Le deuil vécu par les tout-petits

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Marie-Pascale Deegan, Travailleuse sociale

Mars 2014

www.aveclenfant.com

De nombreux tout-petits se trouvent confrontés à la mort d’êtres qui leur sont chers. Accompagner un enfant faisant face à la mort d’un proche soulève beaucoup de questions et d’émotions chez la plupart d’entre nous : Que comprend-il de la mort? Que faut-il lui dire? Doit-il prendre part aux rites funéraires? Comment ressent-il l’absence de la personne décédée dans sa vie? À quelles réactions s’attendre de sa part? Comment l’aider et quand s’inquiéter?  Levons donc le voile sur ce sujet à la fois omniprésent et tabou.

 

Qu’est-ce que le tout-petit sait ou comprend de la mort?

Le jeune enfant n’a pas encore atteint un stade de développement cognitif qui lui permettrait de bien saisir ce qu’est la mort. Au cours de la petite enfance, il découvre que la mort fait partie du cycle de la vie et qu’elle est inévitable pour tous. Cependant, il demeure très ardu pour lui d’établir un lien entre la mort et sa cause physique. De plus, le jeune enfant conçoit très difficilement que la mort puisse signifier la fin absolue pour une personne, que son corps puisse cesser de fonctionner, puis d’exister. D’ailleurs, l’irréversibilité de la mort, c’est-à-dire le fait qu’un être mort ne pourra jamais redevenir vivant, est impossible à assimiler avant l’âge de 9 ou 10 ans environ. Ainsi, un jeune enfant peut s’inquiéter pour le confort d’une personne décédée ou espérer son retour.

 

Comment l’enfant réagit-il au décès d’un proche?

Le deuil

Un deuil, c’est tout ce qu’une personne vit à la suite de la mort d’une personne qu’elle aime. C’est pourquoi chaque deuil est unique. C’est aussi pourquoi, contrairement à ce qu’on entend souvent, un deuil ne se résout pas et ne prend pas nécessairement fin. La personne endeuillée peut s’habituer à l’absence de la personne significative dans sa vie et créer un nouvel équilibre sans elle sans pour autant cesser de se remémorer avec émotion des souvenirs liés à elle ou de réagir occasionnellement à son absence.

Les réactions des tout-petits

Le bébé peut ressentir vivement l’absence de la personne décédée si elle jouait un rôle significatif auprès de lui. Il ressent aussi la tension vécue par les personnes qui gravitent autour de lui au cours de la période entourant le décès. Il réagit aux changements qui surviennent dans sa vie dans ces circonstances. Il peut exprimer le sentiment d’insécurité que lui occasionnent ces sources de stress par des pleurs ou même par des cris stridents.

Le tout-petit comprend très mal ce que signifient la mort, les événements et les rituels qui l’entourent, les réactions des gens et les changements qu’un décès entraîne. Son inexpérience et son immaturité cognitive l’empêchent d’interpréter avec justesse ce qu’il observe ou de se faire une idée réaliste de l’avenir. Il a besoin d’adultes pour répondre à ses questions, pour lui expliquer ce qui se passe et ce qui se passera dans des mots qu’il peut comprendre. Même avec leur aide, il n’est pas en mesure de tout saisir car il n’a pas atteint un degré de développement assez avancé pour ce faire. Comme le bébé, l’enfant qui a entre 18 mois et cinq ans est insécurisé par l’absence de la personne décédée et peut vivre toute la gamme des émotions au fil de ses expériences entourant le décès. Il est aussi insécurisé par les réactions de ses proches au décès et par tous les événements et les changements qu’il entraîne.

À tout âge, l’enfant endeuillé peut présenter des réactions physiologiques : faiblesse musculaire, diarrhée, difficultés respiratoires, perte d’appétit, insomnie et plusieurs autres. Son système immunitaire peut subitement baisser la garde, ce qui le rend vulnérable à toutes sortes de virus. Dans certains cas, on peut même assister à un arrêt temporaire de son développement physique.

Entre 0 et 5 ans, l’enfant ne peut pas envisager tout ce que la mort d’un proche risque d’entraîner comme conséquences dans sa vie. Il n’a d’autre choix que de le découvrir petit à petit et de réagir à ses découvertes au moment où il les fait. Ainsi, il est à prévoir qu’il vivra longtemps certaines réactions de deuil, au fur et à mesure qu’il assimilera certains éléments qu’il lui était impossible de comprendre au moment du décès.

Les facteurs qui influencent la façon de vivre le deuil

Outre l’âge, de nombreux facteurs peuvent influencer les réactions d’un enfant au décès d’un proche, entre autres le tempérament et la personnalité de l’enfant, son sexe, son lien avec la personne décédée, sa présence au moment de la mort ou les conditions dans lesquelles on la lui a annoncée, sa participation aux rites funéraires et sa préparation à ces derniers.

Cependant, chaque deuil étant aussi unique et mouvant qu’un nuage, il importe de ne pas juger des impacts de chacun de ces facteurs sur le deuil de l’enfant, mais bien de les discerner. Ainsi, pour Suzie, le fait d’avoir été endormie auprès de son grand-père qu’elle adorait au moment de son décès la réconforte. Pour le moment, pour elle, sa présence au moment du décès agit comme un facteur de protection.

 

Quand s’inquiéter? Quand chercher de l’aide spécialisée?

Lorsque les symptômes – les réactions physiologiques ou les manifestations de souffrance psychologique qui ont surgi à la suite du décès – sont intenses ou fréquents ou lorsque leur fréquence et leur intensité s’accroit, il importe d’offrir au jeune endeuillé une aide adaptée à ses besoins. La dépression doit également être décelée et soignée. Enfin, si l’enfant se remémore continuellement une scène traumatique liée au décès, s’il fait des cauchemars, s’il évite certains lieux ou objets qui lui rappellent un mauvais souvenir ou s’il se montre hyper-vigilant, tous des signes d’état de stress post-traumatique, il faut intervenir sans tarder.

Même en l’absence de symptômes évidents, tous les enfants endeuillés ont besoin que l’on porte une grande attention aux signaux qu’ils émettent et qu’on veille à répondre à leurs besoins. Une aide spécialisée au cours de la maladie grave d’un proche, dans les moments entourant la mort et les rites qui s’ensuivent ou au cours des premiers temps suivant un décès peut largement contribuer à éviter d’éventuelles complications.

L’enfant endeuillé a besoin de pouvoir exprimer ses émotions sans crainte d’être jugé, qu’il soit en colère contre le défunt, qu’il ressente encore beaucoup de tristesse très longtemps après la mort, qu’il se sente soulagé par l’absence de la personne dans sa vie, qu’il vive des émotions très différentes des autres membres de sa famille, bref, quoi qu’il ressente. Il a aussi besoin d’être respecté dans son choix de ne pas en parler, si tel est le cas. Il a besoin d’être validé dans sa façon unique de vivre le deuil, c’est-à-dire de savoir que ce qu’il ressent et que ce qu’il fait ou ne fait pas est correct. Peu importe qui est décédé, l’enfant qui ressent la mort d’une personne comme un événement important pour lui a besoin d’être reconnu dans le lien qui l’unissait à cette personne. L’enfant a besoin d’être inclus et de participer à sa façon aux rites entourant la mort d’un proche. Il a aussi besoin d’être renseigné sur les causes et circonstances véridiques de la mort. Il a également besoin d’informations claires et précises entourant les rites funéraires : Pourquoi toutes ces fleurs? Qui sont tous ces gens qui pleurent? Comment se peut-il que l’être aimé se retrouve dans une urne? Que signifie incinérer? Souffre-t-on lors de l’incinération? Enfin, l’enfant endeuillé a besoin de contacts physiques chaleureux.

 

Quoi lui dire et comment l’aider?

L’annonce

Il est essentiel d’aviser l’enfant du décès d’un proche le plus vite possible, en évitant les détours. L’enfant ne devrait pas deviner la mort de la personne, mais bien en être informé. L’annonce devrait être faite à tous les membres de la fratrie en même temps, idéalement par le parent. Les éléments essentiels entourant les circonstances et la cause de la mort devraient être décrits de façon simple et précise. Il importe de vérifier que l’enfant comprend les informations qui lui sont données et les mots nouveaux qui sont utilisés.

Le choix des messages et des mots

En raison de son incapacité à concevoir la mort, le tout-petit a besoin qu’on lui explique clairement que la personne est morte « pour vrai ». Que son corps a cessé de fonctionner, qu’elle ne peut plus souffrir, que son coeur a cessé de battre. Il a besoin qu’on lui dise que la personne ne peut plus sentir, entendre ou toucher, qu’elle ne peut plus bouger ou jouer. Ces explications l’aideront à comprendre que la personne ne reviendra pas et qu’il ne doit pas s’inquiéter pour elle. Il est primordial d’éviter de lui dire que la personne s’est endormie pour toujours, qu’elle est partie en voyage ou qu’elle est au ciel, car ces images peuvent engendrer par exemple la peur de s’endormir, l’attente du retour ou le désir d’aller rejoindre la personne au ciel.

Les réponses aux questions

Josée Masson, directrice générale de l’organisme Deuil Jeunesse, affirme que lorsque les enfants endeuillés posent des questions, ils ont besoin de « CLARTÉ ». Cet acronyme représente leur besoin de calme, de limpidité ou d’honnêteté, d’attention à ce qu’ils cherchent véritablement à comprendre, de rapidité dans le délai de réponse, de tolérance à la répétition des questions et d’exactitude en réponse à leurs questions.

Les rites funéraires : bienfaits et respect du choix éclairé de l’enfant

Le fait de participer aux rites funéraires peut aider l’enfant à mieux vivre son deuil. En effet, ces rites peuvent contribuer à rendre la mort concrète. Lorsque c’est possible, voir ou toucher le corps de la personne décédée peut aider l’enfant à comprendre l’arrêt du fonctionnement du corps et la réalité de la perte qui survient dans sa vie. Les rites funéraires offrent aussi à l’enfant l’occasion d’exprimer sa peine. De plus, à l’occasion de ces rites, l’enfant peut bénéficier du soutien de sa famille et de sa communauté. Enfin, les rites funéraires peuvent aider l’enfant à donner un sens religieux ou symbolique à la mort. Même le bébé devrait idéalement participer à ces derniers, car plus tard le fait de savoir qu’il y a pris part pourra l’aider dans son processus de deuil.

Le choix final d’assister ou non aux rites funéraires ou de déterminer la façon d’y prendre part doit revenir à l’enfant en mesure d’exprimer un choix. Ce choix devrait être éclairé, c’est-à-dire que l’enfant devrait être informé le plus clairement et concrètement possible du déroulement prévu avant de prendre sa décision. S’il y assiste, ces explications contribueront à ce que son expérience soit bienfaisante pour lui. S’il choisit de ne pas y assister, il importe de le respecter, de voir à l’intégrer autrement et de répondre d’une autre façon aux besoins auxquels ces rites répondent.

La stabilité et la sécurité affective

Le bien-être du tout-petit dépend beaucoup de celui des adultes significatifs qui en prennent soin. Si ces derniers sont également endeuillés, il importe qu’ils reçoivent tout le soutien dont ils ont besoin. De plus, le maintien des habitudes de vie et la poursuite des activités courantes de l’enfant devraient être favorisés le plus possible afin de nourrir chez lui un sentiment de sécurité affective. La poursuite de la fréquentation du service de garde, par exemple, peut être très réconfortante pour l’enfant endeuillé, car il s’agit généralement d’un milieu de vie important pour lui dont le fonctionnement n’est pas altéré à la suite du décès de son proche.

 

Ressources utiles

  • Deuil Jeunesse http://www.deuil-jeunesse.com/ :Information et accompagnement des familles et des jeunes qui vivent la mort, la maladie grave d’un proche ou la séparation et autres services destinés à ces clientèles. Formations destinées aux professionnels.
  • Masson, Josée (2010). Mort, mais pas dans mon coeur – Guider un jeune en deuil. Montréal, Les éditions logiques, 340 pages.

 

Sources

Masson, Josée (2010). Mort, mais pas dans mon coeur – Guider un jeune en deuil. Montréal, Les éditions logiques, 340 pages.

Formation Concepts de base sur les jeunes endeuillés par Josée Masson, directrice générale de Deuil Jeunesse, 2013.

Formation Intervenir auprès des jeunes endeuillés par Josée Masson, directrice générale de Deuil Jeunesse, 2013.

Chut! C’est pour son bien…Que faire avec les secrets de famille?

Marie-Pascale Deegan, Travailleuse sociale, M. Sc.

Mars 2015

www.aveclenfant.com

Pour protéger les enfants, les adultes choisissent souvent de leur cacher la vérité. Pourtant, les secrets, loin d’avoir l’effet désiré, causent du tort.

Secret de famille

Un secret est une information qu’une ou des personnes cachent délibérément à autrui.

Les secrets de famille touchent souvent la naissance, la mort, la sexualité, l’argent, la délinquance ou la maladie. Ils peuvent, par exemple, être liés à la naissance d’un enfant conçu à l’occasion d’une liaison ou à un avortement, à une mort violente ou par suicide, à l’homosexualité, à un abus sexuel, à un héritage, au chômage, à un crime, à un trouble psychologique ou à des émotions ou sentiments, comme un amour inavoué.

Le secret a habituellement pour origine la honte ou la culpabilité. Ceux qui le gardent vivent généralement dans la crainte que le secret soit dévoilé et que cela crée une atteinte à leur image ou à celle de leur famille.

Être inclus dans un secret, c’est-à-dire connaître l’information tenue secrète, tout comme en être tenu à l’écart peut générer de l’anxiété et de nombreuses autres souffrances chez un enfant.

L’enfant qui est tenu à l’écart d’un secret, perçoit son existence et interprète son contenu, plus ou moins consciemment. Il devine son existence, mais sans pouvoir le saisir ou le nommer.

En effet, le secret influence les comportements de ceux qui le portent: leurs mots, leurs silences et malaises, leurs intonations, comme leurs contradictions. Les actions posées ou évitées par ceux qui portent le secret paraissent souvent étranges aux yeux de celui qui en est tenu à l’écart et suscite chez lui des interrogations, plus ou moins conscientes ou verbalisées.

L’adulte qui porte un secret de famille peut avoir tendance à nier ce l’enfant perçoit:

« Pourquoi te fâches-tu quand je te parle d’adopter un petit frère, maman?»

«Où vas-tu chercher ça? Je ne me fâche pas! »

Dans une telle situation, l’enfant qui perçoit réellement une réaction qu’il n’arrive pas à s’expliquer chez sa mère lorsqu’il parle d’adoption peut en venir à remettre ses propres perceptions en question.

Quoi dire aux enfants? Quand leur parler?

Rachel devient enceinte à l’occasion d’une liaison d’un soir. Son mari, Marc, et elle sont encore amoureux. De plus, ils projetaient de faire un troisième enfant ensemble, au moment où Rachel a fait ce faux pas. Ils choisissent de passer l’éponge et d’élever l’enfant ensemble.

Doivent-ils révéler la vérité aux trois enfants? Oui.

De nombreux motifs peuvent être invoqués pour cacher la vérité aux enfants. Dans la situation de Rachel et Marc, les arguments suivants peuvent être invoqués : si l’enfant conçu hors mariage apprend la vérité, il doutera de l’amour que Marc lui porte, il se sentira dévalorisé, voire coupable, il risque aussi d’être rejeté par ses frères et sœurs si ceux-ci apprennent la vérité sur son origine, etc.

Cependant, les secrets de famille sont toujours nocifs et leurs conséquences dépassent généralement celles qu’engendre la divulgation de la vérité. L’enfant à qui on cache un secret de famille perçoit son mystère et subit des conséquences, plus ou moins graves, qui sont liées aux faits qui lui sont cachés, sans en comprendre l’origine. Il importe donc d’être transparent au quotidien, de répondre aux questions, de rompre les silences et de briser les secrets.

Répondre simplement aux questions des enfants – quelles qu’elles soient et quelle que soit la nature du secret – est la façon la plus simple d’y parvenir. Toute réponse honnête à une question authentique vaut la peine d’être donnée. Cependant, il est essentiel d’être sensible à son jeune interlocuteur et de tenir un discours qui lui est adapté.

L’enfant, confronté à un secret de famille, peut ne pas savoir quelle question poser. Il peut aussi avoir compris qu’un sujet est tabou (interdit) et ainsi éviter d’en parler. Il ne faut donc pas toujours attendre les questions des enfants pour leur révéler un secret de famille.

Les secrets des enfants

On utilise souvent l’expression « bons et mauvais secrets », dans les discours visant à sensibiliser les enfants à l’importance de révéler tout secret lourd à porter. En effet, il y a une distinction importante à faire entre éviter de révéler à papa sa surprise d’anniversaire et retenir un secret:

-Lourd à garder (qui le rend inquiet ou malheureux);

-Qui concerne une personne en danger;

-Qui se rapporte à l’enfant lui-même (chacun doit être libre de parler de chaque chose qu’il fait ou qui lui arrive);

-Qui est accompagné d’une menace (« si tu en parles… (un malheur surviendra) »).

Les enfants doivent être informés de l’existence de ces types de secrets et apprendre à distinguer les « bons secrets » des « mauvais ». Ils doivent aussi être rassurés, par un adulte de confiance, quant au fait qu’ils seront écoutés s’ils ont un secret à confier et qu’ils ne doivent pas se laisser intimider par les menaces.

Si un enfant vous rapporte un secret:

-Écoutez-le bien attentivement;

-À prime abord, prenez pour acquis qu’il dit la vérité – C’est très important;

-Évitez de mettre des mots dans sa bouche: laissez-le parler;

-Ne dramatisez pas;

-Protégez l’enfant;

-Soyez responsable et faites suite aux confidences de l’enfant en posant les gestes nécessaires, en fonction de la situation.

Pour poursuivre la réflexion:

Tisseron, Serge. Les secrets de famille, comment en parler? : http://www.youtube.com/watch?v=n1BBUuHrKhg

Tisseron, S. (2007). Secrets de famille – Mode d’emploi, Quand et comment faut-il en parler? Éditions Marabout.

Sources:

V.G.-Morval, M.  1985.  Psychologie de la famille, Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal, 150 pages.

Tisseron, Serge. Les secrets de famille, comment en parler? : http://www.youtube.com/watch?v=n1BBUuHrKhg

Supervisions cliniques en travail social avec Linda Roy, T.S. et Robert Thibodeau, TS. (entre 2004 et 2009).

L’enfant qui ne veut pas manger au service de garde

Sylvie Garceau, TEE

Février 2015

www.avecl’enfant.com

Vous êtes éducatrice d’un groupe d’enfants âgés d’environ 3 ans, depuis septembre dernier.  Vous remarquez qu’un d’entre eux, Thomas, refuse de manger les repas qui lui sont présentés.  Sans vous inquiéter, vous lui avez laissé le temps de s’intégrer au groupe.  Toutefois, la situation perdure et vous commencez à vous préoccuper de son alimentation. Vous ne savez pas comment réagir, mais vous aimeriez bien pouvoir dire à ses parents le soir venu, que Thomas a mangé aujourd’hui.

Pistes de réflexion:

-Le goût se développe selon le rythme de l’enfant et selon des étapes. (Observer, sentir, toucher, goûter, manger et finalement manger l’aliment avec plaisir).

-Le goût se développera à travers des expériences positives vécues par l’enfant.

-La  néophobie alimentaire: étape normale du développement que l’enfant traverse entre 2 et 10 ans.  Période caractérisée par la réticence ou la peur envers les aliments qu’il ne connait pas.  L’enfant va trier les aliments de son assiette ou refuser de les manger.

-L’enfant peut être exposé à un nouvel aliment entre 15 et 20 fois avant de le goûter.

-Le repas doit comporter environ 3 aliments, ainsi l’enfant peut faire un choix.

-Le dessert fait partie du repas et il doit être composé d’éléments nutritifs.

-La faim et l’appétit peuvent varier selon les moments de la journée, les jours ou les semaines.  Ils sont influencés par différents facteurs.

-L’enfant peut affirmer son autonomie par le refus de la nourriture.

Comportements éducatifs à adopter:

-Vérifier auprès du parent l’appétit de l’enfant à la maison.

-On ne doit pas insister pour que l’enfant mange ou goûte un aliment. Présenter le repas et proposer d’y goûter.

-Présenter plusieurs fois le nouvel aliment à l’enfant au fil des jours et des semaines.

-Offrir à l’enfant une ambiance positive lors des repas favorisant les interactions.

-Être un modèle pour l’enfant quant à l’appréciation des aliments.  Votre plaisir à manger pourra l’inciter à goûter.

-Laisser l’enfant faire le choix de ce qu’il désire manger dans son assiette.

-Laisser de 20 à 30 minutes à l’enfant pour manger.

-Éviter la présence des écrans lors des repas.

-Offrir à l’enfant des accessoires adaptés et porter une attention à la grandeur de l’assiette.  Une trop grande assiette pourrait décourager l’enfant.

-Vous pouvez couper en petits morceaux l’aliment nouveau dans l’assiette de l’enfant, ainsi il pourra l’apprivoiser à son rythme.

-Féliciter seulement les efforts de l’enfant.

-Si l’enfant ne mange pas, retirer l’assiette sans ajouter de mots ou d’expressions du visage.

-Servir de petites portions à l’enfant et lui permettre d’en reprendre.

-Servir à boire à l’enfant qui a un petit appétit, seulement après le repas.

-Ne pas priver l’enfant de dessert ou ne pas utiliser celui-ci comme récompense. (L’adulte pourrait ainsi proposer une mauvaise compréhension de l’alimentation: repas principal=négatif, dessert= positif.)

-Proposer la même portion (1 portion) de dessert peu importe la quantité qu’il a mangé au repas principal.

-Proposer de réaliser des activités culinaires avec les enfants.  Ils participeront à la découverte culinaire avec plaisir.

-Respecter le goût, la faim et la satiété des enfants.

-L’adulte détermine des règles claires à la période des repas (ex: demeurer assis à la table pour le repas).

-Avant de servir l’enfant, vous pouvez lui demander s’il a une grosse, une moyenne ou une petite faim.  Ainsi, on évite le gaspillage et on permet à l’enfant de prendre conscience de sa faim.

-Nommer les aliments et discuter avec les enfants des caractéristiques et de la provenance de ceux-ci.

Toutefois, vous devez toujours garder en tête que chaque enfant est unique et il se développe à son rythme.  Donc, il va s’alimenter selon cette même règle.

Également, il est important de retenir que si la santé générale de l’enfant vous inquiète, vous devez en parler avec le parent, il se pourrait que la consultation d’un professionnel soit nécessaire.

Bon appétit à tous!!!

Texte inspiré des références suivantes: www.nospetitsmangeurs.org, www.enfant-encyclopedie.com,

www.extenso.org, Cadre de référence du programme: Gazelle et Potiron.

Il a volé des bonbons à l’épicerie

Alors que j’étais affairée à payer mes articles à l’épicerie, mon fils a pris du chocolat et un petit jouet. Je n’ai rien vu et il a sorti ses petits larcins de sa poche plus tard à la maison. Comment dois-je aborder ce problème avec lui? Dois-je m’inquiéter?

Tout dépend de l’âge de votre fils. Les petits ramassent ce qui est à la portée de leur main. Ils ne distinguent pas prendre et voler puisqu’ils n’ont pas encore acquis le sens de la propriété. D’ailleurs, les enfants d’âge préscolaire montrent parfois les objets «pris au vol» à leurs parents, innocemment comme une découverte à partager.

Vers 7-8 ans, l’enfant reconnaît ce qui lui appartient et peut savoir alors ce qu’on ressent lorsqu’on se fait prendre nos affaires. À cet âge, le geste de voler prend le même sens que chez l’adulte. Quel que soit l’âge de l’enfant, il faut rendre les objets volés en emmenant l’enfant. Il est nuisible de traiter l’enfant de voleur mais essentiel de ne pas laisser l’événement passé inaperçu. Si le parent n’intervient pas, il se met en position de complice. «Je suis ton parent et je suis là pour t’apprendre ce qui est interdit.» S’il se cache derrière vous, n’insistez pas, l’humiliation n’est jamais constructive. Il participe au geste de réparation et apprend ainsi l’interdit. «Je ne peux pas te laisser prendre les choses des autres. Tu ne serais pas content si quelqu’un prenait tes affaires. Tu dois savoir commander à tes mains et les arrêter lorsqu’ils veulent prendre des choses.»

Dans certains cas, l’enfant prend un objet qu’on lui a refusé. L’objet doit aussi être retourné et clairement identifié. «Je reconnais la petite voiture que tu voulais et que je t’ai refusée. Tu l’as prise et je ne peux te laisser faire ça.»

Parfois les objets volés représentent un manque, une compensation affective. Je me souviens d’un petit garçon dans une garderie qui emplissait ses poches de petits jouets appartenant au milieu de garde. Il traînait à la maison des parcelles de la garderie et surtout de l’amour de son éducatrice. Il se sentait seul et abandonné à la maison, à la suite de la naissance de jumelles qui prenaient tout le temps et l’énergie de la maman. Dans ce cas-ci, les vols se multipliaient et signifiaient un malaise, une détresse.

L’enfant apprend peu à peu la loi des adultes, développe progressivement son sens moral à travers les relations d’amour qu’il entretient. C’est par amour, pour maintenir la relation que l’enfant se soumet aux règles. Il est donc important qu’il sente que malgré la bêtise qu’il a faite vous continuez à l’aimer.