Un aménagement qui stimule l’apprentissage actif

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Claire reçoit chaque jour six enfants dans son service de garde; les enfants ont entre vingt mois et 2 ans et demi. En début d’année, elle a disposé son local par coin de jeux. Sachant bien que les petits ont besoin de bouger, un grand espace est réservé pour la motricité globale. Depuis deux mois environ, Claire a observé que les besoins des enfants ont changé. Elle juge que son environnement doit être exploité autrement afin de mieux répondre aux besoins de son groupe multiâge. Elle se préoccupe de mettre en place un aménagement et du matériel qui stimule l’enfant. Comment Claire peut-elle aménager les lieux pour favoriser l’apprentissage actif?

Une première règle que Claire doit retenir dans l’organisation de son aménagement est de permettre à l’enfant d’être en contact direct avec du matériel de jeu sécuritaire, polyvalent et varié. Le matériel peut être par exemple, les voitures, les maisons jumelées à des objets usuels comme des boîtes, des bobines de fils, différents contenants de plastique style porte savon, étui à brosse à dents, etc. Claire peut prévoir dans son horaire l’utilisation de ses objets dans des moments stratégiques. Comme par exemple, en début et fin de journée, pour lui permettre d’être plus disponible à l’accueil le matin et le soir. Le matériel offre peu de modèle, l’enfant peut l’utiliser seul et à sa façon, il est sécuritaire, ne demande pas un début et une fin donc moins de frustrations pour laisser le jeu. Le groupe de Claire a vieilli depuis le début de l’année, ils ont développé des habilités motrices qui leur permettent d’avoir plus de précision dans leurs gestes et mouvements. Du matériel varié, polyvalent, qui rappelle la vie familiale et les intérêts de l’enfant, contribue aux ingrédients de l’apprentissage actif.

Une seconde règle à mettre en place dans le milieu de Claire est la disposition du matériel. En effet, le matériel invite les enfants à créer et se lancer de nouveaux défis. En plus de mettre à profit leur capacité de faire des choix, la confiance et l’autonomie en sont développées. Un système de rangement bien organisé permet à l’enfant de prendre de l’initiative dans son jeu. Rapidement il repère, associe et dispose son matériel qui l’amène à réaliser son idée. Il augmente de cette façon son sentiment de compétence. L’utilisation des bacs transparents avec des images ou des photos représentant le contenu facilite le rangement. La responsable doit encourager l’enfant à replacer le matériel à sa place, elle lui permet ainsi d’assumer une part de responsabilité dans son milieu de vie. Claire doit disposer son matériel de 3 façons:

  1. À la disposition de l’enfant par des bacs
  2. À la vue de l’enfant sur des tablettes pour qu’il puisse faire des demandes
  3. Du matériel non disponible dans des armoires pour faire une rotation.

Un système de rangement conçu pour que l’enfant puisse trouver, utiliser et ranger le matériel par lui-même, un autre principe important dans l’apprentissage actif.

La disposition des coins doit être délimitée de sorte que Claire puisse repérer tous les enfants en parcourant le local du regard. Les meubles qui servent de divisions psychologiques ne doivent pas empêcher la responsable de voir les enfants en action. Les enfants doivent pouvoir se déplacer et observer les autres d’un coin à l’autre sans déranger une situation de jeu. L’apprentissage actif rappelle l’importance des coins d’activités bien délimités pour stimuler le jeu et une disposition qui facilite l’observation et la circulation.

Claire doit prévoir dans son environnement un espace où l’enfant peut mettre ses objets personnels. Il est certain que le vestiaire est l’endroit tout désigné pour les vêtements. Mais afin de faciliter les déplacements, Claire doit mettre à la disposition un bac identifié par le prénom et le symbole de l’enfant pour déposer ses effets personnels. Par exemple, son toutou, un jeu de la maison, ses photos de voyage qu’il veut montrer au groupe, ses productions, etc. Prévoir dans son milieu un endroit pour mettre les effets personnels et les réalisations de l’enfant, c’est lui accorder de l’importance et du respect.

Claire doit déterminer un endroit pour le rassemblement des enfants. Ce lieu permet de se retrouver, d’échanger, d’écouter une histoire, faire une causerie. C’est aussi un moment pour la responsable d’annoncer les activités et reparler de certaines consignes non respectées. Un endroit fixe pour le repas et la sieste sont également essentiels pour créer un sentiment de sécurité surtout chez le petit. Ces routines sont souvent des sources de tensions causées par la fatigue du matin et par les contraintes vécues entre les enfants. Il est donc pertinent d’avoir un lieu stable où l’enfant peut facilement avoir des repères visuels pour se sentir en sécurité. Une aire de rassemblement, un lieu fixe pour le repas et la sieste, font partie des éléments de l’apprentissage actif.

Un lieu où le parent peut accueillir son enfant après une journée de travail et échanger avec la responsable peut être un moyen pour faciliter la création de liens avec la famille. Il n’est pas nécessaire que l’endroit soit très grand mais qu’il permette un certain retrait pour vivre de l’intimité avec son enfant sans le regard des autres. Une autre façon de créer des liens est de mettre dans la salle de jeu un divan ou une causeuse pour inciter le parent à prendre une place dans le milieu de vie de son enfant. Une éducatrice d’un CPE de la région de Montréal en a fait l’expérience. Ses observations lui ont permis de constater que les parents se sentaient plus à l’aise pour s’arrêter, observer son enfant en situation de jeu, prendre plus de temps pour parler avec l’éducatrice et même d’échanger avec d’autres parents. L’expérience a été tellement positive que l’ensemble des éducatrices du CPE ont mis en place cette stratégie. Des lieux accueillants et invitants permettent à la famille de créer un lien de confiance avec le milieu.

La sensibilité de Claire aux besoins de son groupe d’enfant, lui donne l’occasion de travailler l’intervention indirecte. Par la mise en place de matériel et un aménagement qui évolue avec les intérêts des enfants, Claire augmente les défis, développe la créativité, provoque la résolution de problèmes, amène l’enfant à travailler de nouvelles compétences dans un milieu. Elle lui donne l’occasion de faire de nouvelles découvertes dans le plaisir.

Un local divisé par aires de jeu, un regroupement d’objets stimulants et du matériel de récupération riche d’expérimentation, un système de rangement qui permet à l’enfant de développer sa compétence, un lieu où petit et grand ont leur place, voilà les ingrédients nécessaires pour avoir un service de qualité. À vous maintenant de faire l’analyse de votre milieu, pour le rendre actif et stimulant!

Rendre son milieu stimulant

Tous me diront que le matériel mis à la disposition de l’enfant, l’aménagement de l’espace, les interactions entre les enfants, les interventions de l’adulte, les possibilités de l’enfant à expérimenter sont de belles occasions pour faire des apprentissages. Par contre, peu d’éducatrices pensent à exploiter les infrastructures de leur local pour stimuler les enfants. Et pourtant, rendre stimulant un dessous de table, un derrière de chaise, faire parler de façon originale les murs, les plafonds et les planchers du local; c’est aussi une façon de stimuler la découverte!

Trop souvent l’environnement n’est pas utilisé à son maximum. Nous demandons à l’enfant de s’asseoir pour jouer alors que la chaise peut limiter l’expérimentation, surtout chez les 18 à 24 mois. La même chaise peut être un objet de découvertes si on fixe au dossier des rouleaux d’essuie-tout pour faire descendre des petits objets. Apprendre en se déplaçant, tirer, regarder, faire balancer sont des gestes naturels qui sont permis dans les activités motrices. Que l’enfant puisse le faire en tout temps dans un environnement sécuritaire donne des occasions pour l’enfant plus moteur d’agir sur son environnement en toute liberté.

L’enfant nous donne souvent des pistes de découvertes mais l’adulte hésite parfois à répondre au choix d’un jeu non conventionnel. Par exemple, une chaise sert à s’asseoir, nous manipulons sur une table et non sur le mur. Il est certain, qu’il faut tenir compte de la sécurité des lieux et des exigences du milieu. Mais lorsque que les résistances ne viennent que de l’adulte, n’est-il pas important de se questionner sur les besoins et intérêts de l’enfant plutôt que d’interdire et d’exiger par principe?

L’environnement physique a un impact sur le développement et le comportement des enfants. Ils ont besoin d’expérimenter avec leur corps pour en connaître les possibilités afin de bien les maîtriser. Ce regard différent sur son environnement demande à l’éducatrice d’observer, d’avoir de l’ouverture mais aussi de la créativité. Cette façon de stimuler s’additionne à ce que l’éducatrice fait déjà.

Un environnement animé, des enfants enjoués!

Le CPE Caroline, situé à Laval, a travaillé beaucoup dans ce sens. Les espaces restreints des locaux permettaient peu de possibilités pour installer un coin de manipulation. Suzie Tremblay, une éducatrice a eu la brillante idée d’utiliser un mur comme coin de manipulation. Une murale sur le thème des insectes a été pensée, les enfants pouvaient manipuler les petits insectes, les cacher dans un feuillage en plastique fixé au mur, les regarder à l’aide de loupes suspendues à la murale, les mettre dans des petites boîtes de différentes formes. Un jeu d’associations aimanté permettait de placer l’insecte dans son habitat. Des images ont également été placées au mur pour observer. Un thème bien exploité, mis en permanence dans l’espace de l’enfant. L’idée a permis plusieurs apprentissages selon les goûts et intérêts de chacun.

Voici d’autres façons d’exploiter l’espace et l’ameublement dans votre local….

  • Utilisez le dessous de la table avec des objets aimantés;
  • Mettez votre coin livres dans un bas d’armoire dont vous pouvez refermer les portes pour limiter l’accès;
  • Fixez un tapis à autos au mur pour avoir plus de place dans le coin blocs;
  • Collez des bandes de velcro au mur pour mettre et enlever des pièces de casse-tête avec velcro;
  • Collez au mur des boîtes de différentes formes pour déposer des objets;
  • Faites un labyrinthe au mur avec des rouleaux d’essuie-tout;
  • Suspendez au mur des crayons et du papier pour dessiner;
  • Attachez au dos des chaises des pochettes à manipulation;
  • Collez sur un banc ou une chaise des casse-tête pour éviter les déplacements d’un coin à l’autre;
  • Mettez une table à l’envers pour faire un espace de jeu temporaire;
  • Dans le coin moteur, suspendez du plafond des ballons (les ballons sont utilisés sous une forme différente);
  • Suspendez un grand drap avec des trous pour lancer des éponges de bain;
  • Utilisez les rampes d’escaliers pour faire un jeu de tressage géant;
  • Reconstituez une histoire que vous collez sur les contre- marches de l’escalier;
  • Installez un tissu de feutrine au mur pour lancer des rouleaux à cheveux (style velcro).

Le rôle de l’éducatrice est de créer un environnement stimulant pour le développement de l’enfant. N’est- il pas tout aussi stimulant pour l’adulte de découvrir de nouvelles façons d’animer autrement son environnement.

La cour extérieure : comment la rendre stimulante et sécuritaire cet été.

Josée Lespérance, TÉE éducation à l’enfance

Juin 2013

www.aveclenfant.com

Un été ensoleillé et une température agréable comment ne pas penser à notre cour extérieure avec les enfants.

Deux questions se posent afin de rendre cette période estivale stimulante et sécuritaire…Lorsqu’il s’agit de stimulation, la cour devient pour l’été un lieu important d’apprentissage pour l’enfant. Il faut donc penser à l’aménager comme à l’intérieur. Des coins stimulants et qui dit stimulant dit jeux de manipulation, d’exploration, jeux d’eau, carré de sable avec de nouveaux défis, utilisation de l’infrastructure et trousse pour des jeux moteurs.

Voici donc quelques exemples :

Jeux de manipulation : Ce coin de jeu doit permettre à l’enfant d’avoir accès  à des bacs de manipulation de toutes sortes tels que : Bac de casse- têtes, de bonhommes, de dinosaures, de cartes avec images etc. Utilisez des cabarets pour chacun des enfants afin de structurer le jeu et de faciliter de rangement. Placez une armoire à jardin pour y ranger le matériel.

Exploitation des infrastructures : Permettez aux enfants de jouer sur différentes surfaces. Par exemple, utilisez une table dans le coin manipulation sans chaise. De cette façon, l’enfant a plus accès à la surface de jeu et un plus grand contrôle de ses mouvements. Suspendre des paniers à la clôture et mettre des autos, des animaux, des outils, etc. Fixez un coroplaste à la clôture, collez un grand papier blanc et suspendre des crayons. Vous pouvez aussi peindre directement sur le coroplaste et effacer avec de l’eau. Cette surface devient très polyvalente et peut rester en place tout l’été. Placer des jeux aimantés en fixant des plaques à biscuits à la clôture. Installez sur le cabanon des pochettes pour y mettre des livres, circulaires, cartes postales, etc.

Jeux d’eau : Les jeux d’eau peuvent prendre différentes orientations autre que d’installer des piscines. Nous observons de plus en plus dans les milieux l’utilisation  de jets d’eau. Permettre d’avoir un bac d’eau pour chacun des enfants peut-être aussi pertinent. Accrocher à la clôture des tuyaux en plastique, moulin à sable, des contenants avec des fonds troués. Ajoutez au bas de vos installations des bacs à fleurs pour récupérer l’eau.

Carré de sable avec de nouveaux défis : Installez dans votre carré de sable le coin cuisine avec vaisselle. Faites des divisions psychologiques avec des petites clôtures pour déco de jardin. Permettez un espace de construction avec des gros camions, pelles, chaudières.

Trousse pour les jeux moteurs: Ayez sous la main un sac recyclable avec balles, foulards, cordes à danser, ballons de plage, pinces à linge, petite baguettes de couleurs (style pop sicle). Ces objets vous permettront d’improviser plusieurs jeux moteurs.

Dans chacune des zones de jeux proposées, il est important de prévoir la sécurité. Être disponible aux enfants, assurez une présence dans chacun des coins, animez des jeux moteurs, installez des mises en scène, accompagnez l’enfant dans ses découvertes, demande de se doter de moyens concrets  afin d’éviter que les éducatrices  se regroupent entre elles pour échanger.

Pour que les règles de sécurité soient appliquées pas les éducatrices permanentes et les remplaçantes, les moyens utilisés doivent être réalistes et souples.

Voici un moyen qui peut faire la différence dans la cour de votre milieu de garde cet été.

Comité pour l’aménagement de la cour : Mettre en place un comité pour organiser l’aménagement des coins stimulants de votre cour. Ce comité a pour mandat de recueillir les idées de l’équipe, de faire les achats, de mettre en place les zones de jeux. La responsabilité des éducatrices du milieu est de s’assurer par la suite de l’état du matériel et d’en faire le remplacement.

Comité santé/sécurité : Ce comité est composé de deux à trois personnes. Le  mandat est de rédiger les règles de sécurité ainsi que le fonctionnement de chaque station de jeux. Ce document est expliqué et remis à chacune des éducatrices du milieu. En terme de fonctionnement dans la cour, il peut être pertinent de mettre un cadre visuel qui indique la zone de jeux, le nombre d’adultes exigés pour assurer la sécurité ainsi que les règles de fonctionnement de cette zone. Avoir des bancs d’adultes dans chacun des coins facilitera certainement le travail de votre équipe.

À la fin de l’été, vous pouvez proposer qu’un comité soit responsable de défaire et ranger le matériel. Lors d’une réunion d’équipe, mettre sur papier ce que vous désirez maintenir et améliorer pour une prochaine année. De cette façon, vous évitez de refaire l’exercice pour l’été prochain !!!!

Voilà une façon de rendre la cour stimulante et sécuritaire !

Un beau bricolage pour le sac à dos…

Un beau bricolage pour le sac à dos…
(les attentes des parents face au produit fini de leur enfant)

En fin d’après- midi, la maman de Jade vient la chercher chez Carole. Comme à chaque jour la maman s’intéresse à ce que sa petite fille de 3 ans a fait durant la journée. La responsable de garde explique à la mère que l’atelier d’aujourd’hui consistait à reproduire un bonhomme de neige en plaçant les yeux, le nez et la bouche dans le premier rond du bonhomme . Par la suite, elle devait mettre trois boutons un en dessous de l’autre dans le deuxième rond. Comme Jade a bien suivi les consignes, elle a eu le temps de compléter son bonhomme de neige avec de la ouate. Carole informe la maman qu’elle a dû aider Jade pour mettre les yeux, le nez et la bouche à la bonne place. La maman de Jade regarde les bonhommes de neige que Carole a affichés au mur. Elle demande à sa fille d’apporter à la maison son beau bricolage pour le montrer à son papa. Jade répond «je veux pas l’apporter, c’est même pas moi qui l’a fait»!!!! Un peu déçue de la réaction de sa fille, la maman décroche le bricolage et le dépose dans le sac à dos ….
Trop souvent dans ma pratique, j’ai vu ce genre de situation où le parent négocie avec son enfant le désir d’apporter le produit fini à la maison. La responsable s’oblige à ce que l’enfant apporte des bricolages à la maison pour signifier aux parents ce que son enfant fait au service de garde durant son absence. Ce qui donne souvent lieu à un bricolage tellement bien «fini» qu’il est presque impossible de croire que c’est un enfant de 3 ans qui en est l’auteur. Ou encore, les bricolages sont tous pareils, il est difficile pour l’enfant de reconnaître le sien.

Pourquoi attacher autant d’importance à ce que son enfant fait en terme de produit fini? J’ai posé la question à quelques parents, voici le résumé des réponses.

  • Cela me rassure de constater que malgré mon absence mon enfant apprend. Mon retour au travail ne le pénalise pas.
  • Il est sécurisant de voir son enfant capable de tenir un crayon, découper, écrire son nom. Ce sont des pré-requis essentiels pour l’école.
  • Je suis capable de voir les capacités de mon enfant par ce qu’il fait dans son milieu de garde.
  • Comme mon enfant ne me dit pas tout ce qui a fait durant la journée, le produit fini me permet de voir concrètement ses actions.
  • Voir ce que mon enfant fait avec son éducatrice me permet de poursuivre à la maison. Parfois même de lui montrer des choses différentes, afin de lui faire faire des apprentissages.

Il est certain qu’ être parent amène un lot d’inquiétudes, nous voulons tous lui éviter des difficultés dans ses apprentissages, nous avons le souci qu’il soit capable d’apprendre comme tous les autres enfants. Quoi de plus sécurisant de voir son enfant aimer faire du bricolage, découper, écrire son nom sur son dessin. Pour répondre à son inquiétude, le parent peut demander ou même exiger de la responsable de faire avec son enfant des activités un peu plus scolarisantes afin qu’il soit prêt pour l’école.

L’éducatrice a la responsabilité de stimuler, développer, faire vivre des expériences nouvelles à l’enfant. Entre 0-5 ans l’enfant n’a pas acquis les habiletés nécessaires pour faire des apprentissages scolaires. Le service de garde doit développer ces acquis par le jeu. Par exemple lorsque la responsable demande aux enfants de ranger, il doit classer, associer et différencier des objets, elle fournit à l’enfant l’occasion de faire des pré –mathématiques. Au même titre que lorsque le matériel est identifié sur les bacs par un dessin suivi du mot, elle permet à l’enfant de faire de la pré-lecture. Ces pré-requis sont nécessaires pour faire des apprentissages scolaires. L’enfant doit avoir atteint une maturité au niveau neurologique, c’est ce qui va lui permettre d’être dans sa période critique pour apprendre à marcher, découper, dessiner etc. Avant cette période, l’énergie déployée pour faire faire des apprentissages scolarisants est peu efficace et peut s’avérer inutile. Lorsque que l’enfant est dans sa période critique il s’exerce par lui même, il va demander par exemple,«c’est la lettre comme dans mon nom»?, «peux-tu m’écrire mon nom», il va compter combien il a d’amis dans le groupe, l’enfant va se pratiquer à découper etc. C’est alors que l’apprentissage se fait dans un minimum de temps et d’efficacité. Le rôle de l’éducatrice est d’offrir à l’enfant de vivre différentes expériences, mettre à sa disposition du matériel riche d’exploration, organiser le milieu physique pour stimuler l’intérêt de l’enfant à différents apprentissages et observer chacun des enfants dans leur développement afin de leur offrir du support plus individualisé. Le respect du rythme de l’enfant permettra de faire des apprentissages mieux adaptés à ses besoins.

Le parent doit être informé des apprentissages de son enfant dans chacune des expériences qu’il vit au service de garde. Dans ce sens, la responsable peut parler des expériences-clés que l’enfant développe dans ses jeux ou activités prévues. Par exemple, lorsque l’enfant joue dans le sable il apprend :

  • À explorer une matière.
  • À comparer des quantités en manipulant des chaudières vides et pleines.
  • À remplir et vider des contenants de différentes grosseurs. Il intègre les notions de léger/lourd, vide/plein, humide/sec, égal/différent, petit/grand, plus/moins, à côté/dedans/dessous/dessus.
  • À utiliser des objets pour en imiter d’autres, la chaudière remplie de sable peut servir de gâteau de fête pour une éducatrice.
  • À faire le choix des objets qu’il lui sont nécessaires pour jouer dans le sable.
  • À organiser son espace de jeu.
  • À exprimer ses idées avec d’autres enfants.

Il a développé en jouant dans le sable des habiletés mathématiques, sociales, spatiales et affectives. Ses expériences s’additionnent à celles déjà en place et développent chez l’enfant des bases nécessaires pour son entrée à l’école.

Devant les exigences des parents il parfois important de mettre en place des outils qui leurs permettront de mieux comprendre les acquis de leur enfant. Pour ce faire la responsable de garde peut développer des expériences- clés que l’enfant vit au quotidien, c’est- à – dire dans les routines, jeux libres et ateliers. Elle peut également prévoir de nouvelles expériences clés dans le cadre de ses activités prévues.

En après midi la maman de Jade vient chercher sa fille. Elle s’arrête devant le tableau des expériences- clés pour connaître ce que Jade a vécu aujourd’hui . Elle constate des apprentissages en terme d’autonomie, de motricité fine, de socialisation, d’exploration de différentes formes, grandeurs, couleurs et textures.

La maman trouve que sa fille apprend beaucoup chez Carole. Elle comprend qu’un sac à dos rempli d’expériences- clés représente tout un bagage pour l’avenir…. Elle en est maintenant certaine et fait confiance à son enfant. La curiosité intellectuelle mariée au plaisir développé chez Jade restera toujours un fondement de la motivation d’apprendre.
Dans le but de supporter les responsables de garde dans l’appropriation des expériences-clés, Céline Perreault enseignante en techniques d’éducation en service de garde au Cégep Régional de Lanaudière à L’Assomption donne des formations pour l’utilisation des expériences-clés auprès de groupe multiâge.
Pour la contacter pierreetceline@videotron.ca
Vous pouvez trouver la nomenclature des expériences-clés dans le tome 1 Jouer c’est magique, programme favorisant le développement global des enfants, Publication du Québec, gouvernement du Québec, 1998, 158 pages.

Activités spéciales et sorties, comment bien planifier?

Sophie veut planifier pour l’année des activités spéciales et des sorties avec son groupe multiâge. Elle cherche des idées originales, des activités spéciales à faire dans son service de garde, des endroits nouveaux à visiter, des lieux sécuritaires pour accueillir un groupe. Mais comment Sophie peut-elle faire une planification qui répond aux intérêts et aux besoins des grands et des petits de son groupe?

La planification d’un calendrier d’activités ou de sorties pour l’année doit être pensée en terme de suggestions. Septembre est la période pour remettre en place des routines stables, des consignes claires et concrètes afin de rétablir la sécurité et la stabilité dans le groupe. L’horaire de la journée laisse peu de place pour planifier des activités spéciales et des sorties à l’extérieur. La rentrée au service de garde demande à l’enfant de s’adapter aux routines, aux amis ainsi qu’à l’éducatrice. Il faut une stabilité avant que l’enfant puisse retirer du plaisir dans des situations de changement.

Pour pouvoir planifier et organiser un calendrier d’activités ou de sorties, Sophie doit avant tout connaître son groupe et les intérêts qui l’anime. Il est important de retenir les idées et les goûts des enfants pour organiser des moments particuliers dans l’année. Autant pour les sorties que pour des activités spéciales, Sophie doit avant tout observer les enfants pour mieux les connaître dans des situations nouvelles. Observer veut dire, prendre le temps de regarder les réactions de l’enfant face à la nouveauté, connaître ses intérêts de jeu, les sujets d’échange, la sécurité qui l’habite devant un changement de routine, sa capacité de respecter les consignes, sa tolérance aux délais, le lien d’attachement qu’il a avec le groupe. Les informations recueillies vont permettre à Sophie de planifier des activités et des sorties mieux adaptées au groupe.

Une activité spéciale permet autant de plaisir qu’une sortie même si souvent elle se déroule dans le milieu de vie de l’enfant. D’ailleurs, en début d’année, il est préférable pour Sophie de prévoir des activités spéciales davantage que des sorties. Graduellement, l’enfant apprendra à gérer des petits changements dans un cadre et avec des repères visuels connus. Ces événements peuvent prendre plusieurs formes en voici quelques exemples.

  • Vous faites un pique-nique sur une couverture dans votre salon.
  • Vous invitez une personne à passer la journée avec vous et les enfants (grand frère ou grande sour d’un des enfants).
  • Vous avez un animal de compagnie qui appartient à un des enfants du groupe qui passe la journée dans votre maison. Assurez-vous qu’aucun des enfants n’est allergique.
  • Vous changez la routine de l’habillement, elle se fait à l’intérieur sous forme d’un parcours.
  • Vous planifiez la sieste dans une tente que vous avez faite avec les enfants à l’aide de couvertures. Assurez-vous que les enfants ont bien intégré la routine de la sieste avant d’y apporter des changements.
  • Vous permettez aux enfants d’apporter un jeu de la maison.
  • Vous invitez une troupe de marionnettes chez vous.
  • Vous faites une activité piscine dans la maison.

Il se peut que les activités spéciales soient plus présentes que les sorties dans votre service de garde. Il est nécessaire de respecter le rythme et le besoin de sécurité du groupe pour vivre du plaisir avec les enfants. Le portrait que Sophie dresse de son groupe ainsi que les différents âges des enfants sont des facteurs à considérer. Il est aussi important pour Sophie d’être à l’aise avec la planification et l’organisation de ses activités spéciales et sorties. Elle doit commencer avec des choses simples et qui lui demandent peu de planification et d’organisation afin de sécuriser et de gérer adéquatement son groupe. Certaines sorties peuvent être faites en famille, par exemple la cabane à sucre, les pommes, le père Noël au centre d’achats, la ferme de Pâques etc. sont des endroits que l’enfant pourra explorer avec son parent. Sophie doit choisir des sorties qui apportent de la nouveauté dans la vie de l’enfant et réalisable dans un contexte de groupe multiâge. En voici quelques suggestions.

  • Vous visitez un nouveau parc avec les enfants.
  • Vous allez visiter des personnes âgées dans un centre d’accueil.
  • Vous allez à l’épicerie pour acheter des fruits dans le but de faire une salade de fruits avec les enfants.
  • Vous allez visiter un autre service de garde.
  • Vous allez pique-niquer chez un enfant du groupe.
  • Vous rendez visite aux pompiers.
  • Vous aller acheter des fleurs à la pépinière pour les mettre en terre avec les enfants.
  • Vous visiter le dentiste de votre quartier.
  • Vous allez visiter la classe maternelle de l’école du quartier.
  • Vous faites une excursion en tricycle dans les rues avoisinantes.
  • Vous allez à la bibliothèque, joujouthèque, bureau de poste, etc. avec votre groupe.

Lorsque Sophie pense à une sortie, elle doit prévoir avec son groupe une période de préparation. Prévenir les enfants de l’événement, leur parler de l’endroit, ce qu’ils vont voir, ce qu’ils vont faire, les personnes qui vont les accompagner etc. Le déroulement de chacune des étapes peut être même fait sous forme de simulation dans son milieu de garde. Certains enfants ont besoin d’être plus rassurés que d’autres lors d’une sortie. Ces petits moyens vous permettront d’observer les réactions de l’enfant et ainsi de mieux répondre à son besoin de sécurité. La préparation doit se faire dans des délais raisonnables pour que l’enfant puisse voir les possibilités de sa réalisation. Lorsque Sophie prépare l’enfant à une sortie, elle lui permet de porter un désir qui l’aide à se créer des images dans sa tête (comment il voit les lieux, ce qu’il va faire, avec quoi il va jouer, avec qui il va rentrer en contact) etc. C’est une belle façon de développer la créativité de l’enfant ainsi que son sentiment d’identité, car sa façon d’imaginer et de faire des liens avec son vécu est bien différente d’un enfant à l’autre.

La réalisation d’une sortie peut varier d’une année à l’autre selon votre groupe d’enfants. Sophie doit retenir le plaisir que les enfants ont eu à réaliser certaines sorties. Le temps qu’elle prendra à observer son nouveau groupe lui permettra de mieux les connaître et peut-être de répéter des événements qui ont eu le plus de succès.
Pour plusieurs responsables de garde en milieu familial, comme Sophie, le plaisir est de voir l’émerveillement des enfants et d’entendre les enfants reparler de la sortie entre eux. Après avoir déployé autant d’énergie pour l’amour de notre marmaille.c’est une belle récompense!

Le parent apprécie davantage l’organisation d’activités spéciales dans le milieu de garde qu’une sortie à l’extérieur. Il y voit un aspect plus sécuritaire, assure une stabilité à son enfant surtout s’il est en bas âge, apporte une nouvelle stimulation. De plus, vous faites la démonstration aux parents qu’il est possible d’apporter de la diversité dans le quotidien tout en étant sensible aux besoins et intérêts de son petit. Il réalise également qu’il peut faire des choses toutes simples avec son enfant qui lui demandent moins de temps d’organisation mais beaucoup de plaisir à être avec son enfant. «N’est-ce pas une bonne façon de garder le feu sacré» du monde des petits!