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Dès le 6e mois de grossesse, l’enfant tète
dans le ventre de sa mère. Pour le bébé, téter
est un besoin physiologique, un réflexe instinctif. D’ailleurs,
certains adultes ont eux-mêmes recours à des compensations
orales, cigarettes, verres, grignotages pour canaliser leurs tensions.
Pour le petit, téter la suce libère le trop-plein
de tensions accumulées durant la journée.
La suce calme, console et ramène l’enfant à
la tétée chaude et rassurante offerte par maman. D’ailleurs,
il y a des moments générateurs de stress où
la suce abandonnée par le grand redevient l’amie indispensable:
l’arrivée d’un bébé dans la famille,
un déménagement, la fatigue, la maladie ou l’intégration
d’un milieu de garde, par exemple.
C’est nous, parents, qui avons glissé cet objet en
bouche pour faire du bien au bébé, pour l’apaiser.
Puis, nous voulons le lui retirer à un moment que nous jugeons
pratique. Le sevrage répressif a des répercussions
psychologiques. La séparation de cet objet de plaisir doit
se faire au rythme de l’enfant. Lorsque l’enfant de
3 ans se passionne à un jeu, y met toute son énergie
et sa dextérité, il abandonne peu à peu la
suce pour s’investir totalement dans le monde extérieur.
Dans la mesure où il se sent en sécurité dans
l’exploration et soutenu dans ses découvertes, la suce
sera délaissée naturellement. La plupart des enfants
passent de la suce à l’objet transitionnel aisément.
Le toutou ou la doudou devient l’ami rassurant dans les moments
d’insécurité. Peu à peu, le champ d’utilisation
de la suce se rétrécira de lui-même. Finie la
suce dehors, le sable et les saletés la privent de son petit
goût, puis finie la suce dans les jeux intérieurs.
Enfin, ce sera le nounours qui héritera de la suce à
la sieste.
Les critiques du genre «tu es un bébé»
ou «ton cousin lui n’a plus sa suce» nuisent au
sevrage puisque le message insécurise l’enfant. Il
est difficile pour certains enfants de se séparer de leur
suce et encore plus si cette séparation est imposée
par l’éducatrice. Ces passages vers l’autonomie
se font mieux guidés par les parents. Ils félicitent
leur enfant lorsqu’il se montre capable de laisser la sucette
à la maison ou encore lorsqu’il a réussi à
dormir sans sa suce. Loin de moi, l’idée de visser
la suce à la bouche de l’enfant dès qu’il
pleure ou qu’il crie. La suce ne remplacera jamais la parole
du parent qui console ou encore les câlins qui apaisent. La
suce pour avoir le silence empêche l’enfant de babiller,
de s’exprimer. On lui coupe systématiquement la possibilité
de manifester son malaise. La tétine bouchon joue le même
rôle que la télévision gardienne, elle apporte
de la tranquillité aux adultes et coupe l’enfant des
relations familiales.
Plutôt que d’avoirs recours à la suce systématiquement,
il faudrait se faire assez confiance comme parents ou éducatrices
pour retrouver comment consoler l’enfant. Si malgré
les paroles, les câlins amoureux, le petit reste tendu, la
suce peut l’apaiser.
Cependant, le port permanent de la tétine chez l’enfant
passif est un indicateur qu’il ne faut pas négliger.
L’entourage est-il suffisamment stimulant et aimant? Pourquoi
cet enfant ne s’investit-il pas dans les jeux? Il nous exprime
un besoin particulier qu’il faut décoder. Ce n’est
pas en lui enlevant sa suce que nous répondrons à
son besoin, bien au contraire nous le fragiliserons davantage.
Comme éducatrice d’enfants de 2 et 3 ans, soyez sensible
aux périodes où l’enfant demande sa suce et
cherchez à le sécuriser. Laissez la suce à
l’enfant et proposez-lui une activité intéressante
dans un contexte sécurisant. Il abandonnera sa suce de lui-même
peu à peu et vous serez témoin de scène telle
que celle-ci: le petit Étienne qui dépose sa suce
doucement au fond de la poubelle en disant «Bye, bye suce».
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