En présence du parent, puis-je intervenir avec son enfant?

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Je suis RSG et je m’occupe de six bouts de chou donc Lucas qui a trois ans et demi. Lucas s’amuse à la garderie, c’est un enfant sociable, rieur, actif et qui sait suivre les consignes en général. Cependant, lorsque sa mère vient le chercher en fin de journée, il devient impossible. Sa maman et lui montent au rez-de-chaussée pour l’habillage et le départ tandis que je reste au sous-sol dans l’aire de jeux avec les autres enfants. Sa maman éprouve de la difficulté à se faire obéir, elle lui parle, hausse le ton et lui répète qu’ils doivent partir pour la maison. Il court, refuse de s’habiller, sort des jouets. Quelquefois, je m’implique et aide la mère en réprimant Lucas. Je me demande si je fais bien ou si je devrais laisser la mère intervenir avec son enfant?

Il revient au parent d’intervenir auprès de son enfant. Dès que le parent accède au milieu de garde, il reprend son rôle d’autorité. Bien que le parent vous ait confié le mandat de veiller au bien-être de son enfant lorsqu’il était absent en aucun cas cela ne le décharge de sa responsabilité parentale. L’enfant doit savoir et sentir que son parent demeure l’acteur principal de son éducation et que rien ni personne ne peut surpasser son autorité. Il est dommage de constater qu’en présence de d’autres adultes, certains enfants agissent en ignorant leur parent. L’enfant doit savoir que même si une autre personne le prend en charge, que ce soit une éducatrice, une enseignante, un entraîneur de sport, son parent demeurera toujours intéressé. Il grandira toujours sous le regard de ses parents qui retiendront des commentaires, des perceptions des autres une vision unique de leur enfant. C’est à travers cette continuité que l’enfant se construira. Il n’est pas l’addition des perceptions de l’éducatrice, de l’enseignant ou de la voisine. Il a une identité propre unifiée.

Comme intervenante vous devez, par conséquent, rester disponible aux enfants dont les parents sont absents et laisser aux parents présents la responsabilité d’assumer leur rôle parental. Si la mère de Lucas ressent le besoin d’échanger avec vous au sujet de l’attitude de son fils elle le fera. Vous n’avez pas à vous immiscer dans leur relation. Par contre, si le comportement de Lucas nuit à la sécurité des autres enfants vous devez lui exprimer clairement votre désapprobation. «Lucas, c’est mon travail de protéger les enfants quand leurs parents ne sont pas là, qu’ils travaillent. Je ne peux pas te laisser frapper Emeline.»

Si la maman de Lucas n’arrive pas à arrêter Lucas et qu’il en résulte des jouets partout ou des bris, parlez-en à la mère sans la présence de son fils. Expliquez-lui votre malaise et les conséquences éventuelles du comportement de l’enfant. «Hier soir, je suis montée au rez-de-chaussée après votre départ et j’ai constaté qu’il y avait des jouets près de l’escalier et dans l’entrée alors que nous avions fait le rangement. Cela m’inquiète. Je crains avec tous les va-et-vient qu’il y a à la garderie que quelqu’un se blesse.»

Si la situation se reproduit fréquemment, rencontrez de nouveau le parent en lui disant que vous aimeriez regarder la situation avec elle et voir ce qui pourrait être fait pour éviter que cela ne se reproduise.

N’oubliez pas que les parents veulent un environnement sécuritaire pour leur enfant et qu’ils veulent être reconnus et respectés dans leur rôle parental.

Partager avec les parents nos inquiétudes au sujet de leur enfant

Jocelyne s’inquiète des comportements d’Étienne 4 ans. Elle l’observe et constate qu’il éprouve de la difficulté à créer des liens positifs avec les autres enfants. En effet, il bouscule et se précipite pour se joindre à un groupe de pairs, il arrache les jouets des autres. Sa présence au sein d’un groupe entraîne des conflits. Les enfants le craignent et le repoussent lorsqu’il tente de jouer avec eux. Ces attitudes de rejet le mettent en colère et il détruit à ce moment les productions, constructions ou mises en scène des autres. Jocelyne sait que ces comportements et la situation de rejet nuiront à son intégration harmonieuse à la maternelle et à l’édification d’une bonne estime de soi. Elle veut donc sensibiliser les parents au besoin d’Étienne.

Préparation de la rencontre

La première étape est de recueillir les renseignements à l’aide d’observations concrètes afin de dresser un portrait complet de l’enfant. L’observation doit être faite dans tous les moments de vie et décrire ce qui se passe avant l’émission du comportement, la nature du comportement (fréquence, durée et intensité) ainsi que ce qui survient après le comportement. L’objectif est d’identifier les besoins de l’enfant. Nous pourrons alors communiquer aux parents notre perception des besoins de son enfant et échanger sur sa propre perception et sur les moyens pour y répondre.

Par la suite, l’intervenante doit préparer la rencontre, les étapes, prévoir la durée et le lieu (étapes décrites de façon succincte dans un article déjà affiché sur le site).

Mon enfant, le cœur de ma vie

Un parent n’est jamais indifférent aux messages qu’il reçoit au sujet de son enfant. L’image projetée par l’intervenant le touche profondément. Parfois, cette image confirme celle que le parent possède déjà au fond de lui et ce depuis même la gestation. Alors, la rencontre entre l’enfant rêvé et l’enfant réel est heureuse. Mais lorsque l’éducatrice dresse un portrait de l’enfant différent de celui élaboré par le parent, ce dernier réagit pour préserver l’image de l’enfant rêvé. Cette confrontation est douloureuse et bouleverse l’équilibre émotif du parent. Si l’écart entre l’enfant rêvé et l’enfant réel est grand, le parent passe par un processus de deuil soit déni, colère, tristesse et reconnaissance ou acceptation. La durée de ce processus est différente d’une famille à l’autre et les parents se mobilisent à la dernière étape. Certaines éducatrices ressentent l’absence de mobilisation parentale comme un désaveu quant à leurs compétences professionnelles. Il n’en est rien. Bien que le parent réagisse parfois par la colère ou la passivité il faut comprendre qu’il éprouve de grandes difficultés à accepter que son enfant manifeste des besoins particuliers. Le rôle de l’éducatrice est de sensibiliser et non de convaincre.
Responsabiliser ou culpabiliser
L’éducatrice et le parent agissent tous deux comme agents de socialisation de l’enfant et ont une responsabilité d’accompagner l’enfant qui grandit. L’éducatrice exerce son rôle de façon passagère, son implication émotive ne se compare pas à celle du parent. Il est contreproductif d’accabler le parent de reproches ou de s’acharner sur lui. Le parent est un partenaire c’est-à-dire qu’il possède des compétences éducatives et surtout une connaissance intuitive profonde de son enfant.
Si nous reconnaissons et valorisons son apport, il sera motivé et désireux de s’impliquer au plan de soutien au développement. Si par contre nous agissons comme expert, il nous remettra le problème puisque nous signifions que nous sommes les « connaisseurs ». L’approche « devin » est aussi à bannir, évitez les prédictions. Bien que l’intervenante connaisse les trajectoires à risque de certains comportements manifestés à l’âge préscolaire, il faut se centrer sur ce que vit présentement l’enfant. Le parent sera sensible au fait que le comportement de son enfant nuit à son bonheur dans le groupe.

Voici quelques attitudes à éviter et d’autres à adopter :

À faire À éviter
Utiliser le terme besoin pour dresser le portrait de l’enfant Éviter l’emploi des mots : problème, problématique
Utiliser les mots plan de soutien au développement Éviter les mots plan d’intervention
Décrire les comportements de façon concrète et objective Attribuer des étiquettes ou des vocables sujets à interprétation
Dresser un portrait complet de l’enfant incluant autant ses forces que les points à développer Décrire seulement les comportements dérangeants ou inquiétants
Se centrer sur ce qui estobservable maintenant Prédire l’avenir (il ne pourra pas réussir à l’école)
Explorer ensemble les perceptions des besoins de l’enfant Agir en expert en conseillant, en donnant des ordres ou en posant un diagnostic
Exprimer votre intérêt pour l’enfant et votre désir d’aider l’enfant Dire au parent que le comportement de l’enfant est inacceptable et qu’il devrait le punir
S’informer auprès du parent afin de savoir s’il observe le même comportement à la maison Culpabiliser le parent en prétendant qu’il doit y avoir un événement familial responsable du comportement de son enfant
Exprimer notre ferme conviction que le partenariat permettra d’aider l’enfant Développer un plan de soutien en solitaire ou laisser le parent tout régler à la maison
Exprimer votre confiance dans les compétences parentales et cibler avec eux des attitudes éducatives positives réalisables maintenant Identifier et revenir sur les gestes éducatifs erronés que les parents ont faits dans le passé culpabiliser
Prendre des notes après l’entretien afin d’intégrer cette rencontre dans une démarche continue Minimiser l’importance de l’apport des parents
Tenter de sensibiliser Tenter de convaincre
Respecter le rythme d’acceptation du parent Harceler le parent de demandes répétitives
Informer l’enfant de la rencontre avec l’accord du parent ou préférablement demander au parent de le faire
« Nous allons nous rencontrer pour trouver des moyens pour que ça se passe bien à la garderie. Tes parents te diront après ce qu’ils ont décidé pour toi. »
Travailler en solo sans chercher à atteindre la cohérence éducative entre les deux milieux de vie l’enfant

Demandez-vous qu’est-ce qu’un bon parent pour vous. Avez-vous idéalisé la parentalité? Le parent exerce son rôle habité par sa propre histoire, confronté à sa propre réalité quotidienne au même titre que vous, éducatrice. Gaston Gauthier , un grand humaniste a dit : « Le parent est un outil qui doit servir l’enfant pour qu’il devienne plus autonome, plus créateur, plus libre. Si quelqu’un rêve de bien pour un enfant, je ne suis pas inquiet pour cet enfant. L’enfant grandit avec quelqu’un qui grandit avec lui. »