Je l’prends ou pas dans mon groupe?

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Céline Perreault, TES

Avril 2011

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Il est 16h25 au CPE les petites frisettes. Quatre-vingt enfants fréquentent ce CPE à chaque jour. À 16h30,  trois éducatrices quittent. Elles ont terminé leur journée de travail. C’est à ce moment que les enfants doivent être redirigés vers d’autres groupes où les éducatrices quitteront à leur tour progressivement. Théo est un enfant très turbulent. Il bouge rapidement dans le local et aime les jeux de course avec de gros camions. Il est actif. Quand Roxanne voit qu’il va lui être attribué pour la fin de la journée, elle s’exclame : ah non! Pas Théo dans mon groupe! Je n’ai pas le goût aujourd’hui!!!!

Vous êtes surpris… pas autant que Théo!

Qu’est-ce que l’on pourrait faire pour le mieux-être de Théo ou

Comment améliorer la répartition des enfants en fin de journée?

a)     Toujours rediriger les enfants vers la même éducatrice. De cette façon, il poursuit sa journée tout simplement sans s’adapter à nouveau à une éducatrice. La communication entre les deux éducatrices serait facilitée et la qualité des interventions améliorées. Régulièrement, les deux éducatrices pourraient échanger sur les interventions à faire auprès de Théo et en favoriser la cohérence.

 

b)      Faire voyager les enfants en groupe identique d’un soir à l’autre. S’il n’est pas possible d’envisager que la même éducatrice à chaque soir reçoive les mêmes enfants, il serait profitable d’envoyer les enfants en même sous-groupe d’un soir à l’autre. Une solidarité pourrait s’installer entre les enfants et un sentiment d’appartenance serait favorisé par des contacts réguliers et quotidiens. La plupart des enfants agités ont besoin de stabilité  affective. Se retrouver avec ses mêmes petits amis en fin de journée encouragera Théo à s’attacher à ses amis de fin de journée et permettra à certains d’entre eux à mieux le connaître et développer des jeux avec lui.

 

c)      Prolonger le départ des éducatrices en fin de journée : Bien sûr, il faudrait prolonger la journée de l’éducatrice… parfois il s’agit d’ajouter 30 minutes à la fin de la journée pour que la plupart des enfants de son groupe soient partis. Cette éventualité pourrait être étudiée et compte-tenu de la réalité de chaque groupe, des prolongations d’horaire seraient à instaurer. Imaginer si Théo part à 16h45 soit 15 minutes après son éducatrice et qu’à chaque soir il doit s’adapter  pour un court temps à un autre adulte avec ses règles et ses consignes particulières.

d)      Organiser des activités grands groupes pour les fins de journée/ contes, jeux d’exploration, jeux extérieurs etc. :Des jeux spéciaux sont organisés pour la fin de journée comme par exemple,  des jeux d’eau ou de sciences. Habituellement, un enfant agité est stimulé par les jouets nouveaux et renouvelés. C’est probablement ce qui arrivera à Théo. Il aimera les bacs de sciences et peut-être d’eau aussi.

e)      Conscientiser les parents sur l’importance de venir chercher l’enfant le plus tôt possible pour vivre de bons moments en famille. Les jeunes parents doivent être conscientisés à l’importance de jouer avec leur enfant et de vivre la routine des tâches. Par exemple, il serait pertinent d’aller faire son épicerie avec son enfant et lui apprendre les catégories  par exemple. Apprendre avec son parent, c’est gagnant! Théo aime ‘’fortement’’ ses parents. Il gagnerait à vivre de petits rituels avec ses parents comme faire l’épicerie ou aller mettre de l’essence avec un des deux parents. Il y ferait plusieurs apprentissages.

En fin de journée, l’enfant voit tous les parents des autres enfants venir les prendre. C’est un grand défi que de rester tranquille et serein quand l’enfant  voit tous ses amis partir un après l’autre. Les conditions environnementales et humaines doivent favoriser le calme surtout en fin de journée….

La stabilité dans la relation affective est gage de sérénité chez un enfant. Au service de garde, là où la majorité des enfants québécois vivent leur enfance, rappelons-nous que la qualité de nos interventions passe par la cohérence et la constance dans nos gestes auprès de l’enfant. Partant de cette affirmation nous pouvons aussi dire : ‘’Parce qu’elle le connaît mieux, l’éducatrice régulière et stable est plus sensible et répond plus adéquatement aux besoins de l’enfant’’[i].

Prenons le temps de réviser nos pratiques, les enfants s’en trouveront  plus sereins!

 


[i] Hébert, Ginette, Nathalie Hébert, Geneviève Issalys et Caroline Milhomme (2009) Gestion des horaires et de la fréquentation, Montréal, éd. AQCPE, coll. Petit guide pour prendre la route , Projet Odyssée.

L’éducatrice doit-elle jouer avec les enfants ?

Stagiaire de deuxième année dans le groupe des 3 ans. Claudine se questionne sur son implication avec les enfants en situation de jeux. Doit-elle s’impliquer dans les jeux des enfants ? Doit-elle s’investir dans les bricolages avec son groupe en bricolant avec eux ? Jouer avec l’enfant dans le coin imitation… Mais jusqu’où peut-elle aller dans le jeu ?

Elle se propose de parler avec son éducatrice-guide afin de connaitre son opinion.

Manon, son éducatrice-guide a bien des choses à dire sur le sujet. En effet, elle a pu observer Claudine à plusieurs reprises jouer avec les enfants dans le coin imitation mais sans porte peu attention aux autres enfants. Dès son arrivée au CPE, elle est sollicitée pour jouer avec un petit groupe et souvent  les mêmes enfants. Son éducatrice–guide a pu remarquer que Claudine supporte peu les enfants en situation de conflits. Manon doit souvent intervenir pour aider à la résolution de problèmes alors que Claudine s’amuse avec Zoé, Catherine et Pierre-Luc. Face à ces observations Manon expose son point de vue à Claudine…

Être éducatrice est avant tout de créer des liens significatifs en passant par le jeu et ce dans le plaisir d’être ensemble. Lorsque Claudine se prête au jeu au même titre qu’un enfant, le groupe ne peut la voir comme un adulte en qui il peut avoir confiance. Son rôle n’est pas de jouer mais de faire jouer l’enfant par sa présence. Son implication dans les jeux  ne lui permet pas d’observer pour mieux connaître le groupe, elle est en contact seulement avec 2 à 3 enfants à la fois. Le groupe ne peut voir Claudine comme une adulte mais plus comme une coéquipière. Dans ces conditions, il est plus difficile pour Claudine de se faire respecter dans ses demandes. Lorsqu’elle prend des attitudes de fermeté, elle n’est pas écouté, les enfants ne lui portent pas attention, elle est peu significative pour eux dans un rôle d’éducatrice.

Manon explique à Claudine que lorsqu’elle prend le temps d’observer les enfants par exemple dans une activité de bricolage elle peut :

  • Soutenir l’évolution du groupe.
  • Aider les enfants plus en difficulté.
  • Développer des stratégies pour stimuler la découverte et l’intérêt des enfants.
  • Intervenir pour les encourager à poursuivre.
  • Reconnaitre les forces de chacun.

Le fait de participer au même titre qu’un enfant, il est difficile de voir le découragement du petit qui prend conscience d’être bien loin de faire aussi bien que l’adulte.

Après cette discussion, Claudine se propose de changer certaines attitudes qui nuisent à sa relation avec les enfants. Par exemple, en jeux libres elle veut s’impliquer d’une toute autre façon. Prendre le temps d’observer les enfants et relancer le jeu en proposant par exemple à Jonathan qui a fait une super tour avec les blocs de lui montrer comment faire. Cette approche valorise l’enfant qui est l’auteur de la tour et apporte des idées nouvelles aux enfants qui s’y intéressent. Claudine suscite alors l’intérêt des enfants et le jeu peut se poursuivre. Ce qui lui permet d’aller voir les autres coins de jeux et de stimuler par exemple la bonne idée de Juliette dans le coin imitation, qui a pris deux boîtes de papier mouchoir vides dans le matériel de récupération pour se faire des souliers. Elle remarque aussi une nouvelle amitié entre Marie-Pier et Arienne qu’elle trouve bien pertinente. Elle prend alors le temps d’aller les voir et de leur dire qu’ensemble elles s’amusent très bien.

Maintenant, lorsqu’un enfant lui demande de jouer, Claudine laisse l’enfant prendre le contrôle du jeu, elle tente de susciter l’intérêt par des questions l’incitant à la découverte, son enthousiasme permet de laisser l’initiative qui revient au petit explorateur.

Claudine reconnait que jouer avec les amis(es) de son groupe c’est avant tout avoir du plaisir et partager un moment privilégié avec eux !!!

La pouponnière est-ce pour moi ?

Lyne Archambault, éducatrice – formatrice

août 2014

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En ce temps de l’année, le choix de groupe fait l’objet de discussions dans les réunions d’équipe.  S’interroger sur nos qualités, nos forces pour choisir le groupe d’âge qui correspond le mieux à notre profil d’éducatrice  demande de s’y arrêter et d’y réfléchir. Peut-être que la pouponnière me sera imposée ? Est-ce que la pouponnière sera un défi  pour moi ? Après tout, une éducatrice ne doit-elle pas être dotée d’un sens d’adaptation à toute épreuve ?

Il faut savoir reconnaître les qualités principales d’une éducatrice en pouponnière. Sans doute posséder un sens de l’organisation pour éviter de se faire organiser par les tout-petits. L’observation est le premier outil pour faciliter l’intervention. Posséder le sens de l’accueil pour les petits et leurs familles aide à tisser des liens significatifs. Un visage avec des expressions, des chansons plein la tête autant pour nos consignes, le beau temps, le thème du mois  est une arme puissante pour capter l’attention des petits et rendre les cœurs joyeux. La constance de nos humeurs et nos interventions sécurisent les enfants, les familles et les collègues. La communication et le sens de l’écoute sont nécessaires, savoir les utiliser au bon moment développe une relation de confiance.

Quand les enfants sont occupés à explorer, il faut profiter de ce moment précieux pour observer car en observant on comprend tout et on peut tenter des interventions, cibler les intérêts et les besoins. Ce qui permet de proposer des activités et des défis adaptés.

Posséder un sens des responsabilités et savoir reconnaître les limites du rôle d’éducatrice en pouponnière, avoir un groupe à m’occuper, intégrer et sécuriser n’est pas une mince tâche. Je ne dois jamais désespérer devant une situation, il me faut demander de l’aide à mes collègues, parler de mes observations aux parents, chercher des solutions ensemble. Mais, ne jamais attendre comme par miracle que tout s’arrange !

En observant les petits on apprend le langage des bébés, le non-verbal et ses signes.  On peut nommer ses émotions, ses besoins et avoir la patience d’attendre sa réponse soit par ses yeux, son expression, son langage. C’est plus long, mais plus satisfaisant et respectueux  pour le tout-petit en développement.

Être une mère n’est pas une qualité nécessaire pour être une bonne éducatrice à la pouponnière. Une maman et une éducatrice sont des rôles et des engagements bien différents. Par contre, être moi-même une mère m’a  permis de faire grandir en moi l’empathie que je porte aux parents de mon groupe. L’éducatrice se doit d’être en harmonie avec elle-même, sensible aux besoins des bébés et faire abstraction de ses propres besoins affectifs. Il faut avoir un calme intérieur, une grande disponibilité et un équilibre pour choisir de travailler avec les poupons.

La pouponnière est-ce pour moi ?

Oui, si j’ai à cœur les petits.

Oui, si je suis soucieuse du bien-être des enfants qui me sont confiés.

Oui, si je sais donner le meilleur de moi-même.

Voilà, ce qui me permet de garder la flamme tout au long de l’année !!!

Des encouragements descriptifs au lieu de simples félicitations!

Linda Gagnon, psychologue

Mars 2012

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Lorsqu’un enfant adopte un bon comportement, vit une réussite, réalise des progrès ou fait des efforts, prenons le temps de lui décrire ce que nous jugeons satisfaisant[1].  Ainsi, à un enfant qui vient nous chercher pour nous montrer sa construction de blocs, au lieu de simplement dire : « C’est très bien ou je suis fière de toi », nous pourrions lui mentionner, sur un ton interrogatif : « Je crois que tu es fier de toi d’avoir réussi à construire une si grande tour ».

Pour nourrir le discours intérieur de l’enfant et ainsi favoriser le développement de son estime de soi, il faut miser d’abord et avant tout sur des commentaires qui l’aident à s’évaluer et à se féliciter lui-même.  Ainsi, au lieu de toujours dire ce que nous pensons de ses réalisations, amenons-le peu à peu à identifier et à exprimer son propre sentiment de fierté ou de satisfaction.  En aidant l’enfant à porter des jugements sur ses actions, nous favorisons son autonomie.

En essayant de transformer nos « félicitations » en « encouragements descriptifs », nous acceptons de délaisser notre position d’évaluateur afin d’aider l’enfant à porter lui-même un jugement sur sa personne, ses actions et ses réalisations.

De plus, il faut également avoir l’humilité de reconnaître que nos intentions concernant l’utilisation des félicitations ne sont peut-être pas toujours aussi louables.   Ainsi, lorsque nous nous adressons aux enfants du groupe afin de féliciter Carolane d’avoir rangé ses jeux si rapidement et d’attendre si patiemment, ne leur transmettons-nous pas le message suivant : « Pourquoi, n’êtes-vous pas capable de faire aussi bien que Carolane? ».
Apprenons à nous méfier des félicitations utilisées comme récompenses dans le but de faire obéir les enfants.  Très souvent notre ton de voix, notre attitude trahissent nos intentions ou notre exaspération.  Les enfants ne sont pas dupes.Si notre intention est réellement d’encourager Carolane,  il est préférable de faire une telle déclaration en privé.  Un tête-à-tête avec l’enfant s’avère beaucoup plus bénéfique pour ce dernier.

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Situation : Myriam donne un morceau de pâte à modeler à un camarade.

Félicitation : « Tu es gentille. »

Encouragement :  L’éducatrice aide Myriam à prendre conscience de l’effet de son geste : « Tu as partagé la pâte à modeler avec Jeff.  As-tu vu son sourire?  Il était content. »

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Situation : Jason présente fièrement son bricolage à son éducatrice.

Félicitation : « Je suis fière de toi, c’est super beau! »

Encouragement :  L’éducatrice essaie de mettre des mots sur ses sentiments : « Tu as travaillé longtemps sur ton bricolage.   Je vois que tu as découpé et collé beaucoup de morceaux.  Tu as choisi différentes couleurs.  J’ai l’impression que tu es heureux et fier de toi? »

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Situation : Carolane attend calmement à la table pendant que l’éducatrice prépare le matériel, les autres enfants sont agités.

Félicitation : « J’apprécie beaucoup la patience de Carolane, est-ce qu’il y a d’autres amis  qui sont capables d’être patients?»

Encouragement :  L’éducatrice réalise une intervention auprès du groupe afin de le calmer. Elle mentionne en privé à Carolane : « Merci, Carolane de ta patience. »

 


[1] FIELDS V. Marjorie and Cindy BOESSER.  Constructive guidance and discipline: preschool and primary education.Columbia.  Merril Prentice Hall. 2002. p. 202-205.

Le deuil vécu par les tout-petits

Marie-Pascale Deegan, Travailleuse sociale

Mars 2014

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De nombreux tout-petits se trouvent confrontés à la mort d’êtres qui leur sont chers. Accompagner un enfant faisant face à la mort d’un proche soulève beaucoup de questions et d’émotions chez la plupart d’entre nous : Que comprend-il de la mort? Que faut-il lui dire? Doit-il prendre part aux rites funéraires? Comment ressent-il l’absence de la personne décédée dans sa vie? À quelles réactions s’attendre de sa part? Comment l’aider et quand s’inquiéter?  Levons donc le voile sur ce sujet à la fois omniprésent et tabou.

 

Qu’est-ce que le tout-petit sait ou comprend de la mort?

Le jeune enfant n’a pas encore atteint un stade de développement cognitif qui lui permettrait de bien saisir ce qu’est la mort. Au cours de la petite enfance, il découvre que la mort fait partie du cycle de la vie et qu’elle est inévitable pour tous. Cependant, il demeure très ardu pour lui d’établir un lien entre la mort et sa cause physique. De plus, le jeune enfant conçoit très difficilement que la mort puisse signifier la fin absolue pour une personne, que son corps puisse cesser de fonctionner, puis d’exister. D’ailleurs, l’irréversibilité de la mort, c’est-à-dire le fait qu’un être mort ne pourra jamais redevenir vivant, est impossible à assimiler avant l’âge de 9 ou 10 ans environ. Ainsi, un jeune enfant peut s’inquiéter pour le confort d’une personne décédée ou espérer son retour.

 

Comment l’enfant réagit-il au décès d’un proche?

Le deuil

Un deuil, c’est tout ce qu’une personne vit à la suite de la mort d’une personne qu’elle aime. C’est pourquoi chaque deuil est unique. C’est aussi pourquoi, contrairement à ce qu’on entend souvent, un deuil ne se résout pas et ne prend pas nécessairement fin. La personne endeuillée peut s’habituer à l’absence de la personne significative dans sa vie et créer un nouvel équilibre sans elle sans pour autant cesser de se remémorer avec émotion des souvenirs liés à elle ou de réagir occasionnellement à son absence.

Les réactions des tout-petits

Le bébé peut ressentir vivement l’absence de la personne décédée si elle jouait un rôle significatif auprès de lui. Il ressent aussi la tension vécue par les personnes qui gravitent autour de lui au cours de la période entourant le décès. Il réagit aux changements qui surviennent dans sa vie dans ces circonstances. Il peut exprimer le sentiment d’insécurité que lui occasionnent ces sources de stress par des pleurs ou même par des cris stridents.

Le tout-petit comprend très mal ce que signifient la mort, les événements et les rituels qui l’entourent, les réactions des gens et les changements qu’un décès entraîne. Son inexpérience et son immaturité cognitive l’empêchent d’interpréter avec justesse ce qu’il observe ou de se faire une idée réaliste de l’avenir. Il a besoin d’adultes pour répondre à ses questions, pour lui expliquer ce qui se passe et ce qui se passera dans des mots qu’il peut comprendre. Même avec leur aide, il n’est pas en mesure de tout saisir car il n’a pas atteint un degré de développement assez avancé pour ce faire. Comme le bébé, l’enfant qui a entre 18 mois et cinq ans est insécurisé par l’absence de la personne décédée et peut vivre toute la gamme des émotions au fil de ses expériences entourant le décès. Il est aussi insécurisé par les réactions de ses proches au décès et par tous les événements et les changements qu’il entraîne.

À tout âge, l’enfant endeuillé peut présenter des réactions physiologiques : faiblesse musculaire, diarrhée, difficultés respiratoires, perte d’appétit, insomnie et plusieurs autres. Son système immunitaire peut subitement baisser la garde, ce qui le rend vulnérable à toutes sortes de virus. Dans certains cas, on peut même assister à un arrêt temporaire de son développement physique.

Entre 0 et 5 ans, l’enfant ne peut pas envisager tout ce que la mort d’un proche risque d’entraîner comme conséquences dans sa vie. Il n’a d’autre choix que de le découvrir petit à petit et de réagir à ses découvertes au moment où il les fait. Ainsi, il est à prévoir qu’il vivra longtemps certaines réactions de deuil, au fur et à mesure qu’il assimilera certains éléments qu’il lui était impossible de comprendre au moment du décès.

Les facteurs qui influencent la façon de vivre le deuil

Outre l’âge, de nombreux facteurs peuvent influencer les réactions d’un enfant au décès d’un proche, entre autres le tempérament et la personnalité de l’enfant, son sexe, son lien avec la personne décédée, sa présence au moment de la mort ou les conditions dans lesquelles on la lui a annoncée, sa participation aux rites funéraires et sa préparation à ces derniers.

Cependant, chaque deuil étant aussi unique et mouvant qu’un nuage, il importe de ne pas juger des impacts de chacun de ces facteurs sur le deuil de l’enfant, mais bien de les discerner. Ainsi, pour Suzie, le fait d’avoir été endormie auprès de son grand-père qu’elle adorait au moment de son décès la réconforte. Pour le moment, pour elle, sa présence au moment du décès agit comme un facteur de protection.

 

Quand s’inquiéter? Quand chercher de l’aide spécialisée?

Lorsque les symptômes – les réactions physiologiques ou les manifestations de souffrance psychologique qui ont surgi à la suite du décès – sont intenses ou fréquents ou lorsque leur fréquence et leur intensité s’accroit, il importe d’offrir au jeune endeuillé une aide adaptée à ses besoins. La dépression doit également être décelée et soignée. Enfin, si l’enfant se remémore continuellement une scène traumatique liée au décès, s’il fait des cauchemars, s’il évite certains lieux ou objets qui lui rappellent un mauvais souvenir ou s’il se montre hyper-vigilant, tous des signes d’état de stress post-traumatique, il faut intervenir sans tarder.

Même en l’absence de symptômes évidents, tous les enfants endeuillés ont besoin que l’on porte une grande attention aux signaux qu’ils émettent et qu’on veille à répondre à leurs besoins. Une aide spécialisée au cours de la maladie grave d’un proche, dans les moments entourant la mort et les rites qui s’ensuivent ou au cours des premiers temps suivant un décès peut largement contribuer à éviter d’éventuelles complications.

L’enfant endeuillé a besoin de pouvoir exprimer ses émotions sans crainte d’être jugé, qu’il soit en colère contre le défunt, qu’il ressente encore beaucoup de tristesse très longtemps après la mort, qu’il se sente soulagé par l’absence de la personne dans sa vie, qu’il vive des émotions très différentes des autres membres de sa famille, bref, quoi qu’il ressente. Il a aussi besoin d’être respecté dans son choix de ne pas en parler, si tel est le cas. Il a besoin d’être validé dans sa façon unique de vivre le deuil, c’est-à-dire de savoir que ce qu’il ressent et que ce qu’il fait ou ne fait pas est correct. Peu importe qui est décédé, l’enfant qui ressent la mort d’une personne comme un événement important pour lui a besoin d’être reconnu dans le lien qui l’unissait à cette personne. L’enfant a besoin d’être inclus et de participer à sa façon aux rites entourant la mort d’un proche. Il a aussi besoin d’être renseigné sur les causes et circonstances véridiques de la mort. Il a également besoin d’informations claires et précises entourant les rites funéraires : Pourquoi toutes ces fleurs? Qui sont tous ces gens qui pleurent? Comment se peut-il que l’être aimé se retrouve dans une urne? Que signifie incinérer? Souffre-t-on lors de l’incinération? Enfin, l’enfant endeuillé a besoin de contacts physiques chaleureux.

 

Quoi lui dire et comment l’aider?

L’annonce

Il est essentiel d’aviser l’enfant du décès d’un proche le plus vite possible, en évitant les détours. L’enfant ne devrait pas deviner la mort de la personne, mais bien en être informé. L’annonce devrait être faite à tous les membres de la fratrie en même temps, idéalement par le parent. Les éléments essentiels entourant les circonstances et la cause de la mort devraient être décrits de façon simple et précise. Il importe de vérifier que l’enfant comprend les informations qui lui sont données et les mots nouveaux qui sont utilisés.

Le choix des messages et des mots

En raison de son incapacité à concevoir la mort, le tout-petit a besoin qu’on lui explique clairement que la personne est morte « pour vrai ». Que son corps a cessé de fonctionner, qu’elle ne peut plus souffrir, que son coeur a cessé de battre. Il a besoin qu’on lui dise que la personne ne peut plus sentir, entendre ou toucher, qu’elle ne peut plus bouger ou jouer. Ces explications l’aideront à comprendre que la personne ne reviendra pas et qu’il ne doit pas s’inquiéter pour elle. Il est primordial d’éviter de lui dire que la personne s’est endormie pour toujours, qu’elle est partie en voyage ou qu’elle est au ciel, car ces images peuvent engendrer par exemple la peur de s’endormir, l’attente du retour ou le désir d’aller rejoindre la personne au ciel.

Les réponses aux questions

Josée Masson, directrice générale de l’organisme Deuil Jeunesse, affirme que lorsque les enfants endeuillés posent des questions, ils ont besoin de « CLARTÉ ». Cet acronyme représente leur besoin de calme, de limpidité ou d’honnêteté, d’attention à ce qu’ils cherchent véritablement à comprendre, de rapidité dans le délai de réponse, de tolérance à la répétition des questions et d’exactitude en réponse à leurs questions.

Les rites funéraires : bienfaits et respect du choix éclairé de l’enfant

Le fait de participer aux rites funéraires peut aider l’enfant à mieux vivre son deuil. En effet, ces rites peuvent contribuer à rendre la mort concrète. Lorsque c’est possible, voir ou toucher le corps de la personne décédée peut aider l’enfant à comprendre l’arrêt du fonctionnement du corps et la réalité de la perte qui survient dans sa vie. Les rites funéraires offrent aussi à l’enfant l’occasion d’exprimer sa peine. De plus, à l’occasion de ces rites, l’enfant peut bénéficier du soutien de sa famille et de sa communauté. Enfin, les rites funéraires peuvent aider l’enfant à donner un sens religieux ou symbolique à la mort. Même le bébé devrait idéalement participer à ces derniers, car plus tard le fait de savoir qu’il y a pris part pourra l’aider dans son processus de deuil.

Le choix final d’assister ou non aux rites funéraires ou de déterminer la façon d’y prendre part doit revenir à l’enfant en mesure d’exprimer un choix. Ce choix devrait être éclairé, c’est-à-dire que l’enfant devrait être informé le plus clairement et concrètement possible du déroulement prévu avant de prendre sa décision. S’il y assiste, ces explications contribueront à ce que son expérience soit bienfaisante pour lui. S’il choisit de ne pas y assister, il importe de le respecter, de voir à l’intégrer autrement et de répondre d’une autre façon aux besoins auxquels ces rites répondent.

La stabilité et la sécurité affective

Le bien-être du tout-petit dépend beaucoup de celui des adultes significatifs qui en prennent soin. Si ces derniers sont également endeuillés, il importe qu’ils reçoivent tout le soutien dont ils ont besoin. De plus, le maintien des habitudes de vie et la poursuite des activités courantes de l’enfant devraient être favorisés le plus possible afin de nourrir chez lui un sentiment de sécurité affective. La poursuite de la fréquentation du service de garde, par exemple, peut être très réconfortante pour l’enfant endeuillé, car il s’agit généralement d’un milieu de vie important pour lui dont le fonctionnement n’est pas altéré à la suite du décès de son proche.

 

Ressources utiles

  • Deuil Jeunesse http://www.deuil-jeunesse.com/ :Information et accompagnement des familles et des jeunes qui vivent la mort, la maladie grave d’un proche ou la séparation et autres services destinés à ces clientèles. Formations destinées aux professionnels.
  • Masson, Josée (2010). Mort, mais pas dans mon coeur – Guider un jeune en deuil. Montréal, Les éditions logiques, 340 pages.

 

Sources

Masson, Josée (2010). Mort, mais pas dans mon coeur – Guider un jeune en deuil. Montréal, Les éditions logiques, 340 pages.

Formation Concepts de base sur les jeunes endeuillés par Josée Masson, directrice générale de Deuil Jeunesse, 2013.

Formation Intervenir auprès des jeunes endeuillés par Josée Masson, directrice générale de Deuil Jeunesse, 2013.

Chut! C’est pour son bien…Que faire avec les secrets de famille?

Marie-Pascale Deegan, Travailleuse sociale, M. Sc.

Mars 2015

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Pour protéger les enfants, les adultes choisissent souvent de leur cacher la vérité. Pourtant, les secrets, loin d’avoir l’effet désiré, causent du tort.

Secret de famille

Un secret est une information qu’une ou des personnes cachent délibérément à autrui.

Les secrets de famille touchent souvent la naissance, la mort, la sexualité, l’argent, la délinquance ou la maladie. Ils peuvent, par exemple, être liés à la naissance d’un enfant conçu à l’occasion d’une liaison ou à un avortement, à une mort violente ou par suicide, à l’homosexualité, à un abus sexuel, à un héritage, au chômage, à un crime, à un trouble psychologique ou à des émotions ou sentiments, comme un amour inavoué.

Le secret a habituellement pour origine la honte ou la culpabilité. Ceux qui le gardent vivent généralement dans la crainte que le secret soit dévoilé et que cela crée une atteinte à leur image ou à celle de leur famille.

Être inclus dans un secret, c’est-à-dire connaître l’information tenue secrète, tout comme en être tenu à l’écart peut générer de l’anxiété et de nombreuses autres souffrances chez un enfant.

L’enfant qui est tenu à l’écart d’un secret, perçoit son existence et interprète son contenu, plus ou moins consciemment. Il devine son existence, mais sans pouvoir le saisir ou le nommer.

En effet, le secret influence les comportements de ceux qui le portent: leurs mots, leurs silences et malaises, leurs intonations, comme leurs contradictions. Les actions posées ou évitées par ceux qui portent le secret paraissent souvent étranges aux yeux de celui qui en est tenu à l’écart et suscite chez lui des interrogations, plus ou moins conscientes ou verbalisées.

L’adulte qui porte un secret de famille peut avoir tendance à nier ce l’enfant perçoit:

« Pourquoi te fâches-tu quand je te parle d’adopter un petit frère, maman?»

«Où vas-tu chercher ça? Je ne me fâche pas! »

Dans une telle situation, l’enfant qui perçoit réellement une réaction qu’il n’arrive pas à s’expliquer chez sa mère lorsqu’il parle d’adoption peut en venir à remettre ses propres perceptions en question.

Quoi dire aux enfants? Quand leur parler?

Rachel devient enceinte à l’occasion d’une liaison d’un soir. Son mari, Marc, et elle sont encore amoureux. De plus, ils projetaient de faire un troisième enfant ensemble, au moment où Rachel a fait ce faux pas. Ils choisissent de passer l’éponge et d’élever l’enfant ensemble.

Doivent-ils révéler la vérité aux trois enfants? Oui.

De nombreux motifs peuvent être invoqués pour cacher la vérité aux enfants. Dans la situation de Rachel et Marc, les arguments suivants peuvent être invoqués : si l’enfant conçu hors mariage apprend la vérité, il doutera de l’amour que Marc lui porte, il se sentira dévalorisé, voire coupable, il risque aussi d’être rejeté par ses frères et sœurs si ceux-ci apprennent la vérité sur son origine, etc.

Cependant, les secrets de famille sont toujours nocifs et leurs conséquences dépassent généralement celles qu’engendre la divulgation de la vérité. L’enfant à qui on cache un secret de famille perçoit son mystère et subit des conséquences, plus ou moins graves, qui sont liées aux faits qui lui sont cachés, sans en comprendre l’origine. Il importe donc d’être transparent au quotidien, de répondre aux questions, de rompre les silences et de briser les secrets.

Répondre simplement aux questions des enfants – quelles qu’elles soient et quelle que soit la nature du secret – est la façon la plus simple d’y parvenir. Toute réponse honnête à une question authentique vaut la peine d’être donnée. Cependant, il est essentiel d’être sensible à son jeune interlocuteur et de tenir un discours qui lui est adapté.

L’enfant, confronté à un secret de famille, peut ne pas savoir quelle question poser. Il peut aussi avoir compris qu’un sujet est tabou (interdit) et ainsi éviter d’en parler. Il ne faut donc pas toujours attendre les questions des enfants pour leur révéler un secret de famille.

Les secrets des enfants

On utilise souvent l’expression « bons et mauvais secrets », dans les discours visant à sensibiliser les enfants à l’importance de révéler tout secret lourd à porter. En effet, il y a une distinction importante à faire entre éviter de révéler à papa sa surprise d’anniversaire et retenir un secret:

-Lourd à garder (qui le rend inquiet ou malheureux);

-Qui concerne une personne en danger;

-Qui se rapporte à l’enfant lui-même (chacun doit être libre de parler de chaque chose qu’il fait ou qui lui arrive);

-Qui est accompagné d’une menace (« si tu en parles… (un malheur surviendra) »).

Les enfants doivent être informés de l’existence de ces types de secrets et apprendre à distinguer les « bons secrets » des « mauvais ». Ils doivent aussi être rassurés, par un adulte de confiance, quant au fait qu’ils seront écoutés s’ils ont un secret à confier et qu’ils ne doivent pas se laisser intimider par les menaces.

Si un enfant vous rapporte un secret:

-Écoutez-le bien attentivement;

-À prime abord, prenez pour acquis qu’il dit la vérité – C’est très important;

-Évitez de mettre des mots dans sa bouche: laissez-le parler;

-Ne dramatisez pas;

-Protégez l’enfant;

-Soyez responsable et faites suite aux confidences de l’enfant en posant les gestes nécessaires, en fonction de la situation.

Pour poursuivre la réflexion:

Tisseron, Serge. Les secrets de famille, comment en parler? : http://www.youtube.com/watch?v=n1BBUuHrKhg

Tisseron, S. (2007). Secrets de famille – Mode d’emploi, Quand et comment faut-il en parler? Éditions Marabout.

Sources:

V.G.-Morval, M.  1985.  Psychologie de la famille, Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal, 150 pages.

Tisseron, Serge. Les secrets de famille, comment en parler? : http://www.youtube.com/watch?v=n1BBUuHrKhg

Supervisions cliniques en travail social avec Linda Roy, T.S. et Robert Thibodeau, TS. (entre 2004 et 2009).