Parle moins fort!

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Mon enfant de trois ans et demi parle très fort. Que l’on soit à la bibliothèque ou au terrain de jeu, son ton de voix est très élevé. Je lui demande de baisser le ton sans résultat. Je n’ose pas l’amener au cinéma. Que faire?

Il est très difficile pour un petit de moduler sa voix alors qu’il éprouve encore de la difficulté à contrôler ses gestes. De plus, il ne sait peut-être pas ce que signifie concrètement parler tout doux ou parler à voix basse. L’utilisation d’images l’aidera à saisir les nuances de votre demande. «Tu peux rugir comme un lion quand tu joues dehors.» «Au cinéma, tu parles tout doux, tu ne fais pas plus de bruit qu’une petite souris.» Pour assimiler une règle, l’enfant doit la pratiquer. Exercez-vous ensemble à parler comme une petite souris lors d’une courte visite à la bibliothèque ou lorsque vous allez chercher un jouet dans la chambre du bébé endormi. Pratiquez la modulation de la voix en chantant ensemble doucement puis à voix haute et enfin à voix basse. Faites-lui remarquer qu’il a su baisser sa voix, qu’il est capable. Félicitez-le. «Tu as réussi à parler tout bas. Tu as bien compris la règle. Tu t’améliores. Tu sais toi comment baisser le son de ta voix.»

L’enfant doit comprendre qu’il est le maître de son corps, de sa voix. Que c’est lui qui peut d’abord décider de parler fort puis de baisser le ton. L’autorégulation s’apprend d’abord en prenant conscience que l’on est responsable de ses gestes. «Regarde, tu parles fort durant le film. Les gens se retournent et disent chut. Tu les déranges, ils n’entendent pas ce qui se passe dans le film.» L’enfant doit apprendre qu’il fait des choix et qu’il doit vivre les conséquences de ses choix. «Si tu parles tout bas, on pourra rester à regarder des livres et tu pourras en choisir. Si ta voix forte dérange les autres personnes qui lisent, on devra entrer à la maison.»

S’il contrevient à la règle, rappelez-la lui et exécutez la conséquence. Demeurez empathique en lui disant que vous comprenez que c’est difficile mais nécessaire. Si malgré vos efforts, vous constatez que votre enfant parle toujours fort, et que ça vous inquiète, consultez un spécialiste. Il souffre peut-être d’un problème d’audition.

Soyez rassuré même si votre enfant parle fort, il apprendra peu à peu à parler doucement. Surtout si vous continuez de lui offrir un modèle positif à imiter et que vous l’encouragez à continuer ses efforts.

Des encouragements descriptifs au lieu de simples félicitations!

Linda Gagnon, psychologue

Mars 2012

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Lorsqu’un enfant adopte un bon comportement, vit une réussite, réalise des progrès ou fait des efforts, prenons le temps de lui décrire ce que nous jugeons satisfaisant[1].  Ainsi, à un enfant qui vient nous chercher pour nous montrer sa construction de blocs, au lieu de simplement dire : « C’est très bien ou je suis fière de toi », nous pourrions lui mentionner, sur un ton interrogatif : « Je crois que tu es fier de toi d’avoir réussi à construire une si grande tour ».

Pour nourrir le discours intérieur de l’enfant et ainsi favoriser le développement de son estime de soi, il faut miser d’abord et avant tout sur des commentaires qui l’aident à s’évaluer et à se féliciter lui-même.  Ainsi, au lieu de toujours dire ce que nous pensons de ses réalisations, amenons-le peu à peu à identifier et à exprimer son propre sentiment de fierté ou de satisfaction.  En aidant l’enfant à porter des jugements sur ses actions, nous favorisons son autonomie.

En essayant de transformer nos « félicitations » en « encouragements descriptifs », nous acceptons de délaisser notre position d’évaluateur afin d’aider l’enfant à porter lui-même un jugement sur sa personne, ses actions et ses réalisations.

De plus, il faut également avoir l’humilité de reconnaître que nos intentions concernant l’utilisation des félicitations ne sont peut-être pas toujours aussi louables.   Ainsi, lorsque nous nous adressons aux enfants du groupe afin de féliciter Carolane d’avoir rangé ses jeux si rapidement et d’attendre si patiemment, ne leur transmettons-nous pas le message suivant : « Pourquoi, n’êtes-vous pas capable de faire aussi bien que Carolane? ».
Apprenons à nous méfier des félicitations utilisées comme récompenses dans le but de faire obéir les enfants.  Très souvent notre ton de voix, notre attitude trahissent nos intentions ou notre exaspération.  Les enfants ne sont pas dupes.Si notre intention est réellement d’encourager Carolane,  il est préférable de faire une telle déclaration en privé.  Un tête-à-tête avec l’enfant s’avère beaucoup plus bénéfique pour ce dernier.

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Situation : Myriam donne un morceau de pâte à modeler à un camarade.

Félicitation : « Tu es gentille. »

Encouragement :  L’éducatrice aide Myriam à prendre conscience de l’effet de son geste : « Tu as partagé la pâte à modeler avec Jeff.  As-tu vu son sourire?  Il était content. »

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Situation : Jason présente fièrement son bricolage à son éducatrice.

Félicitation : « Je suis fière de toi, c’est super beau! »

Encouragement :  L’éducatrice essaie de mettre des mots sur ses sentiments : « Tu as travaillé longtemps sur ton bricolage.   Je vois que tu as découpé et collé beaucoup de morceaux.  Tu as choisi différentes couleurs.  J’ai l’impression que tu es heureux et fier de toi? »

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Situation : Carolane attend calmement à la table pendant que l’éducatrice prépare le matériel, les autres enfants sont agités.

Félicitation : « J’apprécie beaucoup la patience de Carolane, est-ce qu’il y a d’autres amis  qui sont capables d’être patients?»

Encouragement :  L’éducatrice réalise une intervention auprès du groupe afin de le calmer. Elle mentionne en privé à Carolane : « Merci, Carolane de ta patience. »

 


[1] FIELDS V. Marjorie and Cindy BOESSER.  Constructive guidance and discipline: preschool and primary education.Columbia.  Merril Prentice Hall. 2002. p. 202-205.

Le deuil vécu par les tout-petits

Marie-Pascale Deegan, Travailleuse sociale

Mars 2014

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De nombreux tout-petits se trouvent confrontés à la mort d’êtres qui leur sont chers. Accompagner un enfant faisant face à la mort d’un proche soulève beaucoup de questions et d’émotions chez la plupart d’entre nous : Que comprend-il de la mort? Que faut-il lui dire? Doit-il prendre part aux rites funéraires? Comment ressent-il l’absence de la personne décédée dans sa vie? À quelles réactions s’attendre de sa part? Comment l’aider et quand s’inquiéter?  Levons donc le voile sur ce sujet à la fois omniprésent et tabou.

 

Qu’est-ce que le tout-petit sait ou comprend de la mort?

Le jeune enfant n’a pas encore atteint un stade de développement cognitif qui lui permettrait de bien saisir ce qu’est la mort. Au cours de la petite enfance, il découvre que la mort fait partie du cycle de la vie et qu’elle est inévitable pour tous. Cependant, il demeure très ardu pour lui d’établir un lien entre la mort et sa cause physique. De plus, le jeune enfant conçoit très difficilement que la mort puisse signifier la fin absolue pour une personne, que son corps puisse cesser de fonctionner, puis d’exister. D’ailleurs, l’irréversibilité de la mort, c’est-à-dire le fait qu’un être mort ne pourra jamais redevenir vivant, est impossible à assimiler avant l’âge de 9 ou 10 ans environ. Ainsi, un jeune enfant peut s’inquiéter pour le confort d’une personne décédée ou espérer son retour.

 

Comment l’enfant réagit-il au décès d’un proche?

Le deuil

Un deuil, c’est tout ce qu’une personne vit à la suite de la mort d’une personne qu’elle aime. C’est pourquoi chaque deuil est unique. C’est aussi pourquoi, contrairement à ce qu’on entend souvent, un deuil ne se résout pas et ne prend pas nécessairement fin. La personne endeuillée peut s’habituer à l’absence de la personne significative dans sa vie et créer un nouvel équilibre sans elle sans pour autant cesser de se remémorer avec émotion des souvenirs liés à elle ou de réagir occasionnellement à son absence.

Les réactions des tout-petits

Le bébé peut ressentir vivement l’absence de la personne décédée si elle jouait un rôle significatif auprès de lui. Il ressent aussi la tension vécue par les personnes qui gravitent autour de lui au cours de la période entourant le décès. Il réagit aux changements qui surviennent dans sa vie dans ces circonstances. Il peut exprimer le sentiment d’insécurité que lui occasionnent ces sources de stress par des pleurs ou même par des cris stridents.

Le tout-petit comprend très mal ce que signifient la mort, les événements et les rituels qui l’entourent, les réactions des gens et les changements qu’un décès entraîne. Son inexpérience et son immaturité cognitive l’empêchent d’interpréter avec justesse ce qu’il observe ou de se faire une idée réaliste de l’avenir. Il a besoin d’adultes pour répondre à ses questions, pour lui expliquer ce qui se passe et ce qui se passera dans des mots qu’il peut comprendre. Même avec leur aide, il n’est pas en mesure de tout saisir car il n’a pas atteint un degré de développement assez avancé pour ce faire. Comme le bébé, l’enfant qui a entre 18 mois et cinq ans est insécurisé par l’absence de la personne décédée et peut vivre toute la gamme des émotions au fil de ses expériences entourant le décès. Il est aussi insécurisé par les réactions de ses proches au décès et par tous les événements et les changements qu’il entraîne.

À tout âge, l’enfant endeuillé peut présenter des réactions physiologiques : faiblesse musculaire, diarrhée, difficultés respiratoires, perte d’appétit, insomnie et plusieurs autres. Son système immunitaire peut subitement baisser la garde, ce qui le rend vulnérable à toutes sortes de virus. Dans certains cas, on peut même assister à un arrêt temporaire de son développement physique.

Entre 0 et 5 ans, l’enfant ne peut pas envisager tout ce que la mort d’un proche risque d’entraîner comme conséquences dans sa vie. Il n’a d’autre choix que de le découvrir petit à petit et de réagir à ses découvertes au moment où il les fait. Ainsi, il est à prévoir qu’il vivra longtemps certaines réactions de deuil, au fur et à mesure qu’il assimilera certains éléments qu’il lui était impossible de comprendre au moment du décès.

Les facteurs qui influencent la façon de vivre le deuil

Outre l’âge, de nombreux facteurs peuvent influencer les réactions d’un enfant au décès d’un proche, entre autres le tempérament et la personnalité de l’enfant, son sexe, son lien avec la personne décédée, sa présence au moment de la mort ou les conditions dans lesquelles on la lui a annoncée, sa participation aux rites funéraires et sa préparation à ces derniers.

Cependant, chaque deuil étant aussi unique et mouvant qu’un nuage, il importe de ne pas juger des impacts de chacun de ces facteurs sur le deuil de l’enfant, mais bien de les discerner. Ainsi, pour Suzie, le fait d’avoir été endormie auprès de son grand-père qu’elle adorait au moment de son décès la réconforte. Pour le moment, pour elle, sa présence au moment du décès agit comme un facteur de protection.

 

Quand s’inquiéter? Quand chercher de l’aide spécialisée?

Lorsque les symptômes – les réactions physiologiques ou les manifestations de souffrance psychologique qui ont surgi à la suite du décès – sont intenses ou fréquents ou lorsque leur fréquence et leur intensité s’accroit, il importe d’offrir au jeune endeuillé une aide adaptée à ses besoins. La dépression doit également être décelée et soignée. Enfin, si l’enfant se remémore continuellement une scène traumatique liée au décès, s’il fait des cauchemars, s’il évite certains lieux ou objets qui lui rappellent un mauvais souvenir ou s’il se montre hyper-vigilant, tous des signes d’état de stress post-traumatique, il faut intervenir sans tarder.

Même en l’absence de symptômes évidents, tous les enfants endeuillés ont besoin que l’on porte une grande attention aux signaux qu’ils émettent et qu’on veille à répondre à leurs besoins. Une aide spécialisée au cours de la maladie grave d’un proche, dans les moments entourant la mort et les rites qui s’ensuivent ou au cours des premiers temps suivant un décès peut largement contribuer à éviter d’éventuelles complications.

L’enfant endeuillé a besoin de pouvoir exprimer ses émotions sans crainte d’être jugé, qu’il soit en colère contre le défunt, qu’il ressente encore beaucoup de tristesse très longtemps après la mort, qu’il se sente soulagé par l’absence de la personne dans sa vie, qu’il vive des émotions très différentes des autres membres de sa famille, bref, quoi qu’il ressente. Il a aussi besoin d’être respecté dans son choix de ne pas en parler, si tel est le cas. Il a besoin d’être validé dans sa façon unique de vivre le deuil, c’est-à-dire de savoir que ce qu’il ressent et que ce qu’il fait ou ne fait pas est correct. Peu importe qui est décédé, l’enfant qui ressent la mort d’une personne comme un événement important pour lui a besoin d’être reconnu dans le lien qui l’unissait à cette personne. L’enfant a besoin d’être inclus et de participer à sa façon aux rites entourant la mort d’un proche. Il a aussi besoin d’être renseigné sur les causes et circonstances véridiques de la mort. Il a également besoin d’informations claires et précises entourant les rites funéraires : Pourquoi toutes ces fleurs? Qui sont tous ces gens qui pleurent? Comment se peut-il que l’être aimé se retrouve dans une urne? Que signifie incinérer? Souffre-t-on lors de l’incinération? Enfin, l’enfant endeuillé a besoin de contacts physiques chaleureux.

 

Quoi lui dire et comment l’aider?

L’annonce

Il est essentiel d’aviser l’enfant du décès d’un proche le plus vite possible, en évitant les détours. L’enfant ne devrait pas deviner la mort de la personne, mais bien en être informé. L’annonce devrait être faite à tous les membres de la fratrie en même temps, idéalement par le parent. Les éléments essentiels entourant les circonstances et la cause de la mort devraient être décrits de façon simple et précise. Il importe de vérifier que l’enfant comprend les informations qui lui sont données et les mots nouveaux qui sont utilisés.

Le choix des messages et des mots

En raison de son incapacité à concevoir la mort, le tout-petit a besoin qu’on lui explique clairement que la personne est morte « pour vrai ». Que son corps a cessé de fonctionner, qu’elle ne peut plus souffrir, que son coeur a cessé de battre. Il a besoin qu’on lui dise que la personne ne peut plus sentir, entendre ou toucher, qu’elle ne peut plus bouger ou jouer. Ces explications l’aideront à comprendre que la personne ne reviendra pas et qu’il ne doit pas s’inquiéter pour elle. Il est primordial d’éviter de lui dire que la personne s’est endormie pour toujours, qu’elle est partie en voyage ou qu’elle est au ciel, car ces images peuvent engendrer par exemple la peur de s’endormir, l’attente du retour ou le désir d’aller rejoindre la personne au ciel.

Les réponses aux questions

Josée Masson, directrice générale de l’organisme Deuil Jeunesse, affirme que lorsque les enfants endeuillés posent des questions, ils ont besoin de « CLARTÉ ». Cet acronyme représente leur besoin de calme, de limpidité ou d’honnêteté, d’attention à ce qu’ils cherchent véritablement à comprendre, de rapidité dans le délai de réponse, de tolérance à la répétition des questions et d’exactitude en réponse à leurs questions.

Les rites funéraires : bienfaits et respect du choix éclairé de l’enfant

Le fait de participer aux rites funéraires peut aider l’enfant à mieux vivre son deuil. En effet, ces rites peuvent contribuer à rendre la mort concrète. Lorsque c’est possible, voir ou toucher le corps de la personne décédée peut aider l’enfant à comprendre l’arrêt du fonctionnement du corps et la réalité de la perte qui survient dans sa vie. Les rites funéraires offrent aussi à l’enfant l’occasion d’exprimer sa peine. De plus, à l’occasion de ces rites, l’enfant peut bénéficier du soutien de sa famille et de sa communauté. Enfin, les rites funéraires peuvent aider l’enfant à donner un sens religieux ou symbolique à la mort. Même le bébé devrait idéalement participer à ces derniers, car plus tard le fait de savoir qu’il y a pris part pourra l’aider dans son processus de deuil.

Le choix final d’assister ou non aux rites funéraires ou de déterminer la façon d’y prendre part doit revenir à l’enfant en mesure d’exprimer un choix. Ce choix devrait être éclairé, c’est-à-dire que l’enfant devrait être informé le plus clairement et concrètement possible du déroulement prévu avant de prendre sa décision. S’il y assiste, ces explications contribueront à ce que son expérience soit bienfaisante pour lui. S’il choisit de ne pas y assister, il importe de le respecter, de voir à l’intégrer autrement et de répondre d’une autre façon aux besoins auxquels ces rites répondent.

La stabilité et la sécurité affective

Le bien-être du tout-petit dépend beaucoup de celui des adultes significatifs qui en prennent soin. Si ces derniers sont également endeuillés, il importe qu’ils reçoivent tout le soutien dont ils ont besoin. De plus, le maintien des habitudes de vie et la poursuite des activités courantes de l’enfant devraient être favorisés le plus possible afin de nourrir chez lui un sentiment de sécurité affective. La poursuite de la fréquentation du service de garde, par exemple, peut être très réconfortante pour l’enfant endeuillé, car il s’agit généralement d’un milieu de vie important pour lui dont le fonctionnement n’est pas altéré à la suite du décès de son proche.

 

Ressources utiles

  • Deuil Jeunesse http://www.deuil-jeunesse.com/ :Information et accompagnement des familles et des jeunes qui vivent la mort, la maladie grave d’un proche ou la séparation et autres services destinés à ces clientèles. Formations destinées aux professionnels.
  • Masson, Josée (2010). Mort, mais pas dans mon coeur – Guider un jeune en deuil. Montréal, Les éditions logiques, 340 pages.

 

Sources

Masson, Josée (2010). Mort, mais pas dans mon coeur – Guider un jeune en deuil. Montréal, Les éditions logiques, 340 pages.

Formation Concepts de base sur les jeunes endeuillés par Josée Masson, directrice générale de Deuil Jeunesse, 2013.

Formation Intervenir auprès des jeunes endeuillés par Josée Masson, directrice générale de Deuil Jeunesse, 2013.

Chut! C’est pour son bien…Que faire avec les secrets de famille?

Marie-Pascale Deegan, Travailleuse sociale, M. Sc.

Mars 2015

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Pour protéger les enfants, les adultes choisissent souvent de leur cacher la vérité. Pourtant, les secrets, loin d’avoir l’effet désiré, causent du tort.

Secret de famille

Un secret est une information qu’une ou des personnes cachent délibérément à autrui.

Les secrets de famille touchent souvent la naissance, la mort, la sexualité, l’argent, la délinquance ou la maladie. Ils peuvent, par exemple, être liés à la naissance d’un enfant conçu à l’occasion d’une liaison ou à un avortement, à une mort violente ou par suicide, à l’homosexualité, à un abus sexuel, à un héritage, au chômage, à un crime, à un trouble psychologique ou à des émotions ou sentiments, comme un amour inavoué.

Le secret a habituellement pour origine la honte ou la culpabilité. Ceux qui le gardent vivent généralement dans la crainte que le secret soit dévoilé et que cela crée une atteinte à leur image ou à celle de leur famille.

Être inclus dans un secret, c’est-à-dire connaître l’information tenue secrète, tout comme en être tenu à l’écart peut générer de l’anxiété et de nombreuses autres souffrances chez un enfant.

L’enfant qui est tenu à l’écart d’un secret, perçoit son existence et interprète son contenu, plus ou moins consciemment. Il devine son existence, mais sans pouvoir le saisir ou le nommer.

En effet, le secret influence les comportements de ceux qui le portent: leurs mots, leurs silences et malaises, leurs intonations, comme leurs contradictions. Les actions posées ou évitées par ceux qui portent le secret paraissent souvent étranges aux yeux de celui qui en est tenu à l’écart et suscite chez lui des interrogations, plus ou moins conscientes ou verbalisées.

L’adulte qui porte un secret de famille peut avoir tendance à nier ce l’enfant perçoit:

« Pourquoi te fâches-tu quand je te parle d’adopter un petit frère, maman?»

«Où vas-tu chercher ça? Je ne me fâche pas! »

Dans une telle situation, l’enfant qui perçoit réellement une réaction qu’il n’arrive pas à s’expliquer chez sa mère lorsqu’il parle d’adoption peut en venir à remettre ses propres perceptions en question.

Quoi dire aux enfants? Quand leur parler?

Rachel devient enceinte à l’occasion d’une liaison d’un soir. Son mari, Marc, et elle sont encore amoureux. De plus, ils projetaient de faire un troisième enfant ensemble, au moment où Rachel a fait ce faux pas. Ils choisissent de passer l’éponge et d’élever l’enfant ensemble.

Doivent-ils révéler la vérité aux trois enfants? Oui.

De nombreux motifs peuvent être invoqués pour cacher la vérité aux enfants. Dans la situation de Rachel et Marc, les arguments suivants peuvent être invoqués : si l’enfant conçu hors mariage apprend la vérité, il doutera de l’amour que Marc lui porte, il se sentira dévalorisé, voire coupable, il risque aussi d’être rejeté par ses frères et sœurs si ceux-ci apprennent la vérité sur son origine, etc.

Cependant, les secrets de famille sont toujours nocifs et leurs conséquences dépassent généralement celles qu’engendre la divulgation de la vérité. L’enfant à qui on cache un secret de famille perçoit son mystère et subit des conséquences, plus ou moins graves, qui sont liées aux faits qui lui sont cachés, sans en comprendre l’origine. Il importe donc d’être transparent au quotidien, de répondre aux questions, de rompre les silences et de briser les secrets.

Répondre simplement aux questions des enfants – quelles qu’elles soient et quelle que soit la nature du secret – est la façon la plus simple d’y parvenir. Toute réponse honnête à une question authentique vaut la peine d’être donnée. Cependant, il est essentiel d’être sensible à son jeune interlocuteur et de tenir un discours qui lui est adapté.

L’enfant, confronté à un secret de famille, peut ne pas savoir quelle question poser. Il peut aussi avoir compris qu’un sujet est tabou (interdit) et ainsi éviter d’en parler. Il ne faut donc pas toujours attendre les questions des enfants pour leur révéler un secret de famille.

Les secrets des enfants

On utilise souvent l’expression « bons et mauvais secrets », dans les discours visant à sensibiliser les enfants à l’importance de révéler tout secret lourd à porter. En effet, il y a une distinction importante à faire entre éviter de révéler à papa sa surprise d’anniversaire et retenir un secret:

-Lourd à garder (qui le rend inquiet ou malheureux);

-Qui concerne une personne en danger;

-Qui se rapporte à l’enfant lui-même (chacun doit être libre de parler de chaque chose qu’il fait ou qui lui arrive);

-Qui est accompagné d’une menace (« si tu en parles… (un malheur surviendra) »).

Les enfants doivent être informés de l’existence de ces types de secrets et apprendre à distinguer les « bons secrets » des « mauvais ». Ils doivent aussi être rassurés, par un adulte de confiance, quant au fait qu’ils seront écoutés s’ils ont un secret à confier et qu’ils ne doivent pas se laisser intimider par les menaces.

Si un enfant vous rapporte un secret:

-Écoutez-le bien attentivement;

-À prime abord, prenez pour acquis qu’il dit la vérité – C’est très important;

-Évitez de mettre des mots dans sa bouche: laissez-le parler;

-Ne dramatisez pas;

-Protégez l’enfant;

-Soyez responsable et faites suite aux confidences de l’enfant en posant les gestes nécessaires, en fonction de la situation.

Pour poursuivre la réflexion:

Tisseron, Serge. Les secrets de famille, comment en parler? : http://www.youtube.com/watch?v=n1BBUuHrKhg

Tisseron, S. (2007). Secrets de famille – Mode d’emploi, Quand et comment faut-il en parler? Éditions Marabout.

Sources:

V.G.-Morval, M.  1985.  Psychologie de la famille, Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal, 150 pages.

Tisseron, Serge. Les secrets de famille, comment en parler? : http://www.youtube.com/watch?v=n1BBUuHrKhg

Supervisions cliniques en travail social avec Linda Roy, T.S. et Robert Thibodeau, TS. (entre 2004 et 2009).

Le collé-collé de Chloé

Chloé 4 ans fréquente mon milieu de garde depuis plus de quatre mois. Elle me suit constamment, s’assoit sur moi dès que je m’arrête, me prend la main. Elle me répète qu’elle m’aime, qu’elle me trouve belle. Cet amour envahissant m’épuise et m’inquiète. En effet, elle ne prend pas contact avec les autres enfants. Elle tolère leur présence mais ne joue pas avec eux. Que puis-je faire ? Elle a pourtant des parents très affectueux et présents.

Trois objectifs d’intervention s’imposent : développer un sentiment de sécurité, faire une mise à distance progressive et enfin stimuler la création de liens avec les pairs.

1. Développer un sentiment de sécurité

  • Assurez-vous que les parents se sentent en confiance avec les services de garde offerts à leur enfant. Ont-ils des inquiétudes ? Les parents peuvent aussi exprimer à leur enfant la confiance qu’ils ont face à l’éducatrice « Je sais que tu vas bien t’amuser avec Julie et qu’elle saura bien prendre soin de toi ».
  • Sécurisez l’enfant lors des transitions, des déplacements et des remplacements de personnel à la garderie.
  • Parlez du sentiment d’amour qui existe au-delà du contact physique étroit. L’amour continue malgré les distances. On peut demander à l’enfant de nous dire quelles sont les personnes qu’il aime. On inscrit le nom sur un petit cœur découpé. Tous les petits cœurs sont par la suite collés sur un grand cœur qui représente le cœur de l’enfant. On lui fait remarquer qu’elle continue d’aimer maman, papa, frérot même s’ils ne sont pas à côté d’elle. On lui fait aussi remarquer qu’il y a beaucoup de places dans un cœur pour aimer beaucoup de gens. Ainsi, l’éducatrice aime les membres de sa famille, ses amies et tous les enfants de son groupe. Elle pense à eux même la fin de semaine à l’extérieur du CPE. L’amour est « élastique » et les sentiments continuent d’exister même à distance.

2. Mise à distance progressive

  • Évitez de repousser l’enfant. Vous pouvez l’inviter à s’asseoir à côté de vous plutôt que sur vous ou encore l’inviter à jouer avec vous auprès des autres enfants. Une mise à distance brusque provoquera de l’insécurité et l’enfant manifestera son besoin de rapprochement encore plus intensément.
  • Invitez l’enfant à accomplir une petite tâche, un jeu, soutenez-le puis retirez vous quelques minutes. Par exemple : « fais une tour de 3 blocs avec moi » puis « fais une autre tour de 5 blocs et je reviens te voir ». Augmentez progressivement le délai du retour à l’enfant.
  • Soutenez l’enfant en maintenant le lien à distance par un sourire, un baiser soufflé, un clin d’œil ou autre marque d’affection. Faites remarquer à l’enfant votre façon d’entretenir la relation.
  • N’oubliez pas il faut s’attacher pour devenir capable de se détacher. La complicité que vous établissez avec l’enfant deviendra une source de sécurité intérieure et lui donnera l’élan pour aller vers les autres.

3. Intégration au groupe d’enfants

  • Jouez en parallèle avec l’enfant en soulignant votre intérêt pour son choix de jeu. Imitez l’enfant dans sa façon de jouer. Vous lui indiquez ainsi que vous trouvez intéressant ce qu’il fait. Valorisez-le.
  • Lorsqu’un autre enfant se joint à vous, nommez de nouveau votre intérêt pour l’enfant et son jeu. Vous projetez ainsi au pair une image positive de l’enfant isolé. Faites remarquer à l’enfant isolé l’intérêt de l’autre enfant pour son jeu.
  • Agissez en tant qu’agent de liaison « Regarde Chloé, Julien aussi veut dessiner comme toi. Vous êtes capable d’échanger vos crayons de couleur ». Lorsque vous observez qu’un lien s’établit entre les deux enfants, retirez vous. Revenez au bout de quelques minutes de jeu et soulignez votre joie de constater qu’ils jouent bien ensemble.
  • Soutenez l’enfant dans la prise de contact avec les petits groupes de pairs. « Chloé, tu veux jouer avec Julien et Alice. Viens on va leur demander ensemble. »

Les enfants ont besoin de soutien et d’encouragement pour développer leur autonomie affective et parvenir à s’intégrer à un groupe d’enfants.

Chaque enfant se construit à son propre rythme et le temps nécessaire à l’apprivoisement d’un nouveau contexte social varie de l’un à l’autre. Faites comme le petit prince qui sut prendre le temps pour apprivoiser le renard et ainsi ensoleiller sa vie.

Laissez-lui sa doudou!

Margaux 15 mois fréquente mon milieu de garde familial depuis 2 mois. Elle arrive le matin avec sa « fonfonnette », une poupée en tissu dans ses bras. Elle ne veut pas la quitter. J’ai essayé de la lui enlever, ce qui a provoqué un drame. Je veux savoir comment faire pour inciter la petite à délaisser sa « fonfonnette »

Fonfonnette est l’objet fidèle de Margaux, celui qui représente son lien avec sa maman et sa maison. Donald W. Winnicott parle d’objet transitionnel. Certains enfants choisissent une peluche, une couverture, un chandail ou un foulard appartenant à la mère. D’autres enfants préfèrent la poupée ou même une couche de coton. Les petits l’appellent souvent la doudou ou la dodo. C’est un objet doux aux odeurs familières, parfum de maman, odeur du lit, odeur de la maison.

Cet objet sert de transition entre le connu et l’inconnu, entre le monde intime de la maison de l’enfant et le monde extérieur du service de garde. Il a un effet apaisant et magique. Il aide l’enfant à se consoler des chagrins, à faire face aux nouveautés. Il rassure dans les moments d’attente ou d’incertitude lorsque l’enfant se sent seul et loin de sa mère. Il est indispensable lorsque l’enfant souffre des absences ou perçoit une menace de séparation d’avec sa mère.

D’ailleurs, c’est à 8-9 mois que le bébé commence à traîner et à demander sa doudou puisque c’est à cet âge qu’il vit les premières difficultés à se séparer. Il abandonnera progressivement sa doudou en l’oubliant dans son lit ou dans l’auto et en s’intéressant de plus en plus aux autres enfants. Mais c’est l’enfant qui sait à quel moment les adieux auront lieu. Entre 3 et 5 ans, l’objet perd peu à peu de l’attrait au bénéfice des amis. Il servira seulement à l’endormissement.

Votre petite Margaux a besoin de sa fonfonnette pour s’adapter au nouvel environnement, pour se sécuriser. L’accueil, les périodes de transition et de sieste sont des moments qui génèrent des sentiments d’insécurité. L’enfant doit donc pouvoir accéder à sa bouée de sécurité : sa doudou.

Quant aux autres périodes de la journée, on peut suggérer à Margaux de déposer « fonfonnette » sur la tablette, sur la chaise près d’elle. L’enfant a un accès visuel à sa poupée douce et sait qu’elle pourra la retrouver après le dîner, par exemple, ou après la sortie dans la cour. Vous devez préparer l’enfant aux changements, aux transitions afin qu’elle puisse progressivement anticiper les moments de vie à la garderie.
Créez un lien chaleureux avec l’enfant, une belle complicité; elle sentira qu’en l’absence de sa maman, son éducatrice est là pour elle. Ce sentiment de sécurité est un préalable au passage de la doudou aux amis. Ne vous inquiétez pas, un jour Margaux dira d’elle-même « dodo la doudou » et ira placer sa fonfonnette dans un coin pour aller s’amuser avec ses amis.

Je découvre la nature avec mon éducatrice

Propositions d’activités d’éveil à la nature ?

La première question à se poser avant tout est : quelle est ma sensibilité à la nature? Suis-je encore émerveillée par le chant des oiseaux, par l’évolution d’un arbre, par de l’eau qui coule, par des fleurs qui poussent…, et bien d’autres choses que peut nous apporter la nature. Pour éveiller l’enfant à son environnement, il faut d’abord comme responsable que nous soyons touchés par ce qui nous entoure. Notre premier outil lorsque nous travaillons avec les enfants est nous-même. De simples gestes peuvent sensibiliser l’enfant à ce qu’il voit, entend, sent et touche. Par exemple prendre une marche avec son groupe, faire écouter les bruits de l’environnement développe chez l’enfant son intérêt pour la nature. Cette balade lui permet aussi de se concentrer, de travailler son sens de l’imaginaire. L’enfant va personnaliser ce qu’il entend et par le fait même il développera son sentiment d’identité. Ce simple geste lui permet aussi d’être attentif à une consigne. Voilà beaucoup d’apprentissages pour une simple promenade dans votre quartier. Il n’est pas nécessaire d’avoir du matériel stimulant pour sensibiliser notre tout-petit à son environnement au contraire tout est dans la nature. Je vous propose donc des petits trucs qui se trouvent à deux pas de votre maison et qui amusent autant les petits que les grands.

Les roches

  • Ramassez, triez, classez par couleurs, formes, grosseurs.
  • Faites mettre les roches dans des contenants ou simplement dans les poches des enfants.
  • Faites des chemins avec les roches.
  • Peindre les roches.
  • Faites le contour d’un autre enfant.
  • Faites rouler la roche et sauter plus loin que la roche.
  • Jouer à la marelle.

Les branches

  • Mettez en ligne les branches et faites marcher les enfants dessus.
  • Faites des dessins avec les branches dans le sable.
  • Faites observer les différences d’une branche à une autre.
  • Faites sauter les enfants par dessus/ par dessous une branche.
  • Faites danser la branche par l’enfant.
  • Faites un parcours de branches.
  • Faites reconnaître les branches d’un sapin, érable etc

L’arbre

  • Faites reconnaître les sortes d’arbres par les différences (feuille, tronc couleur).
  • Faites manipuler et sentir les écorces.
  • Faites prendre les positions des arbres avec leur corps. Exemple (faites des grandes branches avec les bras, etc.).
  • Les yeux bandés faites toucher un arbre parmi trois, enlevez le bandeau et l’enfant doit reconnaître de quel arbre il s’agit.
  • Faites coucher les enfants en dessous des arbres et faites observer les mouvements.
  • Jouez à se cacher derrière les arbres.
  • Jouez à cherche et trouve, trouvez le plus petit arbre, le plus gros, le plus haut.

Méli Mélo en nature

  • Prenez différents objets de la nature et construisez un parcours (roches, branches, gazons, arbres, arbustes, buttes de terre, flaques d’eau)
  • Donnez au plus vieux des indices pour identifier des objets de la nature.
  • Partez à la chasse aux vers de terre, aux moustiques (pelles et chaudières sont nécessaires).
  • Jouez aux éboueurs, chaque enfant ramasse les rebuts de l’hiver. (peut être utile de mettre des gants aux enfants pour faire ce type d’activité)
  • Jouez à l’inspecteur, identifiez des objets qui polluent la nature. (excréments d’animaux, canettes de liqueur, cigarettes) etc.
  • Marchez et identifiez ce qu’on sent.
  • Observez des oiseaux dans les mangeoires, imitez leurs cris, nommez les couleurs et peut être avec les plus vieux faites identifier dans un livre de quel sorte d’oiseau il s’agit.

Après un hiver aussi froid, il est toujours agréable de profiter du beau temps pour aller jouer dehors avec nos petits explorateurs. Leurs découvertes nous permettent parfois de trouver de nouvelles idées d’activités. Prenez le temps de les observer dans leurs jeux pour mieux connaître leurs goûts et leur intérêt pour l’environnement. Voilà une belle façon de découvrir la nature avec ses petits.