Comment faire la transition d’une éducatrice à l’autre pour le parent ? (Lettre d’une éducatrice à un parent)

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Par Sylvie Garceau, enseignante TÉE

Objet: Bâtir un lien de confiance entre l’éducatrice et le parent.

Bonjour à toi cher parent et partenaire,

Au cours des derniers jours, j’ai appris que ton enfant aura bientôt une nouvelle éducatrice.  Rassure-toi, toute notre équipe a le désir d’établir un partenariat avec les familles dans le but de favoriser le bien-être de tous.  Continuer la lecture de Comment faire la transition d’une éducatrice à l’autre pour le parent ? (Lettre d’une éducatrice à un parent)

La place du parent dans la relation éducatrice, parent et enfant

Par: Sylvie Garceau, enseignante TÉE

Quelle place laissons-nous au parent dans notre milieu de garde?  C’est la question que se pose Sophie, nouvelle conseillère pédagogique du CPE Mon cœur d’enfant, qui vient tout juste d’ouvrir ses portes.  Elle reconnaît le milieu de garde éducatif comme un milieu de vie pour l’enfant et sa famille.  Elle sait à quel point il est important d’impliquer le parent dans le processus et la mise en place d’une relation significative avec l’enfant. Reconnaître le parent comme un acteur important de la relation éducatrice, parent et enfant est un gage de la réussite de cette concertation favorisant le bien-être de l’enfant et sa famille. (Voir le texte de Sylvie Bourcier: Reconnaitre le parent comme un partenaire compétent)

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Les exigences des parents

Les exigences des parents  par Sylvie Bourcier

 

 

Les éducatrices se trouvent confrontées à des demandes parentales difficilement conciliables avec le contexte du groupe d’enfants. Soustraire un enfant à la sortie extérieure journalière en est un exemple. Ces exigences prennent parfois l’allure de critiques aux éducatrices. Le premier réflexe de certaines éducatrices est de défendre avec véhémence leurs pratiques avec pour résultat une escalade d’arguments improductifs. Elles ont alors l’impression que ces parents ne les apprécient pas à leur juste valeur. Certaines développent une forme d’aversion ou l’évitement de ces parents exigeants devient un mécanisme de défense, de protection. D’autres se remettent en question et voient leur sentiment de compétence s’affaiblir. Certaines cherchent à trouver les failles éducationnelles de ces parents pour ensuite les confronter. Quelque soit la réponse des éducatrices aux exigences perçues comme excessives, il est convenu qu’il s’agit d’un mécanisme qui cherche à maintenir le sentiment d’efficacité et de compétence des professionnelles.

En tentant de comprendre ce qui sous-tend ces exigences parentales nous visons d’une part à mieux rejoindre et répondre aux besoins des parents et des enfants et d’autre part, à affirmer la pertinence des pratiques éducatives mises de l’avant par le milieu de garde.

Être un parent est un dur métier tissé de joies, de doutes, d’inquiétudes. Le désir de protéger son enfant des alias de la vie des dangers, des microbes, des copains trop enthousiastes anime les parents. Les kangourous éprouvent de la difficulté à laisser leur petit bébé kangourou sauter hors du nid familial. Un papa me demande de lui garantir que sa petite Léa ne se fera plus bousculer par les trottineurs de son groupe. Une maman téléphone à chaque jour pour avoir des nouvelles de sa petite Maïka 3 ans et ce depuis son entrée à la garderie il y a 4 mois. Il faut chercher ce qui inquiète le parent, le rassurer, l’aider à décoder les signes, les besoins, qu’émet son enfant. Nous invitons la maman de Maïka d’observer ce que fait sa fille lorsqu’elle vient la chercher ou la déposer le matin. Maïka rit, s’introduit facilement dans le groupe à l’accueil.

Nous lui demandons ce qui l’inquiète malgré les signes d’adaptation de sa fille au milieu de garde. « Elle est tellement lente lorsqu’elle mange. A-t-elle le temps de finir son assiette? » Il est parfois difficile pour l’éducatrice de savoir la nature des préoccupations des parents. Il est donc nécessaire d’échanger librement sans avoir en arrière pensée l’hypothèse que le parent ne nous fait pas confiance. Quant à Léa les bousculades sont observées lors d’un conflit de territoire. Elle prend la place assignée d’un copain et ce dernier la pousse. Nous informons donc le papa que nous soutenons Léa dans l’apprentissage de l’espace personnel (ma place, ta place) et enseignons aux trottineurs à nommer leur besoin (c’est ma chaise, non!).

L’ignorance du contexte de groupe peut aussi explique les exigences. Le parent qui demande de garder son enfant enrhumé à l’intérieur cherche surement à le protéger du froid. Il faut donc lui expliquer en quoi sa demande est difficile à réaliser. « Je comprends votre souci mais je vois pas comment je pourrai respecter l’exigence de la sortie extérieure pour le groupe et être auprès de votre enfant. Je suis responsable de tout mon groupe. Il est difficile de le laisser à l’intérieur nous sommes contraints de respecter le ratio. C’est une question de sécurité. Par contre, soyez assurée que je veillerai à ce que votre enfant soit bien au chaud dans ses vêtements et je garderai un œil attentif. Je vous aviserai si sa condition change. »

Il s’agit d’un parent qui désire que son enfant ne se salisse pas alors que les jeux extérieurs peuvent entacher les vêtements, nous lui demandons d’apporter des vêtements de jeu ou des tabliers. Un papa, pour qui vêtir sa fille joliment était très important, un signe d’investissement affectif, a préféré un grand tablier plutôt que des vêtements qu’il considérait moins seyants.

Laissez-moi vous raconter une anecdote pour vous illustrer une autre raison susceptible d’expliquer certaines exigences ou critiques. Je supervisais une stagiaire finissante dans un groupe d’enfants âgés de 2-3 ans. Cette éducatrice excellait dans sa profession. Elle réussissait à garder un climat calme et enjoué, elle avait une gestion de groupe irréprochable, … une perle. La maman de jumelles identiques lui reprochait des négligences banales. Par exemple, la chaussure gauche d’une jumelle mise dans le pied gauche de sa sœur alors qu’elles portaient les mêmes vêtements et chaussures, la tuque déplacée momentanément qui ne couvre pas totalement les oreilles… Enfin, des détails sans impact important. En échangeant avec la stagiaire, nous constatons que cette mère semble parfois dépassée par la situation exigeante certes d’être parent de jumelles de 2 ans. Alors qu’elle tient la main de l’une, l’autre se sauve dans la rue ou en déshabillant une fillette, sa sœur disparait du vestiaire. Nous tentons une intervention en s’appuyant sur l’hypothèse qu’il est rassurant pour la mère de noter les failles de l’éducatrice. Elle n’est pas la seule à être parfois dépassée. Beaucoup de parents sont trop  exigeants envers eux-mêmes. Nous nous donnons donc comme objectif de valoriser la mère. Par exemple, elle a pensé à apporter les bottes de pluie, elle a félicité les bricolages, etc. Peu à peu, la fréquence des critiques et des exigences a diminué. Mettre en lumière les compétences parentales permet d’établir un pont, un lieu de respect mutuel.

L’histoire propre du parent peut aussi, par exemple des histoires d’abus, expliquer ses demandes. Une mère exige que sa fille soit changée de groupe, puisque le titulaire de son groupe est un homme. L’éducateur devra donc expliquer les modalités prévues dans son milieu pour prévenir toute forme d’abus : le travail d’équipe, les fenêtres permettant d’avoir un accès visuel en tout temps, la formation et l’expérience du personnel, etc. Voici donc des moyens pour faciliter les échanges :

  • Permettre aux parents de mieux connaitre le milieu collectif, ses joies et ses contraintes en l’invitant à participer à des sorties, des fêtes, en le laissant observer ce qui s’y passe et en racontant des anecdotes du quotidien. Ses demandes pourront alors être plus conciliables avec le contexte de groupe.
  • Accueillir les inquiétudes des parents, chercher à les comprendre sans juger pour ainsi mieux les rassurer.
  • Valoriser les compétences des parents afin qu’ils se mobilisent en toute confiance pour l’éducation de leur enfant. Nous évitons aussi la décharge totale de la responsabilité sur l’éducatrice.

 

par Sylvie Bourcier

Les parents sont les premiers inspecteurs du service de garde pour leurs enfants.

Lyne Archambault, Éducatrice-Formatrice

Septembre 2017

Vous recherchez un service de garde qui rejoint vos valeurs pour prendre soin de ce que vous avez de plus précieux soit vos enfants et bien faites confiance à votre petite voix et à votre instinct! Que ce soit en milieu familial, en centre de la petite enfance ou en garderie privée, il est primordial que vous ayez des réponses à vos questions et que les réponses soient satisfaisantes et concordent avec vos attentes.

Je vous propose des questions à poser ainsi que des choses et des attitudes à observer lors de la visite du milieu de garde que vous convoitez.

  1. Le ratio enfant – éducatrice selon le groupe d’âge
  • 5 poupons pour une éducatrice à la pouponnière.
  • 7 ou 8 chez les 18 mois.
  • 8 pour les groupes de 2-3-ans.
  • 9-10 pour les groupes de 4-5 ans.

Il est important que le ratio soit observé pour la qualité du service de garde.

Le local des enfants contient combien d’enfants? Soyez attentifs aux sons ambiants.

  1. La cour et l’environnement extérieur

Est-ce que les enfants petits et grands vont dehors tous les jours? Hiver comme été? Est-ce que les éducatrices ont une charte pour guider leurs sorties l’hiver pour le froid et l’été pour la chaleur? Posez des questions sur l’organisation pour sortir les poupons et les petits trottineurs au quotidien. Les petits ont-ils une cour adaptée pour eux? Comment se passent les sorties? Est-ce que votre autorisation est nécessaire pour aller au parc?, etc.

  1. L’éducatrice

Son expérience et sa scolarité en petite enfance sont pertinentes.

Quand elle interagit avec les enfants qui lui sont confiés, est ce qu’elle se penche vers eux?

Est-ce qu’elle leur sourit et semble bienveillante avec eux? Est-elle attentive aux besoins de sécurité des petits, de leur confort et des sentiments de chaque enfant?

Est-ce que sa façon d’intervenir avec votre enfant et celui des autres vous convient?

Entendez- vous chanter? Le climat et l’ambiance sont-ils favorables?

Ressentez- vous les enfants en sécurité et prêts à explorer?

Quels sont les moyens de communication avec l’éducatrice de mon enfant?

Est-ce que l’éducatrice signale ses intentions pédagogiques sur un tableau? Note-t-elle le thème du mois? Le thème choisi part-il des intérêts des enfants de son groupe?

Est-ce que les enfants sont observés quand ils explorent?

Est-ce qu’elle se montre disponible pour tous les enfants de son groupe?

Est-elle prête à nous rencontrer pour échanger sur notre enfant?

Fait-elle signe de discrétion? Si elle discute avec vous de la situation d’un autre enfant, elle pourra sans doute raconter votre histoire aux autres aussi.

  1. L’environnement

Le local où votre trésor évoluera est-il stimulant avec des jouets à la hauteur des enfants pour faciliter son autonomie et stimuler sa curiosité? Des œuvres et des images décorent-ils le local pour le rendre chaleureux? Est-ce que le matériel est en bon état et varie selon les goûts et les intérêts des enfants?

La cuisinière est-elle disponible pour répondre à vos questions sur l’alimentation et à vos besoins particuliers d’allergies?

Comment se passe le repas? Le poupon sera-t-il pris pour son boire? Et aider pour s’alimenter?

Est-ce nous aurons une rencontre pour partager les différents besoins de notre petit afin de poursuivre la conciliation milieu de garde et maison ainsi que de planifier son intégration?

Comment ça se passe quand mon enfant fait de la fièvre? Est-ce qu’il y a un protocole pour les enfants malades?

Le service de garde est-il ouvert à vos visites impromptues ? L’ouverture et la transparence du milieu sont des bons signes. Posez vos questions et n’hésitez pas à faire rassurer vos inquiétudes. Vous êtes les mieux placés pour savoir ce qui convient le mieux à vos petits.

L’éducatrice passera beaucoup de temps auprès de votre petit, soit 50 heures environ par semaine. Elle doit gagner votre confiance et gagner le cœur de votre trésor. Ensemble, vous formerez une équipe gagnante pour le bonheur de vos enfants. Quand votre petit est heureux les parents vont au travail le cœur léger, ce qui est souhaitable pour tous!

                   Bonne visite, bonne recherche et bonne chance!

L’intégration du bébé en pouponnière… Attention bébé fragile!!!

Lyne Archambault, éducatrice –  formatrice
 

Août 2012

ww.aveclenfant.com

Le mois d’août signifie, pour toutes éducatrices, les vacances d’une part et de l’autre l’amorce d’une nouvelle année au C.P.E. En pouponnière, à mon sens, il existe une façon de faire afin que les enfants et les parents soient accueillis avec empathie et qu’un lien de confiance s’installe jour après jour. Voici mes actions et interventions gagnantes qui m’aident à réussir, année après année, ma rentrée à la pouponnière.

TOUT D’ABORD, LE PARENT EST ACCUELLI

Pour initier  un climat de confiance, je rencontre les parents afin de les connaître et découvrir leur bébé. Je leur consacre une heure individuellement avec un questionnaire qui m’informe sur la santé, les habitudes et les comportements de leur poupon. Sans la présence du petit, il est plus facile d’échanger entre nous. De plus, je  réponds  à toutes les questions des parents. Ensemble, nous élaborons un plan d’intégration parfois plus court ou plus long selon les possibilités de chacun des parents.  La pouponnière reste ouverte aux parents utilisateurs : ils sont toujours les bienvenus. Cet environnement appartient à leurs enfants, à moi et à eux !!

La façon de quitter la pouponnière est toujours expliquée aux parents. Lors de l’arrivée de l’enfant à la pouponnière, on ne quitte jamais en cachette que le petit chou soit occupé ou non.  On  doit établir ensemble un rituel de départ pour l’enfant avec ses parents.

 

Quand le parent est prêt à quitter après avoir joué ou non dans le local, assis par terre avec son enfant, il me prévient. Je prends alors le bébé, le parent traverse la clôture. Après un dernier bisou à maman ou papa, je dis : « (Le prénom du bébé), ton papa, ta maman reviennent  tantôt» et la porte se ferme. Que le bébé pleure ou non la porte reste fermée. Les parents peuvent toujours jeter un œil par le trou du passe plat chez la cuisinière ou m’appeler en tout temps pour du réconfort. Parallèlement, les visiteurs sont limités en période  d’intégration.  Une affiche collée sur la porte  indique à tout le monde que les visiteurs sont limités. La porte du local  reste fermée en tout temps. Un lien d’attachement est en train de se construire et c’est précieux.

 

JE M’ORGANISE

Avec les informations  recueillies  lors de notre rencontre, j’organise mon local en notant sur mes tableaux les habitudes alimentaires, de sommeil et d’hygiène de chaque bébé pour  m’organiser et établir une routine afin de respecter le rythme biologique de chacun.  Je sors les jeux préférés et le matériel nécessaire, car en période de séduction on apprend à se connaître.  Répondre au plus vite aux besoins des enfants et communiquer avec lui renforcent son lien de confiance et établissent un lien d’attachement.

Les premiers jours l’observation est primordiale. On s’apprivoise dans notre local : je tente d’avoir des sourires et retiens pour les prochains jours les jeux favoris pour les obtenir de nouveau. De plus, je parle aux enfants, je surveille les signes d’insécurité. Je suis toujours là, en parole. Si je ne suis pas dans leur champ visuel, je nomme ce que je fais.

Il est de notre responsabilité de prendre en main l’adaptation de chaque enfant, de chercher des solutions  adaptées et de se baser sur nos observations. Il ne faut oublier de souligner aux parents ce que l’enfant a aimé et les moments plus difficiles que vit son bébé. Bref, la communication est toujours importante. Acceptez toujours l’aide et les commentaires des parents, ils peuvent nous mettre sur une bonne piste !

 

MA TECHNIQUE POUR QUE L’ENFANT DÉLAISSE MES BRAS :

1 – Je prends le bébé quelques instants, je tente de l’intéresser ;

2 – Je m’assois par terre avec lui dans mes bras ;

3 – J’assois le petit entre mes jambes sur le plancher pour qu’il se retrouve à côté de moi.

Il faut de la patience et beaucoup de concentration. Le temps d’adaptation est différent pour chacun. L’enfant est unique. La constance et la  répétition  aident  à  rassurer les bébés.

Je laisse aux petits ses objets de transition pour assurer son réconfort : sa suce, sa doudou, son toutou avec les odeurs de sa maison. Des petits sièges, des carrosses et des boîtes de carton le sécurisent, car il se sent entouré et bien assis. Ces outils m’aident  pour aller dehors ou lorsque mes bras et mes mains sont occupés. En laissant ma main sur lui, en tenant sa main, je suis près de lui sans nécessairement l’avoir dans mes bras. Je dois partager équitablement mes bras et donner de l’attention à  chacun.

Pour cette période, les parents fournissent la nourriture en purée, les biberons préparés, les collations préférées de leurs trésors qu’ils laissent dans des paniers identifiés à leurs noms dans notre frigo pour que l’enfant retrouve ses goûts et le réconforte lors de cette routine. Un coin de photos de famille est installé sous la table à langer pour l’année. Chaque bébé découvre sa famille dans une porte cachette qu’il soulève. Coucou !!! J’utilise les couvercles de serviettes humides pour bricoler les cachettes.

L’organisation et les choix de l’équipe de travail sont au cœur de la réussite d’adaptation avec un groupe de poupon.  Je travaille tous les jours soit 5 matins de 7h00 à 13h30, tandis que ma collègue travaille tous les jours, les après-midis, de 13h00 à 18h00  (horaire particulier pour notre groupe). J’accueille tous les matins les petits. Les poupons apprivoisent donc mon visage et celui de ma collègue. Cette période n’est pas  recommandée  pour intégrer une stagiaire.

Courage mes chères consoeurs  lors de cette période ! Avec du temps, de la patience, des petites attentions, de la générosité et sans doute en  s’oubliant un peu, on offre notre meilleur aux bébés en  intégration.  Les petits demandent tout notre temps. À force de travail répété, comme par magie, la constance dans la routine et la confiance seront bientôt acquises. Un lien d’attachement sera créé et l’année se poursuivra dans le plaisir et la sécurité. Quand le bébé se sent en  sécurité,  il est prêt à conquérir le monde. BONNE RENTRÉE !

Le deuil vécu par les tout-petits

Marie-Pascale Deegan, Travailleuse sociale

Mars 2014

www.aveclenfant.com

De nombreux tout-petits se trouvent confrontés à la mort d’êtres qui leur sont chers. Accompagner un enfant faisant face à la mort d’un proche soulève beaucoup de questions et d’émotions chez la plupart d’entre nous : Que comprend-il de la mort? Que faut-il lui dire? Doit-il prendre part aux rites funéraires? Comment ressent-il l’absence de la personne décédée dans sa vie? À quelles réactions s’attendre de sa part? Comment l’aider et quand s’inquiéter?  Levons donc le voile sur ce sujet à la fois omniprésent et tabou.

 

Qu’est-ce que le tout-petit sait ou comprend de la mort?

Le jeune enfant n’a pas encore atteint un stade de développement cognitif qui lui permettrait de bien saisir ce qu’est la mort. Au cours de la petite enfance, il découvre que la mort fait partie du cycle de la vie et qu’elle est inévitable pour tous. Cependant, il demeure très ardu pour lui d’établir un lien entre la mort et sa cause physique. De plus, le jeune enfant conçoit très difficilement que la mort puisse signifier la fin absolue pour une personne, que son corps puisse cesser de fonctionner, puis d’exister. D’ailleurs, l’irréversibilité de la mort, c’est-à-dire le fait qu’un être mort ne pourra jamais redevenir vivant, est impossible à assimiler avant l’âge de 9 ou 10 ans environ. Ainsi, un jeune enfant peut s’inquiéter pour le confort d’une personne décédée ou espérer son retour.

 

Comment l’enfant réagit-il au décès d’un proche?

Le deuil

Un deuil, c’est tout ce qu’une personne vit à la suite de la mort d’une personne qu’elle aime. C’est pourquoi chaque deuil est unique. C’est aussi pourquoi, contrairement à ce qu’on entend souvent, un deuil ne se résout pas et ne prend pas nécessairement fin. La personne endeuillée peut s’habituer à l’absence de la personne significative dans sa vie et créer un nouvel équilibre sans elle sans pour autant cesser de se remémorer avec émotion des souvenirs liés à elle ou de réagir occasionnellement à son absence.

Les réactions des tout-petits

Le bébé peut ressentir vivement l’absence de la personne décédée si elle jouait un rôle significatif auprès de lui. Il ressent aussi la tension vécue par les personnes qui gravitent autour de lui au cours de la période entourant le décès. Il réagit aux changements qui surviennent dans sa vie dans ces circonstances. Il peut exprimer le sentiment d’insécurité que lui occasionnent ces sources de stress par des pleurs ou même par des cris stridents.

Le tout-petit comprend très mal ce que signifient la mort, les événements et les rituels qui l’entourent, les réactions des gens et les changements qu’un décès entraîne. Son inexpérience et son immaturité cognitive l’empêchent d’interpréter avec justesse ce qu’il observe ou de se faire une idée réaliste de l’avenir. Il a besoin d’adultes pour répondre à ses questions, pour lui expliquer ce qui se passe et ce qui se passera dans des mots qu’il peut comprendre. Même avec leur aide, il n’est pas en mesure de tout saisir car il n’a pas atteint un degré de développement assez avancé pour ce faire. Comme le bébé, l’enfant qui a entre 18 mois et cinq ans est insécurisé par l’absence de la personne décédée et peut vivre toute la gamme des émotions au fil de ses expériences entourant le décès. Il est aussi insécurisé par les réactions de ses proches au décès et par tous les événements et les changements qu’il entraîne.

À tout âge, l’enfant endeuillé peut présenter des réactions physiologiques : faiblesse musculaire, diarrhée, difficultés respiratoires, perte d’appétit, insomnie et plusieurs autres. Son système immunitaire peut subitement baisser la garde, ce qui le rend vulnérable à toutes sortes de virus. Dans certains cas, on peut même assister à un arrêt temporaire de son développement physique.

Entre 0 et 5 ans, l’enfant ne peut pas envisager tout ce que la mort d’un proche risque d’entraîner comme conséquences dans sa vie. Il n’a d’autre choix que de le découvrir petit à petit et de réagir à ses découvertes au moment où il les fait. Ainsi, il est à prévoir qu’il vivra longtemps certaines réactions de deuil, au fur et à mesure qu’il assimilera certains éléments qu’il lui était impossible de comprendre au moment du décès.

Les facteurs qui influencent la façon de vivre le deuil

Outre l’âge, de nombreux facteurs peuvent influencer les réactions d’un enfant au décès d’un proche, entre autres le tempérament et la personnalité de l’enfant, son sexe, son lien avec la personne décédée, sa présence au moment de la mort ou les conditions dans lesquelles on la lui a annoncée, sa participation aux rites funéraires et sa préparation à ces derniers.

Cependant, chaque deuil étant aussi unique et mouvant qu’un nuage, il importe de ne pas juger des impacts de chacun de ces facteurs sur le deuil de l’enfant, mais bien de les discerner. Ainsi, pour Suzie, le fait d’avoir été endormie auprès de son grand-père qu’elle adorait au moment de son décès la réconforte. Pour le moment, pour elle, sa présence au moment du décès agit comme un facteur de protection.

 

Quand s’inquiéter? Quand chercher de l’aide spécialisée?

Lorsque les symptômes – les réactions physiologiques ou les manifestations de souffrance psychologique qui ont surgi à la suite du décès – sont intenses ou fréquents ou lorsque leur fréquence et leur intensité s’accroit, il importe d’offrir au jeune endeuillé une aide adaptée à ses besoins. La dépression doit également être décelée et soignée. Enfin, si l’enfant se remémore continuellement une scène traumatique liée au décès, s’il fait des cauchemars, s’il évite certains lieux ou objets qui lui rappellent un mauvais souvenir ou s’il se montre hyper-vigilant, tous des signes d’état de stress post-traumatique, il faut intervenir sans tarder.

Même en l’absence de symptômes évidents, tous les enfants endeuillés ont besoin que l’on porte une grande attention aux signaux qu’ils émettent et qu’on veille à répondre à leurs besoins. Une aide spécialisée au cours de la maladie grave d’un proche, dans les moments entourant la mort et les rites qui s’ensuivent ou au cours des premiers temps suivant un décès peut largement contribuer à éviter d’éventuelles complications.

L’enfant endeuillé a besoin de pouvoir exprimer ses émotions sans crainte d’être jugé, qu’il soit en colère contre le défunt, qu’il ressente encore beaucoup de tristesse très longtemps après la mort, qu’il se sente soulagé par l’absence de la personne dans sa vie, qu’il vive des émotions très différentes des autres membres de sa famille, bref, quoi qu’il ressente. Il a aussi besoin d’être respecté dans son choix de ne pas en parler, si tel est le cas. Il a besoin d’être validé dans sa façon unique de vivre le deuil, c’est-à-dire de savoir que ce qu’il ressent et que ce qu’il fait ou ne fait pas est correct. Peu importe qui est décédé, l’enfant qui ressent la mort d’une personne comme un événement important pour lui a besoin d’être reconnu dans le lien qui l’unissait à cette personne. L’enfant a besoin d’être inclus et de participer à sa façon aux rites entourant la mort d’un proche. Il a aussi besoin d’être renseigné sur les causes et circonstances véridiques de la mort. Il a également besoin d’informations claires et précises entourant les rites funéraires : Pourquoi toutes ces fleurs? Qui sont tous ces gens qui pleurent? Comment se peut-il que l’être aimé se retrouve dans une urne? Que signifie incinérer? Souffre-t-on lors de l’incinération? Enfin, l’enfant endeuillé a besoin de contacts physiques chaleureux.

 

Quoi lui dire et comment l’aider?

L’annonce

Il est essentiel d’aviser l’enfant du décès d’un proche le plus vite possible, en évitant les détours. L’enfant ne devrait pas deviner la mort de la personne, mais bien en être informé. L’annonce devrait être faite à tous les membres de la fratrie en même temps, idéalement par le parent. Les éléments essentiels entourant les circonstances et la cause de la mort devraient être décrits de façon simple et précise. Il importe de vérifier que l’enfant comprend les informations qui lui sont données et les mots nouveaux qui sont utilisés.

Le choix des messages et des mots

En raison de son incapacité à concevoir la mort, le tout-petit a besoin qu’on lui explique clairement que la personne est morte « pour vrai ». Que son corps a cessé de fonctionner, qu’elle ne peut plus souffrir, que son coeur a cessé de battre. Il a besoin qu’on lui dise que la personne ne peut plus sentir, entendre ou toucher, qu’elle ne peut plus bouger ou jouer. Ces explications l’aideront à comprendre que la personne ne reviendra pas et qu’il ne doit pas s’inquiéter pour elle. Il est primordial d’éviter de lui dire que la personne s’est endormie pour toujours, qu’elle est partie en voyage ou qu’elle est au ciel, car ces images peuvent engendrer par exemple la peur de s’endormir, l’attente du retour ou le désir d’aller rejoindre la personne au ciel.

Les réponses aux questions

Josée Masson, directrice générale de l’organisme Deuil Jeunesse, affirme que lorsque les enfants endeuillés posent des questions, ils ont besoin de « CLARTÉ ». Cet acronyme représente leur besoin de calme, de limpidité ou d’honnêteté, d’attention à ce qu’ils cherchent véritablement à comprendre, de rapidité dans le délai de réponse, de tolérance à la répétition des questions et d’exactitude en réponse à leurs questions.

Les rites funéraires : bienfaits et respect du choix éclairé de l’enfant

Le fait de participer aux rites funéraires peut aider l’enfant à mieux vivre son deuil. En effet, ces rites peuvent contribuer à rendre la mort concrète. Lorsque c’est possible, voir ou toucher le corps de la personne décédée peut aider l’enfant à comprendre l’arrêt du fonctionnement du corps et la réalité de la perte qui survient dans sa vie. Les rites funéraires offrent aussi à l’enfant l’occasion d’exprimer sa peine. De plus, à l’occasion de ces rites, l’enfant peut bénéficier du soutien de sa famille et de sa communauté. Enfin, les rites funéraires peuvent aider l’enfant à donner un sens religieux ou symbolique à la mort. Même le bébé devrait idéalement participer à ces derniers, car plus tard le fait de savoir qu’il y a pris part pourra l’aider dans son processus de deuil.

Le choix final d’assister ou non aux rites funéraires ou de déterminer la façon d’y prendre part doit revenir à l’enfant en mesure d’exprimer un choix. Ce choix devrait être éclairé, c’est-à-dire que l’enfant devrait être informé le plus clairement et concrètement possible du déroulement prévu avant de prendre sa décision. S’il y assiste, ces explications contribueront à ce que son expérience soit bienfaisante pour lui. S’il choisit de ne pas y assister, il importe de le respecter, de voir à l’intégrer autrement et de répondre d’une autre façon aux besoins auxquels ces rites répondent.

La stabilité et la sécurité affective

Le bien-être du tout-petit dépend beaucoup de celui des adultes significatifs qui en prennent soin. Si ces derniers sont également endeuillés, il importe qu’ils reçoivent tout le soutien dont ils ont besoin. De plus, le maintien des habitudes de vie et la poursuite des activités courantes de l’enfant devraient être favorisés le plus possible afin de nourrir chez lui un sentiment de sécurité affective. La poursuite de la fréquentation du service de garde, par exemple, peut être très réconfortante pour l’enfant endeuillé, car il s’agit généralement d’un milieu de vie important pour lui dont le fonctionnement n’est pas altéré à la suite du décès de son proche.

 

Ressources utiles

  • Deuil Jeunesse http://www.deuil-jeunesse.com/ :Information et accompagnement des familles et des jeunes qui vivent la mort, la maladie grave d’un proche ou la séparation et autres services destinés à ces clientèles. Formations destinées aux professionnels.
  • Masson, Josée (2010). Mort, mais pas dans mon coeur – Guider un jeune en deuil. Montréal, Les éditions logiques, 340 pages.

 

Sources

Masson, Josée (2010). Mort, mais pas dans mon coeur – Guider un jeune en deuil. Montréal, Les éditions logiques, 340 pages.

Formation Concepts de base sur les jeunes endeuillés par Josée Masson, directrice générale de Deuil Jeunesse, 2013.

Formation Intervenir auprès des jeunes endeuillés par Josée Masson, directrice générale de Deuil Jeunesse, 2013.

Communication avec les parents

Les exigences de Clémence. Clémence est une maman très soucieuse du bien-être de son enfant. Elle vous demande toutes sortes de petites attentions individuelles pour son enfant : tel chapeau si telle température, tel chapeau si l’enfant se plaint de serrement à la tête, abstention de sortie dans la cour, etc. Ces demandes incessantes s’inscrivent mal dans un contexte de groupe. Comment allez-vous lui dire ?

Réponse :
« Je me sens coincée face à votre demande. Je constate que vous vous souciez du bien-être de votre petit Jonathan. J’ai à cœur la santé et le confort des enfants et les échanges avec les parents sont précieux pour moi en ce sens. Cependant, j’ai aussi à répondre aux besoins de tous les enfants du groupe. Le groupe a besoin de s’oxygéner et de bouger c’est pourquoi je dois sortir jouer dehors avec eux. Soyez assurée que Jonathan sort bien habillé et joue bien au chaud. Les vêtements que vous lui apportez sont très bien adaptés. »

Rencontre avec des parents d’un enfant à problèmes

Je dois rencontrer un parent pour lui parler des difficultés persistantes de son enfant dans le milieu de garde. J’aimerais savoir comment m’y prendre, comment préparer la rencontre.

Le parent doit avoir été sensibilisé à la difficulté vécue par son enfant avant la rencontre formelle « Mathieu a de la difficulté à partager et à demander les jouets. Il frappe ses amis pour obtenir ce qu’il veut. Je tente de lui apprendre ces temps-ci et je vous en redonne des nouvelles ».

Il est très important de procéder à une observation systématique des comportements de l’enfant afin de dresser un portrait complet de l’enfant. Vous devez parler de faits concrets pour illustrer autant les forces, les progrès de l’enfant que les éléments qui posent problème. L’observation doit donc être faite dans tous les moments de vie de l’enfant et décrire ce qui se passe avant l’émission du comportement perturbateur, la nature du comportement (sa fréquence, sa durée, son intensité) ainsi que ce qui survient après le comportement.

Enfin vous devez prendre un rendez-vous avec le parent. Prévoyez environ 1 heure durant laquelle, vous pourrez être totalement disponible aux échanges entre adultes.

Voici les étapes de l’entrevue formelle :

  1. Accueillir les parents en parlant d’un sujet neutre.
  2. Communiquer le but de la rencontre. Les objectifs sommaires ont déjà été nommés lors des échanges verbaux relatifs au rendez-vous fixé pour la rencontre formelle. Les objectifs généralement identifiés sont :
    a) partager nos perceptions des besoins de l’enfant. On ne parle pas de difficultés mais bien de besoins.
    b) s’entendre sur des moyens concrets d’y répondre.
  3. Insister sur le partenariat et valoriser la présence des parents qui témoigne de ce désir de concertation.
  4. Nommer les forces de l’enfant en terme de comportements observables.
  5. Nommer les progrès observés et les éléments à développer davantage.
  6. Nommer les points à travailler en terme de comportements observables.
  7. Valider le portrait de l’enfant ainsi décrit. Les parents partagent-ils cette perception ? Ont-ils observé des éléments similaires à la maison ? Le partage d’une même perception est à la base de la collaboration. Vous vérifiez ainsi leur compréhension et allez chercher leurs réactions. Les parents émettent parfois des hypothèses pour expliquer les comportements de leur enfant. Vous pouvez alors échanger à ce sujet.
  8. Communiquer aux parents les stratégies d’intervention déjà appliquées et les informer des réactions de l’enfant.
  9. Inviter les parents à parler des stratégies éducatives utilisées à la maison (souvent ici les parents parlent des moments plus difficiles et cherchent des solutions auprès de vous). Valoriser les compétences parentales et le travail d’équipe en nommant les stratégies appliquées dans les deux milieux.
  10. Émettre des solutions concrètes applicables à court terme face aux comportements de l’enfant. Inviter les parents à s’exprimer sur ce que vous leur proposez.
  11. S’entendre sur les modes de communication à adopter pour le suivi.
  12. Planifier une rencontre de suivi pour faire le point sur l’évolution de l’enfant et évaluer les stratégies employées (se donner un minimum d’un mois pour l’observation).
  13. Remercier les parents de leur collaboration et réaffirmer votre confiance dans le travail d’équipe garderie/ maison et dans le potentiel de l’enfant.

L’écoute, le respect et le non-jugement sont essentiels au partenariat. N’oubliez pas qu’il est difficile pour le parent d’entendre parler de son enfant en difficulté. Le parent est sensible aux malaises de son enfant. En parlant de vos inquiétudes vous agissez en professionnelle. Le parent réagit à vos paroles à son rythme. Vous n’êtes pas là pour le convaincre mais bien lui transmettre vos observations de son enfant dans un objectif de son développement optimal et harmonieux.

En présence du parent, puis-je intervenir avec son enfant?

Je suis RSG et je m’occupe de six bouts de chou donc Lucas qui a trois ans et demi. Lucas s’amuse à la garderie, c’est un enfant sociable, rieur, actif et qui sait suivre les consignes en général. Cependant, lorsque sa mère vient le chercher en fin de journée, il devient impossible. Sa maman et lui montent au rez-de-chaussée pour l’habillage et le départ tandis que je reste au sous-sol dans l’aire de jeux avec les autres enfants. Sa maman éprouve de la difficulté à se faire obéir, elle lui parle, hausse le ton et lui répète qu’ils doivent partir pour la maison. Il court, refuse de s’habiller, sort des jouets. Quelquefois, je m’implique et aide la mère en réprimant Lucas. Je me demande si je fais bien ou si je devrais laisser la mère intervenir avec son enfant?

Il revient au parent d’intervenir auprès de son enfant. Dès que le parent accède au milieu de garde, il reprend son rôle d’autorité. Bien que le parent vous ait confié le mandat de veiller au bien-être de son enfant lorsqu’il était absent en aucun cas cela ne le décharge de sa responsabilité parentale. L’enfant doit savoir et sentir que son parent demeure l’acteur principal de son éducation et que rien ni personne ne peut surpasser son autorité. Il est dommage de constater qu’en présence de d’autres adultes, certains enfants agissent en ignorant leur parent. L’enfant doit savoir que même si une autre personne le prend en charge, que ce soit une éducatrice, une enseignante, un entraîneur de sport, son parent demeurera toujours intéressé. Il grandira toujours sous le regard de ses parents qui retiendront des commentaires, des perceptions des autres une vision unique de leur enfant. C’est à travers cette continuité que l’enfant se construira. Il n’est pas l’addition des perceptions de l’éducatrice, de l’enseignant ou de la voisine. Il a une identité propre unifiée.

Comme intervenante vous devez, par conséquent, rester disponible aux enfants dont les parents sont absents et laisser aux parents présents la responsabilité d’assumer leur rôle parental. Si la mère de Lucas ressent le besoin d’échanger avec vous au sujet de l’attitude de son fils elle le fera. Vous n’avez pas à vous immiscer dans leur relation. Par contre, si le comportement de Lucas nuit à la sécurité des autres enfants vous devez lui exprimer clairement votre désapprobation. «Lucas, c’est mon travail de protéger les enfants quand leurs parents ne sont pas là, qu’ils travaillent. Je ne peux pas te laisser frapper Emeline.»

Si la maman de Lucas n’arrive pas à arrêter Lucas et qu’il en résulte des jouets partout ou des bris, parlez-en à la mère sans la présence de son fils. Expliquez-lui votre malaise et les conséquences éventuelles du comportement de l’enfant. «Hier soir, je suis montée au rez-de-chaussée après votre départ et j’ai constaté qu’il y avait des jouets près de l’escalier et dans l’entrée alors que nous avions fait le rangement. Cela m’inquiète. Je crains avec tous les va-et-vient qu’il y a à la garderie que quelqu’un se blesse.»

Si la situation se reproduit fréquemment, rencontrez de nouveau le parent en lui disant que vous aimeriez regarder la situation avec elle et voir ce qui pourrait être fait pour éviter que cela ne se reproduise.

N’oubliez pas que les parents veulent un environnement sécuritaire pour leur enfant et qu’ils veulent être reconnus et respectés dans leur rôle parental.

Partager avec les parents nos inquiétudes au sujet de leur enfant

Jocelyne s’inquiète des comportements d’Étienne 4 ans. Elle l’observe et constate qu’il éprouve de la difficulté à créer des liens positifs avec les autres enfants. En effet, il bouscule et se précipite pour se joindre à un groupe de pairs, il arrache les jouets des autres. Sa présence au sein d’un groupe entraîne des conflits. Les enfants le craignent et le repoussent lorsqu’il tente de jouer avec eux. Ces attitudes de rejet le mettent en colère et il détruit à ce moment les productions, constructions ou mises en scène des autres. Jocelyne sait que ces comportements et la situation de rejet nuiront à son intégration harmonieuse à la maternelle et à l’édification d’une bonne estime de soi. Elle veut donc sensibiliser les parents au besoin d’Étienne.

Préparation de la rencontre

La première étape est de recueillir les renseignements à l’aide d’observations concrètes afin de dresser un portrait complet de l’enfant. L’observation doit être faite dans tous les moments de vie et décrire ce qui se passe avant l’émission du comportement, la nature du comportement (fréquence, durée et intensité) ainsi que ce qui survient après le comportement. L’objectif est d’identifier les besoins de l’enfant. Nous pourrons alors communiquer aux parents notre perception des besoins de son enfant et échanger sur sa propre perception et sur les moyens pour y répondre.

Par la suite, l’intervenante doit préparer la rencontre, les étapes, prévoir la durée et le lieu (étapes décrites de façon succincte dans un article déjà affiché sur le site).

Mon enfant, le cœur de ma vie

Un parent n’est jamais indifférent aux messages qu’il reçoit au sujet de son enfant. L’image projetée par l’intervenant le touche profondément. Parfois, cette image confirme celle que le parent possède déjà au fond de lui et ce depuis même la gestation. Alors, la rencontre entre l’enfant rêvé et l’enfant réel est heureuse. Mais lorsque l’éducatrice dresse un portrait de l’enfant différent de celui élaboré par le parent, ce dernier réagit pour préserver l’image de l’enfant rêvé. Cette confrontation est douloureuse et bouleverse l’équilibre émotif du parent. Si l’écart entre l’enfant rêvé et l’enfant réel est grand, le parent passe par un processus de deuil soit déni, colère, tristesse et reconnaissance ou acceptation. La durée de ce processus est différente d’une famille à l’autre et les parents se mobilisent à la dernière étape. Certaines éducatrices ressentent l’absence de mobilisation parentale comme un désaveu quant à leurs compétences professionnelles. Il n’en est rien. Bien que le parent réagisse parfois par la colère ou la passivité il faut comprendre qu’il éprouve de grandes difficultés à accepter que son enfant manifeste des besoins particuliers. Le rôle de l’éducatrice est de sensibiliser et non de convaincre.
Responsabiliser ou culpabiliser
L’éducatrice et le parent agissent tous deux comme agents de socialisation de l’enfant et ont une responsabilité d’accompagner l’enfant qui grandit. L’éducatrice exerce son rôle de façon passagère, son implication émotive ne se compare pas à celle du parent. Il est contreproductif d’accabler le parent de reproches ou de s’acharner sur lui. Le parent est un partenaire c’est-à-dire qu’il possède des compétences éducatives et surtout une connaissance intuitive profonde de son enfant.
Si nous reconnaissons et valorisons son apport, il sera motivé et désireux de s’impliquer au plan de soutien au développement. Si par contre nous agissons comme expert, il nous remettra le problème puisque nous signifions que nous sommes les « connaisseurs ». L’approche « devin » est aussi à bannir, évitez les prédictions. Bien que l’intervenante connaisse les trajectoires à risque de certains comportements manifestés à l’âge préscolaire, il faut se centrer sur ce que vit présentement l’enfant. Le parent sera sensible au fait que le comportement de son enfant nuit à son bonheur dans le groupe.

Voici quelques attitudes à éviter et d’autres à adopter :

À faire À éviter
Utiliser le terme besoin pour dresser le portrait de l’enfant Éviter l’emploi des mots : problème, problématique
Utiliser les mots plan de soutien au développement Éviter les mots plan d’intervention
Décrire les comportements de façon concrète et objective Attribuer des étiquettes ou des vocables sujets à interprétation
Dresser un portrait complet de l’enfant incluant autant ses forces que les points à développer Décrire seulement les comportements dérangeants ou inquiétants
Se centrer sur ce qui estobservable maintenant Prédire l’avenir (il ne pourra pas réussir à l’école)
Explorer ensemble les perceptions des besoins de l’enfant Agir en expert en conseillant, en donnant des ordres ou en posant un diagnostic
Exprimer votre intérêt pour l’enfant et votre désir d’aider l’enfant Dire au parent que le comportement de l’enfant est inacceptable et qu’il devrait le punir
S’informer auprès du parent afin de savoir s’il observe le même comportement à la maison Culpabiliser le parent en prétendant qu’il doit y avoir un événement familial responsable du comportement de son enfant
Exprimer notre ferme conviction que le partenariat permettra d’aider l’enfant Développer un plan de soutien en solitaire ou laisser le parent tout régler à la maison
Exprimer votre confiance dans les compétences parentales et cibler avec eux des attitudes éducatives positives réalisables maintenant Identifier et revenir sur les gestes éducatifs erronés que les parents ont faits dans le passé culpabiliser
Prendre des notes après l’entretien afin d’intégrer cette rencontre dans une démarche continue Minimiser l’importance de l’apport des parents
Tenter de sensibiliser Tenter de convaincre
Respecter le rythme d’acceptation du parent Harceler le parent de demandes répétitives
Informer l’enfant de la rencontre avec l’accord du parent ou préférablement demander au parent de le faire
« Nous allons nous rencontrer pour trouver des moyens pour que ça se passe bien à la garderie. Tes parents te diront après ce qu’ils ont décidé pour toi. »
Travailler en solo sans chercher à atteindre la cohérence éducative entre les deux milieux de vie l’enfant

Demandez-vous qu’est-ce qu’un bon parent pour vous. Avez-vous idéalisé la parentalité? Le parent exerce son rôle habité par sa propre histoire, confronté à sa propre réalité quotidienne au même titre que vous, éducatrice. Gaston Gauthier , un grand humaniste a dit : « Le parent est un outil qui doit servir l’enfant pour qu’il devienne plus autonome, plus créateur, plus libre. Si quelqu’un rêve de bien pour un enfant, je ne suis pas inquiet pour cet enfant. L’enfant grandit avec quelqu’un qui grandit avec lui. »