Chut! C’est pour son bien…Que faire avec les secrets de famille?

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Marie-Pascale Deegan, Travailleuse sociale, M. Sc.

Mars 2015

www.aveclenfant.com

Pour protéger les enfants, les adultes choisissent souvent de leur cacher la vérité. Pourtant, les secrets, loin d’avoir l’effet désiré, causent du tort.

Secret de famille

Un secret est une information qu’une ou des personnes cachent délibérément à autrui.

Les secrets de famille touchent souvent la naissance, la mort, la sexualité, l’argent, la délinquance ou la maladie. Ils peuvent, par exemple, être liés à la naissance d’un enfant conçu à l’occasion d’une liaison ou à un avortement, à une mort violente ou par suicide, à l’homosexualité, à un abus sexuel, à un héritage, au chômage, à un crime, à un trouble psychologique ou à des émotions ou sentiments, comme un amour inavoué.

Le secret a habituellement pour origine la honte ou la culpabilité. Ceux qui le gardent vivent généralement dans la crainte que le secret soit dévoilé et que cela crée une atteinte à leur image ou à celle de leur famille.

Être inclus dans un secret, c’est-à-dire connaître l’information tenue secrète, tout comme en être tenu à l’écart peut générer de l’anxiété et de nombreuses autres souffrances chez un enfant.

L’enfant qui est tenu à l’écart d’un secret, perçoit son existence et interprète son contenu, plus ou moins consciemment. Il devine son existence, mais sans pouvoir le saisir ou le nommer.

En effet, le secret influence les comportements de ceux qui le portent: leurs mots, leurs silences et malaises, leurs intonations, comme leurs contradictions. Les actions posées ou évitées par ceux qui portent le secret paraissent souvent étranges aux yeux de celui qui en est tenu à l’écart et suscite chez lui des interrogations, plus ou moins conscientes ou verbalisées.

L’adulte qui porte un secret de famille peut avoir tendance à nier ce l’enfant perçoit:

« Pourquoi te fâches-tu quand je te parle d’adopter un petit frère, maman?»

«Où vas-tu chercher ça? Je ne me fâche pas! »

Dans une telle situation, l’enfant qui perçoit réellement une réaction qu’il n’arrive pas à s’expliquer chez sa mère lorsqu’il parle d’adoption peut en venir à remettre ses propres perceptions en question.

Quoi dire aux enfants? Quand leur parler?

Rachel devient enceinte à l’occasion d’une liaison d’un soir. Son mari, Marc, et elle sont encore amoureux. De plus, ils projetaient de faire un troisième enfant ensemble, au moment où Rachel a fait ce faux pas. Ils choisissent de passer l’éponge et d’élever l’enfant ensemble.

Doivent-ils révéler la vérité aux trois enfants? Oui.

De nombreux motifs peuvent être invoqués pour cacher la vérité aux enfants. Dans la situation de Rachel et Marc, les arguments suivants peuvent être invoqués : si l’enfant conçu hors mariage apprend la vérité, il doutera de l’amour que Marc lui porte, il se sentira dévalorisé, voire coupable, il risque aussi d’être rejeté par ses frères et sœurs si ceux-ci apprennent la vérité sur son origine, etc.

Cependant, les secrets de famille sont toujours nocifs et leurs conséquences dépassent généralement celles qu’engendre la divulgation de la vérité. L’enfant à qui on cache un secret de famille perçoit son mystère et subit des conséquences, plus ou moins graves, qui sont liées aux faits qui lui sont cachés, sans en comprendre l’origine. Il importe donc d’être transparent au quotidien, de répondre aux questions, de rompre les silences et de briser les secrets.

Répondre simplement aux questions des enfants – quelles qu’elles soient et quelle que soit la nature du secret – est la façon la plus simple d’y parvenir. Toute réponse honnête à une question authentique vaut la peine d’être donnée. Cependant, il est essentiel d’être sensible à son jeune interlocuteur et de tenir un discours qui lui est adapté.

L’enfant, confronté à un secret de famille, peut ne pas savoir quelle question poser. Il peut aussi avoir compris qu’un sujet est tabou (interdit) et ainsi éviter d’en parler. Il ne faut donc pas toujours attendre les questions des enfants pour leur révéler un secret de famille.

Les secrets des enfants

On utilise souvent l’expression « bons et mauvais secrets », dans les discours visant à sensibiliser les enfants à l’importance de révéler tout secret lourd à porter. En effet, il y a une distinction importante à faire entre éviter de révéler à papa sa surprise d’anniversaire et retenir un secret:

-Lourd à garder (qui le rend inquiet ou malheureux);

-Qui concerne une personne en danger;

-Qui se rapporte à l’enfant lui-même (chacun doit être libre de parler de chaque chose qu’il fait ou qui lui arrive);

-Qui est accompagné d’une menace (« si tu en parles… (un malheur surviendra) »).

Les enfants doivent être informés de l’existence de ces types de secrets et apprendre à distinguer les « bons secrets » des « mauvais ». Ils doivent aussi être rassurés, par un adulte de confiance, quant au fait qu’ils seront écoutés s’ils ont un secret à confier et qu’ils ne doivent pas se laisser intimider par les menaces.

Si un enfant vous rapporte un secret:

-Écoutez-le bien attentivement;

-À prime abord, prenez pour acquis qu’il dit la vérité – C’est très important;

-Évitez de mettre des mots dans sa bouche: laissez-le parler;

-Ne dramatisez pas;

-Protégez l’enfant;

-Soyez responsable et faites suite aux confidences de l’enfant en posant les gestes nécessaires, en fonction de la situation.

Pour poursuivre la réflexion:

Tisseron, Serge. Les secrets de famille, comment en parler? : http://www.youtube.com/watch?v=n1BBUuHrKhg

Tisseron, S. (2007). Secrets de famille – Mode d’emploi, Quand et comment faut-il en parler? Éditions Marabout.

Sources:

V.G.-Morval, M.  1985.  Psychologie de la famille, Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal, 150 pages.

Tisseron, Serge. Les secrets de famille, comment en parler? : http://www.youtube.com/watch?v=n1BBUuHrKhg

Supervisions cliniques en travail social avec Linda Roy, T.S. et Robert Thibodeau, TS. (entre 2004 et 2009).