Comment réagir au mensonge enfantin?

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Sylvie Bourcier, consultante en petite enfance

Octobre 2014

www.aveclenfant.com

D’abord, ne pas dramatiser

Avant l’âge dit « de raison », 7-8 ans l’enfant confond la réalité et ses désirs, l’imaginaire et la réalité. Il est normal qu’il altère la réalité selon ses désirs. On parle davantage d’affabulations que de vrais mensonges qui sont dits dans le but conscient de tromper l’autre. Il faut d’abord écouter pour comprendre ce qui se cache derrière la fable puis exprimer votre doute ou ce que vous ressentez face à la situation. « Je suis déçue de … et je pense pas que ce soit le chat qui … ».

L’enfant peut trafiquer la vérité pour préserver une bonne image de lui. Il exagère un exploit pour impressionner ou invente une histoire dans laquelle il a réussi lorsqu’il est confronté à une difficulté. L’adulte doit donc au quotidien souligner les petites réussites et exprimer sa confiance envers l’enfant. « Je sais que tu travailles fort, tu vas réussir … » « Tu aimerais être fort comme papa. En grandissant, tu deviendras toi aussi un homme. » …

Attention aux punitions

L’enfant qui sait que tel ou tel comportement entraînera une punition peut nier afin d’éviter de se faire gronder. Il n’a pas l’intention de tromper, ni de blesser l’autre. Il ne pense qu’à lui. L’attitude de l’adulte est déterminante. S’il se fâche, blâme l’enfant ou le traite de maladroit, il encourage le petit à réutiliser ce réflexe à l’avenir.

L’humour et l’imagination demeurent des atouts de taille pour régler la situation. Nadine, toute barbouillée de chocolat tente de convaincre sa mère qu’elle n’a pas manger de biscuit. « J’ai rien mangé maman ». « Ce rien devait goûter le chocolat, regarde ta bouche » réplique la mère.

Il est aussi important d’aider le petit Pinocchio à prendre conscience des conséquences de sa bévue et de la réparer lorsque c’est possible. « Je n’ai pas brisé la construction en legos d’Émile. C’est Gros Gorille qui a lancé le ballon dessus. » On fait remarque qu’Emile est fâché, déçu et qu’il doit avec son ami Gros Gorille ramasser et rendre les blocs. Il aura à refaire la tour si Émile le souhaite.

Sanctionner l’enfant de façon excessive, le traiter de menteur ne ferait qu’aggraver la situation. Féliciter le courage de celui qui dit la vérité et lui dire que reconnaître que l’on a fait une bêtise est la meilleure façon d’éviter de la recommencer.

Trafiquer la vérité est aussi pour l’enfant une occasion d’expérimenter son lien avec l’adulte. Vers 4-5 ans, l’enfant prend conscience qu’il a ses propres pensées si elles sont connues de ses parents.

Il fait l’exploration des conséquences de son mensonge. Mes parents seront-ils incrédules ? Me trouveront-ils rigolo ? Se fâcheront-ils ? La fantaisie du petit se heurte alors à la réalité des conséquences. Peu importe la gravité du mensonge, selon le sens moral de l’adulte, la réaction des adultes ne doit en aucun cas fragiliser ce qui est le plus important pour l’enfant, son lien d’amour avec ses parents. C’est pourquoi pardonner, oublier, laisser-aller sans confronter sont de mise avec le petit en plein apprentissage de la réalité et du sens moral.

Pour en savoir plus :

Les vérités de Pinocchio dans Comprendre et guider le jeune enfant à la maison, à la garderie. Sylvie Bourcier, Éditions CHU Sainte-Justine, 2004, p. 44 à 50.

Dolloz, Danielle (2006) Le mensonge. Éditions Bayard.

Sarah parle à la maison avec ses parents…mais jamais à la garderie. Elle souffre de mutisme sélectif.

Linda Gagnon, psychologue et consultante en petite enfance

Janvier 2015

www.aveclenfant.com

Différentes manifestations du mutisme sélectif

Les parents de Sarah, 4 ans, expliquent qu’à la maison, elle parle comme une pie mais que dès qu’elle entre à la garderie, elle devient muette comme une carpe.  Elle se tient à l’écart des autres enfants, elle ne semble pas avoir autant de plaisir que ses camarades et répond non-verbalement aux questions de son éducatrice.  Sarah privilégie les jeux solitaires, elle évite le regard et lorsqu’elle se déplace, elle semble particulièrement tendue.

Loïc a 4 ans ½, il souffre également de mutisme sélectif mais cela se manifeste différemment de Sarah.  Ainsi, il parle à deux camarades de son groupe s’il est à l’écart du regard des autres.  En fait, il chuchote.  Dès que l’éducatrice lui parle, plus un mot ne sort.

Janie a 6 ans.  Elle est à la maternelle.  Elle participe aux activités activement mais de façon non-verbale.  Elle s’amuse tout en ne disant jamais un mot. Elle sourit à ses amis. Lorsque sa mère vient la chercher au Service de garde, dès qu’elle met les pieds hors de l’école, elle se met à parler, les mots se bousculent tellement il y a d’idées.

Isabella a 7 ans.  Elle commence sa 2e année.  Elle relate à sa psychologue qu’elle a souri 3 fois l’année dernière dans la cour de récréation.   Elle n’a pas joué une seule fois avec des camarades.  Elle demeurait observatrice à toutes les récréations.  En classe, son enseignante insistait fortement afin qu’elle parle plus fort et s’impatientait lorsqu’elle n’y arrivait pas.

Ces quatre enfants semblent timides mais en fait cest bien plus que cela. Ils sont atteints de mutisme sélectif et il est primordial que les adultes qui les entourent puissent dépister ce trouble et demandent du soutien professionnel pour aider ces enfants anxieux socialement à faire sortir les mots.  Les adultes doivent éviter d’improviser des interventions qui pourraient ancrer davantage les difficultés chez l’enfant comme donner des conséquences/retraits de privilège; faire miroiter une récompense; insister pour que l’enfant parle devant les autres; mentionner qu’ils font de la manipulation ou tout autre actions/réactions reposant sur des hypothèses improvisées, et ce même si l’intention de départ est bonne… La première étape et la meilleure, se documenter en lisant sur le mutisme sélectif.

« Un enfant atteint de mutisme sélectif ne peut effectivement pas passer du silence complet à la communication aisée, il a besoin de pouvoir s’entrainer à verbaliser dans les endroits anxiogènes (surtout à l’école ou en collectivité) de façon progressive […] »

[1]

Définitions du mutisme sélectif

L’association française « Ouvrir la voix » sur le mutisme sélectif définit le mutisme ainsi :

« Le mutisme sélectif est un trouble anxieux de l’enfance caractérisé par une incapacité régulière de l’enfant à parler dans des situations sociales spécifiques, notamment à [la garderie] ou à l’école. Toutefois, l’enfant est apte à parler tout à fait normalement dans d’autres situations où il se sent à l’aise. L’enfant devient souvent dénué d’expression et est souvent isolé socialement. La phobie sociale est associée à ce trouble dans plus de 90% des cas. » [2]

« Le mutisme sélectif est un trouble de l’enfance qui se définit par les caractéristiques suivantes (Association américaine de psychiatrie, 1994) :

A. L’enfant ne parle pas dans certaines situations sociales (par exemple à l’école) alors qu’il parle dans d’autres situations (par exemple à la maison).
B. Le problème a un impact sur la vie scolaire ou sociale.
C. La durée du problème est de plus d’un mois.
D. Le fait de ne pas parler n’est pas dû à une maîtrise insuffisante de la langue.
E. On peut exclure d’autres causes comme des troubles de la communication, la schizophrénie, etc.

Selon les études les plus récentes, le mutisme sélectif est un trouble anxieux de l’enfance qui se caractérise par l’incapacité de l’enfant à parler dans certains endroits comme à l’école alors qu’il peut parler tout à fait normalement dans les endroits où il se sent à l’aise comme à la maison. Dans plus de 95% des cas, ce trouble est associé à l’anxiété sociale, ce qui explique que l’environnement scolaire représente un des endroits les plus anxiogènes pour l’enfant mutique et que c’est lors de l’entrée en collectivité qu’il devient le plus souvent manifeste.

Plus difficiles à détecter à cause de son jeune âge, les signes d’alerte sont néanmoins souvent déjà présents chez l’enfant [à la pouponnière] (ne parle  pas, ne pleure pas, visage impassible, regard fuyant). »[3]

Où trouver des informations fiables sur le mutisme sélectif

Le site Web suivant regorge d’informations rigoureuses qui s’appuient sur la recherche scientifique : www.ouvrirlavoix .  Vous y trouverez des articles vulgarisées, des outils, des cas vécus, des vidéos.  Vous pouvez même communiquer sans frais avec leur équipe via courriels.

Un tableau de dépistage

Ce précieux outil vous permettra de situer l’enfant au niveau du mutisme et est une invitation à noter vos observations qui seront nécessaires afin que le professionnel qui interviendra auprès de l’enfant puisse compléter le diagnostic et établir le plan d’intervention avec vous.

DÉPISTAGE DU MUTISME SELECTIF : ÉCHELLE CONVERSATIONNELLE

Note: les termes « milieu de garde » et « garderie » ont été ajoutés pour améliorer la compréhension du lecteur.

(Helping your child with Selective Mutism, Angela Mcholm, Ph.D, Newharbinger publications). ©Association

1-Mutisme complet au milieu de garde ou à l’école.

L’enfant parle à la maison mais reste muet à la garderie ou à l’école. Il semble anxieux à la garderie/ l’école et peut avoir des difficultés à aller à la garderie/l’école.

2-Participation non verbale décontractée.

L’enfant parle à la maison mais pas à la garderie/l’école. Il commence à se détendre et à participer non verbalement aux activités à la garderie/l’école. Parle de la garderie/l’école d’une manière positive.

3-L’enfant parle à un de ses parents au milieu de garde ou à l’école.

L’enfant parle à la garderie/l’école lorsqu’il se trouve tout seul avec un de ses parents dans un lieu où les autres enfants et les éducatrices/enseignants ne peuvent ni l’entendre ni le voir, souvent en chuchotant.

4-Il parle et ses pairs peuvent l’observer en train de parler.

L’enfant parle à la garderie/l’école, généralement avec un de ses parents. Ses pairs peuvent l’observer mais ne l’entendent pas puisqu’il chuchote assez doucement pour rester inaudible.

5-Il parle et ses pairs peuvent l’entendre.

L’enfant parle de façon audible à la garderie/l’école normalement avec un de ses parents. Les autres enfants observent et l’entendent. L’enfant ne parle pas directement aux autres enfants ni aux éducatrices/enseignants.

6-L’enfant parle à ses pairs via un de ses parents.

L’enfant parle à sa mère ou à son père, qui transmet le message à un camarade se trouvant à proximité. Le camarade de classe peut éventuellement entendre et répondre directement à l’’enfant mutique.

7-L’enfant parle à un ou deux de ses camarades.

L’enfant parle à la garderie/l’école, avec un autre enfant, souvent dans la cours de récréation. L’enfant ne parle pas aux éducatrices/enseignants.

8-L’enfant parle à plusieurs de ses camarades de classe.

L’enfant parle avec plusieurs enfants de la garderie/l’école. L’enfant ne parle pas aux éducatrices/enseignants.

9-L’enfant parle avec l’éducatrice/l’enseignant .

L’enfant commence à parler avec l’éducatrice/l’enseignant et il parle avec plusieurs camarades.

10-Parole normale.

L’enfant parle avec la plupart des adultes et de ses camarades sur le ton de la conversation normale.

À quoi peut ressembler une intervention pour sortir l’enfant du mutisme

Comme le mutisme est associé à l’anxiété sociale, on misera sur un processus d’exposition progressive s’appuyant sur la thérapie cognitivo-comportementale.  L’enfant est exposée de façon progressive à l’objet de sa peur.  Une stratégie élaborée par Maggie Johnson et Alison Wintgens et traduite par Valérie Marshall  de l’association Ouvrir la voix s’avère particulièrement efficace.  Elle s’intitule : « Programme d’introduction progressive d’un enseignant (éducatrice) »[4]. Cette technique peut être utilisée par toute personne désireuse d’aider un enfant mutique.  Toutefois, un soutien professionnel sera requis.

Par une démarche structurée et planifiée conjointement par un intervenant qualifié et l’éducatrice/l’enseignant et le parent, l’enfant s’entraînera de façon progressive, à son rythme, à « sortir les mots ».

Pour terminer, n’oublions pas que les enfants anxieux ont besoin de notre aide tout autant que les turbulents. Nous devons demeurer vigilants et proactifs afin que leur développement demeure en constante évolution.


[1] Qu’est-ce que le Mutisme Sélectif (MS)? Source : www.ouvrirlavoix.sitego.fr

[2] Kit révisé PDF, version 2011, p. 3 : Association Ouvrir la voix www.ouvrirlavoix.sitego.fr

[3] Qu’est-ce que le Mutisme Sélectif (MS)? Source : www.ouvrirlavoix.sitego.fr

[4] Maggie Johnson et Alison Wintgens, The Selective Mutism Resource Manual. Edition Speechmark, p 141- 144.

L’enfant qui ne veut pas manger au service de garde

Sylvie Garceau, TEE

Février 2015

www.avecl’enfant.com

Vous êtes éducatrice d’un groupe d’enfants âgés d’environ 3 ans, depuis septembre dernier.  Vous remarquez qu’un d’entre eux, Thomas, refuse de manger les repas qui lui sont présentés.  Sans vous inquiéter, vous lui avez laissé le temps de s’intégrer au groupe.  Toutefois, la situation perdure et vous commencez à vous préoccuper de son alimentation. Vous ne savez pas comment réagir, mais vous aimeriez bien pouvoir dire à ses parents le soir venu, que Thomas a mangé aujourd’hui.

Pistes de réflexion:

-Le goût se développe selon le rythme de l’enfant et selon des étapes. (Observer, sentir, toucher, goûter, manger et finalement manger l’aliment avec plaisir).

-Le goût se développera à travers des expériences positives vécues par l’enfant.

-La  néophobie alimentaire: étape normale du développement que l’enfant traverse entre 2 et 10 ans.  Période caractérisée par la réticence ou la peur envers les aliments qu’il ne connait pas.  L’enfant va trier les aliments de son assiette ou refuser de les manger.

-L’enfant peut être exposé à un nouvel aliment entre 15 et 20 fois avant de le goûter.

-Le repas doit comporter environ 3 aliments, ainsi l’enfant peut faire un choix.

-Le dessert fait partie du repas et il doit être composé d’éléments nutritifs.

-La faim et l’appétit peuvent varier selon les moments de la journée, les jours ou les semaines.  Ils sont influencés par différents facteurs.

-L’enfant peut affirmer son autonomie par le refus de la nourriture.

Comportements éducatifs à adopter:

-Vérifier auprès du parent l’appétit de l’enfant à la maison.

-On ne doit pas insister pour que l’enfant mange ou goûte un aliment. Présenter le repas et proposer d’y goûter.

-Présenter plusieurs fois le nouvel aliment à l’enfant au fil des jours et des semaines.

-Offrir à l’enfant une ambiance positive lors des repas favorisant les interactions.

-Être un modèle pour l’enfant quant à l’appréciation des aliments.  Votre plaisir à manger pourra l’inciter à goûter.

-Laisser l’enfant faire le choix de ce qu’il désire manger dans son assiette.

-Laisser de 20 à 30 minutes à l’enfant pour manger.

-Éviter la présence des écrans lors des repas.

-Offrir à l’enfant des accessoires adaptés et porter une attention à la grandeur de l’assiette.  Une trop grande assiette pourrait décourager l’enfant.

-Vous pouvez couper en petits morceaux l’aliment nouveau dans l’assiette de l’enfant, ainsi il pourra l’apprivoiser à son rythme.

-Féliciter seulement les efforts de l’enfant.

-Si l’enfant ne mange pas, retirer l’assiette sans ajouter de mots ou d’expressions du visage.

-Servir de petites portions à l’enfant et lui permettre d’en reprendre.

-Servir à boire à l’enfant qui a un petit appétit, seulement après le repas.

-Ne pas priver l’enfant de dessert ou ne pas utiliser celui-ci comme récompense. (L’adulte pourrait ainsi proposer une mauvaise compréhension de l’alimentation: repas principal=négatif, dessert= positif.)

-Proposer la même portion (1 portion) de dessert peu importe la quantité qu’il a mangé au repas principal.

-Proposer de réaliser des activités culinaires avec les enfants.  Ils participeront à la découverte culinaire avec plaisir.

-Respecter le goût, la faim et la satiété des enfants.

-L’adulte détermine des règles claires à la période des repas (ex: demeurer assis à la table pour le repas).

-Avant de servir l’enfant, vous pouvez lui demander s’il a une grosse, une moyenne ou une petite faim.  Ainsi, on évite le gaspillage et on permet à l’enfant de prendre conscience de sa faim.

-Nommer les aliments et discuter avec les enfants des caractéristiques et de la provenance de ceux-ci.

Toutefois, vous devez toujours garder en tête que chaque enfant est unique et il se développe à son rythme.  Donc, il va s’alimenter selon cette même règle.

Également, il est important de retenir que si la santé générale de l’enfant vous inquiète, vous devez en parler avec le parent, il se pourrait que la consultation d’un professionnel soit nécessaire.

Bon appétit à tous!!!

Texte inspiré des références suivantes: www.nospetitsmangeurs.org, www.enfant-encyclopedie.com,

www.extenso.org, Cadre de référence du programme: Gazelle et Potiron.

Les goûts et caprices alimentaires des tout-petits

Je suis responsable en milieu familial la période de dîner est devenue un moment de tension et de réprimandes. Je leur demande de rester assis et de tout manger. Suis-je trop exigeante ?

Le petit fouineur de 18 mois

Le petit trottineur fouine, explore, s’active à découvrir son environnement fort de son habilité à marcher. Il est beaucoup plus intéressé à se lever pour constater ce qui se passe autour de lui que de demeurer assis à déguster ce que l’adulte lui propose. L’adulte s’inquiète de la quantité de nourriture ingérée par le fouineur. Il faut faire confiance à l’enfant et lui offrir des aliments dotés d’une grande richesse nutritionnelle sans exercer de pression ou faire de chantage. Il a tendance à imiter ses petits amis. Il est donc astucieux de placer un petit mangeur près d’un bon mangeur. Cette stratégie agit comme un incitatif et préserve le caractère agréable du moment du repas.

Le décideur de 2 ans

Il veut tout décider même le menu des repas. Il change d’idées rapidement, se montre autoritaire et très capricieux. Il réclame le même aliment jour après jour, il adore les rituels qui le sécurisent. Il peut même perdre l’appétit si on change le décor, les rites. Voici les attitudes éducatives à adopter auprès du petit décideur:

  1. Évitez le chantage ou les menaces. Des recherches ont démontré que menacer l’enfant d’enlever le dessert pour qu’il mange, diminue peu à peu l’envie de manger.
  2. La période du repas ne doit pas être un moment de disputes et de batailles. On offre une variété d’aliments à l’enfant et on invite l’enfant à y goûter. Après quelques minutes, si rien ne se produit on ne dispute pas. On félicitera les enfants qui goûtent. La collation nourrissante en après-midi saura combler les besoins nutritionnels de l’enfant.
  3. Organisez la période du repas avec des rituels sécurisants: même place à table, mêmes couverts, heures fixes, napperons personnalisés.
  4. Installez une atmosphère détendue: musique douce, causerie, temps nécessaire.
  5. Redonnez les aliments aimés par les enfants si les aliments les nourrissent bien.
  6. Évitez de forcer l’enfant de finir l’assiette, offrez de petites quantités.

Le sociable de 3-4 ans

Heureusement, la période des caprices et des crises est transitoire. À 3-4 ans, l’enfant refuse encore certains aliments mais ses préférences sont moins marquées. Il aime la nouveauté, les jours de fête, les mises en scènes fantastiques où l’imaginaire lui fait oublier son manque de goût pour certains légumes. Il est de plus en plus autonome, manipule la fourchette et prend moins de temps à manger. Il tente de négocier les portions. Les mots-clés pour garantir des échanges constructifs et une atmosphère détendue: participation, imagination et nouveautés. Voici quelques attitudes susceptibles de favoriser la bonne alimentation chez le petit sociable:

  1. Faites participer l’enfant: laver la table, mettre les couverts.
  2. Faites des activités culinaires.
  3. Profiter de cette période où le goût de la nouveauté est présent pour introduire de nouveaux aliments.
  4. Proposez des aliments variés mais simples. Évitez les ragoûts, les repas en sauce ou en casserole qui peuvent être visuellement moins attirants.

Et bon appétit dans le plaisir!

Mensonge ou vérité déguisée : pourquoi l’enfant trafique-t-il la vérité ?

Mon enfant de 4 ans raconte des histoires invraisemblables. Je me demande pourquoi il dit ces mensonges et quoi faire pour lui apprendre à dire la vérité.

Le petit trafique la vérité, il invente. Il est en train d’apprendre la distinction entre le réel et le faux. Ce n’est qu’avec la pensée opératoire concrète vers 7 ans qu’il sera capable de reconnaître la fantaisie, la fiction et de la distinguer de la réalité. L’enfant raconte des histoires invraisemblables pour jouer avec les mots, pour attirer l’attention, pour cultiver une image positive (pensons aux prises extraordinaires des pêcheurs …) ou pour éviter d’être puni. Il faut éviter de porter un jugement moral sévère envers le petit. L’adulte doit décoder la vérité derrière le mensonge. Lorsqu’il dit à son ami qu’il possède lui aussi un chien alors qu’il n’en est rien, l’adulte répond: tu voudrais bien avoir un chien. Lorsqu’il prétend être tel ou tel personnage fort, tout-puissant, l’adulte peut utiliser la théâtralité, «tu joues à être …et moi je joue à être … aide-moi mon héros». On évite de ridiculiser l’imaginaire de l’enfant qui évolue à travers les jeux symboliques. Le parent qui félicite le courage de celui qui avoue son mensonge encourage son enfant à dire la vérité. L’enfant aura à réparer son geste. L’enfant embellit ses exploits ou prétend avoir réussi ou fait quelque chose avec laquelle il est moins habile, il parle de son besoin d’être encouragé et reconnu dans ses forces.

Comme parent délivrons des paroles justes, ayons le courage de la vérité, nous enseignons ainsi à nos enfants l’authenticité.
( texte les vérités de Pinocchio, Magazine Enfants Québec)

Les demandes incessantes des enfants

Ma petite fille Léa m’essouffle à un point tel que j’en arrive parfois à regretter ma décision de rester à la maison pour elle. Trente fois, cent fois par jour, elle crie: «Maman, maman, viens voir. Maman, maman donne-moi ceci, fais cela». Elle me suit partout et m’épuise.

Vous vous sentez harcelée par les demandes variées et combien nombreuses de votre petite qui ne semble jamais satisfaite et en veut toujours plus. Vous tentez de combler ses désirs en répondant à ses appels et, épuisée par les réclamations qui n’en finissent plus, vous en venez à faire la sourde oreille. L’ignorance déclenche cependant une recrudescence des demandes puisque pour l’enfant tout est mieux que l’indifférence.

Comment alors se sortir du cycle des demandes répétitives qui génèrent l’impatience du parent et l’inquiétude de l’enfant qui s’accroche davantage?

  1. Reconnaissez vos limites
    Trop souvent, nous mettons en veilleuse nos besoins personnels pour s’investir totalement dans la parentalité. Nous oublions alors qu’au-delà du parent, nous sommes, avant tout, un être unique avec des besoins qui lui sont propres. L’éducation de nos enfants peut occasionner de la fatigue, de l’inconfort et parfois de l’irritation. Prenez conscience de vos limites et reconnaissez votre besoin de souffler sans culpabiliser. Renoncer, année après année, à ce qu’il y a d’important pour nous amène de la frustration et l’impression d’un sacrifice dont les enfants nous sont redevables. «Quels ingrats, avec tout ce que j’ai fait pour eux!» L’essoufflement du parent indique un besoin, celui d’exprimer ses limites. Lorsque vous sentez l’irritation vous gagner, exprimez clairement à votre enfant votre limite. «Non, je ne joue pas avec toi maintenant, tu attends. J’ai besoin de faire une activité de grande personne; après j’irai te voir.» Peu à peu, les enfants apprendront à tolérer les délais et à reconnaître que, dans la vie, on ne peut avoir tout ce que l’on veut.
  2. L’autonomie, ça se développe!
    Aidez votre enfant à développer son autonomie. Donnez-vous des objectifs simples à réaliser avec votre enfant. Dix minutes de dessin ou autre activité choisie par l’enfant pendant que vous vous permettez un peu de lecture, un bon café, un bain moussant. Félicitez-le: «Tu as trouvé toute seule les couleurs pour ton dessin.» ou «Tu as été capable de réaliser telle ou telle chose toute seule. Je suis fière de ma grande fille.» Augmentez progressivement le temps à jouer seule.
  3. L’importance des câlins
    Passez du temps avec votre enfant juste pour le plaisir d’être ensemble à ne rien faire sauf se bercer, se câliner. Cette dose quotidienne de tendresse est soulignée à l’enfant. «Tu vois, on est si bien ensemble à se dire combien l’on s’aime. C’est notre pause tendresse à nous deux.» En milieu de garde, nous observons des résultats positifs de cette injection d’amour. Derrière les demandes incessantes de l’enfant, il y a un besoin d’attention. La disponibilité complète de l’adulte durant cette pause tendresse rassure l’enfant et répond à son besoin d’attention et d’amour.

Osez déléguer et exprimez votre besoin de souffler et de vous accorder du plaisir, vous le méritez!

Petit malade… imaginaire ou comment décoder le vrai bobo

Nadine, 4 ans, fréquente mon milieu de garde depuis plus de six mois. C’est une enfant qui se développe bien. Elle s’exprime avec aisance et est appréciée du groupe d’enfants. Régulièrement,  elle sollicite mon attention en disant qu’elle s’est fait mal mais les bobos sont invisibles! Je la retourne donc au jeu prestement. Cette comédie dure et je ne sais plus quoi faire pour que son manège s’arrête.

Derrière ce comportement, vous avez su décoder le besoin d’attention soit celui d’être reconnu comme unique et aimé pour ce qu’il est.. Ce comportement parle d’un mal-à-dit (1)

À travers ses bobos invisibles, l’enfant nous dit qu’il a mal à son être, qu’il ne se sent pas reconnu et aimé. Ce malaise ressenti par l’enfant est légitime; peut-être trouve-t-il son origine dans sa difficulté de prendre sa place au sein d’un groupe puisque à la maison, comme enfant unique, il est le centre. Ce besoin d’attention peut aussi trouver sa source dans sa difficulté à se situer dans la cellule familiale depuis l’arrivée d’un nouveau-né ou dans le contexte d’un parent malade ou moins disponible. L’enfant a remarqué que les bobos suscitent l’attention, des soins et du réconfort; en simulant un malaise, bobo ou mal de ventre par exemple, il cherche donc à en obtenir

Les plaintes continuelles inquiètent les parents qui consultent. «Il me fait une otite.» «Il me couvre une gastro.» Ce discours ramène le malaise de l’enfant à l’adulte. L’enfant émet un message: «Remarque-moi, prends soin de moi, je suis inquiet de la place que j’occupe maintenant dans ton cœur.» Le constat de bonne santé émis par le médecin et le temps perdu à attendre à la clinique suscitent de l’impatience. «Va jouer, tu n’as rien. C’est assez le pleurnichage!» L’enfant en quête d’attention cherchera à nouveau à transmettre son message.

Il faut donc décrypter le message et donner à l’enfant une réponse à son besoin exprimé maladroitement. «Je ne vois pas ton bobo. J’ai l’impression que tu me parles de bobo pour que je prenne soin de toi. Tu sais, il n’est pas nécessaire d’être malade pour être aimé. Tu peux dire prends-moi, berce-moi, viens jouer avec moi, remarque ce que j’ai accompli, console-moi ou rassure-moi.»

D’autres enfants ont observé de la fierté chez leurs parents, lorsqu’ils se blessent à cause de leurs prouesses. Agacement du parent qui doit se rendre à la clinique pour des points de suture mais aussi fierté face au petit casse-cou qui se montre intrépide, aventureux et imaginatif. Ces blessés légers de l’exploration se distinguent bien de ceux qui se mettent en danger à répétition pour qu’on soit obligé d’agir. Ces blessés graves du manque d’amour ont besoin d’une aide psychologique qui se penchera sur le fonctionnement de la famille.

Derrière les petits bobos, il y a les petits bisous et surtout la nécessité d’une reconnaissance du besoin d’être reconnu et d’un apprentissage à exprimer clairement le besoin d’être sécurisé face à l’amour.

(1) Expression utilisée par Salomé.

Un petit clown

Jean-Luc, quatre ans et demi, tire la langue, fait rire les enfants avec des mots rigolos, cache des objets ou les ustensiles au repas en prétextant qu’il en manque. Ses pitreries dérangent parfois le fonctionnement du repas ou des transitions. Il aime bien jouer des tours. Je le réprimande sans résultat. Il continue à faire le clown devant les autres.

Jean-Luc se montre espiègle et joue la comédie pour attirer l’attention des pairs et de l’adulte. Le petit clown devient le centre d’attraction, on rit ou on le gronde mais on le regarde. Le regard des autres l’aide à se sentir apprécié. Il se distingue des autres, on le remarque, il sent qu’il a une place à part entière dans le groupe. Le bouffon est en quête d’attention, il a besoin de s’assurer de l’amour que les autres lui portent. D’ailleurs, certains comiques se montrent particulièrement amusants lorsqu’ils se retrouvent dans une situation gênante. Ils sauvent la face en faisant rire les témoins de leur bêtise.

Les bouffons sont très sensibles aux autres. Ils observent les interactions autour d’eux, remarquent les détails et décodent bien les autres. Ils sont très sensibles à ce que les autres pensent d’eux. Ils ont un grand besoin de reconnaissance. Il est donc essentiel de préserver leur dignité lors des interventions. On doit l’inviter à nous rejoindre en privé et lui expliquer que ses petites folies ont amusé les amis mais les ont aussi empêchés de faire tel ou telle chose. On lui exprime ainsi notre affection et l’amène peu à peu à prendre conscience de l’impact négatif des pitreries à telle occasion.

Il faut mettre en place des situations où l’enfant peut divertir les autres sans provoquer un effet de contagion pouvant nuire à la sécurité ou au fonctionnement du groupe. Le bouffon appréciera les jeux de théâtre, de rimes, de marionnettes où il pourra laisser libre cours à sa comédie. Les causeries en groupe, les échanges avec l’éducatrice amusée par ses propos seront aussi des occasions où le petit clown pourra faire rigoler et se sentir aimé.

Les réprimandes publiques, les punitions devant le groupe ne feront qu’amplifier son besoin d’être apprécié par les autres. Plus il se sentira aimé, reconnu moins il cherchera à être le point de mire. N’oubliez pas qu’il tient avant tout à maintenir le lien privilégié qu’il entretient avec vous.

D’ailleurs, un peu de folie collective détend et dédramatise. Alors rions un bon coup lorsque la sécurité est préservée. L’éducatrice qui rit avec les enfants lorsque la situation s’y prête accorde l’attention positive et soustrait le clown de l’attention négative des réprimandes qu’il recherche parfois dans sa quête d’être le point de mire.

Enfant étiqueté, enfant rejeté. Décoller l’étiquette (partie 2)

Il y a de ces mots qui me gèlent lorsque je les entends. De ces mots qui cristallisent une réalité en la figeant immuablement. Ils tombent comme le couperet d’une guillotine sur le cou du condamné.

« Ah! il ne changera jamais celui-là. Il mordait chez les trottineurs. Maintenant, il frappe. C’est un agressif. » « Ça doit être Jonathan encore. »

Cet étiquetage avance à contre-courant du mouvement progressif de l’enfant qui par définition est un être en développement.

Cet étiquetage laisse des cicatrices ouvertes puisqu’il nuit à l’estime de soi de l’enfant. Non seulement les mots répétés parfois tout bonnement portent atteinte à la dignité de l’enfant mais ils s’inscrivent peu à peu dans ce qu’il fait partie de lui. Il s’identifiera progressivement à ce Jonathan le tannant, et se forgera une identité négative.

L’enfant étiqueté est avant tout un enfant à défi particulier qui exprime un besoin. Ce décodage requiert de l’observation, de la sensibilité et surtout de l’empathie.

Esther a observé la difficulté que Jonathan éprouve à exprimer son mécontentement. Il utilise les cris, les poussées pour exprimer une frustration. Il a besoin d’apprendre à reconnaître sa colère et à trouver les mots pour l’exprimer. Esther souhaite soutenir Jonathan dans cet apprentissage. Cette démarche requiert du temps, de la patience, du suivi et peut-être du soutien de la part de son équipe de travail. Ce travail de soutien au développement repose sur la conviction profonde qu’être éducatrice c’est assumer un rôle de guide auprès de l’enfant. John Bradshaw(1) parle « des maîtres pleins d’âme qui intuitivement amènent l’enfant vers un monde de connaissance élargi ».

Lorsqu’une éducatrice dit à un enfant : « Il ne change pas celui-là, c’est un agressif » c’est de son impuissance qu’elle parle.

Voici quelques stratégies pour sortir du cercle pernicieux de l’étiquetage :

  1. Soyez honnête avec vous-même et reconnaissez que tel enfant vous irrite. L’enfant a un tempérament bien à lui au même titre que l’éducatrice. L’adaptation au tempérament de l’autre représente tout un défi. Un enfant ayant des besoins très différents de l’éducatrice peut générer chez celle-ci un sentiment d’impuissance. Il lui est en effet difficile de décoder, de comprendre l’enfant qui fonctionne sur un mode opposé au sien. Il est aussi possible de vivre certains heurts relationnels lorsque l’enfant devant nous possède une caractéristique spécifique qui s’apparente à l’une des nôtres que l’on n’apprécie guère. L’impatience de l’un se bute à l’impatience de l’autre ou la lenteur d’exécution de l’enfant ralentit davantage l’éducatrice qui fonctionne mieux elle-même lorsqu’elle n’est pas bousculée. L’enfant n’a pas développé à son jeune âge des capacités adaptatives et une empathie pouvant l’aider à faire face au tempérament particulier de l’adulte, il est donc de la responsabilité de l’adulte de s’ajuster avec sensibilité aux différences individuelles des enfants.
  2. Identifiez clairement ce qui vous impatiente en terme de comportements observables (fréquence, déclencheur, durée, intensité).
  3. Cherchez à décoder le besoin de l’enfant. Que cherche-t-il à exprimer? Besoin de sécurité, d’attention, d’apprendre une façon prosociale d’agir, etc.
  4. Identifiez les forces de l’enfant.
  5. Si ces deux dernières étapes vous semblent irréalisables, demandez de l’aide. Vous avez besoin d’un regard objectif pour vous mettre sous le mode « empathie ».
  6. Mettez en place un plan de soutien au développement et persistez. Il faut 4 à 6 semaines pour évaluer les impacts d’un plan de soutien au développement.

Au quotidien

  • Évitez d’intervenir à distance. Les « Jonathan » criés à haute voix et à répétitions invitent les autres enfants à le cibler comme le « coupable » de tout acte répréhensible survenu dans le groupe.
  • Échangez avec les parents afin de mieux comprendre l’enfant.
    · Remarquez ses tentatives d’entrer en lien avec vous, ses bons coups.
  • Cherchez à modifier la perception des enfants du groupe à son égard en le valorisant à voix haute.
  • Soulignez le plaisir que vous éprouvez ou qu’un copain a éprouvé à jouer avec lui.
  • Évitez de statuer sur l’avenir de l’enfant. Nul ne peut prédire la trajectoire qu’il prendra à l’école ou à l’adolescence. Il existe certes des comportements qui placent l’enfant dans des trajectoires à risque. Mais n’oubliez pas que l’intervention précoce est un antidote puissant. Laissez les prédictions aux horoscopes.

Honorez le principe même de vie celui de l’élan naturel et progressif de l’enfant. Croire au potentiel de croissance de l’enfant c’est lui insuffler la confiance en soi et surtout enraciner l’attachement essentiel à la relation éducative.

À lire aussi Un enfant étiqueté, enfant rejeté (partie 1)
Par Josée Lespérance

(1) Bradshaw, John (1995) Le défi de l’amour. Aimer de toute son âme. Le Jour Éditeur.

Quand les coups et les cris sont plus rapides que les mots: l’agressivité chez les trottineurs.

Sylvie Bourcier, Intervenante en petite enfance

Lyne Archambault, Éducatrice et formatrice

Novembre 2013

www.aveclenfant.com


L’agressivité chez les trottineurs[1]

C’est entre 12 et 24 mois que l’on retrouve le plus haut taux d’agressions physiques. Le petit fonctionne d’abord par essai et erreur. C’est une boule d’énergie qui jouit de sa récente mobilité et découvre l’autonomie qu’elle lui procure. Il répète ses gestes pour voir comment son entourage réagit à ses actions. Il observe ces réactions avant de faire des déductions, des liens de cause à effet, pour comprendre par exemple que quand il frappe, se parents sont mécontents. Quant les conséquences demeurent stables, l’enfant âgé de 18 mois à 2 ans intègre l’information grâce à la maturation cognitive.

La stabilité et l’expressivité des réactions lui permettent peu à peu de découvrir que tel comportement provoque le mécontentement de l’adulte, et même la colère. Pourtant, ce décodage n’assure pas l’obéissance.

Les enfants, dans leur deuxième année de vie, obéissent aux règles 45% du temps. La rencontre avec l’interdit caractérise cette étape. Le désir d’autonomie, exacerbé par les habiletés motrices grandissantes, se heurte au contrôle exercé par les adultes qui détectent les dangers. Souvent, cela commence lors des aventures du petit fouineur, qui réagit aux interdits en se jetant par terre, en tapant des pieds, en lançant des objets. Il veut prendre sa place et tout décider, mais il craint aussi, une fois la rage passée, de perdre l’amour de ses parents ou éducateurs.

Bien qu’il soit capable vers 18 mois, d’intérioriser quelques interdits, il éprouve souvent des difficultés à maitriser ses envies. Ses mécanismes d’autocontrôle sont immatures et se développent tout au long de la petite enfance. On observe donc à cet âge, des petits qui disent « non » en faisant précisément ce qui est interdit. Il ne faut pas interpréter cette attitude comme de la confrontation mais bien l’expression du besoin qu’il éprouve à se faire aider pour freiner son geste face à la tentation.

Le nombre élevé d’agressions physiques s’expliquent donc en partie par l’immaturité des mécanismes d’autocontrôle, le nombre grandissant de frustrations reliés aux interdits face au fouineur intrépide.

De 12 à 18 mois, l’enfant commence à déchiffrer le langage. Il utilise quelques mots puis peu à peu des phrases de deux mots apparaissent. Il pourra alors si on lui enseigne utiliser les mots pour exprimer sa colère ou ce qu’il veut. L’utilisation du langage contribue à la baisse des agressions physiques. Mais tant qu’il n’a pas accès au langage il utilise son corps pour s’exprimer. Il lance ou court pour dire qu’il est excité, il lance ou trépigne pour dire qu’il est fâché, il tire ou pousse pour prendre, il mord pour faire fuir « l’ennemi ». Les conflits de possession et de territoire se concluent souvent par des cris et des larmes. Il a besoin de l’adulte pour reconnaître et identifier ce qu’il ressent, y apposer un mot et surtout le soutenir à travers ce grand flot d’émotions qui le submergent. Plusieurs stratégies peuvent aider le petit à faire face à  ce qu’il ressent et l’aider à petits pas à intégrer les normes sociales. Lyne Archambault, éducatrice en pouponnière vous en propose :

Sylvie Bourcier

Intervenante en petite enfance

 

1-Interdire clairement avec constance les gestes répréhensibles et rediriger l’enfant vers  une station de défoulement positif toujours à sa disposition.

2-Observer pour comprendre OÙ ? COMMENT ? POURQUOI ? VERS QUI ?et QUAND? L’enfant manifeste l’agressivité.

3-Éviter la proximité entre les petits.  L’encourager quand elle se produit avec notre supervision mais ne pas la prendre pour acquise.

4- Avec un cerceau ou une boîte pour chaque enfant identifié avec  sa photo créer sa bulle pour qu’il se retrouve…Parfait pour l’habillement pour nos sorties, pour les transitions (après le dîner quand les petits sont fatigués et moins patients par exemple).

5-Sur une table réservée à cet effet : coller des jeux en formant 4 stations que vous changerez en cours d’année afin d éveiller et stimuler la curiosité et la nouveauté chez les petits. (Avec du papier collant pour les livres de couleurs les jeux collent à merveille et des antidérapants sous les pattes de table pour éviter que la table se déplace).

6-Travailler les possessions avec les petits À TOI ! et À MOI! Les soutenir dans l’attente du jeu désiré et en posséder plusieurs identiques. Son temps de jeu est souvent court alors on peut vite le proposer à l’ami qui attend.

7-Pour l’ami qui tape : Lui offrir avec constance un coussin à taper, un fantôme suspendu au temps de l’halloween  par exemple , créer une station d’objet à taper dans votre environnement avec plaisir et défoulement positif.

8-Pour l’ami qui tire les cheveux : Lui faire une station de coiffure et de touche-doux,   valorisez ses talents de coiffeur.

9-Pour l’ami qui mord : Lui offrir sa suce,  un anneau de dentition suspendu avec son attache à suce juste pour lui. Avoir en main plusieurs anneaux pour chaque ami. Valoriser son défoulement  positif sur son anneau refroidi. Portez en un pour vous aussi!  Prenez vite ce problème en main pour ne pas que ce geste devienne une épidémie dans le groupe.

10-Voici quelques-uns de mes trucs que j’ai partagés avec vous. Soyons créatives  et     proactives, faites-vous confiance pour demander de l’aide et du support à votre équipe si nécessaire. Expérimentez et observez les petits afin de mieux les comprendre et visez juste afin d’améliorer les comportements sociaux chez  les 18 mois.

 

Lyne Archambault
Éducatrice, formatrice

 

 

 


[1] Extraits de L’agressivité chez l’enfant de 0 à 5 ans. Sylvie Bourcier. Éditions du Chu Sainte-Justine, 2008 et inédit.