Faut-il s’oublier pour répondre aux besoins des enfants ?

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Mathilde 4 ans et Émile 2 ans vivent dans une famille nucléaire. Les deux parents sont dans la trentaine et travaillent à l’extérieur. Les enfants vont au CPE 4 jours semaine et sont à la maison avec maman le vendredi. Comme toute jeune famille, il est parfois difficile de concilier les obligations et la vie de famille. Les parents de Mathilde et Émile se questionnent sur la façon de répondre aux besoins de leurs enfants ? Doivent-ils s’oublier comme adulte ? Comment bien répondre aux besoins de leurs enfants ?

Faire le choix d’avoir des enfants est dans un premier temps d’accepter d’aborder la vie au quotidien d’une autre façon. Les changements qu’impose la venue d’un enfant sont parfois difficiles à assumer pour le parent. En effet, ce petit être à peine d’une semaine bouleverse de nombreuses habitudes qui déstabilisent la vie des deux adultes. Les nuits de sommeil écourtées, les inquiétudes face à des situations inconnues, les remises en question dans leur nouveau rôle et les multiples conseils de l’entourage sont des préoccupations pour le parent en apprentissage. L’enfant devient alors leur meilleur guide à condition que l’adulte soit capable de reconnaitre les besoins de son tout-petit.

Se questionner, se préoccuper, s’inquiéter est une preuve d’amour envers son enfant. Je t’aime assez pour répondre du mieux que je peux à ce qui est bien pour toi. Chacun le fait avec son bagage d’expérience et son héritage familial. Parfois, notre enfant nous demandent plus, ce PLUS est la capacité comme adulte de saisir les propres besoins de son enfant et faire abstraction aux siens.
Avoir du cœur et du gros bon sens prend alors beaucoup d’importance, mais quel défi pour le parent à devenir. Notre enfant nous fait souvent revivre notre enfance, partir de nous, de nos valeurs, de ce que nous sommes. Supporter, confronter et éduquer à la fois notre tout-petit demande beaucoup à l’adulte. Pour y arriver, il faut mettre du temps, de l’énergie et parfois même s’oublier pour mieux encadrer et sécuriser notre petit. S’oublier dans le sens de prioriser l’enfant avant nos propres besoins d’adulte, de garder la priorité sur l’enfant malgré la vie tumultueuse; ce qui veut dire, faire des choix en fonction de notre famille (papa, maman, Mathilde et Émile). Être attentif aux changements d’attitudes ou comportements qui nuisent au développement de nos enfants et apporter les changements nécessaires au quotidien. Être capable de mettre nos limites pour le bien-être de nos petits. Nous refusons les soupers à l’extérieur le dimanche soir pour coucher les enfants plus tôt. Apporter des changements dans nos activités (sorties, cercle d’amis, voyage, visites des familles). En visite par exemple, nous arrivons et partons plus tôt maintenant que nous avons des enfants. Lorsqu’il y a une fête, nous prévoyons le nécessaire pour coucher nos enfants et profiter de la fête entre adultes.

Les parents de Mathilde et Émile sont des parents aimants et veulent le bien de leur progéniture. L’environnement de leurs enfants est très familial, des visites chez mamie, des soupers entre amis(es), fêtes et des activités sont fréquentes dans la vie de Mathilde et de Émile. Lors de ces rencontres, les parents peuvent observer que les enfants sont animés par des adultes qui répondent aux idées les plus farfelus des deux petits. L’intérêt des rencontres est orienté en grande partie sur les deux enfants. Malgré les airs de fêtes autour d’eux, les parents de Mathilde et Émile reconnaissent leurs besoins. Ils sont sensibles aux signes de fatigue, s’assurent que les enfants mangent bien même avec la présence de Mamie, voient à la sécurité et à l’hygiène de leurs petits et prennent en charge l’heure du dodo avant que les enfants soient trop fatigués et manifestent des comportements pour le démontrer (cris, pleurs, jeux dangereux, se roule sur le plancher pour démontrer sa fatigue). En agissant ainsi, Mathilde et Émile reconnaissent qu’ils sont importants aux yeux de leurs parents. En répondant aux besoins de bases, le parent sensibilise l’enfant à ses propres besoins. Ainsi, plus vieux l’enfant sait ce qui est bon pour lui et a les moyens d’y répondre. En exerçant la routine du dodo même pendant une rencontre en famille ou entre amis (es), l’enfant apprend à vivre la séparation et développe ainsi son autonomie affective. De plus, Mathilde et Émile comprennent la place qu’il occupe dans la famille auprès d’adultes. Après avoir pris du temps à jouer avec Mamie, Dady, Tante Lyne et oncle Daniel il est l’heure pour les adultes maintenant. Il est certain, que le dodo peut-être un peu plus tard afin de laisser les enfants profiter de la visite de Mamie tout en expliquant que ce soir c’est spécial. L’important est que l’enfant prenne conscience qu’il est au cœur des préoccupations de son parent même en situation particulière.

Répondre aux besoins des ses enfants s’est aussi s’obliger comme parent à prendre du temps pour soi sans la présence des enfants. C’est un défi pour toute jeune famille !!!

La participation des parents aux activités du milieu

Novembre et décembre 2009

Le CPE Chocolatine présente aux parents en début d’année un calendrier de sorties pour l’année. En effet, tous les groupes du CPE sont invités à participer à une sortie une fois par mois. L’objectif est de permettre aux enfants de vivre des activités différentes dans un contexte nouveau et de s’ouvrir sur de nouvelles connaissances. La participation du parent est sollicité afin d’assurer la sécurité dans chacun des groupes.

Carole, éducatrice des 2 ans fait une demande auprès des parents de son groupe. Une sortie aux courges en octobre est prévue et elle aimerait avoir trois adultes accompagnateurs pour cette activité. Comme un seul parent manifeste sa disponibilité comme accompagnateur, Carole remet en question la participation de son groupe pour la sortie prévue au calendrier. Elle se questionne également sur la pertinence d’avoir un calendrier d’activités pour l’ensemble du CPE.

Pour qu’une sortie soit sécuritaire pour le groupe, l’éducatrice doit prévoir un adulte pour deux enfants et ce quelque soit le type de sortie.

Les sorties sont pertinentes et riches d’expérience pour les groupes de 3 ans et plus. Avant trois ans, l’enfant a besoin de stabilité dans ses moments de vie et ce dans un cadre connu. Pour profiter d’une sortie, il faut suffisamment d’intérêt sur le sujet mais aussi du plaisir à se retrouver dans un contexte de nouveauté. L’enfant de 18 mois /2 ans a besoin de sécurité pour s’ouvrir à de nouvelles expériences. La sortie devient sécurisante lorsqu’elle est faite en présence de papa, maman, frères et sœurs. Ses repères affectifs lui permettent alors de s’ouvrir à la découverte.

Il faut reconnaitre que de septembre à décembre l’énergie est mise pour s’adapter au fonctionnement du groupe. L’éducatrice doit assurer la création de liens avec l’enfant et son parent avant de penser à une sortie.

Après la période d’adaptation, il peut être pertinent de proposer des activités spéciales à faire avec les groupes de 3 ans et plus. Son imagination débordante lui permet de s’ouvrir sur le monde, de vivre des moments magiques avec ses amis(es) du CPE. Pour le parent accompagnateur, observer son enfant dans le groupe lui permet de le découvrir sur le plan social, voir l’éducatrice de son enfant intervenir avec le groupe peut être rassurant. C’est une façon pour le parent d’apprendre sur son enfant.

Pour que la sortie proposée par le CPE Chocolatine soit adaptée et riche d’expérience le milieu doit se questionner sur :

  1. L’intérêt et le goût des enfants pour ce type d’activité.

  2. La sécurité du ratio et des lieux.

  3. La maturité du groupe à participer.

À la lumière de ce questionnement, il est difficile d’imaginer un calendrier de sorties pour l’année avant même de connaitre son groupe d’enfants !!!!

Nous gagnons à porter nos actions sur les besoins des enfants….

Josée Lespérance

Enseignante en TEE

Professionnelles de l’enfance : attention à l’étiquetage

J’ai observé dernièrement dans mon milieu de garde une situation qui m’inquiète. Il y a un petit garçon qui est la cible des blâmes des autres enfants. Ils le déclarent coupable de méfaits à la garderie alors qu’il est malade et absent du milieu de garde. Il est vrai qu’il frappe les pairs et que je dois le reprendre régulièrement et le punir. J’avise la mère tous les soirs de ce qui se passe. Qu’est ce que je peux faire pour que les enfants cessent de le traiter ainsi et de lui attribuer tous les torts ?

Vos inquiétudes sont légitimes. Ces critiques formulées à répétition nuisent à l’estime de soi de cet enfant et témoignent d’une perception négative des autres à son égard. Il est nécessaire de transformer cette image négative afin que les enfants redécouvrent cet enfant dans ses forces, ses qualités. De plus, l’édification de l’identité négative de cet enfant nuit à son épanouissement. Plus il recevra des messages négatifs des autres, lui confirmant qu’il est « tannant, méchant » plus il défendra farouchement cette identité au détriment de ses qualités personnelles.

Voici quelques stratégies qui favorisent la construction d’une image positive de l’enfant et modifieront les perceptions négatives des autres enfants à son égard.

Stratégies éducatives

  1. Faites vos interventions à proximité de l’enfant. Évitez de nommer à voix haute audible par les autres enfants les réprimandes que vous lui adressez sauf dans les cas où l’intervention à distance est nécessaire par mesure de sécurité.
  2. Valorisez les efforts, les forces, les bonnes idées de l’enfant afin de lui faire reconnaître que le bon garçon existe. Même si l’enfant contrevient à une consigne immédiatement après que vous l’ayez félicité. Dites-lui : « Je viens de te dire bravo et tu lances les jouets en me regardant. Je continuerai à te dire bravo à chaque fois que tu fais bien les choses parce que je crois au bon garçon qui est en toi. »
  3. Lorsque vous êtes disponible, joignez-vous à cet enfant et nommez le plaisir que vous éprouvez à jouer avec lui. Les autres enfants verront votre intérêt à l’enfant et changeront peu à peu leur perception.
  4. Rectifiez la situation lorsque les enfants blâment injustement l’enfant.
  5. Modifiez votre de mode de communication avec le parent. Nommez à tous les jours ce qu’il a fait de bien. « Il a été capable de demander à son ami le jouet. Il a été capable d’attendre au dîner. » Vous informez les parents des difficultés et des progrès une fois par semaine. Par exemple, vous soulignez les progrès face à la capacité de l’enfant à demander un jouet d’un ami mais nommez sa difficulté à attendre encore observée lors des crises. Le parent est donc au courant de ce qui se passe mais ne peut punir l’enfant à nouveau. (Article : Une journée d’enfer à la garderie, Magazine Enfants Québec, Octobre 2000).
  6. Sollicitez la collaboration du parent afin qu’il valorise les bons coups de l’enfant; qu’il nomme ce qu’il fait de bon afin que l’enfant voit que ses efforts sont reconnus.
  7. Dites à l’enfant devant son parent qu’à partir de maintenant vous direz à sa maman ce qu’il fait de bien et que ses parents le féliciteront. L’enfant prend conscience que l’attention sera portée aux comportements positifs du quotidien et ne tentera plus de se faire remarquer par des comportements dérangeants. Il a donc avantage à faire des efforts et puisqu’il n’a plus un gain d’attention lorsqu’il contrevient aux consignes.

Les aimer oui, vouloir jouer à la mère, non!

Dans notre travail, nous accueillons des enfants qui s’attachent à nous. Comment faire pour ne pas trop s’attacher aux enfants des autres ? C’est particulièrement difficile de me séparer d’un enfant surtout lorsque la mère me semble plus ou moins présente.

L’éducatrice a un rôle tutélaire et éducatif. Elle ne remplace pas la mère. Elle n’est que de passage dans la vie de cet enfant qui lui a été délégué par la mère. Il ne faut pas que les désirs maternels de l’éducatrice soient projetés sur les enfants dont elle s’occupe. Si l’éducatrice soigne l’enfant, l’accompagne en lui parlant de ses parents, en le situant au cœur de sa vraie réalité familiale, elle lui évite les déchirements de la séparation. « Non, je ne suis pas ta maman. Ta maman c’est Suzanne. C’est elle qui sait le mieux être ta maman. » Le détachement se fera sur le mode de la relation éducative et non dans la relation fortement investie de l’attachement parentale.

L’éducatrice qui aime l’enfant comme une mère peut avoir tendance à juger la mère de l’enfant. Elle se considère comme celle qui sait ce qui est le mieux pour l’enfant et considère peu à peu la mère comme incompétente.

Dites-vous que pour l’enfant c’est sa mère qui soigne mieux, qui fait le mieux, qui sait le mieux être SA maman quelque soit ses façons de faire. Cet enfant est l’enfant de cette femme et de cet homme, c’est sa réalité, c’est son identité. Il doit être accepté et aimé comme un être humain tel qu’il est et quelque soit son origine, sa famille.

L’éducatrice, figure d’attachement

Est-ce que tous les enfants s’attachent à leur éducatrice? Qu’est-ce qui influence la qualité de la relation entre l’éducatrice et l’enfant?

Près de 75% des enfants ont un attachement sécurisant avec leur éducatrice. D’ailleurs, il est démontré que les enfants qui ont vécu un lien d’attachement sécurisant avec leur éducatrice sont plus compétents socialement. Ils manifestent moins de comportements agressifs et ont moins tendance à s’isoler des autres enfants. L’attachement entre l’éducatrice et l’enfant est un lien qui se développe par des soins adéquats et par une réponse sensible aux besoins de l’enfant.

En tant qu’éducatrice, vous êtes bien plus qu’une animatrice. Vous créez des relations qui ont une histoire porteuse de souvenirs, d’expériences, de moments partagés. Ces relations que vous tissez avec les petits vous permettront de décoder leurs silences, leurs hésitations. Ces relations génèrent des émotions chez l’enfant, et aussi chez l’éducatrice, qui deviendra alors sensible aux efforts, aux découvertes et au monde affectif de l’enfant.

Plusieurs facteurs peuvent influencer la qualité de la relation éducatrice-enfant. La personnalité de l’enfant joue dans la création de ces liens. Les enfants affectueux et exigeants récoltent plus d’attention et de réponses à leurs besoins que les enfants peu expressifs et retirés. De même, les enfants ayant vécu des liens positifs avec leur mère ont plus de facilité à s’attacher à l’éducatrice.

Les relations entre l’éducatrice et l’enfant varient aussi au gré des approches choisies par l’éducatrice. Les intervenantes qui se centrent sur l’enfant, créent des liens positifs plus facilement avec lui que celles qui optent sur une approche directive centrée sur les produits finis.

Il est aussi démontré que les éducatrices ayant une formation se montrent plus sensibles aux besoins de l’enfant. De plus, la fréquence des interactions positives (encouragements, disponibilité, soutien affectif) agit sur la qualité de la relation.

La stabilité du personnel oeuvrant auprès des enfants a un impact déterminant sur la relation. Les enfants qui ont passé plus de 12 mois avec la même éducatrice sont plus susceptibles de développer un attachement avec elle et ce particulièrement chez les enfants de moins de 3 ans.

Votre travail d’éducatrice repose avant tout sur la relation. C’est à travers les relations que vous transmettez des valeurs de respect, de générosité, d’entraide. Les encouragements, les félicitations ou les réprimandes auront un impact seulement si vous êtes significatives pour l’enfant. Voici comment développer des bonnes relations avec les enfants.

  • Priorisez les relations avec les enfants dans votre programme éducatif. Que chaque enfant puisse vivre du temps seul avec vous. Planifiez des activités en sous-groupe et permettez à l’enfant de jouer seul. Vous pourrez alors soutenir l’enfant individuellement, devenir complice de ses découvertes.
  • Prenez conscience des forces, des particularités de chaque enfant de votre groupe. Êtes-vous en mesure de parler de chaque enfant en terme de forces ou de besoins? Pourriez-vous raconter une anecdote, une tranche de vie en milieu de garde qui décrit qui est cet enfant?
  • Dites-vous que l’activité est un prétexte pour créer un lien ou pour stimuler l’enfant. Elle ne représente pas une fin en soi.
  • Soyez totalement présente à l’enfant dans tous les moments de vie. Si vous souriez en entendant ses mots d’enfant, si vous vous attendrissez devant son enthousiasme, si vous participez volontiers à ses jeux, si vous préparez gaiement un événement pour votre groupe et que vous démontrez une attitude sensible lorsque vous parlez au parent de son enfant c’est que vous avez ouvert votre cœur à cet enfant et avez su créer un lien significatif.

Maman et RSG: des enjeux, des défi

Je suis éducatrice en milieu familial, j’adore ma profession mais j’éprouve des difficultés avec mon enfant. Je suis réellement découragée de ses comportements agressifs envers les autres enfants. Je me demande si je devrais l’envoyer dans un autre milieu familial ou en CPE.

Je comprends votre désarroi ayant moi-même vécu l’expérience avec ma fille. Combien de fois me suis-je sentie divisée entre l’amour de ma propre fille qui tendait les bras pour un câlin et l’amour pour les enfants de mon groupe qui manifestaient eux aussi leur besoin d’être pris et sécurisés. Mon sentiment de compétence a été parfois ébranlé lorsque ma fille se montrait colérique aux yeux des parents.

Que se passe-t-il chez notre enfant lorsque nous travaillons auprès d’un groupe d’enfants auquel il est intégré? Pourquoi manifeste t-il des comportements dérangeants? Pourtant, il a l’opportunité de grandir dans un cadre sécurisant, chaleureux auprès de sa mère qui le stimule, l’encourage. Il a la chance de voir dans le regard de sa mère l’excitation, la joie devant ses premiers pas, ses premiers mots, la fierté devant ses prouesses, la tendresse de l’amour maternel. Grâce au contexte de groupe, il développe des habiletés sociales, il apprend à attendre, à partager, à demander, à négocier. Il développe de l’autonomie puisque sa mère partage son soutien avec tous. Il pratique ses habiletés langagières à travers la multiplication des interactions entre les pairs. Ce sont certes des avantages importants qu’il ne faut surtout par oublier puisqu’ils ont motivé le choix professionnel de la RSG, maman d’un petit d’âge préscolaire.

Mais lorsque nous nous penchons sur le vécu de l’enfant, nous devons reconnaître qu’il doit faire face à de nombreuses modifications de son environnement. Il subit des modifications dans son environnement physique, il doit partager son territoire, ses objets. Son monde affectif est en bouleversement car l’élargissement de son univers social entraîne des délais de sa maman à répondre à ses besoins et/ou à ses désirs et aussi le partage de l’attention et du temps accordé par sa mère. De nouvelles règles lui sont imposées dans ce contexte de groupe. Son horaire est parfois modifié au gré des besoins du groupe d’enfants ou des parents. Des enjeux développementaux sont liés à ces changements.

On demande à l’enfant de comprendre que sa mère joue un autre rôle, celui d’éducatrice. Il doit donc sortir de son propre point de vue alors que sa pensée se caractérise par l’égocentrisme. Ce n’est qu’après sept ou huit ans qu’il se dégagera progressivement de cet égocentrisme et comprendra la relativité et la diversité d’une même réalité. Alors, seulement il lui sera possible de voir sa mère comme sa mère mais aussi comme une éducatrice. Nous avons donc une attente irréaliste lorsque nous désirons que le petit comprenne la réalité du double rôle.

D’un point de vue affectif, l’enjeu se dessine au niveau de la rivalité. L’enfant sent sa place privilégiée menacée, les enfants accueillis dans le milieu de garde familial deviennent des rivaux. Les gestes de tendresse, d’écoute et d’aide faits par sa maman envers les autres deviennent pour lui une trahison. Non seulement doit-il apprendre certaines habiletés prosociales mais il se retrouve envahi dans son territoire. Il ne s’agit plus de partage simple mais d’envahissement et d’intrusion par d’autres enfants dans son cadre de vie. Il voit son sentiment d’appartenance ébranlé; on ne le reconnaît plus comme l’enfant de sa mère puisque celle-ci lui retire ses privilèges, son amour exclusif. Cette perception de perte insécurise l’enfant qui se retrouve dans un cadre relationnel en mutation.

Ce qui sécurisait l’enfant dans son milieu physique, son petit coin tranquille, ses petites cachettes secrètes, ses objets rassurants chargés d’odeurs se retrouvent parfois dans la zone du partage. Ses jouets, sa maison, sa maman définissent l’identité de l’enfant. C’est ce que L’Écuyer(1) appelle le soi possessif, une des structures du concept de soi. Lorsque la zone privée n’est pas préservée, les sentiments de sécurité et d’identité de l’enfant se fragilisent.

Certains enfants réagissent en manifestant des comportements agressifs. Ils poussent les enfants qui ne veulent pas suivre ses ordres ou les consignes de sa maman. Ils génèrent de nombreux conflits de possession. Tous les jouets sont à eux. Ils provoquent des disputes reliées à l’espace. Ils cherchent à garder le contrôle sur leur environnement et à s’assurer une place privilégiée dans le groupe et surtout auprès de sa mère. Certains se transforment en diablotin afin d’obtenir l’attention par le biais des punitions, des réprimandes. C’est si difficile de ne plus être le seul point de mire, le seul objet d’amour de sa maman. D’autres enfants régressent, agissent comme les petits bébés afin d’être nourris, langés, bercés, pris comme eux. Dans leur pensée magique ils s’imaginent qu’en se souillant de nouveau, en demandant la suce ou le biberon ou encore en parlant comme un bébé, ils retrouveront les doux bras de leur maman comme autrefois et comme les poupons intégrés dans leur milieu de garde familial.

Malgré la présence de ces défis que doivent relever l’enfant et sa maman, il est possible d’aider l’enfant à développer des stratégies adaptatives qui feront de lui un enfant heureux, confiant dans l’amour inconditionnel de ses parents.

  1. Aménagez votre milieu en préservant une zone d’intimité. Ce territoire sera réservé à votre enfant. Il pourra s’y réfugier pour se sécuriser ou pour apprivoiser progressivement le contexte continu de proximité lié à la garde en milieu familial. N’oublions pas qu’il doit vivre en contexte de groupe près de dix heures par jour. Sa chambre peut servir de lieu de tranquillité s’il est assez vieux pour y être en sécurité. Vous pouvez aussi réserver un coin dans la salle de jeu où l’enfant pourra se réfugier au besoin.
  2. Identifiez avec votre enfant des objets, des jouets réservés à son usage personnel. Ces effets seront rangés dans la zone privée. Le choix de l’enfant d’apporter ses propres jouets dans le groupe suppose qu’il accepte le partage.
  3. Faites vivre progressivement des délais à votre enfant. Un enfant qui obtient habituellement réponse à sa demande sans délai éprouvera de la difficulté dans l’attente inhérente au partage de l’adulte.
  4. Préparez votre enfant à la nouvelle réalité en lui décrivant de façon concrète le déroulement des moments de vie en groupe. Lorsqu’un poupon est intégré, il est important d’en parler au groupe en décrivant comment le dîner, la sieste, les activités se dérouleront avec le nouveau venu.
  5. Dressez-lui le portrait des moments réservés à la famille et à la relation privilégiée et unique que vous avez avec lui. Il est essentiel de rappeler à l’enfant ce qui le distingue des autres enfants. «Tu es mon enfant d’amour. Je serai toujours ta maman. Les amis partiront pour aller à la maternelle et toi, papa et moi seront toujours une famille. Tu sais tu es le seul à avoir la chanson du dodo avant de te coucher, il y a juste toi qui se colle sur maman la fin de semaine au salon pour écouter…». Parlez des gestes réservés à votre relation privilégiée. L’enfant doit être rassuré par rapport au lien unique de la relation parentale.

Attitudes éducatives de base

  • Réservez un moment à votre enfant seul à seul. Plus cette période sera respectée, stable, fixe dans le temps, plus votre enfant reconnaîtra la place unique qu’il occupe dans votre cœur. Il acceptera plus facilement le partage de sa maman puisqu’il aura la certitude que dans la journée elle lui témoignera l’amour spécial qu’il y a entre la mère et son enfant. Ce sentiment de confiance le sécurisera.
  • Illustrez les consignes relatives au tour d’actions, aux places près de vous à l’aide de pictogrammes. Ces images aideront concrètement votre enfant à constater l’équité existant au sein du groupe.
  • Décodez et nommez son émotion lorsqu’il éprouve de la difficulté à partager votre attention. Il se sentira compris. «Tu trouves ça difficile d’attendre que j’ai terminé de changer la couche. Tu voudrais être pris maintenant.» Parlez de la situation d’adaptation difficile pour l’enfant. L’enfant se sent compris et aimé même dans ses sentiments de jalousie.
  • Nommez la fierté que vous éprouvez envers votre enfant ses forces, ses intérêts. Dites-lui en quoi il est spécial pour vous.
  • Si votre enfant manifeste des comportements agressifs, votre rôle en est un de modération et de paroles. L’enfant n’est pas obligé d’aimer les autres enfants. Autorisez, verbalisez la colère mais les manifestations agressives et dangereuses sont interdites.
  • Si votre enfant s’oppose, évitez la confrontation directe. Faites lui faire le choix en nommant la conséquence. Parfois, il teste les limites pour avoir l’attention ou pour vérifier si les règles familiales et les règles du milieu de garde sont les mêmes.
  • Les reproches (tu es méchant), le chantage affectif (tu fais de la peine à maman) jettent de l’huile sur le jeu et alimentent la colère. Vos interventions peuvent transformer des manifestations normales de jalousie en réactions pathologiques.
  • Évitez les reproches ou les punitions lorsque votre enfant agit en bébé. Offrez plutôt de l’attention positive lorsqu’il fait le grand. Valorisez les avantages des grands qui savent faire plein de choses alors que le bébé ne fait que ramper, pleurer, etc. Accordez une pause tendresse ou une période d’activités réservée au grand. Même le nourrisson ne pourra perturber ce temps avec maman (la sieste est souvent le moment choisi).

En somme, les moments d’attention positive, la valorisation des comportements souhaités et le rappel de l’unicité de la relation parentale, rassureront l’enfant sur la place privilégiée qu’il occupe dans votre cœur autant en famille qu’en période de garde.

(1) L’Écuyer, R. (1994) Le développement du concept de soi de l’enfance à la vieillesse.
Les Presses de l’Université de Montréal.

Des petits gestes éducatifs qui portent de grands messages de respect

Savez-vous qu’à travers les relations continues et chaleureuses que vous entretenez avec les enfants vous pouvez devenir un tuteur de développement et de résilience? La résilience est un « terme emprunté à la physique : propriété de certains matériaux à résister aux chocs »1. L’éducatrice accueillante à l’écoute permet à l’enfant de rencontrer ses ressources personnelles, de se racontrer. D’ailleurs, l’étude des enfants résilients permet de mieux cerner les facteurs de protection c’est-à-dire les éléments qui facilitent l’adaptation de l’enfant et plus tard de l’enfant devenu adulte, Ainsi certains enfants que l’on considère « à risque » peuvent développer des mécanismes adaptifs grâce à la relation éducative.

L’éducatrice, peut stimuler trois catégories des facteurs de protection :

D’abord, l’attachement à un ou des adultes socialement adaptés. En effet, l’éducatrice peut devenir une confidente, une source d’identification et surtout transmettre un message essentiel à l’enfant : il est digne d’être aimé et mérite l’amour de ses proches.
Deuxièmement, il est aussi possible de soutenir l’enfant dans l’actualisation et le développement de ses forces personnelles. Plus l’enfant reconnaîtra qu’il possède des ressources internes, plus il les utilisera et se sentira compétent et en grande partie en contrôle de sa vie.
Enfin, les convictions saines et une échelle de valeurs prosociales permettront à l’enfant de développer un sentiment d’appartenance et l’immuniser contre la solitude et le rejet social.

1 Frederick Talbot. La résilience: l’art de se relever après l’épreuve. Revue Vies à vies.Bulletin du service d’orientation et de consultation psychologique. Volume 16. Numéro 4. Mars 2004.

Voici donc des gestes quotidiens au service des facteurs de protection :

Facteurs de protection Exemples de gestes quotidiens Message derrière le geste
Attachement
  • Création et maintien par l’éducatrice de liens stables et chaleureux avec l’enfant :
    saluer, réconforter, bercer, câliner, prendre soin, protéger, sourire, valoriser sa présence.
  • Tu es important pour moi. Je remarque ta présence et je l’apprécie. Tu es quelqu’un d’aimable.
  • Valoriser et renforcer les liens parents-enfants :
    souligner la joie de l’un et de l’autre de se retrouver;
    dire aux parents les anecdotes familiales racontées par l’enfant.
  • Tu cours vers ta maman … Tu as dessiné pour ton papa. Vous savez il pense à vous durant la journée à la garderie. Vous êtes important pour lui. Les moments passés ensemble sont importants pour lui. Il m’a raconté la visite au parc, … chez grand-maman.
Caractéristiques personnelles de l’enfant
  • Développer le contrôle de soi de l’enfant :
    o offrir des moyens pour exprimer ce qu’il ressent;
    o offrir des moyens pour liquider les tensions.
  • Tu as le droit de refuser un câlin. La petite voix en dedans de toi, écoute là. Ce que tu ressens est important pour moi et pour toi. Tu as le droit d’être en colère… de la peine. Qu’est-ce que tu peux faire pour sortir ton gros lion fâché et te sentir bien? (respirer, faire le lion, courir, le dire…).
  • Développer chez l’enfant le sentiment qu’il est capable d’agir de façon autonome :
    donner des petites responsabilités;
    encourager les initiatives;
    valoriser l’autonomie.
  • Tu as de bonnes idées pour trouver des solutions. Tu as en dedans de toi des idées pour t’aider.
  • Animer des activités favorisant l’estime de soi.
  • Je t’aide à découvrir qui tu es et je reconnais tes forces. Je t’accepte et t’apprécie tel que tu es.
  • Stimuler l’affirmation de soi.
  • Dis ce que tu penses, tu ressens, je t’écouterai et t’accompagnerai. Tu sauras prendre ta place, te faire respecter et surtout te respecter.
Convictions saines et échelle de valeurs
  • Travailler dans un objectif de cohérence éducative.
  • Transmettre des valeurs aux enfants à travers des règles stables.
  • Offrir des modèles.
  • Tu apprends ce qu’est bien et ce qui est inacceptable dans notre groupe, dans la société. Peu à peu, les valeurs de respect de soi, de l’autre et de l’environnement seront intégrées et feront partie de toi. En grandissant, tu t’approprieras les valeurs qui orienteront ta vie.

La parole, les gestes respectueux, l’expression de soi par le dessin, la peinture ou le jeu donnent un sens à l’histoire de chaque enfant. Soyons conscients du rôle important que nous jouons auprès des enfants et de leur famille en les côtoyant jour après jour. Redonnons à notre profession ses lettres de noblesse en reconnaissant d’abord que chaque geste ou parole témoigne de la relation privilégiée que nous avons avec les petits. Soyons fières de notre rôle à chaque minute qui passe dans le respect de l’enfant puisque cet instant exige de nous une écoute attentive, bienveillante et parfois exigeante.

Des gestes, des mots qui parasitent la relation de l’enfant

Chaque moment passé avec un enfant est important, il se construit en éponge sensorielle à partir de ce qu’on lui offre. Lorsqu’on sait que certains enfants passent dix heures pas jour en milieu de garde, il devient donc urgent de faire le point sur certaines pratiques éducatives. Les journées hyper structurées, la banalisation des réactions adaptatives de l’enfant, l’impuissance devant certains enfants, l’automatisation des gestes du quotidien et parfois même la structure organisationnelle peuvent entraîner des dérives. Ces dérapages appelés « douces violences » par, Christine Schuhl sont des moments de courte durée où l’éducatrice n’est plus dans la relation et place l’enfant dans un contexte d’insécurité.

Prenons conscience de certains gestes qui portent atteinte à la personne de l’enfant :

  • Empêcher l’accès à la doudou, c’est déposséder l’enfant de sa source de sécurité et mettre en veilleuse son monde émotif. C’est envoyer un message de non-reconnaissance de la légitimité de ce qu’il ressent et le soustraire d’une partie de lui-même.
  • Les enfants sont capables de soutenir leur attention à raison de 5 minutes par tranche d’âge. Par conséquent, il est irréaliste d’exiger qu’un petit s’affaire à une tâche au-delà de cette période.
  • Non seulement le bruit est source de stress pour l’enfant mais il est aussi démontré qu’une mauvaise acoustique peut nuire au développement du langage. Les discriminations auditives nécessaires au décodage des sons et à la reproduction de ces sons deviennent plus difficiles à exécuter dans un environnement sonore pollué par une multitude de stimuli. L’utilisation abusive de radio pour satisfaire les goûts musicaux de l’éducatrice nuit donc à l’enfant qui s’affaire à décoder, classifier et reproduire les sons qu’il entend.
  • Imposer le sommeil à l’enfant c’est contredire son rythme biologique. Certains enfants deviennent tendus lors des préparatifs à la sieste. Ils ne veulent pas déplaire à leur éducatrice et se sentent impuissants face à ce sommeil qui ne vient pas.
  • Il est très insécurisant pour un bébé ou un enfant qui fréquente depuis peu le CPE de s’endormir sous le regard bienveillant de son éducatrice et de se réveiller à côté d’une autre personne. L’instabilité du personnel est une source importante de stress pour l’enfant.
  • La succession des déplacements génèrent du stress chez l’enfant. Il perd ses repères visuels, développe difficilement un sentiment d’appartenance à son groupe et se sent impuissant. Il subit les allées et venues et la proximité physique des autres. Il doit contrôler ses élans moteurs et abandonner ce qui l’intéresse. C’est pourquoi l’utilisation fréquente de locaux spécialisés est peu recommandée.
  • La succession de consignes en une séquence interminable génère du stress chez l’enfant. L’apprentissage séquentiel est un processus qui se développe peu à peu et qui représente un grand défi pour certains enfants. La consigne doit être écoutée, mémorisée puis exécutée. Elle requiert donc la mémorisation, l’anticipation, la planification et l’évaluation.
  • Qu’il y a des enfants qui sont « évalués » quotidiennement sans avoir la possibilité de se racheter. Les bêtises sont notées, comptées et énumérées systématiquement aux parents. Il y a peu de place à la valorisation, à la reconnaissance du geste positif. Il est stressant de se contrôler toute la journée et surtout de ne pas être reconnu avec bienveillance tout simplement comme un apprenant.
  • Forcer l’enfant à manger ou à goûter c’est renier son droit à ses goûts personnels et dénigrer sa capacité à reconnaître sa satiété.
  • Mélanger tous les ingrédients dans l’assiette de l’enfant sans qu’il en ait fait la demande, c’est nuire à son apprentissage des goûts et renier son droit de préférer ou de refuser certains aliments.
  • Parler au-dessus de la tête de l’enfant sans l’intégrer à la conversation alors que l’on s’entretient d’un sujet qui le concerne c’est le traiter comme s’il n’était pas une personne à part entière.
  • Critiquer un parent devant son enfant c’est nuire à la construction de son identité propre en dénigrant à une partie de lui.
  • Parler entre adultes devant un change ou durant les activités libres, c’est ignorer la présence de l’enfant et son besoin d’être reconnu à travers la relation.
  • Déshabiller systématiquement les enfants aux repas afin qu’ils ne se salissent pas c’est les priver d’un apprentissage essentiel et porter atteinte à leur personne.
  • Laver le visage de l’enfant, le moucher ou encore le prendre pour un change sans le prévenir, c’est lui manquer de respect en se souciant plus de la tâche que de la relation.
  • Passer d’une activité à l’autre sans permettre à l’enfant d’anticiper le changement de se le représenter, c’est l’empêcher de donner un sens à ce qu’on lui propose.

 

Ces gestes répétés s’inscrivent dans le bagage affectif de l’enfant. Il subit ces dérives sans avoir à se prononcer comme si son corps, ses sensations ne lui appartenaient pas. S’il n’est pas considéré comme une personne à part entière comment peut-il grandir en ayant confiance en lui et en l’autre.
Quand le principe de la collectivité prend le dessus sur le respect de l’individualité l’enfant est bousculé, assimilé au groupe, au mépris de ses goûts, de son rythme, de ses vulnérabilités et l’éducatrice perd l’essence même de sa profession la gratification de la relation.

L’enfant nous «nous éduque aussi»

Être un parent aujourd’hui est tout un défi. Les deux parents sont interpellés par les exigences du travail. Les pressions sont fortes et quelques fois l’enfant nous paraît comme une charge additionnelle ou une source de tension. Notre engagement parental invite à tant de sacrifices, de dévouement que l’on perd parfois de vue les moments de plaisir, de tendresse. Nous oublions que l’enfant grandit avec son parent qui grandit aussi avec lui. Non seulement, l’enfant suscite des remises en question mais il éveille en nous des forces et des qualités. Il nous permet de devenir une meilleure personne.

En nous prenant comme témoins de ses découvertes, il nous amène à reprendre contact avec la richesse du monde sensoriel. Le nez plissé du petit nous remet en contact avec l’odeur sucrée ou salée.

En nous imposant son rythme biologique, il exige de nous une restructuration de notre horaire du couple ou de la famille qui impose altruisme et discipline personnelle. Adieu les soirées qui s’éternisent entre adultes, les petits matins des enfants requièrent notre présence.

En explorant innocemment, il nous demande de partager notre espace en aires sécuritaires ou réservées. Les bibelots ne peuvent plus être exposés sur la table à café. L’intimité de la chambre à coucher n’est plus ce qu’elle était et attention aux petits curieux.

En faisant preuve d’autonomie, il nous fait vivre des inquiétudes et nous amène à gérer sur propres peurs. L’araignée ou le ver de terre, sources de dédain, deviennent des bibittes intéressantes.

En nous faisant subir ses colères et ses caprices, il développe notre patience et nous oblige à mettre en veilleuse notre besoin de contrôle ou à mobiliser notre volonté. Le grand défi du parent du terrible enfant de 2 ans se situe dans cet équilibre entre l’imposition de limites et la possibilité d’offrir des choix afin que l’enfant puisse s’affirmer.

En nous confrontant, il nous permet de nous pencher sur nos valeurs morales et de les affirmer. Les «pourquoi je ne peux pas?» ou «c’est pas juste!» nous amènent à justifier la règle et ainsi nous recentrer sur les valeurs que l’on veut léguer à notre enfant.

En nous sollicitant dans ses jeux, il réactive notre imagination et notre créativité. Nous devons nous dégager de la concrétude pour devenir tantôt le dragon, le pompier, la princesse, la sorcière ou le père Noël.

Par ses sourires, ses câlins, ses mots tendres, il nourrit ce que nous avons de plus beau en nous, l’amour.

Des éducatrices surchargées

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance
Octobre 2010
www.aveclenfant.com

Les médias font état de la réalité criante de l’épuisement professionnel des enseignantes surchargées de travail. L’absence de ressources professionnelles, l’intégration d’enfants manifestant des besoins particuliers, la violence sont dénoncées et expliquent en bonne partie cet épuisement associé au travail. Bien que plusieurs études[1] suggèrent que le niveau d’épuisement professionnel des éducatrices n’est pas plus élevé que la moyenne, on ne peut négliger le fait que ces travailleuses sont en contact avec de nombreuses situations potentiellement stressantes qui peuvent s’apparenter à celles vécues par les enseignantes.

La profession d’éducatrice requiert de grandes capacités adaptatives. L’intervenante doit continuellement s’ajuster à la santé, aux intérêts, aux besoins variés et uniques des enfants, aux inquiétudes des parents et aux styles des membres de l’équipe avec lesquels elle doit travailler en cohérence éducative. Elle doit être à l’écoute d’un grand nombre d’informations concernant les enfants, être attentive aux signaux émis par chaque enfant, les décoder, y répondre adéquatement et en faire part aux parents.
Si l’éducatrice entre en relation avec de nombreux enfants, pensons ici aux groupes doubles, elle est alors surchargée sur le plan sensoriel (bruit, cris, sollicitations physiques, pleurs, rires, messages verbaux), émotif (détresse, joie, colère, impatience, excitation, etc.) et sur le plan cognitif (somme d’informations à analyser, à mémoriser). Les petits d’âge préscolaire manquent d’autonomie et sollicitent fréquemment de l’aide. L’éducatrice doit demeurer disponible, accompagner certains, encourager d’autres à agir et servir d’agent de la paix régulièrement. Une éducatrice témoignait son incapacité à informer les parents des 15 poupons avec lesquels elle avait travaillé avec ses 2 compagnes durant la journée, celles-ci ayant quitté en fin de journée. Avait-il bien dormi? Avait-elle été souffrance? Combien de selles aujourd’hui ? Avait-il fini son assiette? Il y a en effet un lien entre le rapport éducatrice-enfant (ratio) et l’épuisement.[2]

Le Conseil canadien sur l’apprentissage[3] situe à 1 adulte pour 3 enfants jusqu’à 2 ans, 1 pour 6 enfants de 2 à 3 ans et 1 adulte pour 8 enfants d’âge préscolaire; le ratio idéal soit celui qui est associé à un développement cognitif, social plus élevé en 1ère année. Comme nous le savons au Québec le rapport est 1;5 pour les poupons, 1;8 pour les enfants de 18 mois à 4 ans et 1 :10 pour les 4 ou 5 ans en installation et 1 :6 en milieu familial où l’on retrouve le multiâge.

Il est parfois difficile pour l’éducatrice de se sentir satisfaite du travail qu’elle accomplit. Comment se sentir compétente dans autant de domaines? Les tâches sont multiples et d’une grande diversité et elles font appel à de nombreux champs de compétence : pédagogie, psychologie du développement de l’enfant, sociologie de la famille, parfois quelques brides de médecine familiale et beaucoup de communication humaine. Elle doit dépister, sensibiliser, référer. Elle travaille avec son corps, son cœur et son intelligence dans une zone où le doute fait partie du quotidien. Car l’éducation n’est pas une science exacte où le savoir à réponse à tout. La relation est l’outil de travail. Dans cette relation, l’éducatrice est partie prenante. Elle s’engage pour l’enfant. Il est nécessaire que cette implication soit reconnue et soutenue.

Dans les milieux, où l’on tient des réunions d’équipe dans lesquelles les éducatrices ont l’occasion de s’entraider, d’échanger, on retrouve un haut niveau de satisfaction au travail.[4] Les études sur le stress et le burnout soulèvent l’importance du réseau social. Il a un rôle de médiateur et de protection. Échanger réduit le sentiment d’être seul à vivre le découragement, favorise le partage de moyens pour faire face aux stresseurs. Réunions d’équipe, accessibilité à une conseillère pédagogique, participation à des tables de concertation, à des comités, tous les moyens de prévention sont à envisager. Il faut que les éducatrices aient accès à un lieu de paroles où elles se sentiront accueillies, reconnues.

Ce support affectif et concret (instrumental) n’est pas un luxe, c’est une nécessité si nous voulons maintenir des services de qualité aux enfants. L’éducatrice supervisée, encouragée et soutenue a de fortes chances de se sentir compétente, satisfaite à son travail, énergisée. Convaincue qu’en s’investissant à son travail, elle pourra s’accomplir, elle se mobilisera, demeurera motivée à déployer toutes ses habiletés et compétences et se fera une joie de voir les enfants se développer au sein de son groupe.

 


[1] Études de Tessier, R. et Tessier, R., Dion, G. et Mercier C., citées dans Apprentissage et socialisation, volume 12, no. 4, décembre 1989, p. 205-215. Article de Guylaine Dion intitulé Le burnout chez les éducatrices en garderie : proposition d’un modèle théorique.

[2] Pines, A.M., Aronson, E., Kafry, D., Burnout. Se vider dans la vie et au travail. 1982. Éditions Le Jour, chap. 6.

[3] Tiré du Carnet du Savoir. Pourquoi les services de garde de haute qualité sont-ils essentiels? (www.ccl.cca.ca)

[4] Pines, A.M., Aronson, E., Kafry, D., Burnout. Se vider dans la vie et au travail. 1982. Éditions Le Jour, chap. 6.