Il s’habille en princesse !

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Mon fils de quatre ans se déguise en princesse. Je le vois parfois affublé d’une robe rose trimbalant un sac à main. Il s’amuse à la dînette avec les filles. Ces attitudes exaspèrent son père qui se demande pourquoi son fils se travestit. Devons-nous nous inquiéter de ces jeux de filles?

En jouant à la dînette, à la coiffure ou au pompier, le petit garçon explore les deux mondes, celui de son sexe et celui du sexe opposé. On peut parfois observer chez les filles le même phénomène. Ainsi, la fillette qui tente d’uriner debout expérimente la différence.

Le processus de construction de l’identité se fait progressivement. Les petits prennent conscience de la différence des sexes vers l’âge de 20 mois. L’enfant s’identifie d’abord à la personne la plus proche de lui; souvent la mère. Le petit garçon et la petite fille diront tous les deux qu’ils veulent devenir une maman plus tard ou encore qu’ils portent un bébé dans leur ventre. Le garçon a donc à repousser cette identité féminine pour édifier son identité masculine. On retrouve d’ailleurs quatre fois plus de travestisme infantile dans les jeux de garçons que dans ceux des filles.

Certains se déguisent en princesse ou en fée et veulent se maquiller comme maman. Il faut accepter les jeux. Peu à peu, le garçon comprend qu’il s’agit de jeux de «faire-semblant». «Tu t’amuses à te déguiser. C’est amusant de faire semblant d’être une fée, une sorcière ou un docteur. On sait tous les deux que ce n’est pas pour vrai.» En réagissant hostilement, le parent apporte une attention particulière. L’enfant peut poursuivre son voyage dans le monde des filles pour susciter l’attention, pour faire réagir, pour s’opposer.

Si, par contre, la confusion sexuelle perdure, que le garçon paraît malheureux de son sexe, dit souhaiter être une fille, nie être un garçon, ne développe pas les intérêts en lien avec son propre sexe et démontre un inconfort à un tel point qu’il veut être débarrassé de son pénis ou le cache, il est conseillé de consulter un spécialiste.

Bye, bye la suce!

Je suis éducatrice d’un groupe d’enfants âgés de 2 et 3 ans. Certains ont encore une suce vissée à leur bouche. Comment faire pour qu’ils se débarrassent de cette habitude?

Dès le 6e mois de grossesse, l’enfant tète dans le ventre de sa mère. Pour le bébé, téter est un besoin physiologique, un réflexe instinctif. D’ailleurs, certains adultes ont eux-mêmes recours à des compensations orales, cigarettes, verres, grignotages pour canaliser leurs tensions. Pour le petit, téter la suce libère le trop-plein de tensions accumulées durant la journée.

La suce calme, console et ramène l’enfant à la tétée chaude et rassurante offerte par maman. D’ailleurs, il y a des moments générateurs de stress où la suce abandonnée par le grand redevient l’amie indispensable: l’arrivée d’un bébé dans la famille, un déménagement, la fatigue, la maladie ou l’intégration d’un milieu de garde, par exemple.

C’est nous, parents, qui avons glissé cet objet en bouche pour faire du bien au bébé, pour l’apaiser. Puis, nous voulons le lui retirer à un moment que nous jugeons pratique. Le sevrage répressif a des répercussions psychologiques. La séparation de cet objet de plaisir doit se faire au rythme de l’enfant. Lorsque l’enfant de 3 ans se passionne à un jeu, y met toute son énergie et sa dextérité, il abandonne peu à peu la suce pour s’investir totalement dans le monde extérieur. Dans la mesure où il se sent en sécurité dans l’exploration et soutenu dans ses découvertes, la suce sera délaissée naturellement. La plupart des enfants passent de la suce à l’objet transitionnel aisément. Le toutou ou la doudou devient l’ami rassurant dans les moments d’insécurité. Peu à peu, le champ d’utilisation de la suce se rétrécira de lui-même. Finie la suce dehors, le sable et les saletés la privent de son petit goût, puis finie la suce dans les jeux intérieurs. Enfin, ce sera le nounours qui héritera de la suce à la sieste.

Les critiques du genre «tu es un bébé» ou «ton cousin lui n’a plus sa suce» nuisent au sevrage puisque le message insécurise l’enfant. Il est difficile pour certains enfants de se séparer de leur suce et encore plus si cette séparation est imposée par l’éducatrice. Ces passages vers l’autonomie se font mieux guidés par les parents. Ils félicitent leur enfant lorsqu’il se montre capable de laisser la sucette à la maison ou encore lorsqu’il a réussi à dormir sans sa suce. Loin de moi, l’idée de visser la suce à la bouche de l’enfant dès qu’il pleure ou qu’il crie. La suce ne remplacera jamais la parole du parent qui console ou encore les câlins qui apaisent. La suce pour avoir le silence empêche l’enfant de babiller, de s’exprimer. On lui coupe systématiquement la possibilité de manifester son malaise. La tétine bouchon joue le même rôle que la télévision gardienne, elle apporte de la tranquillité aux adultes et coupe l’enfant des relations familiales.

Plutôt que d’avoirs recours à la suce systématiquement, il faudrait se faire assez confiance comme parents ou éducatrices pour retrouver comment consoler l’enfant. Si malgré les paroles, les câlins amoureux, le petit reste tendu, la suce peut l’apaiser.

Cependant, le port permanent de la tétine chez l’enfant passif est un indicateur qu’il ne faut pas négliger. L’entourage est-il suffisamment stimulant et aimant? Pourquoi cet enfant ne s’investit-il pas dans les jeux? Il nous exprime un besoin particulier qu’il faut décoder. Ce n’est pas en lui enlevant sa suce que nous répondrons à son besoin, bien au contraire nous le fragiliserons davantage.

Comme éducatrice d’enfants de 2 et 3 ans, soyez sensible aux périodes où l’enfant demande sa suce et cherchez à le sécuriser. Laissez la suce à l’enfant et proposez-lui une activité intéressante dans un contexte sécurisant. Il abandonnera sa suce de lui-même peu à peu et vous serez témoin de scène telle que celle-ci: le petit Étienne qui dépose sa suce doucement au fond de la poubelle en disant «Bye, bye suce».

Les demandes incessantes des enfants

Ma petite fille Léa m’essouffle à un point tel que j’en arrive parfois à regretter ma décision de rester à la maison pour elle. Trente fois, cent fois par jour, elle crie: «Maman, maman, viens voir. Maman, maman donne-moi ceci, fais cela». Elle me suit partout et m’épuise.

Vous vous sentez harcelée par les demandes variées et combien nombreuses de votre petite qui ne semble jamais satisfaite et en veut toujours plus. Vous tentez de combler ses désirs en répondant à ses appels et, épuisée par les réclamations qui n’en finissent plus, vous en venez à faire la sourde oreille. L’ignorance déclenche cependant une recrudescence des demandes puisque pour l’enfant tout est mieux que l’indifférence.

Comment alors se sortir du cycle des demandes répétitives qui génèrent l’impatience du parent et l’inquiétude de l’enfant qui s’accroche davantage?

  1. Reconnaissez vos limites
    Trop souvent, nous mettons en veilleuse nos besoins personnels pour s’investir totalement dans la parentalité. Nous oublions alors qu’au-delà du parent, nous sommes, avant tout, un être unique avec des besoins qui lui sont propres. L’éducation de nos enfants peut occasionner de la fatigue, de l’inconfort et parfois de l’irritation. Prenez conscience de vos limites et reconnaissez votre besoin de souffler sans culpabiliser. Renoncer, année après année, à ce qu’il y a d’important pour nous amène de la frustration et l’impression d’un sacrifice dont les enfants nous sont redevables. «Quels ingrats, avec tout ce que j’ai fait pour eux!» L’essoufflement du parent indique un besoin, celui d’exprimer ses limites. Lorsque vous sentez l’irritation vous gagner, exprimez clairement à votre enfant votre limite. «Non, je ne joue pas avec toi maintenant, tu attends. J’ai besoin de faire une activité de grande personne; après j’irai te voir.» Peu à peu, les enfants apprendront à tolérer les délais et à reconnaître que, dans la vie, on ne peut avoir tout ce que l’on veut.
  2. L’autonomie, ça se développe!
    Aidez votre enfant à développer son autonomie. Donnez-vous des objectifs simples à réaliser avec votre enfant. Dix minutes de dessin ou autre activité choisie par l’enfant pendant que vous vous permettez un peu de lecture, un bon café, un bain moussant. Félicitez-le: «Tu as trouvé toute seule les couleurs pour ton dessin.» ou «Tu as été capable de réaliser telle ou telle chose toute seule. Je suis fière de ma grande fille.» Augmentez progressivement le temps à jouer seule.
  3. L’importance des câlins
    Passez du temps avec votre enfant juste pour le plaisir d’être ensemble à ne rien faire sauf se bercer, se câliner. Cette dose quotidienne de tendresse est soulignée à l’enfant. «Tu vois, on est si bien ensemble à se dire combien l’on s’aime. C’est notre pause tendresse à nous deux.» En milieu de garde, nous observons des résultats positifs de cette injection d’amour. Derrière les demandes incessantes de l’enfant, il y a un besoin d’attention. La disponibilité complète de l’adulte durant cette pause tendresse rassure l’enfant et répond à son besoin d’attention et d’amour.

Osez déléguer et exprimez votre besoin de souffler et de vous accorder du plaisir, vous le méritez!

Petit malade… imaginaire ou comment décoder le vrai bobo

Nadine, 4 ans, fréquente mon milieu de garde depuis plus de six mois. C’est une enfant qui se développe bien. Elle s’exprime avec aisance et est appréciée du groupe d’enfants. Régulièrement,  elle sollicite mon attention en disant qu’elle s’est fait mal mais les bobos sont invisibles! Je la retourne donc au jeu prestement. Cette comédie dure et je ne sais plus quoi faire pour que son manège s’arrête.

Derrière ce comportement, vous avez su décoder le besoin d’attention soit celui d’être reconnu comme unique et aimé pour ce qu’il est.. Ce comportement parle d’un mal-à-dit (1)

À travers ses bobos invisibles, l’enfant nous dit qu’il a mal à son être, qu’il ne se sent pas reconnu et aimé. Ce malaise ressenti par l’enfant est légitime; peut-être trouve-t-il son origine dans sa difficulté de prendre sa place au sein d’un groupe puisque à la maison, comme enfant unique, il est le centre. Ce besoin d’attention peut aussi trouver sa source dans sa difficulté à se situer dans la cellule familiale depuis l’arrivée d’un nouveau-né ou dans le contexte d’un parent malade ou moins disponible. L’enfant a remarqué que les bobos suscitent l’attention, des soins et du réconfort; en simulant un malaise, bobo ou mal de ventre par exemple, il cherche donc à en obtenir

Les plaintes continuelles inquiètent les parents qui consultent. «Il me fait une otite.» «Il me couvre une gastro.» Ce discours ramène le malaise de l’enfant à l’adulte. L’enfant émet un message: «Remarque-moi, prends soin de moi, je suis inquiet de la place que j’occupe maintenant dans ton cœur.» Le constat de bonne santé émis par le médecin et le temps perdu à attendre à la clinique suscitent de l’impatience. «Va jouer, tu n’as rien. C’est assez le pleurnichage!» L’enfant en quête d’attention cherchera à nouveau à transmettre son message.

Il faut donc décrypter le message et donner à l’enfant une réponse à son besoin exprimé maladroitement. «Je ne vois pas ton bobo. J’ai l’impression que tu me parles de bobo pour que je prenne soin de toi. Tu sais, il n’est pas nécessaire d’être malade pour être aimé. Tu peux dire prends-moi, berce-moi, viens jouer avec moi, remarque ce que j’ai accompli, console-moi ou rassure-moi.»

D’autres enfants ont observé de la fierté chez leurs parents, lorsqu’ils se blessent à cause de leurs prouesses. Agacement du parent qui doit se rendre à la clinique pour des points de suture mais aussi fierté face au petit casse-cou qui se montre intrépide, aventureux et imaginatif. Ces blessés légers de l’exploration se distinguent bien de ceux qui se mettent en danger à répétition pour qu’on soit obligé d’agir. Ces blessés graves du manque d’amour ont besoin d’une aide psychologique qui se penchera sur le fonctionnement de la famille.

Derrière les petits bobos, il y a les petits bisous et surtout la nécessité d’une reconnaissance du besoin d’être reconnu et d’un apprentissage à exprimer clairement le besoin d’être sécurisé face à l’amour.

(1) Expression utilisée par Salomé.

Un petit clown

Jean-Luc, quatre ans et demi, tire la langue, fait rire les enfants avec des mots rigolos, cache des objets ou les ustensiles au repas en prétextant qu’il en manque. Ses pitreries dérangent parfois le fonctionnement du repas ou des transitions. Il aime bien jouer des tours. Je le réprimande sans résultat. Il continue à faire le clown devant les autres.

Jean-Luc se montre espiègle et joue la comédie pour attirer l’attention des pairs et de l’adulte. Le petit clown devient le centre d’attraction, on rit ou on le gronde mais on le regarde. Le regard des autres l’aide à se sentir apprécié. Il se distingue des autres, on le remarque, il sent qu’il a une place à part entière dans le groupe. Le bouffon est en quête d’attention, il a besoin de s’assurer de l’amour que les autres lui portent. D’ailleurs, certains comiques se montrent particulièrement amusants lorsqu’ils se retrouvent dans une situation gênante. Ils sauvent la face en faisant rire les témoins de leur bêtise.

Les bouffons sont très sensibles aux autres. Ils observent les interactions autour d’eux, remarquent les détails et décodent bien les autres. Ils sont très sensibles à ce que les autres pensent d’eux. Ils ont un grand besoin de reconnaissance. Il est donc essentiel de préserver leur dignité lors des interventions. On doit l’inviter à nous rejoindre en privé et lui expliquer que ses petites folies ont amusé les amis mais les ont aussi empêchés de faire tel ou telle chose. On lui exprime ainsi notre affection et l’amène peu à peu à prendre conscience de l’impact négatif des pitreries à telle occasion.

Il faut mettre en place des situations où l’enfant peut divertir les autres sans provoquer un effet de contagion pouvant nuire à la sécurité ou au fonctionnement du groupe. Le bouffon appréciera les jeux de théâtre, de rimes, de marionnettes où il pourra laisser libre cours à sa comédie. Les causeries en groupe, les échanges avec l’éducatrice amusée par ses propos seront aussi des occasions où le petit clown pourra faire rigoler et se sentir aimé.

Les réprimandes publiques, les punitions devant le groupe ne feront qu’amplifier son besoin d’être apprécié par les autres. Plus il se sentira aimé, reconnu moins il cherchera à être le point de mire. N’oubliez pas qu’il tient avant tout à maintenir le lien privilégié qu’il entretient avec vous.

D’ailleurs, un peu de folie collective détend et dédramatise. Alors rions un bon coup lorsque la sécurité est préservée. L’éducatrice qui rit avec les enfants lorsque la situation s’y prête accorde l’attention positive et soustrait le clown de l’attention négative des réprimandes qu’il recherche parfois dans sa quête d’être le point de mire.

Il a volé des bonbons à l’épicerie

Alors que j’étais affairée à payer mes articles à l’épicerie, mon fils a pris du chocolat et un petit jouet. Je n’ai rien vu et il a sorti ses petits larcins de sa poche plus tard à la maison. Comment dois-je aborder ce problème avec lui? Dois-je m’inquiéter?

Tout dépend de l’âge de votre fils. Les petits ramassent ce qui est à la portée de leur main. Ils ne distinguent pas prendre et voler puisqu’ils n’ont pas encore acquis le sens de la propriété. D’ailleurs, les enfants d’âge préscolaire montrent parfois les objets «pris au vol» à leurs parents, innocemment comme une découverte à partager.

Vers 7-8 ans, l’enfant reconnaît ce qui lui appartient et peut savoir alors ce qu’on ressent lorsqu’on se fait prendre nos affaires. À cet âge, le geste de voler prend le même sens que chez l’adulte. Quel que soit l’âge de l’enfant, il faut rendre les objets volés en emmenant l’enfant. Il est nuisible de traiter l’enfant de voleur mais essentiel de ne pas laisser l’événement passé inaperçu. Si le parent n’intervient pas, il se met en position de complice. «Je suis ton parent et je suis là pour t’apprendre ce qui est interdit.» S’il se cache derrière vous, n’insistez pas, l’humiliation n’est jamais constructive. Il participe au geste de réparation et apprend ainsi l’interdit. «Je ne peux pas te laisser prendre les choses des autres. Tu ne serais pas content si quelqu’un prenait tes affaires. Tu dois savoir commander à tes mains et les arrêter lorsqu’ils veulent prendre des choses.»

Dans certains cas, l’enfant prend un objet qu’on lui a refusé. L’objet doit aussi être retourné et clairement identifié. «Je reconnais la petite voiture que tu voulais et que je t’ai refusée. Tu l’as prise et je ne peux te laisser faire ça.»

Parfois les objets volés représentent un manque, une compensation affective. Je me souviens d’un petit garçon dans une garderie qui emplissait ses poches de petits jouets appartenant au milieu de garde. Il traînait à la maison des parcelles de la garderie et surtout de l’amour de son éducatrice. Il se sentait seul et abandonné à la maison, à la suite de la naissance de jumelles qui prenaient tout le temps et l’énergie de la maman. Dans ce cas-ci, les vols se multipliaient et signifiaient un malaise, une détresse.

L’enfant apprend peu à peu la loi des adultes, développe progressivement son sens moral à travers les relations d’amour qu’il entretient. C’est par amour, pour maintenir la relation que l’enfant se soumet aux règles. Il est donc important qu’il sente que malgré la bêtise qu’il a faite vous continuez à l’aimer.

Enfant étiqueté, enfant rejeté. Décoller l’étiquette (partie 2)

Il y a de ces mots qui me gèlent lorsque je les entends. De ces mots qui cristallisent une réalité en la figeant immuablement. Ils tombent comme le couperet d’une guillotine sur le cou du condamné.

« Ah! il ne changera jamais celui-là. Il mordait chez les trottineurs. Maintenant, il frappe. C’est un agressif. » « Ça doit être Jonathan encore. »

Cet étiquetage avance à contre-courant du mouvement progressif de l’enfant qui par définition est un être en développement.

Cet étiquetage laisse des cicatrices ouvertes puisqu’il nuit à l’estime de soi de l’enfant. Non seulement les mots répétés parfois tout bonnement portent atteinte à la dignité de l’enfant mais ils s’inscrivent peu à peu dans ce qu’il fait partie de lui. Il s’identifiera progressivement à ce Jonathan le tannant, et se forgera une identité négative.

L’enfant étiqueté est avant tout un enfant à défi particulier qui exprime un besoin. Ce décodage requiert de l’observation, de la sensibilité et surtout de l’empathie.

Esther a observé la difficulté que Jonathan éprouve à exprimer son mécontentement. Il utilise les cris, les poussées pour exprimer une frustration. Il a besoin d’apprendre à reconnaître sa colère et à trouver les mots pour l’exprimer. Esther souhaite soutenir Jonathan dans cet apprentissage. Cette démarche requiert du temps, de la patience, du suivi et peut-être du soutien de la part de son équipe de travail. Ce travail de soutien au développement repose sur la conviction profonde qu’être éducatrice c’est assumer un rôle de guide auprès de l’enfant. John Bradshaw(1) parle « des maîtres pleins d’âme qui intuitivement amènent l’enfant vers un monde de connaissance élargi ».

Lorsqu’une éducatrice dit à un enfant : « Il ne change pas celui-là, c’est un agressif » c’est de son impuissance qu’elle parle.

Voici quelques stratégies pour sortir du cercle pernicieux de l’étiquetage :

  1. Soyez honnête avec vous-même et reconnaissez que tel enfant vous irrite. L’enfant a un tempérament bien à lui au même titre que l’éducatrice. L’adaptation au tempérament de l’autre représente tout un défi. Un enfant ayant des besoins très différents de l’éducatrice peut générer chez celle-ci un sentiment d’impuissance. Il lui est en effet difficile de décoder, de comprendre l’enfant qui fonctionne sur un mode opposé au sien. Il est aussi possible de vivre certains heurts relationnels lorsque l’enfant devant nous possède une caractéristique spécifique qui s’apparente à l’une des nôtres que l’on n’apprécie guère. L’impatience de l’un se bute à l’impatience de l’autre ou la lenteur d’exécution de l’enfant ralentit davantage l’éducatrice qui fonctionne mieux elle-même lorsqu’elle n’est pas bousculée. L’enfant n’a pas développé à son jeune âge des capacités adaptatives et une empathie pouvant l’aider à faire face au tempérament particulier de l’adulte, il est donc de la responsabilité de l’adulte de s’ajuster avec sensibilité aux différences individuelles des enfants.
  2. Identifiez clairement ce qui vous impatiente en terme de comportements observables (fréquence, déclencheur, durée, intensité).
  3. Cherchez à décoder le besoin de l’enfant. Que cherche-t-il à exprimer? Besoin de sécurité, d’attention, d’apprendre une façon prosociale d’agir, etc.
  4. Identifiez les forces de l’enfant.
  5. Si ces deux dernières étapes vous semblent irréalisables, demandez de l’aide. Vous avez besoin d’un regard objectif pour vous mettre sous le mode « empathie ».
  6. Mettez en place un plan de soutien au développement et persistez. Il faut 4 à 6 semaines pour évaluer les impacts d’un plan de soutien au développement.

Au quotidien

  • Évitez d’intervenir à distance. Les « Jonathan » criés à haute voix et à répétitions invitent les autres enfants à le cibler comme le « coupable » de tout acte répréhensible survenu dans le groupe.
  • Échangez avec les parents afin de mieux comprendre l’enfant.
    · Remarquez ses tentatives d’entrer en lien avec vous, ses bons coups.
  • Cherchez à modifier la perception des enfants du groupe à son égard en le valorisant à voix haute.
  • Soulignez le plaisir que vous éprouvez ou qu’un copain a éprouvé à jouer avec lui.
  • Évitez de statuer sur l’avenir de l’enfant. Nul ne peut prédire la trajectoire qu’il prendra à l’école ou à l’adolescence. Il existe certes des comportements qui placent l’enfant dans des trajectoires à risque. Mais n’oubliez pas que l’intervention précoce est un antidote puissant. Laissez les prédictions aux horoscopes.

Honorez le principe même de vie celui de l’élan naturel et progressif de l’enfant. Croire au potentiel de croissance de l’enfant c’est lui insuffler la confiance en soi et surtout enraciner l’attachement essentiel à la relation éducative.

À lire aussi Un enfant étiqueté, enfant rejeté (partie 1)
Par Josée Lespérance

(1) Bradshaw, John (1995) Le défi de l’amour. Aimer de toute son âme. Le Jour Éditeur.

Quand les coups et les cris sont plus rapides que les mots: l’agressivité chez les trottineurs.

Sylvie Bourcier, Intervenante en petite enfance

Lyne Archambault, Éducatrice et formatrice

Novembre 2013

www.aveclenfant.com


L’agressivité chez les trottineurs[1]

C’est entre 12 et 24 mois que l’on retrouve le plus haut taux d’agressions physiques. Le petit fonctionne d’abord par essai et erreur. C’est une boule d’énergie qui jouit de sa récente mobilité et découvre l’autonomie qu’elle lui procure. Il répète ses gestes pour voir comment son entourage réagit à ses actions. Il observe ces réactions avant de faire des déductions, des liens de cause à effet, pour comprendre par exemple que quand il frappe, se parents sont mécontents. Quant les conséquences demeurent stables, l’enfant âgé de 18 mois à 2 ans intègre l’information grâce à la maturation cognitive.

La stabilité et l’expressivité des réactions lui permettent peu à peu de découvrir que tel comportement provoque le mécontentement de l’adulte, et même la colère. Pourtant, ce décodage n’assure pas l’obéissance.

Les enfants, dans leur deuxième année de vie, obéissent aux règles 45% du temps. La rencontre avec l’interdit caractérise cette étape. Le désir d’autonomie, exacerbé par les habiletés motrices grandissantes, se heurte au contrôle exercé par les adultes qui détectent les dangers. Souvent, cela commence lors des aventures du petit fouineur, qui réagit aux interdits en se jetant par terre, en tapant des pieds, en lançant des objets. Il veut prendre sa place et tout décider, mais il craint aussi, une fois la rage passée, de perdre l’amour de ses parents ou éducateurs.

Bien qu’il soit capable vers 18 mois, d’intérioriser quelques interdits, il éprouve souvent des difficultés à maitriser ses envies. Ses mécanismes d’autocontrôle sont immatures et se développent tout au long de la petite enfance. On observe donc à cet âge, des petits qui disent « non » en faisant précisément ce qui est interdit. Il ne faut pas interpréter cette attitude comme de la confrontation mais bien l’expression du besoin qu’il éprouve à se faire aider pour freiner son geste face à la tentation.

Le nombre élevé d’agressions physiques s’expliquent donc en partie par l’immaturité des mécanismes d’autocontrôle, le nombre grandissant de frustrations reliés aux interdits face au fouineur intrépide.

De 12 à 18 mois, l’enfant commence à déchiffrer le langage. Il utilise quelques mots puis peu à peu des phrases de deux mots apparaissent. Il pourra alors si on lui enseigne utiliser les mots pour exprimer sa colère ou ce qu’il veut. L’utilisation du langage contribue à la baisse des agressions physiques. Mais tant qu’il n’a pas accès au langage il utilise son corps pour s’exprimer. Il lance ou court pour dire qu’il est excité, il lance ou trépigne pour dire qu’il est fâché, il tire ou pousse pour prendre, il mord pour faire fuir « l’ennemi ». Les conflits de possession et de territoire se concluent souvent par des cris et des larmes. Il a besoin de l’adulte pour reconnaître et identifier ce qu’il ressent, y apposer un mot et surtout le soutenir à travers ce grand flot d’émotions qui le submergent. Plusieurs stratégies peuvent aider le petit à faire face à  ce qu’il ressent et l’aider à petits pas à intégrer les normes sociales. Lyne Archambault, éducatrice en pouponnière vous en propose :

Sylvie Bourcier

Intervenante en petite enfance

 

1-Interdire clairement avec constance les gestes répréhensibles et rediriger l’enfant vers  une station de défoulement positif toujours à sa disposition.

2-Observer pour comprendre OÙ ? COMMENT ? POURQUOI ? VERS QUI ?et QUAND? L’enfant manifeste l’agressivité.

3-Éviter la proximité entre les petits.  L’encourager quand elle se produit avec notre supervision mais ne pas la prendre pour acquise.

4- Avec un cerceau ou une boîte pour chaque enfant identifié avec  sa photo créer sa bulle pour qu’il se retrouve…Parfait pour l’habillement pour nos sorties, pour les transitions (après le dîner quand les petits sont fatigués et moins patients par exemple).

5-Sur une table réservée à cet effet : coller des jeux en formant 4 stations que vous changerez en cours d’année afin d éveiller et stimuler la curiosité et la nouveauté chez les petits. (Avec du papier collant pour les livres de couleurs les jeux collent à merveille et des antidérapants sous les pattes de table pour éviter que la table se déplace).

6-Travailler les possessions avec les petits À TOI ! et À MOI! Les soutenir dans l’attente du jeu désiré et en posséder plusieurs identiques. Son temps de jeu est souvent court alors on peut vite le proposer à l’ami qui attend.

7-Pour l’ami qui tape : Lui offrir avec constance un coussin à taper, un fantôme suspendu au temps de l’halloween  par exemple , créer une station d’objet à taper dans votre environnement avec plaisir et défoulement positif.

8-Pour l’ami qui tire les cheveux : Lui faire une station de coiffure et de touche-doux,   valorisez ses talents de coiffeur.

9-Pour l’ami qui mord : Lui offrir sa suce,  un anneau de dentition suspendu avec son attache à suce juste pour lui. Avoir en main plusieurs anneaux pour chaque ami. Valoriser son défoulement  positif sur son anneau refroidi. Portez en un pour vous aussi!  Prenez vite ce problème en main pour ne pas que ce geste devienne une épidémie dans le groupe.

10-Voici quelques-uns de mes trucs que j’ai partagés avec vous. Soyons créatives  et     proactives, faites-vous confiance pour demander de l’aide et du support à votre équipe si nécessaire. Expérimentez et observez les petits afin de mieux les comprendre et visez juste afin d’améliorer les comportements sociaux chez  les 18 mois.

 

Lyne Archambault
Éducatrice, formatrice

 

 

 


[1] Extraits de L’agressivité chez l’enfant de 0 à 5 ans. Sylvie Bourcier. Éditions du Chu Sainte-Justine, 2008 et inédit.

Communication avec les parents

Les exigences de Clémence. Clémence est une maman très soucieuse du bien-être de son enfant. Elle vous demande toutes sortes de petites attentions individuelles pour son enfant : tel chapeau si telle température, tel chapeau si l’enfant se plaint de serrement à la tête, abstention de sortie dans la cour, etc. Ces demandes incessantes s’inscrivent mal dans un contexte de groupe. Comment allez-vous lui dire ?

Réponse :
« Je me sens coincée face à votre demande. Je constate que vous vous souciez du bien-être de votre petit Jonathan. J’ai à cœur la santé et le confort des enfants et les échanges avec les parents sont précieux pour moi en ce sens. Cependant, j’ai aussi à répondre aux besoins de tous les enfants du groupe. Le groupe a besoin de s’oxygéner et de bouger c’est pourquoi je dois sortir jouer dehors avec eux. Soyez assurée que Jonathan sort bien habillé et joue bien au chaud. Les vêtements que vous lui apportez sont très bien adaptés. »

Rencontre avec des parents d’un enfant à problèmes

Je dois rencontrer un parent pour lui parler des difficultés persistantes de son enfant dans le milieu de garde. J’aimerais savoir comment m’y prendre, comment préparer la rencontre.

Le parent doit avoir été sensibilisé à la difficulté vécue par son enfant avant la rencontre formelle « Mathieu a de la difficulté à partager et à demander les jouets. Il frappe ses amis pour obtenir ce qu’il veut. Je tente de lui apprendre ces temps-ci et je vous en redonne des nouvelles ».

Il est très important de procéder à une observation systématique des comportements de l’enfant afin de dresser un portrait complet de l’enfant. Vous devez parler de faits concrets pour illustrer autant les forces, les progrès de l’enfant que les éléments qui posent problème. L’observation doit donc être faite dans tous les moments de vie de l’enfant et décrire ce qui se passe avant l’émission du comportement perturbateur, la nature du comportement (sa fréquence, sa durée, son intensité) ainsi que ce qui survient après le comportement.

Enfin vous devez prendre un rendez-vous avec le parent. Prévoyez environ 1 heure durant laquelle, vous pourrez être totalement disponible aux échanges entre adultes.

Voici les étapes de l’entrevue formelle :

  1. Accueillir les parents en parlant d’un sujet neutre.
  2. Communiquer le but de la rencontre. Les objectifs sommaires ont déjà été nommés lors des échanges verbaux relatifs au rendez-vous fixé pour la rencontre formelle. Les objectifs généralement identifiés sont :
    a) partager nos perceptions des besoins de l’enfant. On ne parle pas de difficultés mais bien de besoins.
    b) s’entendre sur des moyens concrets d’y répondre.
  3. Insister sur le partenariat et valoriser la présence des parents qui témoigne de ce désir de concertation.
  4. Nommer les forces de l’enfant en terme de comportements observables.
  5. Nommer les progrès observés et les éléments à développer davantage.
  6. Nommer les points à travailler en terme de comportements observables.
  7. Valider le portrait de l’enfant ainsi décrit. Les parents partagent-ils cette perception ? Ont-ils observé des éléments similaires à la maison ? Le partage d’une même perception est à la base de la collaboration. Vous vérifiez ainsi leur compréhension et allez chercher leurs réactions. Les parents émettent parfois des hypothèses pour expliquer les comportements de leur enfant. Vous pouvez alors échanger à ce sujet.
  8. Communiquer aux parents les stratégies d’intervention déjà appliquées et les informer des réactions de l’enfant.
  9. Inviter les parents à parler des stratégies éducatives utilisées à la maison (souvent ici les parents parlent des moments plus difficiles et cherchent des solutions auprès de vous). Valoriser les compétences parentales et le travail d’équipe en nommant les stratégies appliquées dans les deux milieux.
  10. Émettre des solutions concrètes applicables à court terme face aux comportements de l’enfant. Inviter les parents à s’exprimer sur ce que vous leur proposez.
  11. S’entendre sur les modes de communication à adopter pour le suivi.
  12. Planifier une rencontre de suivi pour faire le point sur l’évolution de l’enfant et évaluer les stratégies employées (se donner un minimum d’un mois pour l’observation).
  13. Remercier les parents de leur collaboration et réaffirmer votre confiance dans le travail d’équipe garderie/ maison et dans le potentiel de l’enfant.

L’écoute, le respect et le non-jugement sont essentiels au partenariat. N’oubliez pas qu’il est difficile pour le parent d’entendre parler de son enfant en difficulté. Le parent est sensible aux malaises de son enfant. En parlant de vos inquiétudes vous agissez en professionnelle. Le parent réagit à vos paroles à son rythme. Vous n’êtes pas là pour le convaincre mais bien lui transmettre vos observations de son enfant dans un objectif de son développement optimal et harmonieux.