| La
mamie qui riait, celle qui racontait si bien l’histoire de Boucle
d’or en changeant sa voix douce en voix grave et sévère
du papa ours, celle qui se baladait lentement au parc avec les petits,
cette mamie là n’existe plus. Il reste d’elle le
doux souvenir d’un sourire attendri à la vue des petites
orteils du poupon, ce regard habité par tant d’amour
et sa façon bien à elle de jouer avec les enfants en
économisant les grands gestes mais en sachant les captiver.
On se demande comme parent si la vue de cette vieille dame allongée,
les yeux tristes et vides ne va pas bouleverser les enfants. Doit-on
amener les enfants visiter leur grand-mère affaiblie par la
maladie ?
Vivre c’est aussi vieillir
C’est une question que je me suis posée comme parent
lorsque je visitais ma grand-mère adorée atteinte
de la maladie d’Alzheimer avec ma mère.
Dans la famille, j’étais la seule à amener
Émilie, ma fille, visiter ma grand-mère maternelle
les dimanches au Centre d’hébergement en soins prolongés.
Plusieurs voulaient éviter à leur enfant d’être
confronté à cette triste réalité du
vieillissement. Émilie a vu cette vieille dame bercer une
poupée, se ravir d’une simple coupe de fraises rafraîchies
dans la crème, parler une langue bien à elle ponctuée
de répétitions, de mots français et anglais.
Douce mamie Elzir perdue dans un passé si lointain que les
gens du présent devenaient tantôt des étrangers
tantôt des fantômes de son enfance. Mais ce spectacle
désolant prenait tout son sens lorsque j’expliquais
à ma fille, qui, avait été pour moi cette grand-mère.
Quelle était cette maladie qui rendait les idées dans
sa tête comme un casse-tête défait aux morceaux
manquants. Mais ce qui impressionnait le plus ma fille c’était
les larmes de sa grand-mère à la vue de mamie Elzir.
« Tu sais Émilie, ta grand-mère est triste
de voir sa mère ainsi malade, vieillie et si loin d’elle
dans sa tête. Elle s’ennuie du temps où elles
étaient capables de se parler vraiment ou elles pouvaient
faire des choses ensemble. Mais elle sait que l’amour d’une
mère pour sa fille ça reste pour toujours dans le
cœur. Moi aussi je m’ennuie de la mamie Elzir d’avant
quand j’étais une enfant. Mais mamie Elzir sait qu’il
y a des gens qui l’aiment autour d’elle et ça
lui fait du bien de se sentir aimée. »
Expliquez à vos enfants qui est pour vous cette vieille
personne que vous allez visiter. Parlez des moments vécus
entre elle et l’enfant.
Décrivez à l’avance ce qu’ils vont voir
(une personne alitée qui éprouve de la difficulté
à parler, qui utilise une chaise roulante, etc.).
Nommez vos émotions et rassurez vos enfants; vos pleurs
ne sont pas de leur faute.
Soyez conscient que si l’enfant a connu sa grand-mère
débordante de vitalité, il doit maintenant faire le
deuil de cette grand-mère-là. Celle d’aujourd’hui
l’aime toujours mais différemment.
Félicitez les gestes doux, les beaux bonjours. Répondez
à leurs questions sans les devancer.
Ayez des attentes réalistes face à vos enfants. La
visite doit être de courte durée et ponctuée
de promenades à la chambre de bain, dans les couloirs ou
autres aires communes.
Votre attitude sera garante du déroulement de la visite.
Si vous êtes calme, si vous apposez la parole à ce
qui se vit et restez sensible aux réactions de votre enfant,
celui-ci profitera de cette expérience pour apprendre la
générosité, le dévouement, la sensibilité
à l’autre soit, le vrai sens de l’amour.
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