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Laissez-moi vous raconter l’histoire de ma première
poupée de chiffon, ma douce et molle fonfonnette. Elle dormait,
depuis plusieurs années, dans l’armoire de ma chambre,
ignorée par la grande fille de 10 ans que j’étais
devenue. Mais dormait-elle vraiment? Elle sommeillait peut-être
mais assumait son rôle si important de témoin du passé.
Ma mère avait été sollicitée par la
paroisse pour une cueillette de jouets et de vêtements susceptibles
de servir aux plus démunis. Dans sa grande délicatesse,
elle m’avait demandée l’autorisation de donner
tel ou tel objet. Fonfonnette faisait partie du lot. Lorsque le
bénévole a pris le sac, je l’ai entendu remercier
ma mère. Mon cœur s’est brisé, j’abandonnais
ma fonfonnette celle qui m’avait consolée, écoutée,
réconfortée et tant amusée. Fonfonnette usée
mais encore à moi m’est revenue. Je l’ai délivrée
du gros sac vert sans même regarder, je l’ai devinée
à ses cheveux frisés, à sa jambe mutilée
et à son visage souriant en caoutchouc. Fonfonnette faisait
partie de moi, elle a été une trace d’une fraction
de mon enfance. Je n’étais pas prête à
tirer un trait sur cet épisode de ma courte vie. Heureusement,
ma mère sensible a su respecter mon rythme.
Certains objets délaissés, délabrés
par les enfants demeurent habités de souvenirs tendres. Avant
de mettre au rebus, de vider une chambre encombrée, demandez
l’avis de votre enfant. Votre enfant reconnaîtra en
vous un parent sensible et respectueux et vous le rendra bien. Peut-être
vous suggérera-t-il un autre lieu pour ranger ses trésors.
Une chose est certaine vous découvrirez des parcelles intimes
de votre enfant en comprenant pourquoi il est attaché à
tel ou tel objet.
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