Activités spéciales et sorties, comment bien planifier?

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Sophie veut planifier pour l’année des activités spéciales et des sorties avec son groupe multiâge. Elle cherche des idées originales, des activités spéciales à faire dans son service de garde, des endroits nouveaux à visiter, des lieux sécuritaires pour accueillir un groupe. Mais comment Sophie peut-elle faire une planification qui répond aux intérêts et aux besoins des grands et des petits de son groupe?

La planification d’un calendrier d’activités ou de sorties pour l’année doit être pensée en terme de suggestions. Septembre est la période pour remettre en place des routines stables, des consignes claires et concrètes afin de rétablir la sécurité et la stabilité dans le groupe. L’horaire de la journée laisse peu de place pour planifier des activités spéciales et des sorties à l’extérieur. La rentrée au service de garde demande à l’enfant de s’adapter aux routines, aux amis ainsi qu’à l’éducatrice. Il faut une stabilité avant que l’enfant puisse retirer du plaisir dans des situations de changement.

Pour pouvoir planifier et organiser un calendrier d’activités ou de sorties, Sophie doit avant tout connaître son groupe et les intérêts qui l’anime. Il est important de retenir les idées et les goûts des enfants pour organiser des moments particuliers dans l’année. Autant pour les sorties que pour des activités spéciales, Sophie doit avant tout observer les enfants pour mieux les connaître dans des situations nouvelles. Observer veut dire, prendre le temps de regarder les réactions de l’enfant face à la nouveauté, connaître ses intérêts de jeu, les sujets d’échange, la sécurité qui l’habite devant un changement de routine, sa capacité de respecter les consignes, sa tolérance aux délais, le lien d’attachement qu’il a avec le groupe. Les informations recueillies vont permettre à Sophie de planifier des activités et des sorties mieux adaptées au groupe.

Une activité spéciale permet autant de plaisir qu’une sortie même si souvent elle se déroule dans le milieu de vie de l’enfant. D’ailleurs, en début d’année, il est préférable pour Sophie de prévoir des activités spéciales davantage que des sorties. Graduellement, l’enfant apprendra à gérer des petits changements dans un cadre et avec des repères visuels connus. Ces événements peuvent prendre plusieurs formes en voici quelques exemples.

  • Vous faites un pique-nique sur une couverture dans votre salon.
  • Vous invitez une personne à passer la journée avec vous et les enfants (grand frère ou grande sour d’un des enfants).
  • Vous avez un animal de compagnie qui appartient à un des enfants du groupe qui passe la journée dans votre maison. Assurez-vous qu’aucun des enfants n’est allergique.
  • Vous changez la routine de l’habillement, elle se fait à l’intérieur sous forme d’un parcours.
  • Vous planifiez la sieste dans une tente que vous avez faite avec les enfants à l’aide de couvertures. Assurez-vous que les enfants ont bien intégré la routine de la sieste avant d’y apporter des changements.
  • Vous permettez aux enfants d’apporter un jeu de la maison.
  • Vous invitez une troupe de marionnettes chez vous.
  • Vous faites une activité piscine dans la maison.

Il se peut que les activités spéciales soient plus présentes que les sorties dans votre service de garde. Il est nécessaire de respecter le rythme et le besoin de sécurité du groupe pour vivre du plaisir avec les enfants. Le portrait que Sophie dresse de son groupe ainsi que les différents âges des enfants sont des facteurs à considérer. Il est aussi important pour Sophie d’être à l’aise avec la planification et l’organisation de ses activités spéciales et sorties. Elle doit commencer avec des choses simples et qui lui demandent peu de planification et d’organisation afin de sécuriser et de gérer adéquatement son groupe. Certaines sorties peuvent être faites en famille, par exemple la cabane à sucre, les pommes, le père Noël au centre d’achats, la ferme de Pâques etc. sont des endroits que l’enfant pourra explorer avec son parent. Sophie doit choisir des sorties qui apportent de la nouveauté dans la vie de l’enfant et réalisable dans un contexte de groupe multiâge. En voici quelques suggestions.

  • Vous visitez un nouveau parc avec les enfants.
  • Vous allez visiter des personnes âgées dans un centre d’accueil.
  • Vous allez à l’épicerie pour acheter des fruits dans le but de faire une salade de fruits avec les enfants.
  • Vous allez visiter un autre service de garde.
  • Vous allez pique-niquer chez un enfant du groupe.
  • Vous rendez visite aux pompiers.
  • Vous aller acheter des fleurs à la pépinière pour les mettre en terre avec les enfants.
  • Vous visiter le dentiste de votre quartier.
  • Vous allez visiter la classe maternelle de l’école du quartier.
  • Vous faites une excursion en tricycle dans les rues avoisinantes.
  • Vous allez à la bibliothèque, joujouthèque, bureau de poste, etc. avec votre groupe.

Lorsque Sophie pense à une sortie, elle doit prévoir avec son groupe une période de préparation. Prévenir les enfants de l’événement, leur parler de l’endroit, ce qu’ils vont voir, ce qu’ils vont faire, les personnes qui vont les accompagner etc. Le déroulement de chacune des étapes peut être même fait sous forme de simulation dans son milieu de garde. Certains enfants ont besoin d’être plus rassurés que d’autres lors d’une sortie. Ces petits moyens vous permettront d’observer les réactions de l’enfant et ainsi de mieux répondre à son besoin de sécurité. La préparation doit se faire dans des délais raisonnables pour que l’enfant puisse voir les possibilités de sa réalisation. Lorsque Sophie prépare l’enfant à une sortie, elle lui permet de porter un désir qui l’aide à se créer des images dans sa tête (comment il voit les lieux, ce qu’il va faire, avec quoi il va jouer, avec qui il va rentrer en contact) etc. C’est une belle façon de développer la créativité de l’enfant ainsi que son sentiment d’identité, car sa façon d’imaginer et de faire des liens avec son vécu est bien différente d’un enfant à l’autre.

La réalisation d’une sortie peut varier d’une année à l’autre selon votre groupe d’enfants. Sophie doit retenir le plaisir que les enfants ont eu à réaliser certaines sorties. Le temps qu’elle prendra à observer son nouveau groupe lui permettra de mieux les connaître et peut-être de répéter des événements qui ont eu le plus de succès.
Pour plusieurs responsables de garde en milieu familial, comme Sophie, le plaisir est de voir l’émerveillement des enfants et d’entendre les enfants reparler de la sortie entre eux. Après avoir déployé autant d’énergie pour l’amour de notre marmaille.c’est une belle récompense!

Le parent apprécie davantage l’organisation d’activités spéciales dans le milieu de garde qu’une sortie à l’extérieur. Il y voit un aspect plus sécuritaire, assure une stabilité à son enfant surtout s’il est en bas âge, apporte une nouvelle stimulation. De plus, vous faites la démonstration aux parents qu’il est possible d’apporter de la diversité dans le quotidien tout en étant sensible aux besoins et intérêts de son petit. Il réalise également qu’il peut faire des choses toutes simples avec son enfant qui lui demandent moins de temps d’organisation mais beaucoup de plaisir à être avec son enfant. «N’est-ce pas une bonne façon de garder le feu sacré» du monde des petits!

Dessine-moi… ( ou faire à la place de l’enfant !!!!)

Martin, est éducateur au CPE 3 PETITS TOURS. Depuis quelques semaines, il fait l’accueil du matin. Il console les gros chagrins, rassure le parent inquiet, il installe des coins de jeux qui répondent aux besoins du groupe multiâge. La table à dessin est l’espace très populaire du matin. D’ailleurs, Martin est souvent sollicité par plusieurs enfants pour toutes sortes de commandes. « Peux-tu me dessiner un chien, un bateau, une belle princesse ? « Même le petit Julien 18 mois arrive toujours avec la même demande un GROS…GROS CHIEN…..Martin, passe la période de l’accueil à faire la démonstration de ses talents en dessin. Certains enfants le regardent et disent à Martin : « dessine moi….. »

Cette situation est répandue, mais doit-on répondre à cette demande pour faire plaisir à l’enfant ? ou se faire plaisir ?

Plusieurs raisons motivent l’éducateur (trice) à s’exercer à cette activité. On retrouve par exemple, le plaisir de répondre au besoin de l’enfant, un intérêt personnel pour le dessin, le désir de faire de l’enseignement ou simplement une excuse pour se soustraire d’assurer une présence à tout le groupe d’enfants.

Certes, le rôle de l’éducateur (trice) est bien de répondre aux besoins, de susciter des apprentissages, d’assurer une présence avec le groupe et ce, dans un contexte adapté au développement du jeune enfant. Les talents en dessin de l’adulte peuvent être exploités dans d’autres lieux dans des rapports égalitaires.

Lorsque Martin répond à cette demande, il ne met pas à profit les talents et habilités de l’enfant. Par contre, si c’est l’enfant qui dessine, il exerce la précision de ses gestes par l’autocontrôle de son bras, avant-bras, main et doigts. Il raffine ses mouvements en passant pas la grande motricité vers des gestes plus fins. Ces apprentissages sont des pré-requis pour l’écriture.

Dans l’activité du dessin, je permets à l’enfant de mettre en valeur sa créativité, de lui faire vivre la différence dans sa façon de voir les choses qui l’entourent. Je valorise aussi son sentiment d’identité. Je lui fais prendre conscience de ses capacités. Je reconnais également que pour développer une compétence il faut d’abord la travailler, être encouragé, supporté et surtout trouver une façon de faire qui personnalise qui je suis.

J’ai pu observer que dans de telles situations certains enfants restent inactifs devant une feuille blanche et des crayons. Ils ont appris à attendre, à regarder, à ne faire rien par eux-mêmes. Ils ont atteint un sentiment d’incompétence en se comparant leur production avec celle de Martin. Devant un adulte expérimenté en dessin le défi est trop grand pour un petit apprenti.

Le rôle de Martin est d’amener l’enfant à se développer globalement, de lui faire vivre du succès à sa mesure, dans un contexte de plaisir où l’enfant est au centre de ses apprentissages. Mais comment ne pas décevoir un enfant qui insiste pour qu’on lui dessine un petit chien ??

Martin doit éviter de dessiner devant les enfants. Lorsque l’adulte est concentré à dessiner, il ne peut voir les intentions du petit créateur. Éviter de faire de l’enseignement, l’enfant doit sentir qu’il a le pouvoir de dessiner ce qu’il veut et comme il le veut. Martin doit susciter l’intérêt de l’enfant par des questions ouvertes qui incitent à verbaliser les connaissances qu’il possède. Par exemple, l’enfant demande « Peux-tu me dessiner un chien ? » L’adulte répond « Comment il est le chien? Comment est sa queue ? Les oreilles sont comment ? « L’adulte peut tracer sur une feuille ce que l’enfant lui dit mais avec beaucoup d’hésitation. Il peut alors demander à l’enfant de lui montrer comment il est sonpetit chien. De cette façon, l’adulte guide l’enfant dans son dessin et le petit met dans l’action sa pensée et fait un plus grand apprentissage. Dans un même contexte, il peut être aussi pertinent d’inviter l’enfant à demander à un ami(e) de dessiner pour lui le petit chien. Celui qui rend le service est valorisé dans ses compétences et l’ami(e) qui en fait la demande observe et découvre qu’il est aussi possible de le faire puisqu’un enfant du groupe le fait, le défi est réalisable.

Par contre, lorsque le défi reste difficile pour l’enfant. l’ adulte doit observer des forces dans d’autres domaines enfin de valoriser et encourager la pratique. La présence discrète et chaleureuse donne toute son sens à la relation.

Lorsque Martin prend du temps avec l’enfant, il lui démontre qu’il est assez important à ses yeux pour s’intéresser à lui.

Jeux de défoulement… Jeux oubliés !!!!

Est-il permis dans votre milieu de garde de jouer à la guerre, à l’épée et même de faire semblant d’être un voleur imaginaire. Plusieurs éducatrices se questionnent sur le sujet. Est-ce que je peux laisser les enfants jouer à de tels jeux et penser que leur jeu est éducatif? Est-ce que je dois orienter le jeu vers autre chose? Est-il nécessaire que l’enfant s’amuse à ce type de jeu pour se développer normalement?

Dois-je penser que si l’enfant de 3 ans s’amuse à des jeux de défoulement, il en éprouve un réel besoin. Une éducatrice d’un CPE à Laval a su bien répondre à mes questions. Étant dans le milieu depuis 25 ans, elle observe que les enfants n’ont pas assez d’occasion pour les jeux de grande motricité. Le jeu de défoulement n’est pas toujours vu comme lieu d’apprentissage par l’éducatrice. L’application du programme « Jouer c’est magique » dans les services de garde amène l’éducatrice à travailler en atelier mais elle oublie que l’activité grand jeu en fait partie aussi. Ce type de jeu amène l’enfant à exploiter le jeu moteur sous une toute autre forme. Le défoulement sous forme de jeu permet à l’enfant de confronter ses peurs, d’équilibrer ses énergies, de contrôler son corps dans ses élans moteurs, de travailler son imaginaire lorsqu’il se transforme en personnage, de respecter différentes consignes, d’être en relation avec les autres, de trouver des stratégies pour déjouer l’autre. Mais aussi c’est une façon de libérer l’enfant d’un trop-plein de frustration. Il est souvent mal vu dans le milieu de garde de laisser les enfants jouer à l’épée, sous prétexte de jeu violent. Alors qu’il en n’est rien pour l’enfant; il ne fait que reproduire ce qu’il peut voir lors d’un programme de télévision ou simplement avoir entendu ses parents parler d’un évènement tragique connu de l’actualité. L’enfant a parfois besoin pour mieux comprendre de le vivre avec son corps.

Est-ce normal direz-vous ???? Mais oui, ses gestes répétés l’aident à exprimer ce qu’il ressent. L’éducatrice rencontrée raconte que durant plusieurs années elle interdisait ce jeu afin d’éviter les conflits dans son groupe de 3 ans. Erreur dit-elle…. En effet le besoin était devenu tellement grand puisqu’il était interdit, les enfants se cachaient dans le vestiaire pour s’adonner au jeu défendu. Elle rapporte également que les fusils étaient interdits au CPE même ceux fabriqués par les enfants. Un jour, Jonathan un enfant de son groupe s’amusait avec un rouleau d’essuie- tout, il s’imaginait que l’objet était son fusil pour tirer sur les monstres. Elle rappelle à Jonathan que les fusils sont interdits à la garderie, l’enfant lui répond sans hésiter mais ce n’est pas un fusil c’est une fleur…