Les comportements sexuels chez l’enfant… quand s’inquiéter?

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Le développement de l’enfant se fait dans toutes les sphères et la sexualité ne fait pas exception. Les enfants sont de nature curieuse. Leurs nombreuses questions et leurs explorations sont des manifestations de cette curiosité. Ils veulent comprendre le monde qui les entoure. Alors que le développement de la sexualité se fait naturellement et de manière plus subtile pour beaucoup d’enfants, certains enfants inquiètent leur entourage. A quoi s’attendre, donc?

Il pose des questions

            Cela peut gêner bien des adultes mais n’oubliez pas que pour l’enfant, c’est bien souvent une question comme une autre. Ses questions seront influencées par ce qu’il voit, entend ou perçoit autour de lui. Ainsi, un petit garçon qui voit des petites filles à la garderie aller à la toilette comprend qu’il y a des différences anatomiques. Il peut alors poser des questions à ce sujet à ses parents et chercher à les voir nus pour confirmer ce qu’il est en train d’apprendre. C’est un bon moment pour apprendre à l’enfant l’intimité et le côté privé du corps. Vous pouvez lui dire par exemple : « Ton corps est à toi et tu ne le montres pas, c’est privé. C’est la même chose pour moi. » Souvent, les parents ont peur de transmettre le message que la sexualité c’est mal s’ils ont un message de pudeur. La pudeur permet plutôt d’enseigner la valeur du respect de soi, de son corps, de celui des autres et même, une prévention des abus sexuels. Vous êtes en train de le prémunir contre les adultes qui voudraient toucher son corps ou montrer le leur. Retenez donc que même si les questions de l’enfant vous gênent, elles méritent une réponse appropriée à son âge, comme n’importe quelle autre question. S’il la pose, c’est qu’il est prêt, dans une certaine mesure, à en apprendre davantage à ce sujet. Vous pouvez également vous procurer des livres expliquant la sexualité aux enfants pour vous aider.

Il connaît beaucoup de choses

            L’enfant pose des questions pour comprendre mais certains enfants inquiètent car ils en connaissent beaucoup sur la sexualité. La première question à se poser est : que savent-ils exactement? Vous pourrez alors juger si ces connaissances sont appropriées pour un enfant de son âge. Par exemple, une petite fille de 4 ans peut savoir qu’un papa et une maman qui s’aiment fort et se collent peuvent avoir un enfant ensemble mais il serait étonnant qu’elle sache ce qu’est une fellation. Si les connaissances de l’enfant vous semblent au-delà de son âge, vous pouvez lui demander comment il a su cela. Même si cela peut faire penser que l’enfant est victime d’abus sexuels, il peut aussi avoir vu de la pornographie, avoir surpris ses parents, en avoir entendu parler par des enfants plus vieux, etc. Par contre, des verbalisations spécifiques où l’enfant dit avoir vécu quelque chose de sexuel avec un adulte ou un enfant plus âgé doivent toujours être prises au sérieux.

Il se touche souvent

            L’enfant découvre le monde qui l’entoure mais il découvre son corps également. Souvent par hasard au début, il est ensuite intrigué par les nouvelles sensations qu’il expérimente. Il peut donc se toucher par plaisir mais aussi pour s’apaiser lorsqu’il vit du stress ou pour s’endormir. Si se toucher lui apporte des bienfaits, il aura tendance à continuer. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter mais il est important de lui signifier que ses caresses doivent se faire dans l’intimité car c’est son corps et que c’est personnel. Il faut par contre surveiller s’il a des rougeurs, indice que ses attouchements sont trop fréquents ou trop intenses, et que ses nouveaux plaisirs ne l’empêchent pas de vaquer à d’autres occupations, comme jouer par exemple.

Il touche d’autres enfants

Saviez-vous que c’est entre 2 et 5 ans que l’enfant a le plus de comportements sexuels? Lorsqu’il s’agit de jeux sexuels, les enfants sont à peu près du même âge, ils sont tous consentants, ces jeux sont agréables et motivés par la curiosité (par exemple baisser son pantalon et se montrer nu tour à tour) et enfin, ils n’impliquent pas de comportements sexuels « avancés », tels que le sexe oral ou la pénétration. Il faut aussi se rappeler que, comme dans le cas de la masturbation, les jeux sexuels avec des enfants ne doivent pas empêcher l’enfant de s’adonner à d’autres activités. Si vous êtes inquiets par la fréquence ou le type de jeux sexuels auxquels s’adonnent votre enfant, dites-lui qu’il pourra avoir ce type de comportements sexuels quand il sera plus grand avec son amoureux, son amoureuse mais que pour l’instant, il vaut mieux qu’il s’adonne à d’autres jeux. Cela devrait suffire. Si les jeux perdurent ou s’intensifient après que vous ayez mis des limites, il vaut mieux consulter.

Inquiets?

En résumé, la sexualité est une sphère de développement de l’enfant comme n’importe quelle autre. Certains éléments peuvent par contre inquiéter. 1) L’enfant raconte avoir vécu des choses sexuelles avec un adulte ou un enfant plus âgé; 2) Il a des comportements sexuels fréquents; 3) Il a perdu de l’intérêt pour d’autres activités que la sexualité; 4) Il continue des comportements sexuels inappropriés malgré les limites que vous lui imposez; 5) Il a des connaissances sexuelles qui vont au-delà de son âge; 6) Il a des comportements sexuels « avancés » et / ou coercitifs.

La curiosité sexuelle est normale chez un enfant mais les adultes doivent demeurer attentifs à ce que cette curiosité s’exprime sainement, dans le respect de chacun et selon le développement de l’enfant.

 Geneviève Parent M.A., Sexologue, psychothérapeute et conseillère parentale

Donner le bon exemple : charge ou responsabilité ?

Mon enfant fréquente une garderie familiale. Il est le plus vieux du groupe. Son éducatrice l’invite parfois à surveiller les petits et lui demande de donner l’exemple aux plus jeunes. Qu’en pensez-vous ?

Il est vrai que les enfants ont tendance d’imiter les plus vieux qu’ils admirent. Cependant, chaque enfant est unique et doit apprendre à faire ses propres choix et à en devenir responsable. Que le petit observe le grand qui bricole, construit, raconte et l’imite en partie pour grandir et apprendre à sa façon c’est bien. Cependant, le grand ne doit pas être tenu responsable des bêtises du petit. Chaque enfant doit être jugé pour ses actions personnelles et par rapport à son âge et non en considérant sa place d’aîné ou de cadet dans la famille ou encore de grand ou de petit dans un groupe d’enfants.

Lorsque le grand se propose pour aider aux soins des petits ou à leurs jeux et que ces petits acceptent sa présence et ses gestes de soutien, il faut le féliciter et le remercier. Mais en aucun cas le grand doit se voir imposer des tâches de protection ou de soins des petits. Tous les enfants ont des choix égaux, et les droits au jeu et au respect du rythme de développement s’imposent.

Moi, j’aime pas ça les bisous!

Étienne, 4 ans, repousse avec véhémence sa copine Annette qui lui donne un bisou dans le cou. Je lui explique alors que Annette lui signifie son amour, il ne veut rien entendre: «Moi, j’aime pas ça les bisous!» Il évite aussi sa marraine affectueuse qui veut l’embrasser. Dois-je le forcer à se montrer plus avenant?

Combien d’adultes parmi nous ont subi des becs ponctués de joues pincées par telle tante ou des câlins de membres de la parenté sans pouvoir les éviter ou exprimer notre malaise, tout ça prétendument par politesse? Il est important de respecter les limites de l’enfant quand il s’agit d’un contact corporel. Étienne a su identifier les modes de contact qui lui conviennent et ceux qui génèrent en lui de l’inconfort. Bien qu’Annette et sa marraine aient une approche douce, il refuse les becs dans le cou et exprime clairement son refus. C’est très bien.

Nous apprenons aux enfants à prendre contact en se saluant, en s’approchant doucement mais n’oublions pas de leur montrer aussi à écouter l’autre qui refuse telle ou telle forme de rapprochement. Combien d’adolescents acceptent des gestes des autres sans écouter leur malaise et ce de peur de déplaire? Apprenons à nos tout-petits à écouter leur petite voix qui leur dit non à tel bisou et oui à tel câlin, non à telle personne et oui à telle autre. Apprenons à nos tout-petits à exprimer leur malaise. Ainsi, nous leur donnons des outils pour faire face à la vie. Nous leur envoyons comme message que ce qu’ils ressentent est légitime et digne d’être exprimé.

Voici quelques moyens pour soutenir l’enfant dans cet apprentissage:

  • Apprendre aux enfants à verbaliser. «Étienne, dis-lui à Annette, moi j’aime pas les bisous dans le cou.»
  • Discutez avec les enfants des différentes façons d’exprimer notre amour à quelqu’un: bisou, câlin, caresse, sourire, lui faire un clin d’œil, dire je t’aime, lui faire plaisir, faire un dessin ou un bricolage, lui demander est-ce que je peux jouer avec toi?
  • Invitez l’enfant qui câline à utiliser d’autres façons que les bisous.
  • Demandez toujours la permission à l’enfant avant de lui faire un câlin ou avant de le prendre. Il apprend ainsi qu’il peut refuser le contact même d’une personne de confiance.
  • Lors des activités où il peut y avoir des contacts, respectez le choix de ne pas participer d’un enfant.
  • Faites des activités qui favorisent le développement de l’estime de soi. Plus l’enfant a confiance en lui et plus il se connaît, plus il sera outillé pour faire face aux situations et saura s’affirmer.

Blâmer l’imitateur ou l’instigateur

Quand un enfant 3 ans fait une bêtise en imitant un autre de 5 ans dois-je le réprimander ou seulement punir l’instigateur du méfait?

Même si la bêtise a été imitée d’une action d’un plus grand, la mauvaise action demeure un geste à blâmer. Les deux enfants doivent donc être repris puisque, derrière chaque règle, il y a une valeur éducative que l’on veut transmettre aux enfants. L’éducation consiste non seulement à inculquer des valeurs mais aussi à développer chez l’enfant sa propre conscience. La règle d’or chaque enfant est unique s’applique aussi au niveau de la discipline; chaque enfant doit être jugé par rapport à lui-même. D’ailleurs, on ne peut développer le sens des responsabilités de nos enfants en excusant des gestes sous prétexte que ce sont des imitations.

Avant d’intervenir, vous pouvez vous questionnez à savoir si c’est-ce la première fois qu’il agit ainsi? A-t-il progressé dans sa capacité de se contrôler et ce n’est qu’une rechute? Est-ce là un moyen pour attirer l’attention de l’adulte ou encore pour être reconnu et apprécié de l’instigateur de la bêtise?

Quoiqu’il en soit, l’imitateur doit se faire rappeler que son comportement est fautif pour tel ou tel motif et surtout qu’il doit faire ses propres choix. Si cette attitude d’imitation est observée souvent, il devient impérieux de soutenir l’enfant à prendre des initiatives, à développer une confiance en lui, à reconnaître les bons choix à émettre des idées originales. Ainsi fort d’une bonne estime, il aura confiance en son propre jugement et il évitera ainsi d’être blâmé pour des gestes qui ne proviennent pas de ses propres initiatives.

Les héros batailleurs

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance

Avril 2012

www.aveclenfant.com

Les héros batailleurs1

Grognements d’animaux, fusillades en rafale, batailles entre héros et vilains : certains jeux d’enfant inquiètent les parents. Ils craignent que les enfants se blessent, ils anticipent le vacarme dans la maison. Et jusqu’où laisser aller l’enfant qui se prend pour un chasseur Pokemon® ou qui déploie coups de pieds et cris pour faire fuir son ennemi? D’autant plus que certaines séries télévisées et maisons de production cinématographique mettent sur le marché des produits dérivés qui créent toute une frénésie.

L’enfant rêve de posséder la force héroïque de Superman ou de Spiderman. Ces pouvoirs magiques lui permettraient de surmonter ses peurs et de quitter son état de dépendance. De plus, les enfants imitent spontanément ce qui est nouveau. Les petits de 2 ans reproduisent sans donner un sens à leurs gestes calqués sur des personnages. Les parents attentifs à cette démonstration doivent donner un sens à ce mimétisme en nommant l’émotion reproduite par l’enfant. Vers l’âge de 3 ans, l’enfant choisit ses modèles, les héros dont il s’inspire. Il intègre l’allure du héros, ses attitudes, ses facultés extraordinaires et parfois même son langage.

Quoi qu’il en soit, il est normal pour un enfant de s’identifier à un personnage. Réprimez ce type de jeu et vous découvrirez des Batman® sous la table, des Spiderman® derrière un paravent, et les jeux se feront en cachette. Il vaut mieux établir une connivence avec les enfants. Tentez de cerner ce qui caractérise les héros, ce que représentent pour eux ces personnages. Ils se feront un plaisir de corriger vos imitations. En entrant dans le jeu, vous pourrez les amener à l’enrichir, à le diversifier, à proposer des amis au héros, à lui attribuer d’autres émotions. Vous soutiendrez ainsi leur créativité.

Étonnamment, interdire le jeu combatif peut l’inciter. Le fait de jouer avec l’enfant l’aide à rediriger son jeu, à exprimer ses sentiments de façon symbolique et à développer sa capacité à régulariser ses conduites agressives à travers un personnage, un animal, une fantaisie. L’épée de carton, le fusil fait de blocs et la baguette magique servent à créer un monde imaginaire et à faire semblant de combattre, de tuer ou de transformer.

C’est l’adulte qui confond le héros batailleur et son arme à l’armada réelle, celle des grands, celle qui tue dans la réalité. C’est prêter aux petits toute une intention hostile et c’est toute une responsabilité que d’interdire ces jouets fusils tirés du cinéma parce qu’ils sont destructeurs. L’enfant d’âge préscolaire navigue de la réalité à son monde imaginaire.

En acceptant les jeux de guerre, les jeux combatifs ou les jeux de héros et en y participant, l’adulte reconnaît le besoin des enfants de maîtriser leur monde. Il peut alors leur proposer des solutions de rechange, aider l’enfant à se maîtriser la manette de contrôle, enrichir son jeu créatif et agir à l’occasion en tant que médiateur.

Heureusement, la majorité des émissions canadiennes pour enfants présentent des héros socialement adaptés, joyeux et pacifiques.

Sylvie Bourcier

1 Tiré de L’enfant et les écrans. Chapitre 4. L’influence des images violentes. Sylvie Bourcier 2010. Éditions Chu Sainte-Justine.

Favoriser le développement des relations sociales positives entre les enfants

Certaines stratégies simples favorisent le développement émotionnel et social de l’enfant. Nous pouvons comme intervenants offrir des occasions uniques aux enfants afin qu’ils vivent des relations sociales positives.

Certaines stratégies simples favorisent le développement émotionnel et social de l’enfant. Nous pouvons comme intervenants offrir des occasions uniques aux enfants afin qu’ils vivent des relations sociales positives. Il s’agit d’adapter, d’ajuster l’environnement physique et humain des enfants afin de susciter des interactions entre eux. Trois éléments sont à considérer: la composition du groupe, le choix du matériel et des activités proposées aux enfants.

En pairant des enfants socialement compétents avec des petits qui éprouvent de la difficulté à interagir de façon prosociale vous offrez à ces derniers l’occasion d’observer, d’imiter et d’apprendre.

En plaçant à la table un enfant socialement compétent en face d’un autre moins habile, vous offrez aussi la chance à ce dernier d’avoir sous les yeux un modèle positif à imiter. L’enfant apprenant entend l’autre demander, le voit échanger, partager des objets, prendre contact doucement. L’autre devient alors le modèle à imiter. Dans ces moments de pairage, l’apprenant s’amuse, vit des relations positives favorables au développement d’une bonne estime. L’intervenante profite de ces moments de pairage pour souligner les gestes prosociaux et encourager l’apprenant à maintenir ses bonnes façons de faire. L’activité choisie lors du pairage doit être stimulante et significative pour l’apprenant.

Certains jouets prédisposent également les enfants à partager et à coopérer. Par exemple, l’usage d’un petit chariot à tirer où un enfant peut promener l’autre ou du bateau à deux places est bien indiqué. Lorsqu’on choisit une grande feuille pour la peinture plutôt que des petites feuilles, on invite au travail collectif. Lorsqu’on propose de faire une cabane avec des boîtes, il est préférable de mettre à la disposition des enfants une quantité de boîtes qui les incitera à tenir compte des intérêts, des actions de l’autre. Nous pouvons aussi favoriser le regroupement en limitant à l’occasion le nombre de centres d’activités. En ouvrant deux ou trois coins-jeux au lieu de quatre ou cinq, nous augmentons le nombre d’enfants par coins et incitons ainsi la pratique du partage de l’espace et du matériel.

Les recherches entreprises afin d’évaluer les impacts de la mise en place de stratégies dites «environnementales» auprès d’enfants de deux à cinq ans, certains d’entre eux ayant des retards de développement et/ou des difficultés sociales, ont démontré l’augmentation des interactions positives entre pairs, une diminution des comportements inappropriés. Les garçons et les filles ont bénéficié tous les deux de ce type d’intervention. Ces stratégies de gestion de groupe sont efficaces dans la mesure où l’adulte encourage, soutient les enfants en interactions. La relation est toujours au cœur de toute intervention réussie.

Tiré et adapté de Using environnemental strategies to promote positive social interactions. Center on the social and emotional foundations for early learning. What works briefs #6

L’influence des pairs au sein d’un groupe d’enfants

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance

Mai 2010

www.aveclenfant.com

Moi avec les autres

À 2 ans, les contacts se font principalement autour des objets. Deux enfants convoitent le même jouet et la dispute s’ensuit inévitablement. Ce n’est pas tellement l’envie de jouer avec l’autre qui provoque les rapprochements entre enfants, mais plutôt les conflits de possession. D’ailleurs, une fois le désaccord réglé, les deux belligérants iront s’amuser chacun de leur côté. Jusqu’à 2-3 ans, les petits se montrent curieux à l’égard des autres enfants, mais ils s’intéressent beaucoup plus à l’adulte qu’ils cherchent à imiter.

Peu à peu, cependant, l’adulte sera exclu des jeux même s’il devra encore agir à titre de médiateur, de négociateur ou d’arbitre. Vers 3 ans, les enfants commencent à nouer des amitiés. Toutefois, les petits groupes qui se forment sont éphémères. Les enfants jouent les uns à côté des autres en se racontant ce qu’ils font individuellement et changent de partenaires de jeux au gré de leurs envies.

Plus l’enfant grandit, plus il ressent le besoin de faire partie d’un groupe. D’abord soudé à ses parents, il prend peu à peu conscience de son identité propre et cherche à trouver sa place dans un réseau relationnel. Son premier ancrage est sa famille, puis vient le monde extérieur dans lequel il doit s’adapter, s’affirmer, se distinguer.

Certains enfants se font facilement influencer par le groupe. Le plaisir prend le dessus et la capacité à se contrôler diminue. Même les comportements excessifs peuvent susciter l’imitation. L’imitation peut être utilisée comme moyen de communication. Elle peut exprimer un désir de rapprochement. En mimant l’autre, l’enfant lui signifie que ce qu’il fait l’intéresse ou ce qu’il est suscite son admiration. L’imité remarque le mimétisme et ce dernier obtient l’attention convoitée. Les pairs au sein d’un groupe servent de modèles. Cet effet de « modeling » peut d’ailleurs durer jusqu’à 6 mois après observation du modèle agressif. Lorsque cette contagion ne menace pas la sécurité des enfants ni le respect de l’environnement, féliciter ceux qui se contrôlent et ignorer l’enfant qui perturbe le groupe suffisent souvent à corriger la situation.

Mécanismes d’influence des pairs.

La réaction des pairs peut renforcer certains comportements. Le bouffon se rend bien vite compte que ses pitreries lui valent les rires contagieux du groupe. Certes son éducatrice ne partage pas son sens de l’humour mais la gloire du clown pèse plus dans la balance que les réprimandes de l’adulte ou encore lui mérite non seulement l’attention de son auditoire enfantin mais aussi celle de son éducatrice.

La pratique de l’humour, par contre, fait diversion et démontre aux enfants que la folie collective, passagère ne vous atteint pas. Cependant, lorsque la contagion amène la quasi-totalité du groupe à passer à l’action et risque de mettre en péril la sécurité des enfants, il faut agir rapidement.

Commencez par éloigner la source de l’agitation. Privé des encouragements des autres enfants et sécurisé par votre présence, l’enfant s’arrêtera. Exprimez-lui alors clairement vos attentes. Il est important ensuite de faire le point avec le groupe, de mentionner que les comportements ont des conséquences, et de réitérer votre confiance dans la capacité des enfants à faire leurs propres choix.

Lorsqu’on étudie les réactions des enfants à une agression, on peut constater qu’il y a des enfants qui crient, d’autres se retirent et enfin certains cèdent à leur agresseur. En cédant, ils envoient le message clair à l’agresseur, la méthode est efficace puisqu’elle permet d’atteindre son objectif. Il est donc impérieux que l’éducatrice soutienne la victime dans l’expression de sa colère et qu’elle manifeste clairement son désaccord.

Les pairs peuvent aussi sans le savoir enseigner aux autres comment éviter d’être la victime en devenant soi-même agresseur. En observant une altercation où la victime riposte agressivement et évite ainsi les coups ultérieurs, l’enfant apprend qu’il s’agit de se défendre avec nos poings pour éviter d’être la victime. Ce mécanisme d’inter influence s’opère dans un contexte où l’éducatrice fait preuve de laisser-faire et d’indifférence par rapport aux altercations accompagnées d’agressivité physique.

Cette force d’influence peut servir à l’apprentissage des habiletés sociales. En offrant des modèles prosociaux aux enfants éprouvant de la difficulté à entrer de façon positive en relation avec les autres, nous lui permettons de vivre une relation amicale positive et de changer peu à peu l’image négative qu’il projette aux autres. Les stratégies de jumelage d’un enfant compétent avec un enfant en difficulté s’avèrent un outil percutant et efficace pour contrer le rejet social.

Méthode

  • Former une dyade constituée d’un enfant compétent socialement et d’un enfant éprouvant des difficultés à entrer en relation de manière prosociale.
  • Organiser une période d’ateliers où le groupe d’enfants s’affaire dans différentes aires de jeux en sous-groupes.
  • Planifier une activité où les deux enfants auront à travailler à proximité l’un de l’autre, à échanger, à se faire des demandes pour du matériel et enfin à collaborer. Le niveau d’implication conjointe dépend de l’âge des enfants.
  • L’adulte soutient la dyade en intervenant de façon positive par des encouragements, des félicitations ou un apport technique. L’atmosphère doit être détendue. Il est donc essentiel de limiter les interdits. L’adulte supervise l’activité en soulignant les gestes prosociaux et en nommant les intentions prosociales parfois mal exprimées.

Utilisation de pairs prosociaux

Les enfants antisociaux ont tendance à se joindre à d’autres enfants qui démontrent peu d’habiletés prosociales. Ils entretiennent alors des relations peu satisfaisantes imprégnées de violence et vivent peu de plaisir ou de succès dans leurs contacts interpersonnels. Ils sont aussi sujets au rejet social des pairs.

Le fait d’avoir un ami compétent socialement facilite le développement des habiletés sociales de l’enfant impopulaire. Le regroupement d’enfants agressifs engendre par processus d’imitation des effets iatrogènes, la déviance est renforcée. La filiation des enfants déviants à des pairs prosociaux servant d’agents de changement permet à ces enfants d’observer des modèles affichant des comportements positifs et de pratiquer avec succès des habiletés sociales. On assiste alors à une augmentation des interactions positives entre les enfants et à une diminution du processus de rejet social.

Non seulement les relations entre les enfants prosociaux et les enfants antisociaux permettent le développement des habiletés sociales de ces derniers mais elles favorisent aussi le maintien de ces qualités relationnelles par désir de préserver et de solidifier les liens vécus positivement. L’éducatrice se doit donc de mettre en place des conditions qui favorisent l’apprentissage par les pairs, d’agir donc en prévention au lieu de se restreindre à seulement réagir aux imitations indésirables.

N’oublions pas que celui qui imite la bêtise de son voisin a besoin d’apprendre à faire ses propres choix, besoin de s’individualiser et d’être fier d’être différent de l’autre et possédant sa propre volonté.

Sylvie Bourcier
Intervenante en petite enfance

Le jeu coopératif… une belle façon de jouer!

Marie-Claude est une éducatrice dans le groupe des 4-5 ans. Le groupe démontre de grandes habiletés pour la motricité globale, il déploie beaucoup d’énergie surtout lors des jeux extérieurs. Plusieurs enfants pratiquent, d’ailleurs, des activités sportives les fins de semaine. Par contre, Marie-Claude a constaté qu’il est difficile pour les enfants de son groupe d’accepter les erreurs, que les activités de motricité fine sont très peu populaires et qu’ils utilisent un langage de compétition (je suis le plus rapide, j’ai gagné, je suis le premier, je suis le plus, plus, plus…). Certains enfants cherchent à être constamment les premiers pour exercer une routine (le moment de l’habillage devient toujours une course). Marie-Claude veut amener son groupe à vivre le plaisir d’être ensemble et intégrer des activités où les éléments compétitifs sont limités.

Avant de vouloir tout changer, il est important que Marie-Claude se questionne sur ses propres attitudes avec les enfants. Les couleurs d’un groupe étant souvent le reflet de l’attitude de l’éducatrice. Voici les questions qu’elle doit se poser:

  • Est-ce que comme personne je pratique des sports compétitifs?
  • Est-ce que je favorise des activités où il y a un gagnant et un perdant, une bonne et une mauvaise réponse?
  • Est-ce que j’ai un langage qui favorise la compétition. Par exemple, le premier rendu au vestiaire, tu es le champion, le plus rapide c’est…
  • Est-ce que je valorise plus le produit fini que la participation et le plaisir de jouer ensemble?
  • Est-ce qu’avec le parent je souligne les réussites et les bons coups de son enfant dans un contexte de développement afin de recadrer ses attentes?
  • Est-ce que mes attentes sont réalistes et adaptées pour chacun des enfants?

L’enfant de 4-5 ans manifeste parfois le désir de jouer à des jeux un peu plus compétitifs. Ce désir est souvent influencé par le comportement du parent, d’un frère ou sœur, ou par l’attitude de l’éducatrice. À cet âge l’enfant ne saisit pas tous les enjeux du fait de perdre ou de gagner. Il peut être très déçu de ne pas arriver le premier et se mettre à pleurer ou vouloir pousser l’ami pour avoir la première place. Face à la compétition l’enfant peut développer de l’agressivité envers l’autre, changer les règles pour gagner, jouer avec des enfants plus jeunes pour être certain de réussir. Il peut vivre du découragement devant le défi, ne pas vouloir expérimenter la nouveauté de peur de ne pas être capable ou craindre de ne pas être à la hauteur des attentes de l’adulte. Dans un contexte de compétition, l’éducatrice se voit souvent contrainte d’intervenir dans le jeu pour limiter les frustrations, régler les conflits et parfois même séparer des enfants ayant des comportements agressifs entre eux.

Le jeu coopératif se veut sans gagnant ni perdant. Il permet de développer l’aspect moteur, affectif et surtout les habiletés sociales de l’enfant. Ce type de jeu ne demande pas beaucoup de pratique pour jouer, chacun peut le faire à sa façon et tous y sont gagnants. Il procure du plaisir, une plus grande liberté dans l’exécution des mouvements, détend l’atmosphère lors d’une journée tendue, améliore l’entraide dans le groupe. Il favorise le ici et maintenant au lieu du résultat final d’un jeu. Ce type de jeu élimine les pleurs et les frustrations de ne pas avoir gagné.

L’éducatrice joue un rôle important dans l’implantation du jeu coopératif. Elle doit initier et s’impliquer dans le jeu, être ouverte aux idées des enfants, offrir la possibilité de jouer de différentes façons pour maintenir la motivation et doser les défis selon le groupe d’âge. Usez de créativité lorsque le jeu demande de faire des équipes, évitez de choisir un chef d‘équipe mais allez-y plutôt d’une façon démocratique. Par exemple, distribuez des cartes avec des images différentes et chacun se regroupant avec ceux ayant les mêmes images. Faites des équipes de deux en regroupera tous les enfants au centre, le bras tendu vers l’avant, le pouce levé et les yeux fermés. Vous pincez deux pouces à la fois et ces deux amis feront le jeu ensemble.

Permettez-vous de transformer un jeu compétitif en jeu coopératif au lieu de le faire disparaître de votre programmation. Voici comment: sur du carton, construisez-vous deux jeux de marelle. Dans chacun des espaces, mettre les jeux préférés des enfants : par exemple, la chaise musicale, les trois petits cochons, la tague, etc. Sur l’autre marelle, mettre dans chaque espace, différentes positions du corps soit à genoux, soit à quatre pattes ou sur la pointe des pieds, etc. Dans un premier temps, on lance le dé sur la marelle de jeux et ensuite sur la marelle des positions du corps qui détermine notre façon de jouer. Vous pouvez aussi vous faire une marelle pour le matériel, par exemple pour le jeu de la chaise musicale mettre dans les espaces soit des coussins, des feuilles de papier couleur, du papier à bulles, etc. Ça pourrait donner par exemple, une chaise musicale où lorsque la musique arrête tous les enfants vont se mettre à genoux sur le grand papier à bulles et crèvent des bulles avant que la musique reprenne. Ainsi transformée, la chaise musicale apporte aux enfants d’autres possibilités de s’exercer avec leur corps et permet à chacun de faire à sa façon puisque que l’élément de GAGNER n’y est pas. « Super cool! » Marie-Claude en sait quelque chose; les enfants lui redemandent souvent pour jouer à la chaise musicale sans chaise. Loin d’être un défi pour elle, les jeux compétitifs devenus jeux coopératifs ont rapproché les enfants et les ont initiés à l’entraide.

Vous pouvez aussi présenter de nouveaux jeux à saveur coopérative en vous inspirant du livre LE PLAISIR DE JOUER, JEUX COOPÉRATIFS DE GROUPE. Édition IPAQ 1987 (un peu vieux mais encore très pertinent) de Robert Crevier et Dorothée Bérubé. ISBN 2-920442-16-3.

Taper, mordre et tirer …. Des gestes qui parlent !!!

Lyne Archambault, éducatrice – formatrice

Février 2012

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Idées d’activités pour réussir à adopter des interventions positives chez les trottineurs.

Les petits entendent trop souvent le mot «NON» dans leurs découvertes. Comme éducatrice, notre travail consiste à observer les enfants afin de mieux comprendre leurs comportements et de rediriger de façon positive leurs découvertes. Il est primordial de garder pour une urgence le mot «NON» afin que celui-ci ne devienne pas banal à l’oreille du petit. Ainsi, les enfants s’aperçoivent de la gravité de l’avertissement. La constance et la fermeté sont de mises pour mettre un terme au geste jugé inacceptable. Parallèlement, il faut réfléchir à ce qui est inacceptable pour vous et échanger avec vos collègues, afin de s’assurer de la constance des interventions auprès des petits de votre groupe.

Bébé lance

lanceComme éducatrice, nous nous devons mettre À LA DISPOSITION des enfantsdes activités de défoulement telles que des balles, des éponges de bain, des foulards, des choux à cadeaux etc. Afin de rendre positif le geste de lancer et de démontrer le plaisir dans ce mouvement. C’est certain, qu’il est toujours interdit de lancer des blocs et des autos par exemple. Rediriger alors l’enfant vers les bacs de balles quand il oublie la consigne. N’oubliez pas la constance est toujours nécessaire.

 

Bébé tire les cheveux

Le trottineur est attiré par les cheveux de ses amis, voici le temps des activités des TOUCHE DOUX. Offrez des textures douces à toucher aux enfants. Par exemple, différents tissus, des cheveux sur des poupées, des plumes. Ces objets lui feront, entres autres, vivre des expériences sensori-motrices positives. On doit toujours encourager les touche doux entre les enfants. Votre devoir comme éducatrice est d’observer et intervenir de façon rapide par la parole et le geste face au geste négatif. Le contact doit être recréé entre les enfants afin d’apprivoiser les touche doux entres eux.

Voici une station de défoulement que j’ai créé pour m’aider dans mes interventions avec mon trottineur qui aime tirer les cheveux.

tirelescheveuxJ’ai redirigé la pulsion de mon ami et valorisé ses gestes en lui permettant de se défouler de manière positive sur cette poupée aux cheveux longs. J’ai utilisé différentes sortes de brosses, des rouleaux velcro, un petit séchoir qui laisse un filet de vent, un petit sac avec toutes sortes d’élastiques en tissus de différentes couleurs et textures, des bouteilles vides de shampoing parfumées et un livre de coiffeuse avec des mèches de cheveux. Laissez aller votre créativité, car la nouveauté stimule la curiosité de l’enfant. Par ailleurs, on se doit d’encourager les tentatives de l’apprenti coiffeur.

 

 

Bébé vide tout

videLes petits aiment faire tomber des objets, vider et remplir des bacs, regarder les objets tombés. Pour sa sécurité, je me dois de ranger et replacer le matériel de jeu. Sans doute, mon trottineur me suivra et recommencera son jeu. Donc, il est utile de faire des petits bacs avec quelques objets à l’intérieur en les changeant souvent pour minimiser le rangement. J’aime quand il explore à son rythme et de façon autonome : un vrai spectacle pour une éducatrice! En le regardant, vous observez ses intérêts et ses goûts ce qui vous permet de lui offrir des jeux adaptés. De plus, pensez à faire des mises en scène afin d’encourager sa curiosité pour découvrir de nouvelles façons d’utiliser le matériel.

 

arrachetout 2arrachetout 1Bébé arrache

Les petits aiment entendre des bruits et regarder des images. Les affiches au

 

mur, sont une source de stimulation dans ce sens. Afin de protéger vos affiches, une vitrine de plexi est utile pour que bébé regarde sans tout arracher. La variété et les détails des images à regarder stimulent son langage et son observation. Quand j’affiche des nouveautés, je prends du temps pour montrer les détails de l’affiche. Inventez des histoires pour stimuler sa curiosité en regardant l’image, par exemple, voici une auto comme papa. Pour arracher et entendre un super beau «Crac», le velcro est parfait. Voici des macarons fabriqués avec des couvercles de jus et de pots masson.TOUJOURS DISPONIBLES POUR SE DÉFOULER.

Bébé tape

Le trottineur aime exercer des mouvements de balais avec ses mains. Avec un toutou (souffre douleur) suspendu à un élastique tout le monde peut s’exercer en tapant, en le faisant voler et en étirant l’élastique. Notre ami prêt à recevoir tous les coups changera selon le thème, par exemple, une chauve-souris pour l’automne, un ours polaire pour l’hiver.TOUJOURS DISPONIBLE, il sera là pour tous les coups. Les enfants trouvent bien drôle, quand à mon tour, je me défoule sur ce toutou souffre douleur.

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Bébé mord

Vous avez un ami crocodile : pas facile ! Vous devez prendre en main cette situation en rassurant les parents. Vous pouvez toujours leur offrir des textes qui expliquent cette étape difficile. Plusieurs activités peuvent rendre positive cette pulsion quand les dents de bébés poussent ou quand la rage arrive. Tout d’abord, j’offre aux enfants des anneaux refroidis. De ce fait, chaque ami a son anneau accroché sur lui avec une attache à suce et même moi j’en porte une! L’usage de sa suce peut aussi aider en cas de pulsions. Je souligne à plusieurs reprises que l’on peut MORDRE des pommes, MORDRE sa suce, MORDRE des anneaux, mais il est INTERDIT de croquer son ami. Même les adultes doivent penser d’éviter les jeux du loup qui croque même par amour ! Par ailleurs, j’offre à l’enfant assis dans la chaise haute une brosse à dent avec un petit verre d’eau, une débarbouillette gelée à mordiller (activités super en attendant le repas). N’hésitez pas à organiser vos routines pour protéger votre victime et votre mordeur. Quand vous avez observé qui, quand, comment, pourquoi et où le geste se produit, il faut faire preuve de créativité afin que ce geste indésirable cesse rapidement et offrir aux enfants une situation de rechange positive.

Bébé grimpegrimpe

Vos amis aiment se retrouver en hauteur ? Offrez-leur des modules en mousse à escalader ou des jeux plus élevés à atteindre. Je fais semblant d’avoir peur de leurs exploits. Quel plaisir pour nos petits grimpeurs !

Bébé crie

Si bébé exerce sa voix, parlez lui doucement pour qu’il baisse sa voix, mais offrez lui la chance de se défouler en plein air, de chanter, de jouer des instruments de musique. Donnez-lui un environnement sans bruit inutile, par exemple une musique en sourdine dans le local. Quand vous offrez de la musique, soulignez que vous allez mettre de la musique pour danser, écouter des sons etc.

De façon générale, quand nous intervenons avec un petit, il faut traduire, vérifier son intention et nommer son désir. Observez sa réaction à ce que vous nommez, pour vous assurez de l’avoir bien compris. L’enfant explore son environnement pour apprendre comme adulte avoir un regard positif sur lui donne la chance de bien grandir…

Pour conclure, soyez créative face aux situations plus difficiles avec vos trésors et ce par vos observations et votre constance dans vos interventions. On arrive à vaincre toutes les difficultés en remplacent les interdits par des activités de rechange.

L’influence des pairs au sein d’un groupe d’enfants

Moi avec les autres

À 2 ans, les contacts se font principalement autour des objets. Deux enfants convoitent le même jouet et la dispute s’ensuit inévitablement. Ce n’est pas tellement l’envie de jouer avec l’autre qui provoque les rapprochements entre enfants, mais plutôt les conflits de possession. D’ailleurs, une fois le désaccord réglé, les deux belligérants iront s’amuser chacun de leur côté. Jusqu’à 2-3 ans, les petits se montrent curieux à l’égard des autres enfants, mais ils s’intéressent beaucoup plus à l’adulte qu’ils cherchent à imiter.

Peu à peu, cependant, l’adulte sera exclu des jeux même s’il devra encore agir à titre de médiateur, de négociateur ou d’arbitre. Vers 3 ans, les enfants commencent à nouer des amitiés. Toutefois, les petits groupes qui se forment sont éphémères. Les enfants jouent les uns à côté des autres en se racontant ce qu’ils font individuellement et changent de partenaires de jeux au gré de leurs envies.

Plus l’enfant grandit, plus il ressent le besoin de faire partie d’un groupe. D’abord soudé à ses parents, il prend peu à peu conscience de son identité propre et cherche à trouver sa place dans un réseau relationnel. Son premier ancrage est sa famille, puis vient le monde extérieur dans lequel il doit s’adapter, s’affirmer, se distinguer.

Certains enfants se font facilement influencer par le groupe. Le plaisir prend le dessus et la capacité à se contrôler diminue. Même les comportements excessifs peuvent susciter l’imitation. L’imitation peut être utilisée comme moyen de communication. Elle peut exprimer un désir de rapprochement. En mimant l’autre, l’enfant lui signifie que ce qu’il fait l’intéresse ou ce qu’il est suscite son admiration. L’imité remarque le mimétisme et ce dernier obtient l’attention convoitée. Les pairs au sein d’un groupe servent de modèles. Cet effet de « modeling » peut d’ailleurs durer jusqu’à 6 mois après observation du modèle agressif. Lorsque cette contagion ne menace pas la sécurité des enfants ni le respect de l’environnement, féliciter ceux qui se contrôlent et ignorer l’enfant qui perturbe le groupe suffisent souvent à corriger la situation.

Mécanismes d’influence des pairs.

La réaction des pairs peut renforcer certains comportements. Le bouffon se rend bien vite compte que ses pitreries lui valent les rires contagieux du groupe. Certes son éducatrice ne partage pas son sens de l’humour mais la gloire du clown pèse plus dans la balance que les réprimandes de l’adulte ou encore lui mérite non seulement l’attention de son auditoire enfantin mais aussi celle de son éducatrice.

La pratique de l’humour, par contre, fait diversion et démontre aux enfants que la folie collective, passagère ne vous atteint pas. Cependant, lorsque la contagion amène la quasi-totalité du groupe à passer à l’action et risque de mettre en péril la sécurité des enfants, il faut agir rapidement.

Commencez par éloigner la source de l’agitation. Privé des encouragements des autres enfants et sécurisé par votre présence, l’enfant s’arrêtera. Exprimez-lui alors clairement vos attentes. Il est important ensuite de faire le point avec le groupe, de mentionner que les comportements ont des conséquences, et de réitérer votre confiance dans la capacité des enfants à faire leurs propres choix.

Lorsqu’on étudie les réactions des enfants à une agression, on peut constater qu’il y a des enfants qui crient, d’autres se retirent et enfin certains cèdent à leur agresseur. En cédant, ils envoient le message clair à l’agresseur, la méthode est efficace puisqu’elle permet d’atteindre son objectif. Il est donc impérieux que l’éducatrice soutienne la victime dans l’expression de sa colère et qu’elle manifeste clairement son désaccord.

Les pairs peuvent aussi sans le savoir enseigner aux autres comment éviter d’être la victime en devenant soi-même agresseur. En observant une altercation où la victime riposte agressivement et évite ainsi les coups ultérieurs, l’enfant apprend qu’il s’agit de se défendre avec nos poings pour éviter d’être la victime. Ce mécanisme d’inter influence s’opère dans un contexte où l’éducatrice fait preuve de laisser-faire et d’indifférence par rapport aux altercations accompagnées d’agressivité physique.

Cette force d’influence peut servir à l’apprentissage des habiletés sociales. En offrant des modèles prosociaux aux enfants éprouvant de la difficulté à entrer de façon positive en relation avec les autres, nous lui permettons de vivre une relation amicale positive et de changer peu à peu l’image négative qu’il projette aux autres. Les stratégies de jumelage d’un enfant compétent avec un enfant en difficulté s’avèrent un outil percutant et efficace pour contrer le rejet social.

Méthode

  • Former une dyade constituée d’un enfant compétent socialement et d’un enfant éprouvant des difficultés à entrer en relation de manière prosociale.
  • Organiser une période d’ateliers où le groupe d’enfants s’affaire dans différentes aires de jeux en sous-groupes.
  • Planifier une activité où les deux enfants auront à travailler à proximité l’un de l’autre, à échanger, à se faire des demandes pour du matériel et enfin à collaborer. Le niveau d’implication conjointe dépend de l’âge des enfants.
L’adulte soutient la dyade en intervenant de façon positive par des encouragements, des félicitations ou un apport technique. L’atmosphère doit être détendue. Il est donc essentiel de limiter les interdits. L’adulte supervise l’activité en soulignant les gestes prosociaux et en nommant les intentions prosociales parfois mal exprimées.
Utilisation de pairs prosociaux
Les enfants antisociaux ont tendance à se joindre à d’autres enfants qui démontrent peu d’habiletés prosociales. Ils entretiennent alors des relations peu satisfaisantes imprégnées de violence et vivent peu de plaisir ou de succès dans leurs contacts interpersonnels. Ils sont aussi sujets au rejet social des pairs.
Le fait d’avoir un ami compétent socialement facilite le développement des habiletés sociales de l’enfant impopulaire. Le regroupement d’enfants agressifs engendre par processus d’imitation des effets iatrogènes, la déviance est renforcée. La filiation des enfants déviants à des pairs prosociaux servant d’agents de changement permet à ces enfants d’observer des modèles affichant des comportements positifs et de pratiquer avec succès des habiletés sociales. On assiste alors à une augmentation des interactions positives entre les enfants et à une diminution du processus de rejet social.
Non seulement les relations entre les enfants prosociaux et les enfants antisociaux permettent le développement des habiletés sociales de ces derniers mais elles favorisent aussi le maintien de ces qualités relationnelles par désir de préserver et de solidifier les liens vécus positivement. L’éducatrice se doit donc de mettre en place des conditions qui favorisent l’apprentissage par les pairs, d’agir donc en prévention au lieu de se restreindre à seulement réagir aux imitations indésirables.
N’oublions pas que celui qui imite la bêtise de son voisin a besoin d’apprendre à faire ses propres choix, besoin de s’individualiser et d’être fier d’être différent de l’autre et possédant sa propre volonté.
Planifier une activité où les deux enfants auront à travailler à proximité l’un de l’autre, à échanger, à se faire des demandes pour du matériel et enfin à collaborer. Le niveau d’implication conjointe dépend de l’âge des enfants.

Sylvie Bourcier
Intervenante en petite enfance