Impacts des styles éducatifs chez les enfants

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Par Sylvie Garceau, enseignante TÉE

La qualité des services de garde éducatifs à l’enfance (SGEE) est au cœur des discussions de tout un chacun qui est en lien de près ou de loin avec le réseau de la petite enfance.  Ce sujet suscite bien entendu plusieurs échanges sur différents sujets et des remises en question concernant les différentes pratiques déjà en place et celles à modifier.  En effet, une des 4 dimensions de la qualité éducative (Ministère de la Famille) fait référence à la qualité de l’interaction entre le personnel éducateur et les enfants.  Par conséquent, il est important de considérer le style d’intervention adopté par le personnel des SGEE.  Il est évident de penser que l’établissement de la relation significative passe par le style éducatif.  En effet, il ne faut pas négliger le fait que l’approche utilisée par le personnel éducateur aura des impacts, qu’ils soient positifs ou négatifs, chez les enfants et ils influenceront leurs relations et les interactions entre eux.  Il est donc important de les mettre en lumière afin de bien saisir la portée de toutes interventions se rapportant à un style ou à un autre.

Quels sont les styles éducatifs ?

«Trois principaux styles d’intervention sont employés, tant par les parents que par le personnel éducateur et les RSG en interaction avec les jeunes enfants : le style démocratique, le style directif ou autoritaire et le style permissif ou laisser-faire.» (Accueillir la petite enfance, Programme éducatif, 2019)

Certains autres termes sont également associés à ces styles éducatifs.  « Les chercheurs contemporains classent typiquement les styles parentaux en quatre groupes : autocratique, caractérisé par des niveaux élevés de contrôle et de faibles niveaux de sensibilité ; indulgent et permissif, caractérisé par de faibles niveaux de contrôle et de hauts niveaux de sensibilité ; démocratique, caractérisé par des niveaux élevés de contrôle et de sensibilité ; et négligent, caractérisé par un manque de contrôle et de sensibilité. » (Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants, 2019)

Ainsi, deux variantes déterminent tout style d’intervention (contrôle et sensibilité).  Le tableau suivant permet de bien les illustrer et de mieux les comprendre:

Faible niveau de sensibilité (-)Haut niveau de sensibilité (+)
Haut niveau de contrôle (+)DIRECTIF OU AUTORITAIREDÉMOCRATIQUE
Faible niveau de contrôle (-)NÉGLIGENTPERMISSIF OU LAISSER-FAIRE

En observant ce tableau, on peut conclure que le défi du personnel éducateur est d’atteindre un équilibre adéquat entre la sensibilité et le contrôle en présence de l’enfant, et ce, dans les différentes situations vécues au quotidien. 

Qu’est-ce que le contrôle et la sensibilité ?

D’une part, le contrôle est lié directement aux exigences de l’adulte, à ses attentes envers l’enfant et à la discipline qu’il impose (règles, directives, limites, interventions).  Bref, c’est la supervision et l’encadrement offert à l’enfant.  En ce sens, l’adulte ayant un faible niveau de contrôle (style négligent et style permissif ou laisser-faire) ne dirigera pas l’enfant, évitera de donner des consignes, ne nommera pas ses attentes, n’imposera pas de limites claires et interviendra peu ou pas.  À l’opposé, un adulte ayant un haut niveau de contrôle (style directif ou autoritaire et style démocratique) n’hésitera pas à nommer des règles, à imposer des limites, à encadrer tous comportements et toutes situations entourant l’enfant, et ce, de manière rigoureuse.

D’autre part, la sensibilité est quant à elle liée à l’ouverture, à l’écoute et au soutien de l’adulte face aux différents besoins que l’enfant exprime.  En ce sens, l’adulte ayant un faible niveau de sensibilité (style négligent et style directif ou autoritaire) portera peu attention à l’enfant et sera plutôt centré sur lui-même, sera peu ou pas attentif aux expressions verbales et non verbales, ne tiendra pas compte des demandes de l’enfant et sera peu ou pas présent pour l’accompagner.  Donc la réponse aux besoins de l’enfant sera faible ou inexistante.  À l’opposé, un adulte ayant un haut niveau de sensibilité (style permissif ou laisser-faire et style démocratique) à l’enfant sera présent, attentionné à ses besoins exprimés ou non exprimés, démontrera beaucoup d’intérêt à l’enfant et répondra à ses demandes.  Bref, son attention sera centrée sur l’enfant.

Quels sont les comportements de l’adulte associés à chacun des styles et les impacts chez les enfants ?

Voici quelques exemples de pratiques utilisés par le personnel éducateur selon son style éducatif. ¹

DIRECTIF OU AUTORITAIRE

Dans ce style éducatif, l’adulte impose ses règles et son raisonnement, il est rigide dans sa façon de communiquer ses demandes, il est centré sur les punitions, il donne peu de marques d’attention positive et peut même humilier ou dénigrer l’enfant.  De plus, il est très exigeant et ne reconnaît pas les capacités de l’enfant à faire des choix.  Par ailleurs, « l’adulte contrôle la grande majorité des activités, l’horaire et l’organisation du local. Les activités de groupe qui sont privilégiées lui permettent de conserver le contrôle. C’est alors l’adulte qui montre aux enfants la marche à suivre en fonction d’objectifs qu’il a lui-même fixés. » (Accueillir la petite enfance, programme éducatif, 2019)

Face à ces comportements, l’enfant devient soit inhibé, retiré, conformiste par peur d’avoir une réprimande, il est donc soumis au contrôle exercé par l’adulte.  De plus, en présence de ce style éducatif, l’enfant peut également être moins respectueux des règles et faire de l’opposition.  Il cherche alors à confronter l’adulte, à provoquer des conflits avec lui, il est peu tolérant et il peut également adopter des comportements explosifs.  En fait, il réagit au contrôle de l’adulte en s’opposant, recherchant ainsi un certain contrôle, une certaine autonomie. Dans les deux cas, « l’enfant a peu d’occasions de prendre des initiatives, de faire des choix et de s’engager dans des jeux qui correspondent à ses propres champs d’intérêt. »  (Accueillir la petite enfance, programme éducatif, 2019)

PERMISSIF OU LAISSER-FAIRE

Ce style éducatif est caractérisé par l’adulte qui n’impose aucune limite et aucune restriction, qui s’attend à ce que l’enfant se responsabilise lui-même, qui lui remet l’ensemble de ses choix, qui demande la permission à l’enfant, qui le survalorise et qui peut même devenir dépendant de son amour.  Le personnel éducateur d’un SGEE adoptant ce style se retrouverait dans une situation où le «contrôle est plutôt entre les mains des enfants. L’adulte les laisse faire ce qu’ils veulent et l’horaire est souple. Il n’intervient que si les enfants le demandent ou pour rétablir l’ordre.» (Programme éducatif Accueillir la petite enfance, 2019)

Or, l’enfant en présence de ce contexte éducatif peut devenir ce que l’on appelle l’enfant-roi. Par ce manque de limite, il perd ses repères et est à la conquête de balises et d’encadrement.  N’en trouvant pas, il se pense alors omnipuissant et tente d’imposer sa volonté, il est impulsif et colérique puis peu sensible aux autres et à leurs besoins.  L’adulte ayant peu d’attente envers lui et ne l’accompagnant pas dans ses expériences et ses jeux, il n’apprend pas à se connaître et ne développe pas l’estime de soi, puisqu’il peut faire ce qu’il veut sans jouir du regard bienveillant de l’adulte.  Il est alors libre de tous ses choix, bons ou mauvais.

DÉMOCRATIQUE

Le style d’intervention démocratique est celui où l’adulte propose à l’enfant des alternatives et structure la réalité de l’enfant en tenant compte de ses besoins, intérêts et idées tout en offrant un encadrement incluant des consignes, des routines et un accompagnement qui favorisent le sentiment de sécurité.  L’adulte est à l’écoute de l’enfant et poursuit ses initiatives, valorise la socialisation et la curiosité, lui propose des activités amusantes et permet à l’enfant de faire des choix et d’exécuter des responsabilités adaptées à ses capacités.  De plus, l’adulte applaudit ses réussites et ses efforts puis lui démontre sa confiance tout en le soutenant pour résoudre des problèmes. 

Ainsi, l’enfant développe sa confiance en lui-même, a un sentiment de pouvoir influencer ce qui lui arrive, il s’investit dans les jeux, devient compétent socialement, est créateur et persévérant.  De plus, l’enfant développe une sécurité affective, il communique donc facilement son monde intérieur et ses émotions.  En effet, le personnel éducateur qui adopte ce style éducatif, «en instituant un climat positif dans le groupe, amène, d’une part, l’enfant à se sentir respecté et encadré, ce qui lui permet d’établir des relations affectives privilégiées avec les adultes qui l’accueillent au SGEE. Ce style d’intervention favorise, d’autre part, l’autonomie, l’apprentissage actif et la confiance en soi ainsi que la capacité de l’enfant à établir des relations harmonieuses avec ses pairs.» (Accueillir la petite enfance, programme éducatif, 2019) 

Quel est le défi du personnel éducateur ?

En terminant, il faut se rappeler qu’à travers les humeurs parfois changeantes du quotidien ou toutes autres circonstances vécues par le personnel éducateur au fil des journées et pouvant le faire passer d’un style d’intervention à un autre, il demeure primordial d’offrir une stabilité des pratiques éducatives auprès de l’enfant.  En effet, celles-ci lui procurent un encadrement sécurisant tout en lui proposant une atmosphère propice aux apprentissages.  En appliquant le style démocratique de façon constante, l’enfant constate rapidement que l’adulte l’accompagne au quotidien, qu’il s’investit dans une relation significative auprès de lui, qu’il est prévisible et par le fait même, il sait ce qui est attendu de lui. Donc, l’enfant évolue à travers un climat sain, favorable aux apprentissages et aux expériences.

¹ Tiré de la formation Laisser-faire ou contrôle entre les deux mon cœur balance, par Sylvie Bourcier.

Références:

Bourcier, Sylvie. Formation Laisser-faire ou contrôle entre les deux mon cœur balance.

Bornstein L, Bornstein MH. Pratiques parentales et développement social de l’enfant. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Tremblay RE, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/habiletes-parentales/selon-experts/pratiques-parentales-et-developpement-social-de-lenfant. Actualisé : Décembre 2014. Consulté le 11 octobre 2019.

Ministère de la famille. Accueillir la petite enfance: programme éducatif, Pour les services de garde du Québec. Les Publications du Québec. Version 2019.

Répondre aux inquiétudes des parents face aux apprentissages de leur enfant

Par Sylvie Garceau

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Que la question soit posée directement, indirectement ou qu’elle reste dans la tête du parent, il n’en demeure pas moins que l’éducatrice, par son rôle éducatif, est souvent amenée à répondre à cette grande question posée par le parent.  Mon enfant est-il prêt pour l’école ?

D’une part, l’éducatrice subit une certaine pression pour bien répondre à cette question.  Elle doit accueillir les inquiétudes du parent sans toutefois s’encombrer de cette charge seule.  Toutefois, elle doit démontrer ses habiletés professionnelles à soutenir l’enfant dans son développement global.  D’autre part, l’inquiétude du parent pour la réussite scolaire de son enfant est tout à fait légitime.  Voulant le meilleur, il cherche à lui permettre de vivre une expérience positive qui l’amènera de se réaliser pleinement au cours des prochaines années.

Une vision commune

L’éducatrice et le parent ont un rôle important à jouer dès la plus tendre enfance afin de créer un environnement stimulant, riche, chaleureux et sécurisant pour l’enfant, ce qui lui permettra de vivre des expériences variées et ce, dès son jeune âge.  Il est « crucial que l’enfance ne soit pas perçue comme une simple période préparatoire à l’école et à l’âge adulte, mais comme une période privilégiée pendant laquelle le bien-être et le développement harmonieux du jeune enfant sont des objectifs en eux-mêmes.»  (Moisan, 2013, page 8)  Dans cette perspective, il est important de considérer le développement de l’enfant dans sa globalité et de tenir compte de tous les domaines qui sont interreliés.  «Si un bon développement global ne doit pas avoir pour seul but la préparation à l’école, il est clair que l’enfant qui jouit d’un bon développement global a toutes les chances de profiter pleinement de l’école comme milieu de vie et d’apprentissage.» (Moisan, 2013, page 8)

En clair, il ne faut pas s’attendre à ce que l’enfant acquiert seulement des habiletés académiques comme la littératie ou la numératie pour être fin prêt à l’école, mais qu’il acquiert des habiletés au regard de son développement global.   De plus, il est nécessaire de laisser le temps à l’enfant d’acquérir les habiletés nécessaires à son développement selon son rythme d’apprentissage.  Donc, attention au piège de la scolarisation précoce où l’enfant est alors mis dans une situation de stress qui lui demande de fournir un effort indu.  S’il ne possède pas les habiletés nécessaires pour accomplir la tâche demandée, il vivra un échec.

Le jeu: élément à ne pas négliger

Le jeu est le moteur des apprentissages de l’enfant.  Expliquer son importance permet au parent de mieux comprendre l’impact du jeu à travers le développement.  «Les activités ludiques servent d’assises solides aux concepts scolaires qui seront abordés plus tard.» (Bourcier, 2006, p.150)   Ainsi, l’éducatrice doit offrir une planification hebdomadaire variée, ludique et qui tient compte des besoins et des intérêts individuels et de groupe.  C’est à travers le jeu que l’éducatrice pourra observer les progrès de l’enfant.  La diversité des jeux (extérieurs, d’équipes, coopératifs, de société, de manipulation, sensoriels, de construction, symboliques (faire semblant), etc.) et du matériel permettent à l’enfant de relever des défis adaptés à sa capacité développementale, à préserver sa curiosité naturelle et à parfaire ses connaissances du monde dans lequel il évolue.

Des pratiques à adopter pour l’éducatrice

Rassurer le parent en le sensibilisant à l’un des objectifs du programme éducatif Accueillir la petite enfance: «En lui proposant toutes sortes de stimulations, les services de garde favorisent l’actualisation du potentiel de l’enfant et lui offrent la possibilité d’acquérir plusieurs attitudes ou habiletés qui lui seront utiles au moment de l’entrée à l’école.» (Accueillir la petite enfance, 2007, p.9)   De plus, les services de garde éducatifs du Québec portent également la mission «de prévenir l’apparition ultérieure de difficultés d’apprentissage, de comportement ou d’insertion sociale.» (Accueillir la petite enfance, 2007, p.5).

Expliquez dans des termes simples et concrets comment le geste de l’enfant à travers les moments de vie  et les périodes de jeux viennent consolider les apprentissages de l’enfant au regard de son développement global.  Affichez les intentions pédagogiques à travers votre planification quotidienne.

Nommez aux parents les progrès de l’enfant et des manifestations de son développement global.  Pour ce faire, l’éducatrice doit réaliser de nombreuses observations tout au long de l’année et dans des contextes différents afin de livrer un portrait juste du développement global de l’enfant appuyé d’exemples concrets et de faits.  Rassurez le parent en lui indiquant que son enfant fonctionne bien et qu’il démontre de l’autonomie dans les différents moments de vie.

Expliquer au parent que la maternelle (préscolaire) est une période de transition vers la première année (scolaire) et qu’elle comporte 6 compétences (Programme de formation de l’école québécoise, 2006, page 53),  à développer en vue de se préparer aux années suivantes.  Cette transition permet donc à l’enfant de poursuivre ses apprentissages et de consolider ceux déjà appris.  Chaque période distincte est utile en soi dans le cheminement vers la vie scolaire, tout comme celle de la petite enfance.

Adoptez un programme d’habiletés sociales et présentez-en les bienfaits aux parents.  De plus, accompagnez l’enfant à travers les étapes de la résolution de problèmes, ce qui lui permettra de faire un pas de plus vers l’autonomie.  Aussi, reconnaissez l’enfant comme un être unique ayant des caractéristiques personnelles, valorisez l’expression et la reconnaissance des sentiments et respectez le rythme d’apprentissage de chacun.

 

À retenir pour le parent

«Si l’éducatrice de votre enfant vous affirme qu’il fonctionne de façon autonome et efficace, qu’il se développe harmonieusement, qu’elle souligne ses progrès régulièrement, cela peut être un bon indicateur de base.» (Bourcier, 2006, p.151)

«On considère qu’un enfant réussit à l’école quand il adopte une attitude positive envers l’école et l’apprentissage; quand il établit des liens sociaux positifs avec les enseignants et les camarades de classe; quand il se sent à l’aise, vit des émotions positives, participe à la classe et quand on observe une réussite et des progrès au plan scolaire.» (Tremblay, Boivin, Peters, 2017)

 

Références

Ministère de la famille. (2013). Garder le cap sur le développement global des jeunes enfants: L’importance des mots utilisés pour parler de l’Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle. Repéré à https://qualitepetiteenfance.uqam.ca/upload/files/garder-le-cap-final.pdf.

Bourcier, Sylvie. (2006). Le grand monde des petits de 0 à 5 ans.  Montréal : Éditions du CHU Sainte-Justine.

Ministère de la famille et des Aînés. (2007). Accueillir la petite enfance: le programme éducatif des services de garde du Québec Mise à jour.  Direction des relations publiques et des communications Ministère de la Famille et des Ainés.

Préparation à l’école : Synthèse. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/preparation-lecole/synthese. Actualisé : Juillet 2017. Consulté le 5 novembre 2018.

Ministère de l’éducation. (2006). Programme de formation de l’école québécoise: Le virage du succès ensemble. Version approuvée.

Comment faire la transition d’une éducatrice à l’autre pour le parent ? (Lettre d’une éducatrice à un parent)

Par Sylvie Garceau, enseignante TÉE

Objet: Bâtir un lien de confiance entre l’éducatrice et le parent.

Bonjour à toi cher parent et partenaire,

Au cours des derniers jours, j’ai appris que ton enfant aura bientôt une nouvelle éducatrice.  Rassure-toi, toute notre équipe a le désir d’établir un partenariat avec les familles dans le but de favoriser le bien-être de tous.  Continuer la lecture de Comment faire la transition d’une éducatrice à l’autre pour le parent ? (Lettre d’une éducatrice à un parent)

La place du parent dans la relation éducatrice, parent et enfant

Par: Sylvie Garceau, enseignante TÉE

Quelle place laissons-nous au parent dans notre milieu de garde?  C’est la question que se pose Sophie, nouvelle conseillère pédagogique du CPE Mon cœur d’enfant, qui vient tout juste d’ouvrir ses portes.  Elle reconnaît le milieu de garde éducatif comme un milieu de vie pour l’enfant et sa famille.  Elle sait à quel point il est important d’impliquer le parent dans le processus et la mise en place d’une relation significative avec l’enfant. Reconnaître le parent comme un acteur important de la relation éducatrice, parent et enfant est un gage de la réussite de cette concertation favorisant le bien-être de l’enfant et sa famille. (Voir le texte de Sylvie Bourcier: Reconnaitre le parent comme un partenaire compétent)

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Les heures de préparation pédagogique: un luxe ou une nécessité ?

Par Sylvie Garceau, décembre 2015

Depuis plusieurs années, le réseau des services de garde au Québec est touché par des coupures dans les budgets.  Ce manque à gagner touche de différentes façons le quotidien des travailleurs en petite enfance.  Les gestionnaires du réseau tentent par tous les moyens d’éviter les répercussions pouvant réduire la qualité des services offerts aux enfants et à leur famille.  Toutefois, ce défi est de plus en plus grand et les ressources financières sont de plus en plus petites.  Continuer la lecture de Les heures de préparation pédagogique: un luxe ou une nécessité ?

L’enfant qui ne veut pas manger au service de garde

Sylvie Garceau, TEE

Février 2015

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Vous êtes éducatrice d’un groupe d’enfants âgés d’environ 3 ans, depuis septembre dernier.  Vous remarquez qu’un d’entre eux, Thomas, refuse de manger les repas qui lui sont présentés.  Sans vous inquiéter, vous lui avez laissé le temps de s’intégrer au groupe.  Toutefois, la situation perdure et vous commencez à vous préoccuper de son alimentation. Vous ne savez pas comment réagir, mais vous aimeriez bien pouvoir dire à ses parents le soir venu, que Thomas a mangé aujourd’hui.

Pistes de réflexion:

-Le goût se développe selon le rythme de l’enfant et selon des étapes. (Observer, sentir, toucher, goûter, manger et finalement manger l’aliment avec plaisir).

-Le goût se développera à travers des expériences positives vécues par l’enfant.

-La  néophobie alimentaire: étape normale du développement que l’enfant traverse entre 2 et 10 ans.  Période caractérisée par la réticence ou la peur envers les aliments qu’il ne connait pas.  L’enfant va trier les aliments de son assiette ou refuser de les manger.

-L’enfant peut être exposé à un nouvel aliment entre 15 et 20 fois avant de le goûter.

-Le repas doit comporter environ 3 aliments, ainsi l’enfant peut faire un choix.

-Le dessert fait partie du repas et il doit être composé d’éléments nutritifs.

-La faim et l’appétit peuvent varier selon les moments de la journée, les jours ou les semaines.  Ils sont influencés par différents facteurs.

-L’enfant peut affirmer son autonomie par le refus de la nourriture.

Comportements éducatifs à adopter:

-Vérifier auprès du parent l’appétit de l’enfant à la maison.

-On ne doit pas insister pour que l’enfant mange ou goûte un aliment. Présenter le repas et proposer d’y goûter.

-Présenter plusieurs fois le nouvel aliment à l’enfant au fil des jours et des semaines.

-Offrir à l’enfant une ambiance positive lors des repas favorisant les interactions.

-Être un modèle pour l’enfant quant à l’appréciation des aliments.  Votre plaisir à manger pourra l’inciter à goûter.

-Laisser l’enfant faire le choix de ce qu’il désire manger dans son assiette.

-Laisser de 20 à 30 minutes à l’enfant pour manger.

-Éviter la présence des écrans lors des repas.

-Offrir à l’enfant des accessoires adaptés et porter une attention à la grandeur de l’assiette.  Une trop grande assiette pourrait décourager l’enfant.

-Vous pouvez couper en petits morceaux l’aliment nouveau dans l’assiette de l’enfant, ainsi il pourra l’apprivoiser à son rythme.

-Féliciter seulement les efforts de l’enfant.

-Si l’enfant ne mange pas, retirer l’assiette sans ajouter de mots ou d’expressions du visage.

-Servir de petites portions à l’enfant et lui permettre d’en reprendre.

-Servir à boire à l’enfant qui a un petit appétit, seulement après le repas.

-Ne pas priver l’enfant de dessert ou ne pas utiliser celui-ci comme récompense. (L’adulte pourrait ainsi proposer une mauvaise compréhension de l’alimentation: repas principal=négatif, dessert= positif.)

-Proposer la même portion (1 portion) de dessert peu importe la quantité qu’il a mangé au repas principal.

-Proposer de réaliser des activités culinaires avec les enfants.  Ils participeront à la découverte culinaire avec plaisir.

-Respecter le goût, la faim et la satiété des enfants.

-L’adulte détermine des règles claires à la période des repas (ex: demeurer assis à la table pour le repas).

-Avant de servir l’enfant, vous pouvez lui demander s’il a une grosse, une moyenne ou une petite faim.  Ainsi, on évite le gaspillage et on permet à l’enfant de prendre conscience de sa faim.

-Nommer les aliments et discuter avec les enfants des caractéristiques et de la provenance de ceux-ci.

Toutefois, vous devez toujours garder en tête que chaque enfant est unique et il se développe à son rythme.  Donc, il va s’alimenter selon cette même règle.

Également, il est important de retenir que si la santé générale de l’enfant vous inquiète, vous devez en parler avec le parent, il se pourrait que la consultation d’un professionnel soit nécessaire.

Bon appétit à tous!!!

Texte inspiré des références suivantes: www.nospetitsmangeurs.org, www.enfant-encyclopedie.com,

www.extenso.org, Cadre de référence du programme: Gazelle et Potiron.

Une rencontre de parents: angoissant

Sylvie Garceau, éducatrice en petite enfance

Août 2013

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Le programme éducatif Accueillir la Petite Enfance propose aux professionnels de la petite enfance des principes de base à appliquer auprès de l’enfant et de sa famille. L’un d’eux concerne la collaboration entre le personnel éducateur et les parents. La rencontre de parents est un des moyens que peut utiliser le milieu afin d’établir une collaboration et une communication avec la famille. Elle permettra de prendre contact avec sa réalité, ses coutumes et ses valeurs. Ainsi, le milieu de garde pourra mieux comprendre certains comportements de l’enfant. Quant aux parents, cette rencontre lui permettra de mieux connaître le milieu, ses services, ses programmes, les éducatrices et de prendre contact avec l’environnement dans lequel son enfant se développera. De plus, il aura la chance d’échanger avec les autres parents, d’établir des liens ou simplement de faire connaissance avec eux. Tout ceci est nécessaire afin d’établir un soutien mutuel dans le respect des rôles de chacun.

 

Année après année les éducatrices titulaires de groupe ont la charge d’animer les réunions de parents. Certains intervenants sont très à l’aise de parler devant un public alors que d’autres figent, bégaient ou transpirent. Pour ma part, les réunions de parents en début d’année, ce n’est pas ma tasse de thé, disons-le ainsi. C’est très embarrassant d’animer une telle rencontre. C’est donc important de s’y préparer dans le but de vivre et de faire vivre aux parents un moment agréable, dans le respect de tous. Voici donc quelques petits trucs afin de faciliter l’organisation de ce moment et d’en retirer le maximum d’avantages autant pour vous, pour les parents et aussi pour les tout-petits en bout de ligne.

Dans ce texte, vous retrouverez la structure d’une rencontre de parents ainsi que la fréquence des réunions. Vous pourrez identifier ce qu’on peut mettre à l’ordre du jour et les points à discuter avec les parents. Par la suite, quelques petits trucs d’animation sont identifiés afin de faciliter le déroulement de votre réunion. Finalement, il y a quelques points que vous pouvez vérifier avant la réunion comme l’aménagement des lieux physiques, tout ceci dans le but de s’assurer d’une préparation adéquate.

 

Lors d’une réunion de parents, il est important d’établir une structure. Différentes formules peuvent être adoptées, tout dépend de votre milieu. Il est important que les membres de la direction se présentent. Il est a noté que la direction peut être accompagnée du président du CA. Que ce soit la coordonnatrice ou les membres du soutien pédagogique, il est primordial qu’ils prennent contact avec les parents de votre groupe. Ce moment peut être orchestré de façon à ce qu’ils accueillent tous les parents et que par la suite, chaque éducatrice titulaire dispose avec les parents de son groupe. Il peut aussi y avoir d’autres façons de faire, par exemple, la directrice qui passe dans chaque salle et prend quelques minutes pour se présenter. Idéalement, elle devrait ouvrir et fermer la réunion. Quand à l’éducatrice titulaire du groupe, elle anime la réunion et traite de tous les autres points.

 

Les rencontres de parents devraient avoir lieu une fois en septembre et une fois en décembre. La réunion de début d’année aborde un thème plus général et formel. On y explique le fonctionnement du groupe, c’est à dire qu’on peut préciser les heures d’ouverture et de fermeture, donner aux parents les protocoles et les règles de notre milieu de garde et obtenir la signature de chaque parent. Par la suite, l’éducatrice peut expliquer la façon dont elle appliquera tout ceci concrètement au quotidien. Vous pouvez mentionner la façon dont vous communiquerez les informations de l’enfant. Expliquez le rapport journalier ou tout autre document ou fiches d’observation que votre milieu utilise pour fournir des informations sur l’adaptation de l’enfant. Vous pouvez expliquer comment vous appliquez le programme éducatif, vos valeurs et vous pouvez même préciser vos attentes face au rôle des parents. Finalement, vous pouvez présenter l’horaire type d’une journée. Le parent se sentira plus confiant s’il connait la routine que son enfant vivra dans un autre milieu que la famille. Surtout, il ne faut pas oublier de se présenter. S’il y a d’autres membres du personnel qui sont en contact avec le groupe, il est important des les présenter aussi. Par la suite, il peut y avoir des échanges avec les parents concernant les enfants ce qui favorise l’établissement du lien de confiance. La rencontre doit durer environ 45 minutes. Elle ne doit pas être trop longue pour ne pas perdre l’intérêt du parent. On peut offrir aux parents une période de question où on pourra clarifier certains points. Celle-ci va durer environ 15 minutes. À la fin de la réunion, vous pouvez offrir vos disponibilités pour les parents qui voudraient échanger individuellement avec vous.

 

Afin de s’assurer du plus grand nombre de participation possible, il est intéressant d’envoyer une convocation aux parents par courriel ou en papier (tout en s’assurant d’avoir d’abord fait une invitation verbalement aux parents). Il faut aussi l’afficher à l’entrée du service de garde et mettre une copie du rappel au casier de l’enfant. La convocation comprend quelques informations comme la date, l’heure, le lieu et un coupon réponse. Elle est envoyée environ 3 semaines à un mois avant la date prévue et une semaine à l’avance pour le rappel.

 

Quant à la réunion du mois de décembre, ou de la mi-année, elle devra être plus pratique et concrète. Elle se déroule en compagnie des parents de votre groupe. Vous pourrez répondre à leurs questions concernant le fonctionnement du service de garde, la pédagogie, l’horaire de la journée, faire des mises au point sur les interventions, analyser les différentes pratiques que le milieu adopte bref, faire un bilan de cette première moitié de l’année. Vous pouvez aussi vous questionner avec les parents sur ce qui pourrait être modifié ou amélioré. Par exemple, vous pourriez discuter du temps accordé aux jeux extérieurs ou encore du déroulement de l’accueil. Il est toutefois important de mentionner que tous les commentaires sont recueillis et analysés, mais qu’ils ne peuvent pas nécessairement tous être mis en application. Cette réunion peut aussi être utilisée afin de permettre aux parents d’échanger sur des problématiques qu’ils vivent avec leur enfant ou encore pour recueillir de l’information sur différents sujets. Par exemple, mon enfant ne veut plus manger ou l’apprentissage à la propreté. Certains sujets sont spécifiques à des groupes d’âges et il peut être pertinent de transmettre de l’information aux parents. Il peut être intéressant de demander, à l’avance, aux parents de quels sujets ils aimeraient discuter ou échanger de l’information ainsi vous pourrez mieux vous documenter et vous préparer. Vous remarquerez que dans les diverses familles, il y aura des similitudes. Vous permettrez à chacun de s’exprimer, de briser l’isolement tout en sachant que d’autres parents vivent aussi la même situation. Il faut s’assurer de toujours répondre aux besoins de la famille et de l’enfant. C’est donc une période propice aux échanges et à l’élaboration de stratégies gagnantes pour tous.

 

Vous pouvez organiser une troisième et dernière rencontre dans l’année. Elle peut se dérouler autour du mois d’avril ou mai pour faire le bilan de vos observations concernant le développement de l’enfant. Cette rencontre se fait individuellement avec chaque parent. Ce moment est très privilégié pour reconnaitre le parent comme premier intervenant dans la vie de son enfant. Vous remarquerez que les parents aiment toujours parler de leurs enfants.

 

Il arrive souvent dans les rencontres qu’il y ait des débordements. Différentes raisons peuvent être à l’origine de cette problématique. Il est intéressant d’établir avec les parents le temps qui sera alloué pour la réunion et le temps qui sera alloué pour les questions. Ainsi, tous se sentiront concernés et respecteront cette entente. Voici des exemples de situations que vous pouvez vivre avec des parents lors de votre réunion. Certains parents semblent exigeants, ils mentionnent toutes leurs attentes. D’autres en sont à leur première expérience et veulent être rassurés en posant une foule de questions. On peut alors proposer à ces parents de rester après la réunion pour une rencontre individuelle ou proposer un rendez-vous à la garderie ou un rendez-vous téléphonique. Si vous avez un parent qui insiste sur un sujet ou qui revient à la charge il faut alors être plus ferme et le convoquer à une rencontre à trois. Le parent, la direction et vous l’éducatrice. Il y a aussi des parents qui n’écoutent pas. Ça peut devenir problématique comme ceux qui prennent trop de place. Souvent il peut arriver que ce type de parent pose la question juste après qu’on y ait répondu. Alors ça prend du temps et c’est ennuyant pour les autres parents. Vous pouvez alors bouger plus en avant de la salle, ne demeurez pas statique. Utiliser l’humour pour désamorcer ce genre de parent ou mettre en valeur une partie de son propos en remettant de l’avant notre opinion. Il y a aussi le parent qui parlent trop ou qui posent des questions hors contexte. Vous pouvez lui demander qu’il garde sa question et lui dire que vous pourrez lui répondre plus tard ou que vous en parlerez dans les sujets suivants.

 

Aussi, il est important de vérifier quelques points important avant la réunion. Assurez-vous que la salle de rencontre est suffisamment grande pour accueillir toutes les personnes convoquées, mais pas trop grande pour ne pas perdre l’intérêt des parents. Si vous accueillez les parents dans la salle de l’enfant, il serait important d’offrir des chaises d’adulte. Une personne assise convenablement sera concentrée et attentive sur une plus longue période. De plus, il faut planifier l’organisation du milieu physique, comme par exemple la disposition des chaises ou des tables. Prioriser un éclairage adéquat, ni trop fort, ni trop faible. Vous pouvez préparer des éléments visuels pour soutenir l’attention comme un ordre du jour sur tableau et des photos pour illustrer vos propos. Attention aux bruits qui pourraient déranger autour. Demandez aux parents de mettre leur appareil cellulaire sur vibration. Vous devez aussi déterminer l’objectif et le but de la rencontre. Ce dernier pourra vous servir de rappel à l’ordre lors des interventions inappropriées des parents. Choisissez une façon de faire pour que le parent prenne la parole. Par exemple faire lever la main pour poser une question vous fera économiser du temps. Si vous êtes un petit nombre, moins de 5, vous pouvez favoriser la prise de parole spontanée. Il est aussi important afin d’être bien préparée de rédiger un ordre du jour et de bien identifier les points que vous aimeriez aborder avec eux. Inscrivez les plus importants en début de rencontre ainsi vous serez certain de les traiter si le temps manque à votre réunion. Planifiez l’accueil du parent, la façon dont il sera reçu le rendra plus disposé à la rencontre et à l’échange. Vous pouvez animer ce moment de différentes façons, ce premier contact mettra tous les participants à l’aise. Offrez une collation, un breuvage, faites un jeu, laissez aller votre imagination c’est la seule limite. Au début de la réunion, vous pouvez planifier avec les parents d’un moment pour la pause qui conviendra à tous. Pendant la rencontre, vous pouvez être attentif à quelques petites choses. Observez les signes non-verbaux des gens devant vous, ils pourraient vous en dire long sur la tournure de votre réunion. Avant que la rencontre se termine, vous pouvez fixer la date de la prochaine réunion. Vous vous assurez ainsi d’une meilleure participation à la prochaine rencontre. Vous pouvez faire une auto-évaluation de votre animation et prenez des notes ainsi vous apporterez des améliorations à une prochaine réunion.

 

Finalement, il faut se laisser le droit à l’erreur et toujours garder en tête que l’expérience est la clé de notre cheminement. Peu importe le nombre de participants à votre rencontre, il est important de garder à l’esprit que notre devoir c’est de se préparer, d’animer la réunion comme si nous avions plusieurs parents devant nous et de rester positive et sereine puisque nous sommes professionnelles jusqu’au bout. Chaque personne a un petit animateur en lui, il s’agit de l’exploiter petit à petit en appliquant les principes de l’animation un à la fois. N’hésitez pas à teinter cette rencontre de vos couleurs, vous pouvez y ajouter de l’humour, une histoire, bref, soyez dynamique et convaincu de votre travail et de votre rôle. Bonne rencontre de parents à tous.