquelle l’enfant sera dans son nouveau groupe. Tout ceci dans le but de préparer l’enfant et de favoriser l’implication du parent dans le processus du changement de groupe. Une procédure adéquate et bien établie au sein d’une équipe peut rendre cette période moins lourde et angoissante tant pour l’enfant, le parent, et l’éducatrice. Prévoir du temps pour planifier ces changements est un gage d’une bonne qualité des services.

Au CPE, Alexis, 3 ans ½, attendait avec impatience le retour de Lise, son éducatrice, en vacances depuis 2 semaines à la mi-août. Croyant bien faire, le CPE avait planifié, le changement de groupe pour la première journée de son retour. Lise accueilli les nouveaux enfants, Alexis fut reçu dans un autre groupe tandis que  deux  de ses camarades qu’il appréciait furent dirigés vers un autre groupe. Alexis était en état de choc, il ne comprenait rien à tous ces changements pour lesquels il n’avait pas été préparé. Il croyait sauter dans les bras de son éducatrice et enfin retrouver sa « vraie vie de groupe », car bien que gentille, l’éducatrice qui effectuait les remplacements de vacances, ne possédait pas le même lien d’attachement avec lui. Alexis pleurait, faisait de crises, était déprimé, il n’arrivait pas à s’adapter. Pour Lise, plus jamais, d’improvisation de la sorte. Elle fut bouleversée par la peine et la détresse d’Alexis et se questionna sur les émotions ressenties par les autres enfants de nature un peu moins démonstrative.

Les changements en cours d’année : qu’en est-il?

Ces changements sont souvent difficiles voire impossible à planifier. Ils peuvent être causés par un déménagement subi, une séparation, une maladie ou autres évènements de vie.  Les éducatrices disposent alors d’une faible marge de manœuvre pour effectuer la transition. Ce n’est pas le critère de l’âge de l’enfant qui devrait guider le choix de l’enfant qui vivra la transition mais plutôt ses capacités d’adaptation.  De plus, les mesures citées plus haut devraient être mises en place : questionnaire, entretien téléphonique, visites ponctuelles.

En avril, Julie devait accueillir un nouvel enfant. Pour ce faire, il lui fallait transférer un enfant à sa collègue. Elle décida de ne pas désigner Miriam, bien qu’elle soit la plus âgée du groupe. En analysant, tous les changements auxquels Miriam serait confrontée, il était clair que ceux-ci représentaient trop de défis pour son tempérament inhibé. Myriam aurait été transférée dans le groupe d’Hélène jusqu’à la période des vacances. Par la suite, elle aurait vécu les remplacements de vacances, puis aurait été accueillie avec Maryline en septembre. Son choix, s’arrêta sur Élodie, grande exploratrice de nature, qui pour sa part fut enchantée d’aller explorer de nouvelles contrées. Julie planifia avec la future éducatrice de Miriam de courtes visites pour développer peu à peu le lien d’attachement.

Le rôle du parent

À la maison, le parent, ayant en main les informations sur la future éducatrice de son enfant et sur la date où son enfant sera accueilli par cette dernière, est invité à construire un petit calendrier où il peut aider son enfant à compter les dodos. Combien de temps à l’avance doit-il informer son enfant?  Cela dépend de son tempérament. Toutefois, un calendrier qui cible les deux semaines qui précèdent le changement pourrait s’avérer judicieux. Trop longtemps à l’avance peut devenir anxiogène. En connaissant la journée officielle de son changement de groupe, cela lui permet, avec le soutien de son parent, de préparer une petite carte pour dire aurevoir à son éducatrice. Une façon concrète de s’approprier son départ et son arrivée au sein de son nouveau groupe.

Si dans le CPE de votre enfant, il n’y a pas de questionnaires ou d’entretiens téléphoniques de planifiés, demandez à la direction d’obtenir un entretien téléphonique ou de rencontrer la nouvelle éducatrice de votre enfant quelques minutes. Remettez-lui les informations que vous aimeriez lui transmettre. Vous pouvez vous inspirer des questions ci-dessous.

Suggestions de questions à inclure dans le questionnaire d’accueil:

Activités, intérêts, routine

-Les activités qu’il aime, ses jeux et jouets favoris.

-Ses personnages et ses émissions préférés, ses livres d’histoire ou chansons préférés.

-Est-il attaché à des objets : couverture, toutou, suce.

 

Tempérament, réactions

-Décrivez son tempérament, ses qualités

-Ce qui le fait rire, ce qui le fait pleurer. Comment apaisez-vous ses peurs? Ce qui le rend triste.

-Comment le consolez-vous consoler?  Ce qui l’impatiente, le met en colère. Comment le calmez-vous lorsqu’il est en colère?

-Ce qu’il déteste

-Quels sont les activités que vous aimez faire ensemble?

-A-t-il un surnom?

-Ses goûts et ses besoins alimentaires, ses habitudes de sommeil, son rituel de dodo;

-Est-ce qu’il prononce des mots, aime-t-il parler?

 

Apprentissages : succès et défis

-Est-ce que l’enfant est dans une période d’apprentissage particulière (ex. : apprentissage à la propreté; utilisation des ustensiles)?

-Ses réussites (nouvelles habiletés maîtrisées) au cours des dernières semaines.

-Les défis à relever au cours des dernières semaines, (ex. : il doit se pratiquer à faire des belles demandes, à enfiler ses vêtements seuls, etc.)

-Quelles sont les choses dangereuses qu’il est porté à faire?

-Quel est son état de santé  (dents qui percent, otites, etc.)

 

Ma vie avant la garderie

-Comment se déroule une journée à la maison?

-Ses expériences de garde passées.

-A-t-il l’habitude de jouer seul ou avec d’autres enfants?

-Présentation de sa famille (parent, frère sœur)

-Les personnes importantes pour lui et les activités qu’il réalise avec elles (grands-parents, voisins, ami(e)s)

-Photos de sa famille, des personnes qu’il aime, de son animal domestique.

-Est-ce que des changements majeurs sont survenus dans sa vie ou dans celle de sa famille ces derniers temps?

 

Changements

-Quels sont les évènements qui ont influencé ou peuvent influencer l’humeur ou le comportement de votre enfant? (naissance, séparation, décès, départ ou absence d’une personne significative, etc.)

Sarah parle à la maison avec ses parents…mais jamais à la garderie. Elle souffre de mutisme sélectif.

Linda Gagnon, psychologue et consultante en petite enfance

Janvier 2015

www.aveclenfant.com

Différentes manifestations du mutisme sélectif

Les parents de Sarah, 4 ans, expliquent qu’à la maison, elle parle comme une pie mais que dès qu’elle entre à la garderie, elle devient muette comme une carpe.  Elle se tient à l’écart des autres enfants, elle ne semble pas avoir autant de plaisir que ses camarades et répond non-verbalement aux questions de son éducatrice.  Sarah privilégie les jeux solitaires, elle évite le regard et lorsqu’elle se déplace, elle semble particulièrement tendue.

Loïc a 4 ans ½, il souffre également de mutisme sélectif mais cela se manifeste différemment de Sarah.  Ainsi, il parle à deux camarades de son groupe s’il est à l’écart du regard des autres.  En fait, il chuchote.  Dès que l’éducatrice lui parle, plus un mot ne sort.

Janie a 6 ans.  Elle est à la maternelle.  Elle participe aux activités activement mais de façon non-verbale.  Elle s’amuse tout en ne disant jamais un mot. Elle sourit à ses amis. Lorsque sa mère vient la chercher au Service de garde, dès qu’elle met les pieds hors de l’école, elle se met à parler, les mots se bousculent tellement il y a d’idées.

Isabella a 7 ans.  Elle commence sa 2e année.  Elle relate à sa psychologue qu’elle a souri 3 fois l’année dernière dans la cour de récréation.   Elle n’a pas joué une seule fois avec des camarades.  Elle demeurait observatrice à toutes les récréations.  En classe, son enseignante insistait fortement afin qu’elle parle plus fort et s’impatientait lorsqu’elle n’y arrivait pas.

Ces quatre enfants semblent timides mais en fait cest bien plus que cela. Ils sont atteints de mutisme sélectif et il est primordial que les adultes qui les entourent puissent dépister ce trouble et demandent du soutien professionnel pour aider ces enfants anxieux socialement à faire sortir les mots.  Les adultes doivent éviter d’improviser des interventions qui pourraient ancrer davantage les difficultés chez l’enfant comme donner des conséquences/retraits de privilège; faire miroiter une récompense; insister pour que l’enfant parle devant les autres; mentionner qu’ils font de la manipulation ou tout autre actions/réactions reposant sur des hypothèses improvisées, et ce même si l’intention de départ est bonne… La première étape et la meilleure, se documenter en lisant sur le mutisme sélectif.

« Un enfant atteint de mutisme sélectif ne peut effectivement pas passer du silence complet à la communication aisée, il a besoin de pouvoir s’entrainer à verbaliser dans les endroits anxiogènes (surtout à l’école ou en collectivité) de façon progressive […] »

[1]

Définitions du mutisme sélectif

L’association française « Ouvrir la voix » sur le mutisme sélectif définit le mutisme ainsi :

« Le mutisme sélectif est un trouble anxieux de l’enfance caractérisé par une incapacité régulière de l’enfant à parler dans des situations sociales spécifiques, notamment à [la garderie] ou à l’école. Toutefois, l’enfant est apte à parler tout à fait normalement dans d’autres situations où il se sent à l’aise. L’enfant devient souvent dénué d’expression et est souvent isolé socialement. La phobie sociale est associée à ce trouble dans plus de 90% des cas. » [2]

« Le mutisme sélectif est un trouble de l’enfance qui se définit par les caractéristiques suivantes (Association américaine de psychiatrie, 1994) :

A. L’enfant ne parle pas dans certaines situations sociales (par exemple à l’école) alors qu’il parle dans d’autres situations (par exemple à la maison).
B. Le problème a un impact sur la vie scolaire ou sociale.
C. La durée du problème est de plus d’un mois.
D. Le fait de ne pas parler n’est pas dû à une maîtrise insuffisante de la langue.
E. On peut exclure d’autres causes comme des troubles de la communication, la schizophrénie, etc.

Selon les études les plus récentes, le mutisme sélectif est un trouble anxieux de l’enfance qui se caractérise par l’incapacité de l’enfant à parler dans certains endroits comme à l’école alors qu’il peut parler tout à fait normalement dans les endroits où il se sent à l’aise comme à la maison. Dans plus de 95% des cas, ce trouble est associé à l’anxiété sociale, ce qui explique que l’environnement scolaire représente un des endroits les plus anxiogènes pour l’enfant mutique et que c’est lors de l’entrée en collectivité qu’il devient le plus souvent manifeste.

Plus difficiles à détecter à cause de son jeune âge, les signes d’alerte sont néanmoins souvent déjà présents chez l’enfant [à la pouponnière] (ne parle  pas, ne pleure pas, visage impassible, regard fuyant). »[3]

Où trouver des informations fiables sur le mutisme sélectif

Le site Web suivant regorge d’informations rigoureuses qui s’appuient sur la recherche scientifique : www.ouvrirlavoix .  Vous y trouverez des articles vulgarisées, des outils, des cas vécus, des vidéos.  Vous pouvez même communiquer sans frais avec leur équipe via courriels.

Un tableau de dépistage

Ce précieux outil vous permettra de situer l’enfant au niveau du mutisme et est une invitation à noter vos observations qui seront nécessaires afin que le professionnel qui interviendra auprès de l’enfant puisse compléter le diagnostic et établir le plan d’intervention avec vous.

DÉPISTAGE DU MUTISME SELECTIF : ÉCHELLE CONVERSATIONNELLE

Note: les termes « milieu de garde » et « garderie » ont été ajoutés pour améliorer la compréhension du lecteur.

(Helping your child with Selective Mutism, Angela Mcholm, Ph.D, Newharbinger publications). ©Association

1-Mutisme complet au milieu de garde ou à l’école.

L’enfant parle à la maison mais reste muet à la garderie ou à l’école. Il semble anxieux à la garderie/ l’école et peut avoir des difficultés à aller à la garderie/l’école.

2-Participation non verbale décontractée.

L’enfant parle à la maison mais pas à la garderie/l’école. Il commence à se détendre et à participer non verbalement aux activités à la garderie/l’école. Parle de la garderie/l’école d’une manière positive.

3-L’enfant parle à un de ses parents au milieu de garde ou à l’école.

L’enfant parle à la garderie/l’école lorsqu’il se trouve tout seul avec un de ses parents dans un lieu où les autres enfants et les éducatrices/enseignants ne peuvent ni l’entendre ni le voir, souvent en chuchotant.

4-Il parle et ses pairs peuvent l’observer en train de parler.

L’enfant parle à la garderie/l’école, généralement avec un de ses parents. Ses pairs peuvent l’observer mais ne l’entendent pas puisqu’il chuchote assez doucement pour rester inaudible.

5-Il parle et ses pairs peuvent l’entendre.

L’enfant parle de façon audible à la garderie/l’école normalement avec un de ses parents. Les autres enfants observent et l’entendent. L’enfant ne parle pas directement aux autres enfants ni aux éducatrices/enseignants.

6-L’enfant parle à ses pairs via un de ses parents.

L’enfant parle à sa mère ou à son père, qui transmet le message à un camarade se trouvant à proximité. Le camarade de classe peut éventuellement entendre et répondre directement à l’’enfant mutique.

7-L’enfant parle à un ou deux de ses camarades.

L’enfant parle à la garderie/l’école, avec un autre enfant, souvent dans la cours de récréation. L’enfant ne parle pas aux éducatrices/enseignants.

8-L’enfant parle à plusieurs de ses camarades de classe.

L’enfant parle avec plusieurs enfants de la garderie/l’école. L’enfant ne parle pas aux éducatrices/enseignants.

9-L’enfant parle avec l’éducatrice/l’enseignant .

L’enfant commence à parler avec l’éducatrice/l’enseignant et il parle avec plusieurs camarades.

10-Parole normale.

L’enfant parle avec la plupart des adultes et de ses camarades sur le ton de la conversation normale.

À quoi peut ressembler une intervention pour sortir l’enfant du mutisme

Comme le mutisme est associé à l’anxiété sociale, on misera sur un processus d’exposition progressive s’appuyant sur la thérapie cognitivo-comportementale.  L’enfant est exposée de façon progressive à l’objet de sa peur.  Une stratégie élaborée par Maggie Johnson et Alison Wintgens et traduite par Valérie Marshall  de l’association Ouvrir la voix s’avère particulièrement efficace.  Elle s’intitule : « Programme d’introduction progressive d’un enseignant (éducatrice) »[4]. Cette technique peut être utilisée par toute personne désireuse d’aider un enfant mutique.  Toutefois, un soutien professionnel sera requis.

Par une démarche structurée et planifiée conjointement par un intervenant qualifié et l’éducatrice/l’enseignant et le parent, l’enfant s’entraînera de façon progressive, à son rythme, à « sortir les mots ».

Pour terminer, n’oublions pas que les enfants anxieux ont besoin de notre aide tout autant que les turbulents. Nous devons demeurer vigilants et proactifs afin que leur développement demeure en constante évolution.


[1] Qu’est-ce que le Mutisme Sélectif (MS)? Source : www.ouvrirlavoix.sitego.fr

[2] Kit révisé PDF, version 2011, p. 3 : Association Ouvrir la voix www.ouvrirlavoix.sitego.fr

[3] Qu’est-ce que le Mutisme Sélectif (MS)? Source : www.ouvrirlavoix.sitego.fr

[4] Maggie Johnson et Alison Wintgens, The Selective Mutism Resource Manual. Edition Speechmark, p 141- 144.

Le deuil vécu par les tout-petits

Marie-Pascale Deegan, Travailleuse sociale

Mars 2014

www.aveclenfant.com

De nombreux tout-petits se trouvent confrontés à la mort d’êtres qui leur sont chers. Accompagner un enfant faisant face à la mort d’un proche soulève beaucoup de questions et d’émotions chez la plupart d’entre nous : Que comprend-il de la mort? Que faut-il lui dire? Doit-il prendre part aux rites funéraires? Comment ressent-il l’absence de la personne décédée dans sa vie? À quelles réactions s’attendre de sa part? Comment l’aider et quand s’inquiéter?  Levons donc le voile sur ce sujet à la fois omniprésent et tabou.

 

Qu’est-ce que le tout-petit sait ou comprend de la mort?

Le jeune enfant n’a pas encore atteint un stade de développement cognitif qui lui permettrait de bien saisir ce qu’est la mort. Au cours de la petite enfance, il découvre que la mort fait partie du cycle de la vie et qu’elle est inévitable pour tous. Cependant, il demeure très ardu pour lui d’établir un lien entre la mort et sa cause physique. De plus, le jeune enfant conçoit très difficilement que la mort puisse signifier la fin absolue pour une personne, que son corps puisse cesser de fonctionner, puis d’exister. D’ailleurs, l’irréversibilité de la mort, c’est-à-dire le fait qu’un être mort ne pourra jamais redevenir vivant, est impossible à assimiler avant l’âge de 9 ou 10 ans environ. Ainsi, un jeune enfant peut s’inquiéter pour le confort d’une personne décédée ou espérer son retour.

 

Comment l’enfant réagit-il au décès d’un proche?

Le deuil

Un deuil, c’est tout ce qu’une personne vit à la suite de la mort d’une personne qu’elle aime. C’est pourquoi chaque deuil est unique. C’est aussi pourquoi, contrairement à ce qu’on entend souvent, un deuil ne se résout pas et ne prend pas nécessairement fin. La personne endeuillée peut s’habituer à l’absence de la personne significative dans sa vie et créer un nouvel équilibre sans elle sans pour autant cesser de se remémorer avec émotion des souvenirs liés à elle ou de réagir occasionnellement à son absence.

Les réactions des tout-petits

Le bébé peut ressentir vivement l’absence de la personne décédée si elle jouait un rôle significatif auprès de lui. Il ressent aussi la tension vécue par les personnes qui gravitent autour de lui au cours de la période entourant le décès. Il réagit aux changements qui surviennent dans sa vie dans ces circonstances. Il peut exprimer le sentiment d’insécurité que lui occasionnent ces sources de stress par des pleurs ou même par des cris stridents.

Le tout-petit comprend très mal ce que signifient la mort, les événements et les rituels qui l’entourent, les réactions des gens et les changements qu’un décès entraîne. Son inexpérience et son immaturité cognitive l’empêchent d’interpréter avec justesse ce qu’il observe ou de se faire une idée réaliste de l’avenir. Il a besoin d’adultes pour répondre à ses questions, pour lui expliquer ce qui se passe et ce qui se passera dans des mots qu’il peut comprendre. Même avec leur aide, il n’est pas en mesure de tout saisir car il n’a pas atteint un degré de développement assez avancé pour ce faire. Comme le bébé, l’enfant qui a entre 18 mois et cinq ans est insécurisé par l’absence de la personne décédée et peut vivre toute la gamme des émotions au fil de ses expériences entourant le décès. Il est aussi insécurisé par les réactions de ses proches au décès et par tous les événements et les changements qu’il entraîne.

À tout âge, l’enfant endeuillé peut présenter des réactions physiologiques : faiblesse musculaire, diarrhée, difficultés respiratoires, perte d’appétit, insomnie et plusieurs autres. Son système immunitaire peut subitement baisser la garde, ce qui le rend vulnérable à toutes sortes de virus. Dans certains cas, on peut même assister à un arrêt temporaire de son développement physique.

Entre 0 et 5 ans, l’enfant ne peut pas envisager tout ce que la mort d’un proche risque d’entraîner comme conséquences dans sa vie. Il n’a d’autre choix que de le découvrir petit à petit et de réagir à ses découvertes au moment où il les fait. Ainsi, il est à prévoir qu’il vivra longtemps certaines réactions de deuil, au fur et à mesure qu’il assimilera certains éléments qu’il lui était impossible de comprendre au moment du décès.

Les facteurs qui influencent la façon de vivre le deuil

Outre l’âge, de nombreux facteurs peuvent influencer les réactions d’un enfant au décès d’un proche, entre autres le tempérament et la personnalité de l’enfant, son sexe, son lien avec la personne décédée, sa présence au moment de la mort ou les conditions dans lesquelles on la lui a annoncée, sa participation aux rites funéraires et sa préparation à ces derniers.

Cependant, chaque deuil étant aussi unique et mouvant qu’un nuage, il importe de ne pas juger des impacts de chacun de ces facteurs sur le deuil de l’enfant, mais bien de les discerner. Ainsi, pour Suzie, le fait d’avoir été endormie auprès de son grand-père qu’elle adorait au moment de son décès la réconforte. Pour le moment, pour elle, sa présence au moment du décès agit comme un facteur de protection.

 

Quand s’inquiéter? Quand chercher de l’aide spécialisée?

Lorsque les symptômes – les réactions physiologiques ou les manifestations de souffrance psychologique qui ont surgi à la suite du décès – sont intenses ou fréquents ou lorsque leur fréquence et leur intensité s’accroit, il importe d’offrir au jeune endeuillé une aide adaptée à ses besoins. La dépression doit également être décelée et soignée. Enfin, si l’enfant se remémore continuellement une scène traumatique liée au décès, s’il fait des cauchemars, s’il évite certains lieux ou objets qui lui rappellent un mauvais souvenir ou s’il se montre hyper-vigilant, tous des signes d’état de stress post-traumatique, il faut intervenir sans tarder.

Même en l’absence de symptômes évidents, tous les enfants endeuillés ont besoin que l’on porte une grande attention aux signaux qu’ils émettent et qu’on veille à répondre à leurs besoins. Une aide spécialisée au cours de la maladie grave d’un proche, dans les moments entourant la mort et les rites qui s’ensuivent ou au cours des premiers temps suivant un décès peut largement contribuer à éviter d’éventuelles complications.

L’enfant endeuillé a besoin de pouvoir exprimer ses émotions sans crainte d’être jugé, qu’il soit en colère contre le défunt, qu’il ressente encore beaucoup de tristesse très longtemps après la mort, qu’il se sente soulagé par l’absence de la personne dans sa vie, qu’il vive des émotions très différentes des autres membres de sa famille, bref, quoi qu’il ressente. Il a aussi besoin d’être respecté dans son choix de ne pas en parler, si tel est le cas. Il a besoin d’être validé dans sa façon unique de vivre le deuil, c’est-à-dire de savoir que ce qu’il ressent et que ce qu’il fait ou ne fait pas est correct. Peu importe qui est décédé, l’enfant qui ressent la mort d’une personne comme un événement important pour lui a besoin d’être reconnu dans le lien qui l’unissait à cette personne. L’enfant a besoin d’être inclus et de participer à sa façon aux rites entourant la mort d’un proche. Il a aussi besoin d’être renseigné sur les causes et circonstances véridiques de la mort. Il a également besoin d’informations claires et précises entourant les rites funéraires : Pourquoi toutes ces fleurs? Qui sont tous ces gens qui pleurent? Comment se peut-il que l’être aimé se retrouve dans une urne? Que signifie incinérer? Souffre-t-on lors de l’incinération? Enfin, l’enfant endeuillé a besoin de contacts physiques chaleureux.

 

Quoi lui dire et comment l’aider?

L’annonce

Il est essentiel d’aviser l’enfant du décès d’un proche le plus vite possible, en évitant les détours. L’enfant ne devrait pas deviner la mort de la personne, mais bien en être informé. L’annonce devrait être faite à tous les membres de la fratrie en même temps, idéalement par le parent. Les éléments essentiels entourant les circonstances et la cause de la mort devraient être décrits de façon simple et précise. Il importe de vérifier que l’enfant comprend les informations qui lui sont données et les mots nouveaux qui sont utilisés.

Le choix des messages et des mots

En raison de son incapacité à concevoir la mort, le tout-petit a besoin qu’on lui explique clairement que la personne est morte « pour vrai ». Que son corps a cessé de fonctionner, qu’elle ne peut plus souffrir, que son coeur a cessé de battre. Il a besoin qu’on lui dise que la personne ne peut plus sentir, entendre ou toucher, qu’elle ne peut plus bouger ou jouer. Ces explications l’aideront à comprendre que la personne ne reviendra pas et qu’il ne doit pas s’inquiéter pour elle. Il est primordial d’éviter de lui dire que la personne s’est endormie pour toujours, qu’elle est partie en voyage ou qu’elle est au ciel, car ces images peuvent engendrer par exemple la peur de s’endormir, l’attente du retour ou le désir d’aller rejoindre la personne au ciel.

Les réponses aux questions

Josée Masson, directrice générale de l’organisme Deuil Jeunesse, affirme que lorsque les enfants endeuillés posent des questions, ils ont besoin de « CLARTÉ ». Cet acronyme représente leur besoin de calme, de limpidité ou d’honnêteté, d’attention à ce qu’ils cherchent véritablement à comprendre, de rapidité dans le délai de réponse, de tolérance à la répétition des questions et d’exactitude en réponse à leurs questions.

Les rites funéraires : bienfaits et respect du choix éclairé de l’enfant

Le fait de participer aux rites funéraires peut aider l’enfant à mieux vivre son deuil. En effet, ces rites peuvent contribuer à rendre la mort concrète. Lorsque c’est possible, voir ou toucher le corps de la personne décédée peut aider l’enfant à comprendre l’arrêt du fonctionnement du corps et la réalité de la perte qui survient dans sa vie. Les rites funéraires offrent aussi à l’enfant l’occasion d’exprimer sa peine. De plus, à l’occasion de ces rites, l’enfant peut bénéficier du soutien de sa famille et de sa communauté. Enfin, les rites funéraires peuvent aider l’enfant à donner un sens religieux ou symbolique à la mort. Même le bébé devrait idéalement participer à ces derniers, car plus tard le fait de savoir qu’il y a pris part pourra l’aider dans son processus de deuil.

Le choix final d’assister ou non aux rites funéraires ou de déterminer la façon d’y prendre part doit revenir à l’enfant en mesure d’exprimer un choix. Ce choix devrait être éclairé, c’est-à-dire que l’enfant devrait être informé le plus clairement et concrètement possible du déroulement prévu avant de prendre sa décision. S’il y assiste, ces explications contribueront à ce que son expérience soit bienfaisante pour lui. S’il choisit de ne pas y assister, il importe de le respecter, de voir à l’intégrer autrement et de répondre d’une autre façon aux besoins auxquels ces rites répondent.

La stabilité et la sécurité affective

Le bien-être du tout-petit dépend beaucoup de celui des adultes significatifs qui en prennent soin. Si ces derniers sont également endeuillés, il importe qu’ils reçoivent tout le soutien dont ils ont besoin. De plus, le maintien des habitudes de vie et la poursuite des activités courantes de l’enfant devraient être favorisés le plus possible afin de nourrir chez lui un sentiment de sécurité affective. La poursuite de la fréquentation du service de garde, par exemple, peut être très réconfortante pour l’enfant endeuillé, car il s’agit généralement d’un milieu de vie important pour lui dont le fonctionnement n’est pas altéré à la suite du décès de son proche.

 

Ressources utiles

  • Deuil Jeunesse http://www.deuil-jeunesse.com/ :Information et accompagnement des familles et des jeunes qui vivent la mort, la maladie grave d’un proche ou la séparation et autres services destinés à ces clientèles. Formations destinées aux professionnels.
  • Masson, Josée (2010). Mort, mais pas dans mon coeur – Guider un jeune en deuil. Montréal, Les éditions logiques, 340 pages.

 

Sources

Masson, Josée (2010). Mort, mais pas dans mon coeur – Guider un jeune en deuil. Montréal, Les éditions logiques, 340 pages.

Formation Concepts de base sur les jeunes endeuillés par Josée Masson, directrice générale de Deuil Jeunesse, 2013.

Formation Intervenir auprès des jeunes endeuillés par Josée Masson, directrice générale de Deuil Jeunesse, 2013.

Chut! C’est pour son bien…Que faire avec les secrets de famille?

Marie-Pascale Deegan, Travailleuse sociale, M. Sc.

Mars 2015

www.aveclenfant.com

Pour protéger les enfants, les adultes choisissent souvent de leur cacher la vérité. Pourtant, les secrets, loin d’avoir l’effet désiré, causent du tort.

Secret de famille

Un secret est une information qu’une ou des personnes cachent délibérément à autrui.

Les secrets de famille touchent souvent la naissance, la mort, la sexualité, l’argent, la délinquance ou la maladie. Ils peuvent, par exemple, être liés à la naissance d’un enfant conçu à l’occasion d’une liaison ou à un avortement, à une mort violente ou par suicide, à l’homosexualité, à un abus sexuel, à un héritage, au chômage, à un crime, à un trouble psychologique ou à des émotions ou sentiments, comme un amour inavoué.

Le secret a habituellement pour origine la honte ou la culpabilité. Ceux qui le gardent vivent généralement dans la crainte que le secret soit dévoilé et que cela crée une atteinte à leur image ou à celle de leur famille.

Être inclus dans un secret, c’est-à-dire connaître l’information tenue secrète, tout comme en être tenu à l’écart peut générer de l’anxiété et de nombreuses autres souffrances chez un enfant.

L’enfant qui est tenu à l’écart d’un secret, perçoit son existence et interprète son contenu, plus ou moins consciemment. Il devine son existence, mais sans pouvoir le saisir ou le nommer.

En effet, le secret influence les comportements de ceux qui le portent: leurs mots, leurs silences et malaises, leurs intonations, comme leurs contradictions. Les actions posées ou évitées par ceux qui portent le secret paraissent souvent étranges aux yeux de celui qui en est tenu à l’écart et suscite chez lui des interrogations, plus ou moins conscientes ou verbalisées.

L’adulte qui porte un secret de famille peut avoir tendance à nier ce l’enfant perçoit:

« Pourquoi te fâches-tu quand je te parle d’adopter un petit frère, maman?»

«Où vas-tu chercher ça? Je ne me fâche pas! »

Dans une telle situation, l’enfant qui perçoit réellement une réaction qu’il n’arrive pas à s’expliquer chez sa mère lorsqu’il parle d’adoption peut en venir à remettre ses propres perceptions en question.

Quoi dire aux enfants? Quand leur parler?

Rachel devient enceinte à l’occasion d’une liaison d’un soir. Son mari, Marc, et elle sont encore amoureux. De plus, ils projetaient de faire un troisième enfant ensemble, au moment où Rachel a fait ce faux pas. Ils choisissent de passer l’éponge et d’élever l’enfant ensemble.

Doivent-ils révéler la vérité aux trois enfants? Oui.

De nombreux motifs peuvent être invoqués pour cacher la vérité aux enfants. Dans la situation de Rachel et Marc, les arguments suivants peuvent être invoqués : si l’enfant conçu hors mariage apprend la vérité, il doutera de l’amour que Marc lui porte, il se sentira dévalorisé, voire coupable, il risque aussi d’être rejeté par ses frères et sœurs si ceux-ci apprennent la vérité sur son origine, etc.

Cependant, les secrets de famille sont toujours nocifs et leurs conséquences dépassent généralement celles qu’engendre la divulgation de la vérité. L’enfant à qui on cache un secret de famille perçoit son mystère et subit des conséquences, plus ou moins graves, qui sont liées aux faits qui lui sont cachés, sans en comprendre l’origine. Il importe donc d’être transparent au quotidien, de répondre aux questions, de rompre les silences et de briser les secrets.

Répondre simplement aux questions des enfants – quelles qu’elles soient et quelle que soit la nature du secret – est la façon la plus simple d’y parvenir. Toute réponse honnête à une question authentique vaut la peine d’être donnée. Cependant, il est essentiel d’être sensible à son jeune interlocuteur et de tenir un discours qui lui est adapté.

L’enfant, confronté à un secret de famille, peut ne pas savoir quelle question poser. Il peut aussi avoir compris qu’un sujet est tabou (interdit) et ainsi éviter d’en parler. Il ne faut donc pas toujours attendre les questions des enfants pour leur révéler un secret de famille.

Les secrets des enfants

On utilise souvent l’expression « bons et mauvais secrets », dans les discours visant à sensibiliser les enfants à l’importance de révéler tout secret lourd à porter. En effet, il y a une distinction importante à faire entre éviter de révéler à papa sa surprise d’anniversaire et retenir un secret:

-Lourd à garder (qui le rend inquiet ou malheureux);

-Qui concerne une personne en danger;

-Qui se rapporte à l’enfant lui-même (chacun doit être libre de parler de chaque chose qu’il fait ou qui lui arrive);

-Qui est accompagné d’une menace (« si tu en parles… (un malheur surviendra) »).

Les enfants doivent être informés de l’existence de ces types de secrets et apprendre à distinguer les « bons secrets » des « mauvais ». Ils doivent aussi être rassurés, par un adulte de confiance, quant au fait qu’ils seront écoutés s’ils ont un secret à confier et qu’ils ne doivent pas se laisser intimider par les menaces.

Si un enfant vous rapporte un secret:

-Écoutez-le bien attentivement;

-À prime abord, prenez pour acquis qu’il dit la vérité – C’est très important;

-Évitez de mettre des mots dans sa bouche: laissez-le parler;

-Ne dramatisez pas;

-Protégez l’enfant;

-Soyez responsable et faites suite aux confidences de l’enfant en posant les gestes nécessaires, en fonction de la situation.

Pour poursuivre la réflexion:

Tisseron, Serge. Les secrets de famille, comment en parler? : http://www.youtube.com/watch?v=n1BBUuHrKhg

Tisseron, S. (2007). Secrets de famille – Mode d’emploi, Quand et comment faut-il en parler? Éditions Marabout.

Sources:

V.G.-Morval, M.  1985.  Psychologie de la famille, Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal, 150 pages.

Tisseron, Serge. Les secrets de famille, comment en parler? : http://www.youtube.com/watch?v=n1BBUuHrKhg

Supervisions cliniques en travail social avec Linda Roy, T.S. et Robert Thibodeau, TS. (entre 2004 et 2009).

Les peurs

Jean-Christophe 3½ ans vit la période de l’halloween avec angoisse. Il craint la présence de fantômes dans sa chambre, crie et ne veut pas se coucher. Il dit qu’il ne veut pas voir la sorcière Sucrerie qui viendra visiter les enfants à la garderie. Pourtant, l’année dernière il s’est tant amusé à l’halloween. Doit-on s’inquiéter de ces peurs?

Le tableau chronologique des peurs chez l’enfant de Mallet et Pelsser inclut les peurs de monstres et de fantômes dans la panoplie des craintes de l’enfant de 4 ans. On y retrouve aussi ogres, sorcières et petits animaux tels que la souris, l’araignée, les insectes. Quant à l’enfant de 3 ans, il a peur des gros animaux (loups, chiens, serpents) et craint d’être pourchassé, dévoré, mordu. Le grand de cinq ans manifeste des peurs face à certaines situations, par exemple: peur du vide, du dentiste, des accidents.

Nous connaissons tous les peurs des tout-petits, celle des étrangers entre 8 et 12 mois, peur de l’abandon, peur des bruits, de la nouveauté, peur de l’obscurité. Le trottineur de 2 ans tremble à l’idée d’être seul dans le noir. La majorité des peurs sont apprises et peuvent disparaître d’elles-même. L’enfant observe les réactions de peur de son parent et imite ses cris lorsqu’il y a du tonnerre et des éclairs ou lorsqu’une araignée se balance dans la baignoire.

Jean-Christophe comme tous les enfants de 3 à 6 ans a une vive imagination. Il ne fait pas la distinction entre la réalité et la fiction. C’est pourquoi, il peut avoir peur d’événements ou de personnages imaginaires. Pour lui, fantômes, sorcières et monstres existent et mettent en danger sa sécurité, son intégrité corporelle. Son imagination l’envahit et peut provoquer de l’angoisse. Les scénarios terribles qu’il imagine le terrifient, le font pleurer ou crier.

Voici quelques conseils pour aider les enfants à affronter et à surmonter leurs peurs:

  1. Adoptez une attitude calme et affectueuse et vous réussirez ainsi à le rassurer.
  2. Prenez au sérieux les peurs et parlez-en. Nommez la peur. L’enfant se sentira compris et apprendra à dire ce qu’il ressent. Ridiculiser ou minimiser la crainte envoie à l’enfant un message qui contredit ce qu’il ressent. Toute émotion est légitime et doit être accueillie.
  3. Initiez l’enfant à exprimer ses peurs en les racontant, en les dessinant, en bricolant au travers le jeu imaginaire où il devient lui-même le loup qui pourchasse.
  4. Parlez des peurs, les vôtres, celles illustrées dans les contes ou dans les peintures.
  5. Apprenez à l’enfant des stratégies pour surmonter ses peurs. Il peut respirer profondément, tenir la main d’un adulte ou aller chercher son toutou.
  6. Félicitez-le lorsqu’il exprime ce qu’il ressent.
  7. Préparez-le à affronter les situations nouvelles en annonçant le déroulement de ce qu’il verra ou vivra (visite chez le dentiste ou chez une vieille tante très malade et handicapée, par exemple).
  8. Faites des jeux symboliques avec l’enfant. Il devient fort et puissant lorsqu’il revêt le costume de tigre mais il doit faire semblant de griffer ou de mordre. L’imaginaire colore la réalité dans le contrôle du geste.