L’enfant nous «nous éduque aussi»

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Être un parent aujourd’hui est tout un défi. Les deux parents sont interpellés par les exigences du travail. Les pressions sont fortes et quelques fois l’enfant nous paraît comme une charge additionnelle ou une source de tension. Notre engagement parental invite à tant de sacrifices, de dévouement que l’on perd parfois de vue les moments de plaisir, de tendresse. Nous oublions que l’enfant grandit avec son parent qui grandit aussi avec lui. Non seulement, l’enfant suscite des remises en question mais il éveille en nous des forces et des qualités. Il nous permet de devenir une meilleure personne.

En nous prenant comme témoins de ses découvertes, il nous amène à reprendre contact avec la richesse du monde sensoriel. Le nez plissé du petit nous remet en contact avec l’odeur sucrée ou salée.

En nous imposant son rythme biologique, il exige de nous une restructuration de notre horaire du couple ou de la famille qui impose altruisme et discipline personnelle. Adieu les soirées qui s’éternisent entre adultes, les petits matins des enfants requièrent notre présence.

En explorant innocemment, il nous demande de partager notre espace en aires sécuritaires ou réservées. Les bibelots ne peuvent plus être exposés sur la table à café. L’intimité de la chambre à coucher n’est plus ce qu’elle était et attention aux petits curieux.

En faisant preuve d’autonomie, il nous fait vivre des inquiétudes et nous amène à gérer sur propres peurs. L’araignée ou le ver de terre, sources de dédain, deviennent des bibittes intéressantes.

En nous faisant subir ses colères et ses caprices, il développe notre patience et nous oblige à mettre en veilleuse notre besoin de contrôle ou à mobiliser notre volonté. Le grand défi du parent du terrible enfant de 2 ans se situe dans cet équilibre entre l’imposition de limites et la possibilité d’offrir des choix afin que l’enfant puisse s’affirmer.

En nous confrontant, il nous permet de nous pencher sur nos valeurs morales et de les affirmer. Les «pourquoi je ne peux pas?» ou «c’est pas juste!» nous amènent à justifier la règle et ainsi nous recentrer sur les valeurs que l’on veut léguer à notre enfant.

En nous sollicitant dans ses jeux, il réactive notre imagination et notre créativité. Nous devons nous dégager de la concrétude pour devenir tantôt le dragon, le pompier, la princesse, la sorcière ou le père Noël.

Par ses sourires, ses câlins, ses mots tendres, il nourrit ce que nous avons de plus beau en nous, l’amour.

Des éducatrices surchargées

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance
Octobre 2010
www.aveclenfant.com

Les médias font état de la réalité criante de l’épuisement professionnel des enseignantes surchargées de travail. L’absence de ressources professionnelles, l’intégration d’enfants manifestant des besoins particuliers, la violence sont dénoncées et expliquent en bonne partie cet épuisement associé au travail. Bien que plusieurs études[1] suggèrent que le niveau d’épuisement professionnel des éducatrices n’est pas plus élevé que la moyenne, on ne peut négliger le fait que ces travailleuses sont en contact avec de nombreuses situations potentiellement stressantes qui peuvent s’apparenter à celles vécues par les enseignantes.

La profession d’éducatrice requiert de grandes capacités adaptatives. L’intervenante doit continuellement s’ajuster à la santé, aux intérêts, aux besoins variés et uniques des enfants, aux inquiétudes des parents et aux styles des membres de l’équipe avec lesquels elle doit travailler en cohérence éducative. Elle doit être à l’écoute d’un grand nombre d’informations concernant les enfants, être attentive aux signaux émis par chaque enfant, les décoder, y répondre adéquatement et en faire part aux parents.
Si l’éducatrice entre en relation avec de nombreux enfants, pensons ici aux groupes doubles, elle est alors surchargée sur le plan sensoriel (bruit, cris, sollicitations physiques, pleurs, rires, messages verbaux), émotif (détresse, joie, colère, impatience, excitation, etc.) et sur le plan cognitif (somme d’informations à analyser, à mémoriser). Les petits d’âge préscolaire manquent d’autonomie et sollicitent fréquemment de l’aide. L’éducatrice doit demeurer disponible, accompagner certains, encourager d’autres à agir et servir d’agent de la paix régulièrement. Une éducatrice témoignait son incapacité à informer les parents des 15 poupons avec lesquels elle avait travaillé avec ses 2 compagnes durant la journée, celles-ci ayant quitté en fin de journée. Avait-il bien dormi? Avait-elle été souffrance? Combien de selles aujourd’hui ? Avait-il fini son assiette? Il y a en effet un lien entre le rapport éducatrice-enfant (ratio) et l’épuisement.[2]

Le Conseil canadien sur l’apprentissage[3] situe à 1 adulte pour 3 enfants jusqu’à 2 ans, 1 pour 6 enfants de 2 à 3 ans et 1 adulte pour 8 enfants d’âge préscolaire; le ratio idéal soit celui qui est associé à un développement cognitif, social plus élevé en 1ère année. Comme nous le savons au Québec le rapport est 1;5 pour les poupons, 1;8 pour les enfants de 18 mois à 4 ans et 1 :10 pour les 4 ou 5 ans en installation et 1 :6 en milieu familial où l’on retrouve le multiâge.

Il est parfois difficile pour l’éducatrice de se sentir satisfaite du travail qu’elle accomplit. Comment se sentir compétente dans autant de domaines? Les tâches sont multiples et d’une grande diversité et elles font appel à de nombreux champs de compétence : pédagogie, psychologie du développement de l’enfant, sociologie de la famille, parfois quelques brides de médecine familiale et beaucoup de communication humaine. Elle doit dépister, sensibiliser, référer. Elle travaille avec son corps, son cœur et son intelligence dans une zone où le doute fait partie du quotidien. Car l’éducation n’est pas une science exacte où le savoir à réponse à tout. La relation est l’outil de travail. Dans cette relation, l’éducatrice est partie prenante. Elle s’engage pour l’enfant. Il est nécessaire que cette implication soit reconnue et soutenue.

Dans les milieux, où l’on tient des réunions d’équipe dans lesquelles les éducatrices ont l’occasion de s’entraider, d’échanger, on retrouve un haut niveau de satisfaction au travail.[4] Les études sur le stress et le burnout soulèvent l’importance du réseau social. Il a un rôle de médiateur et de protection. Échanger réduit le sentiment d’être seul à vivre le découragement, favorise le partage de moyens pour faire face aux stresseurs. Réunions d’équipe, accessibilité à une conseillère pédagogique, participation à des tables de concertation, à des comités, tous les moyens de prévention sont à envisager. Il faut que les éducatrices aient accès à un lieu de paroles où elles se sentiront accueillies, reconnues.

Ce support affectif et concret (instrumental) n’est pas un luxe, c’est une nécessité si nous voulons maintenir des services de qualité aux enfants. L’éducatrice supervisée, encouragée et soutenue a de fortes chances de se sentir compétente, satisfaite à son travail, énergisée. Convaincue qu’en s’investissant à son travail, elle pourra s’accomplir, elle se mobilisera, demeurera motivée à déployer toutes ses habiletés et compétences et se fera une joie de voir les enfants se développer au sein de son groupe.

 


[1] Études de Tessier, R. et Tessier, R., Dion, G. et Mercier C., citées dans Apprentissage et socialisation, volume 12, no. 4, décembre 1989, p. 205-215. Article de Guylaine Dion intitulé Le burnout chez les éducatrices en garderie : proposition d’un modèle théorique.

[2] Pines, A.M., Aronson, E., Kafry, D., Burnout. Se vider dans la vie et au travail. 1982. Éditions Le Jour, chap. 6.

[3] Tiré du Carnet du Savoir. Pourquoi les services de garde de haute qualité sont-ils essentiels? (www.ccl.cca.ca)

[4] Pines, A.M., Aronson, E., Kafry, D., Burnout. Se vider dans la vie et au travail. 1982. Éditions Le Jour, chap. 6.

De fausses croyances qui contribuent à la fatigue psychologique des éducatrices

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance
Mai  2011
www.aveclenfant.com

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la fatigue psychologique des éducatrices. L’environnement bruyant, l’espace restreint, les sollicitations incessantes des enfants, la nature multitâche du travail sont des stresseurs bien connus. Le statut social de la profession encore sous-estimé peut aussi influencer l’état d’esprit des éducatrices. D’ailleurs, les recherches démontrent que la qualité du travail et la satisfaction au travail sont liées à une juste rémunération. En effet, la satisfaction au travail est associée à un meilleur rendement et particulièrement à des relations de qualité avec les enfants.[1] Une éducatrice heureuse qui ressent un sentiment de satisfaction au travail, se sent compétente et cherche à mobiliser toutes ses ressources professionnelles pour répondre aux besoins des enfants. Certains facteurs organisationnels soit le nombre d’heures de travail parfois élevé, les conflits inévitables dans un contexte où le travail d’équipe requiert de multiples concessions, les conditions de travail parfois difficiles et dans certains cas l’absence de soutien et de feedback, peuvent aussi contribuer à l’épuisement des éducatrices.

Mais au-delà des éléments extrinsèques, il y a les facteurs liés à la personne et en particulier les pensées qu’elle entretient vis-à-vis de son travail. Guylaine Dion[2] a élaboré un modèle explicatif du burnout chez les éducatrices et prend en considération « l’appréhension cognitive ». Il s’agit des pensées que la personne rumine au sujet de son travail? Comment évalue-t-elle son contexte de travail? Comment se perçoit-elle? Se sent-elle apte à s’adapter aux conditions de travail dans lesquelles elle baigne? Quelles sont ses attentes personnelles, sa motivation? Sa capacité à s’ajuster est-elle altérée par des événements personnels stressants? Se sent-elle épaulée, reconnait-elle les ressources extérieures mises à sa disposition? Entretient-elle de fausses croyances par rapport à son rôle ou par rapport aux enfants et leur famille? Notre perception du contexte de travail, de l’enfant et de sa famille, de l’équipe détermine notre comportement et influence notre sentiment de compétence personnelle. Sylvie Dubé[3] soulève cette réalité du modèle mental, alimenté par de fausses croyances.

Si je pense que je peux contrôler les autres, je me place en lutte de pouvoir. Je veux à la place des parents, de l’enfant. La réalité étant que le seul réel pouvoir que je peux exercer est sur moi-même, j’en viens à en vouloir à ceux qui ne répondent pas à ma tentative de contrôle. Rapidement, la colère émerge de cette relation. Seul le pouvoir d’influence peut agir sur les enfants et ce d’abord et avant tout dans la relation et par une approche incitative et non répressive.

Si je suis convaincue que ce sont les enfants qui me mettent en colère ou qui m’attristent, je personnalise les problèmes et me sent mal aimée injustement. Il est certes difficile d’être à l’écoute de la colère de l’enfant sans répondre au contenu. Mais il ne faut pas oublier que l’enfant libère un message, il exprime un besoin ou un sentiment et s’il le fait c’est qu’il vous fait confiance. Ce n’est pas contre vous mais bien pour lui, pour se libérer qu’il exprime cette hostilité ou cette grande tristesse. Il faut toujours s’interroger sur notre interprétation de la situation.

Si je pense « c’est la faute des parents, les enfants sont mal élevés », cela peut indiquer que je me sens impuissante à modifier les attitudes parentales. Mais est-ce vraiment nécessaires? N’est-ce pas là des attentes d’une grande prétention? Le pessimisme peut devenir la voie d’évitement à l’engagement et une fausse justification de la démission face à certains enfants. Certes la cohérence éducative issue de la collaboration avec les parents, est un gage de succès d’un plan de soutien au développement mais l’apport professionnel de l’éducatrice auprès de l’enfant demeure significatif. Cesser d’y croire c’est aussi cesser de croire au potentiel de croissance de l’enfant.

Si je pense je dois faire telle ou telle chose qui va à l’encontre de mes valeurs parce que « je n’ai pas le choix », je vis jour après jour en conflit avec moi-même. Renier ce que l’on est ou à ce que l’on croit nous fait vivre de nombreuses déceptions puisque nos besoins fondamentaux personnels sont négligés. Ce conflit intérieur mobilise beaucoup d’énergie psychique et épuise. Faire de bons choix pédagogiques, éducatifs en accord avec nos valeurs nous permet d’avoir une vie professionnelle satisfaisante. Si le milieu vous limite dans l’actualisation de votre potentiel professionnel, il est de votre responsabilité de l’exprimer, de l’influencer ou encore de le quitter.

Si je pense « j’ai de l’expérience, j’ai toujours agi de la sorte – si rien ne change c’est l’enfant qui est fautif », je suis confrontée à mes limites. Au-delà de l’expérience, de l’intuitif il y a des bases théoriques, des connaissances, la compréhension de l’enfant et de sa famille. Les trucs magiques, les façons de faire automatiques reprises et reprises auprès de différents enfants sont certes sécurisants pour l’adulte mais sont-ils adaptés à l’enfant devant nous, différent, unique? S’appuyer sur du connu, sans se remettre en question relève plus d’un sentiment d’impuissance de l’adulte que de la difficulté de l’enfant. Demander de l’aide, échanger sur vos perceptions des besoins de l’enfant, c’est faire preuve de professionnalisme et d’une bonne estime de soi.

Si je pense pauvre enfant et que ma tristesse envahit ma zone privée, m’habite au point que j’en parle à mes proches que j’y pense en me couchant, il est possible que je sois sympathique à la réalité de l’enfant parce qu’elle me rappelle la mienne (projection). Il y a alors décentration de l’enfant et bouleversement de l’adulte. Se connaître est donc un atout de taille.

Il faut être conscient des pensées récurrentes qui traversent notre esprit. Cette capacité d’introspection est essentielle puisqu’elle favorise l’empathie, la dépersonnalisation, l’humour, la reconnaissance de nos limites et celles du milieu, la demande d’aide, la réflexion et le recours aux connaissances[4]. Cette remise en question sert aussi à la reconnaissance de l’envahissement du professionnel sur le personnel et au recadrage de notre vie. Certes nous exerçons une profession qui donne un sens à notre vie mais en dehors du travail il y a nos enfants, notre famille, nosloisirs, nos passions. L’oublier c’est s’épuiser.

Ressources bibliographiques :

Conseil québécois sur l’apprentissage. Centre du Savoir. Pourquoi les services de garde de haute qualité sont-ils essentiels? www.ccl-cca.ca.

Pines, A.M., Aronson, E., Fafry, D. Burnout. Se vider dans la vie et au travail. 1982. Éditeur Le Jour, chap. 16. Les stratégies théocentriques au travail.

Apprentissage et socialisation. Burnout chez les éducatrices par Guylaine Dion, vol. 12, no. 4, décembre 1989, p. 205 à 215.

Dubé, S. (2009) La gestion des comportements en classe et si on regardait ça autrement? Chenelière Éducation (p. 3 à 16 – Notre modèle mental).

Gendreau, G. (1990) L’action psychoéducative Pour qui? Pourquoi? Éditions Fleurus. Pédagogie psychosociale.

Paci-raide. Commission Scolaire de la Beauce-Etchemin 2004 (p. 79) Raynald Gendreau. Les sentiments de l’intervenant.

Prochain article : Des antidotes au stress lié à la profession.

Sylvie Bourcier

 

 


[1] Conseil québécois sur l’apprentissage. Centre du Savoir. Pourquoi les services de garde de haute qualité sont-ils essentiels? www.ccl-cca.ca.

[2] Apprentissage et socialisation. Burnout chez les éducatrices par Guylaine Dion, vol. 12, no. 4, décembre 1989, p. 205 à 215.

[3] Dubé, S. (2009) La gestion des comportements en classe et si on regardait ça autrement? Chenelière Éducation (p. 3 à 16 – Notre modèle mental).

 

[4] Tiré de Paci-raide. Raynald Goudreau. Comment se protéger dans son travail, p. 81

La relation affective au cœur de la discipline

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance
Février 2013
www.aveclenfant.com

 

Judith, éducatrice, formée applique, avec constance et calme, une saine discipline au sein de son groupe. Les règles s’appuient sur les besoins de sécurité de chacun et du groupe. Elle répète trois fois tel un disque rayé ce qu’elle attend des enfants et sévit lorsqu’un enfant contrevient à la règle. Et pourtant l’anarchie règne. Ce qui lui manque c’est l’engagement à l’autre dans une relation significative. Cette relation est tissée de situations partagées émotionnellement, de considération et d’empathie. Donc, cette considération à l’enfant dépasse les automatismes, les techniques appliquées selon les méthodes apprises. Gendreau[1] parle d’une considération volontaire, professionnelle qui s’exerce dans l’inconditionnalité, dans l’estime que l’on porte à chaque enfant. Cet amour clinique a un caractère gratuit mais aussi des limites (je ne suis pas ta mère).

L’enfant a donc besoin non seulement d’une éducatrice émérite mais surtout d’un adulte responsable, chaleureux et empathique qui donnera un sens relationnel à des règles et ce dans un contexte de confiance. Jean-François Chicoine[2] parle du besoin « d’idées émotionnelles ». L’enfant intériorisera des règles qui sont accompagnées d’une approche empathique. Il n’y a pas de discipline possible sans affection. D’ailleurs, les éducatrices s’attendent toutes à des difficultés disciplinaires au début de l’année avec leur groupe puisque la relation est en construction.

« L’enfant se laissera plus facilement discipliner par une éducatrice qu’il connaît depuis deux à six mois »[3]. Répondre automatiquement d’une personne qui nous accueille avec le sourire le matin, qui écoute, décode, comprend ce que l’on ressent, ce que l’on veut, fait plaisir. L’enfant cherche à préserver le lien de confiance et positif qu’il a établi avec cette personne. Mais pourquoi suivrai-je les consignes d’une personne indifférente à mon égard ? Certes la discipline requiert constance et donc disponibilité pour superviser l’enfant afin qu’il ne reproduise pas un comportement jugé dangereux ou inacceptable mais il faut aussi l’attention chaleureuse à l’autre pour le décoder et recadrer ou ajuster nos méthodes disciplinaires. Sinon, adieu le principe de l’enfant est unique et bienvenue aux petits soldats qui suivent le régiment de crainte des représailles.

L’enfant a donc besoin de retrouver son sentiment de confiance dans le contexte éducatif pour se développer et pour accepter les limites. C’est lorsqu’il percevra l’amour inconditionnel de l’éducatrice, son engagement à établir une relation significative qu’il acceptera davantage les limites inhérentes au maintien et à l’enrichissement des relations sociales. L’éducatrice parfois frustrante est aussi aimante ce qui rend les frustrations plus supportables. L’accueil de l’enfant sans faire référence à ce que l’on souhaiterait qu’il soit ou qu’il fasse, et le partage de son monde imaginaire enfantin nourrissent la relation éducative. Il faut se laisser séduire par le jeu de l’enfant, y entrer sans semer nos idées d’adulte mais bien s’y intéresser pour découvrir avec émerveillement les pas de l’enfant qui grandit. La relation éducative est une action professionnelle, elle ne s’inscrit pas dans le désir de l’adulte de se sentir aimé et apprécié puisque certains enfants blessés du mal-amour hésitent ou fuient la relation. S’engager dans la relation éducative, est un choix qui donne un sens à notre vie en nous permettant d’accompagner l’enfant à grandir.

 


[1] Gendreau, G. (2001) Jeunes en difficultés et interventions psychoéducatives. Éditions Sciences et Culture.

[2] Chicoine, J.F., Collard, N. (2006) Le bébé et l’eau du bain. Québec Amérique, p. 231.

[3] Chicoine, J.F., Collard, N. (2006) Le bébé et l’eau du bain. Québec Amérique, p. 231.

Le père Noël, une poésie nécessaire

Ma femme et moi ne partageons pas la même opinion concernant le père Noël. Doit-on entretenir le mythe ou dire la vérité dévoilée inévitablement un jour ou l’autre?

Le tout-petit entretient dans sa pensée magique le beau rêve d’un père Noël généreux au rire gras. Sa visite est entourée de rites: biscuits, lait, liste de cadeaux, lettre au pôle Nord, pyjama rouge, bas suspendus. Ces rites préparent le cœur à ce moment d’excitations. Le père Noël, la fée des dents, le lapin de Pâques, habitent l’enfance et alimentent l’imaginaire du petit. La distinction entre la réalité et la fiction se fera par un apprentissage progressif. L’ami imaginaire, le père Noël et les jeux de faire-semblant (être Batman, chevalier, princesse ou dragon) disparaîtront peu à peu et feront place aux jeux de société, de règles, aux idoles du sport ou de la musique. Ne précipitons pas la divulgation de la vérité, préservons l’enfance aux enfants. La question de l’existence du père Noël viendra de votre enfant, d’abord sous forme de doute puis en affirmation. Si vous sentez votre enfant hésitant dans le doute demandez-lui ce qu’il en pense. Et toi qu’en penses-tu? Sa réponse saura vous indiquer s’il a encore besoin d’entretenir cette magie. Quant à moi, le vrai père Noël est dans mon cœur et je regrette de ne plus être un enfant. Peut-être ressentez-vous cette nostalgie à l’arrivée du temps des fêtes ? Je partage l’opinion de Bruno Bettleheim. «Il faut laisser le petit enfant croire au Père Noël, aux œufs de Pâques et à la petite souris, parce qu’ils lui permettent d’ajouter une ferveur émotionnelle à d’importants concepts qu’il développera plus tard. Nous savons tous par expérience que nos idées se rapportant à Noël sont passées du Père Noël et sa hotte à l’esprit de générosité, du plaisir de recevoir des cadeaux à celui d’en offrir aux autres».

Source: Bettleheim, B. (1998) «Pour être des parents acceptables» Hachette Pluriel

C’est plus ma mamie?

Doit-on amener les enfants visiter leur grand-mère ou arrière grand-mère affaiblie par les années ?

La mamie qui riait, celle qui racontait si bien l’histoire de Boucle d’or en changeant sa voix douce en voix grave et sévère du papa ours, celle qui se baladait lentement au parc avec les petits, cette mamie là n’existe plus. Il reste d’elle le doux souvenir d’un sourire attendri à la vue des petites orteils du poupon, ce regard habité par tant d’amour et sa façon bien à elle de jouer avec les enfants en économisant les grands gestes mais en sachant les captiver. On se demande comme parent si la vue de cette vieille dame allongée, les yeux tristes et vides ne va pas bouleverser les enfants. Doit-on amener les enfants visiter leur grand-mère affaiblie par la maladie ?

Vivre c’est aussi vieillir
C’est une question que je me suis posée comme parent lorsque je visitais ma grand-mère adorée atteinte de la maladie d’Alzheimer avec ma mère.

Dans la famille, j’étais la seule à amener Émilie, ma fille, visiter ma grand-mère maternelle les dimanches au Centre d’hébergement en soins prolongés. Plusieurs voulaient éviter à leur enfant d’être confronté à cette triste réalité du vieillissement. Émilie a vu cette vieille dame bercer une poupée, se ravir d’une simple coupe de fraises rafraîchies dans la crème, parler une langue bien à elle ponctuée de répétitions, de mots français et anglais. Douce mamie Elzir perdue dans un passé si lointain que les gens du présent devenaient tantôt des étrangers tantôt des fantômes de son enfance. Mais ce spectacle désolant prenait tout son sens lorsque j’expliquais à ma fille, qui, avait été pour moi cette grand-mère. Quelle était cette maladie qui rendait les idées dans sa tête comme un casse-tête défait aux morceaux manquants. Mais ce qui impressionnait le plus ma fille c’était les larmes de sa grand-mère à la vue de mamie Elzir.

« Tu sais Émilie, ta grand-mère est triste de voir sa mère ainsi malade, vieillie et si loin d’elle dans sa tête. Elle s’ennuie du temps où elles étaient capables de se parler vraiment ou elles pouvaient faire des choses ensemble. Mais elle sait que l’amour d’une mère pour sa fille ça reste pour toujours dans le cœur. Moi aussi je m’ennuie de la mamie Elzir d’avant quand j’étais une enfant. Mais mamie Elzir sait qu’il y a des gens qui l’aiment autour d’elle et ça lui fait du bien de se sentir aimée. »

Expliquez à vos enfants qui est pour vous cette vieille personne que vous allez visiter. Parlez des moments vécus entre elle et l’enfant.

Décrivez à l’avance ce qu’ils vont voir (une personne alitée qui éprouve de la difficulté à parler, qui utilise une chaise roulante, etc.).

Nommez vos émotions et rassurez vos enfants; vos pleurs ne sont pas de leur faute.

Soyez conscient que si l’enfant a connu sa grand-mère débordante de vitalité, il doit maintenant faire le deuil de cette grand-mère-là. Celle d’aujourd’hui l’aime toujours mais différemment.

Félicitez les gestes doux, les beaux bonjours. Répondez à leurs questions sans les devancer.

Ayez des attentes réalistes face à vos enfants. La visite doit être de courte durée et ponctuée de promenades à la chambre de bain, dans les couloirs ou autres aires communes.

Votre attitude sera garante du déroulement de la visite. Si vous êtes calme, si vous apposez la parole à ce qui se vit et restez sensible aux réactions de votre enfant, celui-ci profitera de cette expérience pour apprendre la générosité, le dévouement, la sensibilité à l’autre soit, le vrai sens de l’amour.

Pourquoi la guerre?

Tous les jours, on voit des images de guerre et de conflits à la télévision. Mon petit garçon me demande pourquoi il y a la guerre? Comment lui répondre sans l’inquiéter?

Les enfants sont de plus en plus conscients des horreurs de la guerre, des conflits, du terrorisme. Plusieurs d’entre eux se gavent de télévision. D’autres petits curieux ont les oreilles grandes ouvertes aux conversations des adultes. Rien ne leur échappe. Mais comment expliquer à nos enfants une réalité si incompréhensible?

Les petits d’âge préscolaire ont une vision simpliste de la vie, il y a des bons qui font des choses permises et il y a des mauvais qui font des choses défendues par les parents. Pour lui la guerre, c’est la chicane entre des gentils et des méchants. Les méchants qui veulent tuer et les gentils qui se défendent.

Mais ces images à la télévision peuvent les obséder et, d’ailleurs à cet âge, même les images fictives sont interprétées comme la réalité. Il n’est pas sensible aux malheurs supportés par les autres mais très préoccupé par sa propre sécurité. Sa pensée égocentrique l’amène à imaginer que les méchants peuvent s’attaquer à lui. Il a peur qu’il lui arrive quelque chose. Il faut le rassurer: «Tu sais il y a maman et papa qui sont là pour te protéger. Tu seras toujours auprès de nous. Il y a des gens qui se disputent et qui ne savent pas comment régler la chicane, mais il y a aussi des gens qui travaillent à établir la paix, à trouver des moyens pour qu’il y ait la paix.».

Il est inutile d’expliquer les contextes géopolitiques, les enjeux de territorialité ou même les notions philosophiques. Le petit d’âge préscolaire n’a pas encore intériorisé les notions de bien et de mal, n’a pas acquis assez de maturité pour juger de la probité d’une situation. Il a juste besoin d’être sécurisé face à son bien-être et d’être initié à l’importance de la résolution pacifique de conflit.

Le mendiant

«C’est quoi un clochard. Pourquoi il veut tes sous, maman?»

Certains sans-abri plus loquaces expriment leur désarroi ouvertement. «Je n’ai pas de logis, je n’ai pas mangé. Allez, madame, donnez-moi une petite piastre.» Le petit observe le curieux personnage et surtout ressent la gêne de sa maman qui accélère le pas, baisse la tête et évite de répondre. Vers 4 ans, l’enfant peut constater les différences; l’allure générale, les vêtements superposés. Il comprend ce que veut dire pas de maison, pas de nourriture. D’ailleurs, à cet âge, les enfants deviennent sensibles à l’équité. «Pourquoi lui et pas moi? Toi tu peux et pas moi?» sont des phrases typiques des enfants de cet âge.

Il peut dès lors s’inquiéter de devenir un mendiant ou que ses parents se transforment en clochard. Le rôle de l’adulte est donc de sécuriser l’enfant en adoptant soi-même une attitude calme. Dites à votre enfant que ce monsieur n’est pas méchant, il est triste. Il a eu des difficultés. «Ne t’inquiète pas ton papa et moi, cela ne nous arrivera pas. Tu es en sécurité avec nous, tu as notre maison et nous mangeons bien. Ton papa et moi allons empêcher que tu sois un jour triste et pauvre comme ce mendiant.» Vous envoyez alors un message sécurisant et induisez aussi la notion de combativité, de faire face aux épreuves. Il faut éviter que l’enfant pense que cet état de pauvreté peut lui tomber dessus comme une grippe.

Certains enfants d’âge scolaire font preuve de générosité en offrant une partie de leur collation. Félicitez-les. Peut-être deviendront-ils les agents de changement de demain.

J’ai peur du monstre ! Surmonter les peurs provoquées par les images violentes

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance

Mai 2012

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Contrairement au conte où il peut imaginer la scène à sa façon en y imposant ses propres limites et dans lequel l’adulte conteur peut moduler sa voix en fonction des réactions de l’enfant, la télévision propulse l’enfant dans des scènes soudaines, inattendues et parfois bouleversantes.

La peur est ressentie selon l’âge et le sexe du téléspectateur. Les enfants d’âge préscolaire ne distinguent pas toujours la réalité de la fiction. C’est pourquoi les créatures et les monstres les effraient tant. Mais les enfants en redemandent parce qu’ils éprouvent une réelle satisfaction lorsqu’ils arrivent à affronter la peur. Il ne s’agit donc pas d’épargner la peur aux enfants mais bien de les aider à la surmonter, à l’apprivoiser. Si les peurs sont trop grandes, l’enfant sera incapable d’y faire face et pourra ressentir une insécurité et se percevoir faible et fragile.

C’est la connaissance de leur enfant qui permet aux parents de juger du niveau acceptable d’une émission ou d’un film. Cette connaissance repose sur l’écoute des commentaires, des questions, des champs d’intérêt et sur l’observation de ses réactions. On observe plusieurs manifestations d’anxiété chez les enfants affectés par certaines images : agitation, sidération, accélération de la respiration, transpiration, tension musculaire. Les petits cherchent à se protéger. Ils se ferment les yeux, se rapprochent de leurs parents, se cachent les yeux sous un coussin.

 

Le rôle des parents est important. D’abord, les parents apprennent aux enfants à identifier et exprimer leurs émotions. La disponibilité, durant et après le visionnement, ainsi qu’une écoute objective et sans jugement permettent aux parents d’en constater les effets, de rassurer l’enfant d’un geste réconfortant, de favoriser l’expression des émotions ressenties et de recadrer la situation. Ainsi, on évite de laisser l’enfant seul avec sa peur alors qu’il ne comprend pas sa réaction. Comment alors y faire face quand on ne sait même pas à quoi on a affaire et que l’on ne peut évaluer la situation à sa juste mesure ? Les activités de défoulement ludiques ou créatives peuvent aider les petits à canaliser l’agitation à la suite d’images d’action troublantes. Beaucoup d’enfants reconnaissent qu’il y a des émissions qui font peur et préfèrent les éviter.

L’implication des parents est donc essentielle puisqu’ils peuvent aider leur enfant à rationaliser, à distinguer ce qui relève de la réalité et de la fiction, et surtout à exprimer les sentiments qui sont difficiles à identifier.


[1] Tiré de L’enfant et les écrans. Chapitre 4. L’influence des images violentes. Sylvie Bourcier 2010. Éditions Chu Sainte-Justine.

L’impact des écrans sur le développement du langage chez le jeune enfant

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance

Mai 2013

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L’impact des écrans sur le développement du langage chez le jeune enfant[1]

Pour apprendre, le petit a besoin d’échanges. Les activités de l’enfant doivent être associées au langage. Le langage dans l’action permet à l’enfant d’associer les situations, les gestes, les choses du quotidien aux mots.

L’écran donne de l’information si l’enfant écoute et si le niveau de langage utilisé est adapté, mais il ne répond pas. Comme il est triste de voir un petit qui appelle son personnage favori en s’adressant à l’écran indifférent !

La télévision peut aussi devenir une pollution sonore, car elle couvre les bruits familiers. Or, l’écoute attentive des sons émanant des activités domestiques et la discrimination des mots prononcés par les personnes de l’entourage sont des éléments essentiels pour le développement du langage du bébé. Lorsque son papa et sa maman identifient l’origine d’un bruit, les nomment, ils peuplent son monde de découvertes. Ses habiletés auditives peuvent alors se développer. Si l’environnement sonore est dépollué, il devient porteur de sens.

 

Et que penser des DVD d’éveil pour les bébés ?

 

 

Les bébés exposés à ce type de stimulations prononcent à 18 mois moins de mots que ceux qui n’y sont pas exposés. Christakis et Zimmerman, de l’Université de Seattle, concluent que les nourrissons qui ont été placés devant un DVD d’éveil cognitif voient leur capacité linguistique ralentir à raison de 8 à 16 mots de moins que ceux ne l’ayant pas regardé. Pour s’assurer qu’il s’agit de bonnes émissions, bien adaptées au bébé, les mêmes chercheurs ont comparé les effets de DVD et de vidéos dits spécialisés pour bébés, d’autres d’adressant aux adultes, des émissions de divertissement et, enfin, d’autres à vocation éducative. Ils ont découvert que les émissions dites adaptées n’avaient pas plus d’effets positifs sur le développement du langage que celles ne s’adressant pas spécifiquement aux tout-petits. En revanche, ils associent, comme bien des spécialistes, le fait de lire ou de raconter une histoire à une habileté linguistique importante.

Ce sont là des raisons qui expliquent les recommandations de Serge Tisseron, spécialiste des effets des écrans sur les enfants : pas d’écran avant l’âge de 3 ans. Quant à l’American Academy of Pediatrics, elle recommande d’éviter la télévision avant l’âge de 2 ans. Et la Société canadienne de pédiatrie ? Écoute d’une heure maximum pour les enfants d’âge préscolaire.

 


[1] Tiré de L’enfant et les écrans. Sylvie Bourcier, Éditions Chu Sainte-Justine, 2010.