Être l’aîné, quelle corvée!

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Question
Je demande souvent à mon aîné de céder tel ou tel jouet à sa petite sœur et j’observe qu’à la garderie les pratiques sont différentes. On demande aux petits d’attendre que le plus vieux finisse son jeu en invitant ce petit à s’occuper à autre chose. Qu’en pensez-vous?

Le rang de naissance a un impact sur le développement de l’enfant, sur le rôle qu’il joue au sein de la fratrie et de la famille. L’aîné demeure le plus fidèle aux valeurs prônées par la famille. D’ailleurs, une étude portant sur les rivalités fraternelles (1) a démontré que l’ordre de naissances était le facteur principal pour prédire l’adhésion ou le rejet aux idées novatrices et controversées. En étudiant les scientifiques des quatre derniers siècles, on observe que les aînés sont en général conservateurs. Dans une famille l’aîné voudra donc défendre les valeurs traditionnelles familiales et ainsi plaire à ses parents. D’ailleurs n’a-t-il pas été avant la naissance de ses frères et sœurs le centre de toute l’attention parentale, celui sur lequel toutes les attentes parentales étaient projetées? Le premier enfant est aussi porteur des anxiétés parentales, nous apprenons avec lui le métier de parent. Par conséquent, lorsque les parents demandent à leur aîné d’être raisonnable, de donner le bon exemple, de céder aux plus petits ils lui imposent des responsabilités, des défis qu’il tentera coûte que coûte de relever pour plaire. Dans notre société, où le droit d’aînesse n’existe plus, cet aîné se retrouve avec des obligations sans avantage en compensation.

Il est vrai que les enfants apprennent par imitation et que le modèle offert par l’aîné a de fortes chances d’être plus évoluée et reproduit. Par contre, il est essentiel que chaque enfant puisse faire ses propres choix et suivre son propre chemin. Apprendre à demander, à attendre, à supporter la frustration du refus, tous ces apprentissages se font peu à peu à travers les relations sociales et fraternelles. Le petit doit apprendre que dans la vie on n’a pas tout ce que l’on veut au moment où on le désire. Le grand frère qui doit céder, s’oublier pour répondre aux désirs de sa petite sœur, risque de développer des sentiments négatifs envers elle. Le grand doit pouvoir jouir de privilèges reliés à son âge: se coucher plus tard, activités réservées, sorties. N’a-t-il pas eu à céder sa place d’enfant unique à l’arrivée du deuxième enfant?

Certains jouets doivent être réservés au grand et d’autres identifiés dans la zone de partage. Lorsque le grand échafaude tout un plan dans son jeu de construction par exemple et qu’on lui demande de céder un morceau, il ne se sent pas respecté dans sa créativité. Lorsque le grand prend en charge la sécurité de sa petite sœur et choisit donc d’entrer dans des rapports protecteurs, c’est bien. Mais l’imposition de ce rôle de protection en remplacement du parent soustrait l’enfant de son identité même soit celle d’être un enfant.

Référence:
1 Les enfants rebelles, Frank S. Sullonay, Éditions Odile Jacob, 1999.

Les héros batailleurs

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance

Avril 2012

www.aveclenfant.com

Les héros batailleurs1

Grognements d’animaux, fusillades en rafale, batailles entre héros et vilains : certains jeux d’enfant inquiètent les parents. Ils craignent que les enfants se blessent, ils anticipent le vacarme dans la maison. Et jusqu’où laisser aller l’enfant qui se prend pour un chasseur Pokemon® ou qui déploie coups de pieds et cris pour faire fuir son ennemi? D’autant plus que certaines séries télévisées et maisons de production cinématographique mettent sur le marché des produits dérivés qui créent toute une frénésie.

L’enfant rêve de posséder la force héroïque de Superman ou de Spiderman. Ces pouvoirs magiques lui permettraient de surmonter ses peurs et de quitter son état de dépendance. De plus, les enfants imitent spontanément ce qui est nouveau. Les petits de 2 ans reproduisent sans donner un sens à leurs gestes calqués sur des personnages. Les parents attentifs à cette démonstration doivent donner un sens à ce mimétisme en nommant l’émotion reproduite par l’enfant. Vers l’âge de 3 ans, l’enfant choisit ses modèles, les héros dont il s’inspire. Il intègre l’allure du héros, ses attitudes, ses facultés extraordinaires et parfois même son langage.

Quoi qu’il en soit, il est normal pour un enfant de s’identifier à un personnage. Réprimez ce type de jeu et vous découvrirez des Batman® sous la table, des Spiderman® derrière un paravent, et les jeux se feront en cachette. Il vaut mieux établir une connivence avec les enfants. Tentez de cerner ce qui caractérise les héros, ce que représentent pour eux ces personnages. Ils se feront un plaisir de corriger vos imitations. En entrant dans le jeu, vous pourrez les amener à l’enrichir, à le diversifier, à proposer des amis au héros, à lui attribuer d’autres émotions. Vous soutiendrez ainsi leur créativité.

Étonnamment, interdire le jeu combatif peut l’inciter. Le fait de jouer avec l’enfant l’aide à rediriger son jeu, à exprimer ses sentiments de façon symbolique et à développer sa capacité à régulariser ses conduites agressives à travers un personnage, un animal, une fantaisie. L’épée de carton, le fusil fait de blocs et la baguette magique servent à créer un monde imaginaire et à faire semblant de combattre, de tuer ou de transformer.

C’est l’adulte qui confond le héros batailleur et son arme à l’armada réelle, celle des grands, celle qui tue dans la réalité. C’est prêter aux petits toute une intention hostile et c’est toute une responsabilité que d’interdire ces jouets fusils tirés du cinéma parce qu’ils sont destructeurs. L’enfant d’âge préscolaire navigue de la réalité à son monde imaginaire.

En acceptant les jeux de guerre, les jeux combatifs ou les jeux de héros et en y participant, l’adulte reconnaît le besoin des enfants de maîtriser leur monde. Il peut alors leur proposer des solutions de rechange, aider l’enfant à se maîtriser la manette de contrôle, enrichir son jeu créatif et agir à l’occasion en tant que médiateur.

Heureusement, la majorité des émissions canadiennes pour enfants présentent des héros socialement adaptés, joyeux et pacifiques.

Sylvie Bourcier

1 Tiré de L’enfant et les écrans. Chapitre 4. L’influence des images violentes. Sylvie Bourcier 2010. Éditions Chu Sainte-Justine.

Favoriser le développement des relations sociales positives entre les enfants

Certaines stratégies simples favorisent le développement émotionnel et social de l’enfant. Nous pouvons comme intervenants offrir des occasions uniques aux enfants afin qu’ils vivent des relations sociales positives.

Certaines stratégies simples favorisent le développement émotionnel et social de l’enfant. Nous pouvons comme intervenants offrir des occasions uniques aux enfants afin qu’ils vivent des relations sociales positives. Il s’agit d’adapter, d’ajuster l’environnement physique et humain des enfants afin de susciter des interactions entre eux. Trois éléments sont à considérer: la composition du groupe, le choix du matériel et des activités proposées aux enfants.

En pairant des enfants socialement compétents avec des petits qui éprouvent de la difficulté à interagir de façon prosociale vous offrez à ces derniers l’occasion d’observer, d’imiter et d’apprendre.

En plaçant à la table un enfant socialement compétent en face d’un autre moins habile, vous offrez aussi la chance à ce dernier d’avoir sous les yeux un modèle positif à imiter. L’enfant apprenant entend l’autre demander, le voit échanger, partager des objets, prendre contact doucement. L’autre devient alors le modèle à imiter. Dans ces moments de pairage, l’apprenant s’amuse, vit des relations positives favorables au développement d’une bonne estime. L’intervenante profite de ces moments de pairage pour souligner les gestes prosociaux et encourager l’apprenant à maintenir ses bonnes façons de faire. L’activité choisie lors du pairage doit être stimulante et significative pour l’apprenant.

Certains jouets prédisposent également les enfants à partager et à coopérer. Par exemple, l’usage d’un petit chariot à tirer où un enfant peut promener l’autre ou du bateau à deux places est bien indiqué. Lorsqu’on choisit une grande feuille pour la peinture plutôt que des petites feuilles, on invite au travail collectif. Lorsqu’on propose de faire une cabane avec des boîtes, il est préférable de mettre à la disposition des enfants une quantité de boîtes qui les incitera à tenir compte des intérêts, des actions de l’autre. Nous pouvons aussi favoriser le regroupement en limitant à l’occasion le nombre de centres d’activités. En ouvrant deux ou trois coins-jeux au lieu de quatre ou cinq, nous augmentons le nombre d’enfants par coins et incitons ainsi la pratique du partage de l’espace et du matériel.

Les recherches entreprises afin d’évaluer les impacts de la mise en place de stratégies dites «environnementales» auprès d’enfants de deux à cinq ans, certains d’entre eux ayant des retards de développement et/ou des difficultés sociales, ont démontré l’augmentation des interactions positives entre pairs, une diminution des comportements inappropriés. Les garçons et les filles ont bénéficié tous les deux de ce type d’intervention. Ces stratégies de gestion de groupe sont efficaces dans la mesure où l’adulte encourage, soutient les enfants en interactions. La relation est toujours au cœur de toute intervention réussie.

Tiré et adapté de Using environnemental strategies to promote positive social interactions. Center on the social and emotional foundations for early learning. What works briefs #6

L’influence des pairs au sein d’un groupe d’enfants

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance

Mai 2010

www.aveclenfant.com

Moi avec les autres

À 2 ans, les contacts se font principalement autour des objets. Deux enfants convoitent le même jouet et la dispute s’ensuit inévitablement. Ce n’est pas tellement l’envie de jouer avec l’autre qui provoque les rapprochements entre enfants, mais plutôt les conflits de possession. D’ailleurs, une fois le désaccord réglé, les deux belligérants iront s’amuser chacun de leur côté. Jusqu’à 2-3 ans, les petits se montrent curieux à l’égard des autres enfants, mais ils s’intéressent beaucoup plus à l’adulte qu’ils cherchent à imiter.

Peu à peu, cependant, l’adulte sera exclu des jeux même s’il devra encore agir à titre de médiateur, de négociateur ou d’arbitre. Vers 3 ans, les enfants commencent à nouer des amitiés. Toutefois, les petits groupes qui se forment sont éphémères. Les enfants jouent les uns à côté des autres en se racontant ce qu’ils font individuellement et changent de partenaires de jeux au gré de leurs envies.

Plus l’enfant grandit, plus il ressent le besoin de faire partie d’un groupe. D’abord soudé à ses parents, il prend peu à peu conscience de son identité propre et cherche à trouver sa place dans un réseau relationnel. Son premier ancrage est sa famille, puis vient le monde extérieur dans lequel il doit s’adapter, s’affirmer, se distinguer.

Certains enfants se font facilement influencer par le groupe. Le plaisir prend le dessus et la capacité à se contrôler diminue. Même les comportements excessifs peuvent susciter l’imitation. L’imitation peut être utilisée comme moyen de communication. Elle peut exprimer un désir de rapprochement. En mimant l’autre, l’enfant lui signifie que ce qu’il fait l’intéresse ou ce qu’il est suscite son admiration. L’imité remarque le mimétisme et ce dernier obtient l’attention convoitée. Les pairs au sein d’un groupe servent de modèles. Cet effet de « modeling » peut d’ailleurs durer jusqu’à 6 mois après observation du modèle agressif. Lorsque cette contagion ne menace pas la sécurité des enfants ni le respect de l’environnement, féliciter ceux qui se contrôlent et ignorer l’enfant qui perturbe le groupe suffisent souvent à corriger la situation.

Mécanismes d’influence des pairs.

La réaction des pairs peut renforcer certains comportements. Le bouffon se rend bien vite compte que ses pitreries lui valent les rires contagieux du groupe. Certes son éducatrice ne partage pas son sens de l’humour mais la gloire du clown pèse plus dans la balance que les réprimandes de l’adulte ou encore lui mérite non seulement l’attention de son auditoire enfantin mais aussi celle de son éducatrice.

La pratique de l’humour, par contre, fait diversion et démontre aux enfants que la folie collective, passagère ne vous atteint pas. Cependant, lorsque la contagion amène la quasi-totalité du groupe à passer à l’action et risque de mettre en péril la sécurité des enfants, il faut agir rapidement.

Commencez par éloigner la source de l’agitation. Privé des encouragements des autres enfants et sécurisé par votre présence, l’enfant s’arrêtera. Exprimez-lui alors clairement vos attentes. Il est important ensuite de faire le point avec le groupe, de mentionner que les comportements ont des conséquences, et de réitérer votre confiance dans la capacité des enfants à faire leurs propres choix.

Lorsqu’on étudie les réactions des enfants à une agression, on peut constater qu’il y a des enfants qui crient, d’autres se retirent et enfin certains cèdent à leur agresseur. En cédant, ils envoient le message clair à l’agresseur, la méthode est efficace puisqu’elle permet d’atteindre son objectif. Il est donc impérieux que l’éducatrice soutienne la victime dans l’expression de sa colère et qu’elle manifeste clairement son désaccord.

Les pairs peuvent aussi sans le savoir enseigner aux autres comment éviter d’être la victime en devenant soi-même agresseur. En observant une altercation où la victime riposte agressivement et évite ainsi les coups ultérieurs, l’enfant apprend qu’il s’agit de se défendre avec nos poings pour éviter d’être la victime. Ce mécanisme d’inter influence s’opère dans un contexte où l’éducatrice fait preuve de laisser-faire et d’indifférence par rapport aux altercations accompagnées d’agressivité physique.

Cette force d’influence peut servir à l’apprentissage des habiletés sociales. En offrant des modèles prosociaux aux enfants éprouvant de la difficulté à entrer de façon positive en relation avec les autres, nous lui permettons de vivre une relation amicale positive et de changer peu à peu l’image négative qu’il projette aux autres. Les stratégies de jumelage d’un enfant compétent avec un enfant en difficulté s’avèrent un outil percutant et efficace pour contrer le rejet social.

Méthode

  • Former une dyade constituée d’un enfant compétent socialement et d’un enfant éprouvant des difficultés à entrer en relation de manière prosociale.
  • Organiser une période d’ateliers où le groupe d’enfants s’affaire dans différentes aires de jeux en sous-groupes.
  • Planifier une activité où les deux enfants auront à travailler à proximité l’un de l’autre, à échanger, à se faire des demandes pour du matériel et enfin à collaborer. Le niveau d’implication conjointe dépend de l’âge des enfants.
  • L’adulte soutient la dyade en intervenant de façon positive par des encouragements, des félicitations ou un apport technique. L’atmosphère doit être détendue. Il est donc essentiel de limiter les interdits. L’adulte supervise l’activité en soulignant les gestes prosociaux et en nommant les intentions prosociales parfois mal exprimées.

Utilisation de pairs prosociaux

Les enfants antisociaux ont tendance à se joindre à d’autres enfants qui démontrent peu d’habiletés prosociales. Ils entretiennent alors des relations peu satisfaisantes imprégnées de violence et vivent peu de plaisir ou de succès dans leurs contacts interpersonnels. Ils sont aussi sujets au rejet social des pairs.

Le fait d’avoir un ami compétent socialement facilite le développement des habiletés sociales de l’enfant impopulaire. Le regroupement d’enfants agressifs engendre par processus d’imitation des effets iatrogènes, la déviance est renforcée. La filiation des enfants déviants à des pairs prosociaux servant d’agents de changement permet à ces enfants d’observer des modèles affichant des comportements positifs et de pratiquer avec succès des habiletés sociales. On assiste alors à une augmentation des interactions positives entre les enfants et à une diminution du processus de rejet social.

Non seulement les relations entre les enfants prosociaux et les enfants antisociaux permettent le développement des habiletés sociales de ces derniers mais elles favorisent aussi le maintien de ces qualités relationnelles par désir de préserver et de solidifier les liens vécus positivement. L’éducatrice se doit donc de mettre en place des conditions qui favorisent l’apprentissage par les pairs, d’agir donc en prévention au lieu de se restreindre à seulement réagir aux imitations indésirables.

N’oublions pas que celui qui imite la bêtise de son voisin a besoin d’apprendre à faire ses propres choix, besoin de s’individualiser et d’être fier d’être différent de l’autre et possédant sa propre volonté.

Sylvie Bourcier
Intervenante en petite enfance

Professionnelles de l’enfance : attention à l’étiquetage

J’ai observé dernièrement dans mon milieu de garde une situation qui m’inquiète. Il y a un petit garçon qui est la cible des blâmes des autres enfants. Ils le déclarent coupable de méfaits à la garderie alors qu’il est malade et absent du milieu de garde. Il est vrai qu’il frappe les pairs et que je dois le reprendre régulièrement et le punir. J’avise la mère tous les soirs de ce qui se passe. Qu’est ce que je peux faire pour que les enfants cessent de le traiter ainsi et de lui attribuer tous les torts ?

Vos inquiétudes sont légitimes. Ces critiques formulées à répétition nuisent à l’estime de soi de cet enfant et témoignent d’une perception négative des autres à son égard. Il est nécessaire de transformer cette image négative afin que les enfants redécouvrent cet enfant dans ses forces, ses qualités. De plus, l’édification de l’identité négative de cet enfant nuit à son épanouissement. Plus il recevra des messages négatifs des autres, lui confirmant qu’il est « tannant, méchant » plus il défendra farouchement cette identité au détriment de ses qualités personnelles.

Voici quelques stratégies qui favorisent la construction d’une image positive de l’enfant et modifieront les perceptions négatives des autres enfants à son égard.

Stratégies éducatives

  1. Faites vos interventions à proximité de l’enfant. Évitez de nommer à voix haute audible par les autres enfants les réprimandes que vous lui adressez sauf dans les cas où l’intervention à distance est nécessaire par mesure de sécurité.
  2. Valorisez les efforts, les forces, les bonnes idées de l’enfant afin de lui faire reconnaître que le bon garçon existe. Même si l’enfant contrevient à une consigne immédiatement après que vous l’ayez félicité. Dites-lui : « Je viens de te dire bravo et tu lances les jouets en me regardant. Je continuerai à te dire bravo à chaque fois que tu fais bien les choses parce que je crois au bon garçon qui est en toi. »
  3. Lorsque vous êtes disponible, joignez-vous à cet enfant et nommez le plaisir que vous éprouvez à jouer avec lui. Les autres enfants verront votre intérêt à l’enfant et changeront peu à peu leur perception.
  4. Rectifiez la situation lorsque les enfants blâment injustement l’enfant.
  5. Modifiez votre de mode de communication avec le parent. Nommez à tous les jours ce qu’il a fait de bien. « Il a été capable de demander à son ami le jouet. Il a été capable d’attendre au dîner. » Vous informez les parents des difficultés et des progrès une fois par semaine. Par exemple, vous soulignez les progrès face à la capacité de l’enfant à demander un jouet d’un ami mais nommez sa difficulté à attendre encore observée lors des crises. Le parent est donc au courant de ce qui se passe mais ne peut punir l’enfant à nouveau. (Article : Une journée d’enfer à la garderie, Magazine Enfants Québec, Octobre 2000).
  6. Sollicitez la collaboration du parent afin qu’il valorise les bons coups de l’enfant; qu’il nomme ce qu’il fait de bon afin que l’enfant voit que ses efforts sont reconnus.
  7. Dites à l’enfant devant son parent qu’à partir de maintenant vous direz à sa maman ce qu’il fait de bien et que ses parents le féliciteront. L’enfant prend conscience que l’attention sera portée aux comportements positifs du quotidien et ne tentera plus de se faire remarquer par des comportements dérangeants. Il a donc avantage à faire des efforts et puisqu’il n’a plus un gain d’attention lorsqu’il contrevient aux consignes.

Les aimer oui, vouloir jouer à la mère, non!

Dans notre travail, nous accueillons des enfants qui s’attachent à nous. Comment faire pour ne pas trop s’attacher aux enfants des autres ? C’est particulièrement difficile de me séparer d’un enfant surtout lorsque la mère me semble plus ou moins présente.

L’éducatrice a un rôle tutélaire et éducatif. Elle ne remplace pas la mère. Elle n’est que de passage dans la vie de cet enfant qui lui a été délégué par la mère. Il ne faut pas que les désirs maternels de l’éducatrice soient projetés sur les enfants dont elle s’occupe. Si l’éducatrice soigne l’enfant, l’accompagne en lui parlant de ses parents, en le situant au cœur de sa vraie réalité familiale, elle lui évite les déchirements de la séparation. « Non, je ne suis pas ta maman. Ta maman c’est Suzanne. C’est elle qui sait le mieux être ta maman. » Le détachement se fera sur le mode de la relation éducative et non dans la relation fortement investie de l’attachement parentale.

L’éducatrice qui aime l’enfant comme une mère peut avoir tendance à juger la mère de l’enfant. Elle se considère comme celle qui sait ce qui est le mieux pour l’enfant et considère peu à peu la mère comme incompétente.

Dites-vous que pour l’enfant c’est sa mère qui soigne mieux, qui fait le mieux, qui sait le mieux être SA maman quelque soit ses façons de faire. Cet enfant est l’enfant de cette femme et de cet homme, c’est sa réalité, c’est son identité. Il doit être accepté et aimé comme un être humain tel qu’il est et quelque soit son origine, sa famille.

L’éducatrice, figure d’attachement

Est-ce que tous les enfants s’attachent à leur éducatrice? Qu’est-ce qui influence la qualité de la relation entre l’éducatrice et l’enfant?

Près de 75% des enfants ont un attachement sécurisant avec leur éducatrice. D’ailleurs, il est démontré que les enfants qui ont vécu un lien d’attachement sécurisant avec leur éducatrice sont plus compétents socialement. Ils manifestent moins de comportements agressifs et ont moins tendance à s’isoler des autres enfants. L’attachement entre l’éducatrice et l’enfant est un lien qui se développe par des soins adéquats et par une réponse sensible aux besoins de l’enfant.

En tant qu’éducatrice, vous êtes bien plus qu’une animatrice. Vous créez des relations qui ont une histoire porteuse de souvenirs, d’expériences, de moments partagés. Ces relations que vous tissez avec les petits vous permettront de décoder leurs silences, leurs hésitations. Ces relations génèrent des émotions chez l’enfant, et aussi chez l’éducatrice, qui deviendra alors sensible aux efforts, aux découvertes et au monde affectif de l’enfant.

Plusieurs facteurs peuvent influencer la qualité de la relation éducatrice-enfant. La personnalité de l’enfant joue dans la création de ces liens. Les enfants affectueux et exigeants récoltent plus d’attention et de réponses à leurs besoins que les enfants peu expressifs et retirés. De même, les enfants ayant vécu des liens positifs avec leur mère ont plus de facilité à s’attacher à l’éducatrice.

Les relations entre l’éducatrice et l’enfant varient aussi au gré des approches choisies par l’éducatrice. Les intervenantes qui se centrent sur l’enfant, créent des liens positifs plus facilement avec lui que celles qui optent sur une approche directive centrée sur les produits finis.

Il est aussi démontré que les éducatrices ayant une formation se montrent plus sensibles aux besoins de l’enfant. De plus, la fréquence des interactions positives (encouragements, disponibilité, soutien affectif) agit sur la qualité de la relation.

La stabilité du personnel oeuvrant auprès des enfants a un impact déterminant sur la relation. Les enfants qui ont passé plus de 12 mois avec la même éducatrice sont plus susceptibles de développer un attachement avec elle et ce particulièrement chez les enfants de moins de 3 ans.

Votre travail d’éducatrice repose avant tout sur la relation. C’est à travers les relations que vous transmettez des valeurs de respect, de générosité, d’entraide. Les encouragements, les félicitations ou les réprimandes auront un impact seulement si vous êtes significatives pour l’enfant. Voici comment développer des bonnes relations avec les enfants.

  • Priorisez les relations avec les enfants dans votre programme éducatif. Que chaque enfant puisse vivre du temps seul avec vous. Planifiez des activités en sous-groupe et permettez à l’enfant de jouer seul. Vous pourrez alors soutenir l’enfant individuellement, devenir complice de ses découvertes.
  • Prenez conscience des forces, des particularités de chaque enfant de votre groupe. Êtes-vous en mesure de parler de chaque enfant en terme de forces ou de besoins? Pourriez-vous raconter une anecdote, une tranche de vie en milieu de garde qui décrit qui est cet enfant?
  • Dites-vous que l’activité est un prétexte pour créer un lien ou pour stimuler l’enfant. Elle ne représente pas une fin en soi.
  • Soyez totalement présente à l’enfant dans tous les moments de vie. Si vous souriez en entendant ses mots d’enfant, si vous vous attendrissez devant son enthousiasme, si vous participez volontiers à ses jeux, si vous préparez gaiement un événement pour votre groupe et que vous démontrez une attitude sensible lorsque vous parlez au parent de son enfant c’est que vous avez ouvert votre cœur à cet enfant et avez su créer un lien significatif.

Maman et RSG: des enjeux, des défi

Je suis éducatrice en milieu familial, j’adore ma profession mais j’éprouve des difficultés avec mon enfant. Je suis réellement découragée de ses comportements agressifs envers les autres enfants. Je me demande si je devrais l’envoyer dans un autre milieu familial ou en CPE.

Je comprends votre désarroi ayant moi-même vécu l’expérience avec ma fille. Combien de fois me suis-je sentie divisée entre l’amour de ma propre fille qui tendait les bras pour un câlin et l’amour pour les enfants de mon groupe qui manifestaient eux aussi leur besoin d’être pris et sécurisés. Mon sentiment de compétence a été parfois ébranlé lorsque ma fille se montrait colérique aux yeux des parents.

Que se passe-t-il chez notre enfant lorsque nous travaillons auprès d’un groupe d’enfants auquel il est intégré? Pourquoi manifeste t-il des comportements dérangeants? Pourtant, il a l’opportunité de grandir dans un cadre sécurisant, chaleureux auprès de sa mère qui le stimule, l’encourage. Il a la chance de voir dans le regard de sa mère l’excitation, la joie devant ses premiers pas, ses premiers mots, la fierté devant ses prouesses, la tendresse de l’amour maternel. Grâce au contexte de groupe, il développe des habiletés sociales, il apprend à attendre, à partager, à demander, à négocier. Il développe de l’autonomie puisque sa mère partage son soutien avec tous. Il pratique ses habiletés langagières à travers la multiplication des interactions entre les pairs. Ce sont certes des avantages importants qu’il ne faut surtout par oublier puisqu’ils ont motivé le choix professionnel de la RSG, maman d’un petit d’âge préscolaire.

Mais lorsque nous nous penchons sur le vécu de l’enfant, nous devons reconnaître qu’il doit faire face à de nombreuses modifications de son environnement. Il subit des modifications dans son environnement physique, il doit partager son territoire, ses objets. Son monde affectif est en bouleversement car l’élargissement de son univers social entraîne des délais de sa maman à répondre à ses besoins et/ou à ses désirs et aussi le partage de l’attention et du temps accordé par sa mère. De nouvelles règles lui sont imposées dans ce contexte de groupe. Son horaire est parfois modifié au gré des besoins du groupe d’enfants ou des parents. Des enjeux développementaux sont liés à ces changements.

On demande à l’enfant de comprendre que sa mère joue un autre rôle, celui d’éducatrice. Il doit donc sortir de son propre point de vue alors que sa pensée se caractérise par l’égocentrisme. Ce n’est qu’après sept ou huit ans qu’il se dégagera progressivement de cet égocentrisme et comprendra la relativité et la diversité d’une même réalité. Alors, seulement il lui sera possible de voir sa mère comme sa mère mais aussi comme une éducatrice. Nous avons donc une attente irréaliste lorsque nous désirons que le petit comprenne la réalité du double rôle.

D’un point de vue affectif, l’enjeu se dessine au niveau de la rivalité. L’enfant sent sa place privilégiée menacée, les enfants accueillis dans le milieu de garde familial deviennent des rivaux. Les gestes de tendresse, d’écoute et d’aide faits par sa maman envers les autres deviennent pour lui une trahison. Non seulement doit-il apprendre certaines habiletés prosociales mais il se retrouve envahi dans son territoire. Il ne s’agit plus de partage simple mais d’envahissement et d’intrusion par d’autres enfants dans son cadre de vie. Il voit son sentiment d’appartenance ébranlé; on ne le reconnaît plus comme l’enfant de sa mère puisque celle-ci lui retire ses privilèges, son amour exclusif. Cette perception de perte insécurise l’enfant qui se retrouve dans un cadre relationnel en mutation.

Ce qui sécurisait l’enfant dans son milieu physique, son petit coin tranquille, ses petites cachettes secrètes, ses objets rassurants chargés d’odeurs se retrouvent parfois dans la zone du partage. Ses jouets, sa maison, sa maman définissent l’identité de l’enfant. C’est ce que L’Écuyer(1) appelle le soi possessif, une des structures du concept de soi. Lorsque la zone privée n’est pas préservée, les sentiments de sécurité et d’identité de l’enfant se fragilisent.

Certains enfants réagissent en manifestant des comportements agressifs. Ils poussent les enfants qui ne veulent pas suivre ses ordres ou les consignes de sa maman. Ils génèrent de nombreux conflits de possession. Tous les jouets sont à eux. Ils provoquent des disputes reliées à l’espace. Ils cherchent à garder le contrôle sur leur environnement et à s’assurer une place privilégiée dans le groupe et surtout auprès de sa mère. Certains se transforment en diablotin afin d’obtenir l’attention par le biais des punitions, des réprimandes. C’est si difficile de ne plus être le seul point de mire, le seul objet d’amour de sa maman. D’autres enfants régressent, agissent comme les petits bébés afin d’être nourris, langés, bercés, pris comme eux. Dans leur pensée magique ils s’imaginent qu’en se souillant de nouveau, en demandant la suce ou le biberon ou encore en parlant comme un bébé, ils retrouveront les doux bras de leur maman comme autrefois et comme les poupons intégrés dans leur milieu de garde familial.

Malgré la présence de ces défis que doivent relever l’enfant et sa maman, il est possible d’aider l’enfant à développer des stratégies adaptatives qui feront de lui un enfant heureux, confiant dans l’amour inconditionnel de ses parents.

  1. Aménagez votre milieu en préservant une zone d’intimité. Ce territoire sera réservé à votre enfant. Il pourra s’y réfugier pour se sécuriser ou pour apprivoiser progressivement le contexte continu de proximité lié à la garde en milieu familial. N’oublions pas qu’il doit vivre en contexte de groupe près de dix heures par jour. Sa chambre peut servir de lieu de tranquillité s’il est assez vieux pour y être en sécurité. Vous pouvez aussi réserver un coin dans la salle de jeu où l’enfant pourra se réfugier au besoin.
  2. Identifiez avec votre enfant des objets, des jouets réservés à son usage personnel. Ces effets seront rangés dans la zone privée. Le choix de l’enfant d’apporter ses propres jouets dans le groupe suppose qu’il accepte le partage.
  3. Faites vivre progressivement des délais à votre enfant. Un enfant qui obtient habituellement réponse à sa demande sans délai éprouvera de la difficulté dans l’attente inhérente au partage de l’adulte.
  4. Préparez votre enfant à la nouvelle réalité en lui décrivant de façon concrète le déroulement des moments de vie en groupe. Lorsqu’un poupon est intégré, il est important d’en parler au groupe en décrivant comment le dîner, la sieste, les activités se dérouleront avec le nouveau venu.
  5. Dressez-lui le portrait des moments réservés à la famille et à la relation privilégiée et unique que vous avez avec lui. Il est essentiel de rappeler à l’enfant ce qui le distingue des autres enfants. «Tu es mon enfant d’amour. Je serai toujours ta maman. Les amis partiront pour aller à la maternelle et toi, papa et moi seront toujours une famille. Tu sais tu es le seul à avoir la chanson du dodo avant de te coucher, il y a juste toi qui se colle sur maman la fin de semaine au salon pour écouter…». Parlez des gestes réservés à votre relation privilégiée. L’enfant doit être rassuré par rapport au lien unique de la relation parentale.

Attitudes éducatives de base

  • Réservez un moment à votre enfant seul à seul. Plus cette période sera respectée, stable, fixe dans le temps, plus votre enfant reconnaîtra la place unique qu’il occupe dans votre cœur. Il acceptera plus facilement le partage de sa maman puisqu’il aura la certitude que dans la journée elle lui témoignera l’amour spécial qu’il y a entre la mère et son enfant. Ce sentiment de confiance le sécurisera.
  • Illustrez les consignes relatives au tour d’actions, aux places près de vous à l’aide de pictogrammes. Ces images aideront concrètement votre enfant à constater l’équité existant au sein du groupe.
  • Décodez et nommez son émotion lorsqu’il éprouve de la difficulté à partager votre attention. Il se sentira compris. «Tu trouves ça difficile d’attendre que j’ai terminé de changer la couche. Tu voudrais être pris maintenant.» Parlez de la situation d’adaptation difficile pour l’enfant. L’enfant se sent compris et aimé même dans ses sentiments de jalousie.
  • Nommez la fierté que vous éprouvez envers votre enfant ses forces, ses intérêts. Dites-lui en quoi il est spécial pour vous.
  • Si votre enfant manifeste des comportements agressifs, votre rôle en est un de modération et de paroles. L’enfant n’est pas obligé d’aimer les autres enfants. Autorisez, verbalisez la colère mais les manifestations agressives et dangereuses sont interdites.
  • Si votre enfant s’oppose, évitez la confrontation directe. Faites lui faire le choix en nommant la conséquence. Parfois, il teste les limites pour avoir l’attention ou pour vérifier si les règles familiales et les règles du milieu de garde sont les mêmes.
  • Les reproches (tu es méchant), le chantage affectif (tu fais de la peine à maman) jettent de l’huile sur le jeu et alimentent la colère. Vos interventions peuvent transformer des manifestations normales de jalousie en réactions pathologiques.
  • Évitez les reproches ou les punitions lorsque votre enfant agit en bébé. Offrez plutôt de l’attention positive lorsqu’il fait le grand. Valorisez les avantages des grands qui savent faire plein de choses alors que le bébé ne fait que ramper, pleurer, etc. Accordez une pause tendresse ou une période d’activités réservée au grand. Même le nourrisson ne pourra perturber ce temps avec maman (la sieste est souvent le moment choisi).

En somme, les moments d’attention positive, la valorisation des comportements souhaités et le rappel de l’unicité de la relation parentale, rassureront l’enfant sur la place privilégiée qu’il occupe dans votre cœur autant en famille qu’en période de garde.

(1) L’Écuyer, R. (1994) Le développement du concept de soi de l’enfance à la vieillesse.
Les Presses de l’Université de Montréal.

Des petits gestes éducatifs qui portent de grands messages de respect

Savez-vous qu’à travers les relations continues et chaleureuses que vous entretenez avec les enfants vous pouvez devenir un tuteur de développement et de résilience? La résilience est un « terme emprunté à la physique : propriété de certains matériaux à résister aux chocs »1. L’éducatrice accueillante à l’écoute permet à l’enfant de rencontrer ses ressources personnelles, de se racontrer. D’ailleurs, l’étude des enfants résilients permet de mieux cerner les facteurs de protection c’est-à-dire les éléments qui facilitent l’adaptation de l’enfant et plus tard de l’enfant devenu adulte, Ainsi certains enfants que l’on considère « à risque » peuvent développer des mécanismes adaptifs grâce à la relation éducative.

L’éducatrice, peut stimuler trois catégories des facteurs de protection :

D’abord, l’attachement à un ou des adultes socialement adaptés. En effet, l’éducatrice peut devenir une confidente, une source d’identification et surtout transmettre un message essentiel à l’enfant : il est digne d’être aimé et mérite l’amour de ses proches.
Deuxièmement, il est aussi possible de soutenir l’enfant dans l’actualisation et le développement de ses forces personnelles. Plus l’enfant reconnaîtra qu’il possède des ressources internes, plus il les utilisera et se sentira compétent et en grande partie en contrôle de sa vie.
Enfin, les convictions saines et une échelle de valeurs prosociales permettront à l’enfant de développer un sentiment d’appartenance et l’immuniser contre la solitude et le rejet social.

1 Frederick Talbot. La résilience: l’art de se relever après l’épreuve. Revue Vies à vies.Bulletin du service d’orientation et de consultation psychologique. Volume 16. Numéro 4. Mars 2004.

Voici donc des gestes quotidiens au service des facteurs de protection :

Facteurs de protection Exemples de gestes quotidiens Message derrière le geste
Attachement
  • Création et maintien par l’éducatrice de liens stables et chaleureux avec l’enfant :
    saluer, réconforter, bercer, câliner, prendre soin, protéger, sourire, valoriser sa présence.
  • Tu es important pour moi. Je remarque ta présence et je l’apprécie. Tu es quelqu’un d’aimable.
  • Valoriser et renforcer les liens parents-enfants :
    souligner la joie de l’un et de l’autre de se retrouver;
    dire aux parents les anecdotes familiales racontées par l’enfant.
  • Tu cours vers ta maman … Tu as dessiné pour ton papa. Vous savez il pense à vous durant la journée à la garderie. Vous êtes important pour lui. Les moments passés ensemble sont importants pour lui. Il m’a raconté la visite au parc, … chez grand-maman.
Caractéristiques personnelles de l’enfant
  • Développer le contrôle de soi de l’enfant :
    o offrir des moyens pour exprimer ce qu’il ressent;
    o offrir des moyens pour liquider les tensions.
  • Tu as le droit de refuser un câlin. La petite voix en dedans de toi, écoute là. Ce que tu ressens est important pour moi et pour toi. Tu as le droit d’être en colère… de la peine. Qu’est-ce que tu peux faire pour sortir ton gros lion fâché et te sentir bien? (respirer, faire le lion, courir, le dire…).
  • Développer chez l’enfant le sentiment qu’il est capable d’agir de façon autonome :
    donner des petites responsabilités;
    encourager les initiatives;
    valoriser l’autonomie.
  • Tu as de bonnes idées pour trouver des solutions. Tu as en dedans de toi des idées pour t’aider.
  • Animer des activités favorisant l’estime de soi.
  • Je t’aide à découvrir qui tu es et je reconnais tes forces. Je t’accepte et t’apprécie tel que tu es.
  • Stimuler l’affirmation de soi.
  • Dis ce que tu penses, tu ressens, je t’écouterai et t’accompagnerai. Tu sauras prendre ta place, te faire respecter et surtout te respecter.
Convictions saines et échelle de valeurs
  • Travailler dans un objectif de cohérence éducative.
  • Transmettre des valeurs aux enfants à travers des règles stables.
  • Offrir des modèles.
  • Tu apprends ce qu’est bien et ce qui est inacceptable dans notre groupe, dans la société. Peu à peu, les valeurs de respect de soi, de l’autre et de l’environnement seront intégrées et feront partie de toi. En grandissant, tu t’approprieras les valeurs qui orienteront ta vie.

La parole, les gestes respectueux, l’expression de soi par le dessin, la peinture ou le jeu donnent un sens à l’histoire de chaque enfant. Soyons conscients du rôle important que nous jouons auprès des enfants et de leur famille en les côtoyant jour après jour. Redonnons à notre profession ses lettres de noblesse en reconnaissant d’abord que chaque geste ou parole témoigne de la relation privilégiée que nous avons avec les petits. Soyons fières de notre rôle à chaque minute qui passe dans le respect de l’enfant puisque cet instant exige de nous une écoute attentive, bienveillante et parfois exigeante.

Des gestes, des mots qui parasitent la relation de l’enfant

Chaque moment passé avec un enfant est important, il se construit en éponge sensorielle à partir de ce qu’on lui offre. Lorsqu’on sait que certains enfants passent dix heures pas jour en milieu de garde, il devient donc urgent de faire le point sur certaines pratiques éducatives. Les journées hyper structurées, la banalisation des réactions adaptatives de l’enfant, l’impuissance devant certains enfants, l’automatisation des gestes du quotidien et parfois même la structure organisationnelle peuvent entraîner des dérives. Ces dérapages appelés « douces violences » par, Christine Schuhl sont des moments de courte durée où l’éducatrice n’est plus dans la relation et place l’enfant dans un contexte d’insécurité.

Prenons conscience de certains gestes qui portent atteinte à la personne de l’enfant :

  • Empêcher l’accès à la doudou, c’est déposséder l’enfant de sa source de sécurité et mettre en veilleuse son monde émotif. C’est envoyer un message de non-reconnaissance de la légitimité de ce qu’il ressent et le soustraire d’une partie de lui-même.
  • Les enfants sont capables de soutenir leur attention à raison de 5 minutes par tranche d’âge. Par conséquent, il est irréaliste d’exiger qu’un petit s’affaire à une tâche au-delà de cette période.
  • Non seulement le bruit est source de stress pour l’enfant mais il est aussi démontré qu’une mauvaise acoustique peut nuire au développement du langage. Les discriminations auditives nécessaires au décodage des sons et à la reproduction de ces sons deviennent plus difficiles à exécuter dans un environnement sonore pollué par une multitude de stimuli. L’utilisation abusive de radio pour satisfaire les goûts musicaux de l’éducatrice nuit donc à l’enfant qui s’affaire à décoder, classifier et reproduire les sons qu’il entend.
  • Imposer le sommeil à l’enfant c’est contredire son rythme biologique. Certains enfants deviennent tendus lors des préparatifs à la sieste. Ils ne veulent pas déplaire à leur éducatrice et se sentent impuissants face à ce sommeil qui ne vient pas.
  • Il est très insécurisant pour un bébé ou un enfant qui fréquente depuis peu le CPE de s’endormir sous le regard bienveillant de son éducatrice et de se réveiller à côté d’une autre personne. L’instabilité du personnel est une source importante de stress pour l’enfant.
  • La succession des déplacements génèrent du stress chez l’enfant. Il perd ses repères visuels, développe difficilement un sentiment d’appartenance à son groupe et se sent impuissant. Il subit les allées et venues et la proximité physique des autres. Il doit contrôler ses élans moteurs et abandonner ce qui l’intéresse. C’est pourquoi l’utilisation fréquente de locaux spécialisés est peu recommandée.
  • La succession de consignes en une séquence interminable génère du stress chez l’enfant. L’apprentissage séquentiel est un processus qui se développe peu à peu et qui représente un grand défi pour certains enfants. La consigne doit être écoutée, mémorisée puis exécutée. Elle requiert donc la mémorisation, l’anticipation, la planification et l’évaluation.
  • Qu’il y a des enfants qui sont « évalués » quotidiennement sans avoir la possibilité de se racheter. Les bêtises sont notées, comptées et énumérées systématiquement aux parents. Il y a peu de place à la valorisation, à la reconnaissance du geste positif. Il est stressant de se contrôler toute la journée et surtout de ne pas être reconnu avec bienveillance tout simplement comme un apprenant.
  • Forcer l’enfant à manger ou à goûter c’est renier son droit à ses goûts personnels et dénigrer sa capacité à reconnaître sa satiété.
  • Mélanger tous les ingrédients dans l’assiette de l’enfant sans qu’il en ait fait la demande, c’est nuire à son apprentissage des goûts et renier son droit de préférer ou de refuser certains aliments.
  • Parler au-dessus de la tête de l’enfant sans l’intégrer à la conversation alors que l’on s’entretient d’un sujet qui le concerne c’est le traiter comme s’il n’était pas une personne à part entière.
  • Critiquer un parent devant son enfant c’est nuire à la construction de son identité propre en dénigrant à une partie de lui.
  • Parler entre adultes devant un change ou durant les activités libres, c’est ignorer la présence de l’enfant et son besoin d’être reconnu à travers la relation.
  • Déshabiller systématiquement les enfants aux repas afin qu’ils ne se salissent pas c’est les priver d’un apprentissage essentiel et porter atteinte à leur personne.
  • Laver le visage de l’enfant, le moucher ou encore le prendre pour un change sans le prévenir, c’est lui manquer de respect en se souciant plus de la tâche que de la relation.
  • Passer d’une activité à l’autre sans permettre à l’enfant d’anticiper le changement de se le représenter, c’est l’empêcher de donner un sens à ce qu’on lui propose.

 

Ces gestes répétés s’inscrivent dans le bagage affectif de l’enfant. Il subit ces dérives sans avoir à se prononcer comme si son corps, ses sensations ne lui appartenaient pas. S’il n’est pas considéré comme une personne à part entière comment peut-il grandir en ayant confiance en lui et en l’autre.
Quand le principe de la collectivité prend le dessus sur le respect de l’individualité l’enfant est bousculé, assimilé au groupe, au mépris de ses goûts, de son rythme, de ses vulnérabilités et l’éducatrice perd l’essence même de sa profession la gratification de la relation.