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« Ah! il ne changera jamais celui-là. Il mordait chez
les trottineurs. Maintenant, il frappe. C’est un agressif.
» « Ça doit être Jonathan encore. »
Cet étiquetage avance à contre-courant du mouvement
progressif de l’enfant qui par définition est un être
en développement.
Cet étiquetage laisse des cicatrices ouvertes puisqu’il
nuit à l’estime de soi de l’enfant. Non seulement
les mots répétés parfois tout bonnement portent
atteinte à la dignité de l’enfant mais ils s’inscrivent
peu à peu dans ce qu’il fait partie de lui. Il s’identifiera
progressivement à ce Jonathan le tannant, et se forgera une
identité négative.
L’enfant étiqueté est avant tout un enfant
à défi particulier qui exprime un besoin. Ce décodage
requiert de l’observation, de la sensibilité et surtout
de l’empathie.
Esther a observé la difficulté que Jonathan éprouve
à exprimer son mécontentement. Il utilise les cris,
les poussées pour exprimer une frustration. Il a besoin d’apprendre
à reconnaître sa colère et à trouver
les mots pour l’exprimer. Esther souhaite soutenir Jonathan
dans cet apprentissage. Cette démarche requiert du temps,
de la patience, du suivi et peut-être du soutien de la part
de son équipe de travail. Ce travail de soutien au développement
repose sur la conviction profonde qu’être éducatrice
c’est assumer un rôle de guide auprès de l’enfant.
John Bradshaw1
parle « des maîtres pleins d’âme qui
intuitivement amènent l’enfant vers un monde de connaissance
élargi ».
Lorsqu’une éducatrice dit à un enfant : «
Il ne change pas celui-là, c’est un agressif »
c’est de son impuissance qu’elle parle.
Voici quelques stratégies pour sortir du cercle pernicieux
de l’étiquetage :
- Soyez honnête avec vous-même et reconnaissez que
tel enfant vous irrite. L’enfant a un tempérament
bien à lui au même titre que l’éducatrice.
L’adaptation au tempérament de l’autre représente
tout un défi. Un enfant ayant des besoins très différents
de l’éducatrice peut générer chez celle-ci
un sentiment d’impuissance. Il lui est en effet difficile
de décoder, de comprendre l’enfant qui fonctionne
sur un mode opposé au sien. Il est aussi possible de vivre
certains heurts relationnels lorsque l’enfant devant nous
possède une caractéristique spécifique qui
s’apparente à l’une des nôtres que l’on
n’apprécie guère. L’impatience de l’un
se bute à l’impatience de l’autre ou la lenteur
d’exécution de l’enfant ralentit davantage
l’éducatrice qui fonctionne mieux elle-même
lorsqu’elle n’est pas bousculée. L’enfant
n’a pas développé à son jeune âge
des capacités adaptatives et une empathie pouvant l’aider
à faire face au tempérament particulier de l’adulte,
il est donc de la responsabilité de l’adulte de s’ajuster
avec sensibilité aux différences individuelles des
enfants.
- Identifiez clairement ce qui vous impatiente en terme de comportements
observables (fréquence, déclencheur, durée,
intensité).
- Cherchez à décoder le besoin de l’enfant.
Que cherche-t-il à exprimer? Besoin de sécurité,
d’attention, d’apprendre une façon prosociale
d’agir, etc.
- Identifiez les forces de l’enfant.
- Si ces deux dernières étapes vous semblent irréalisables,
demandez de l’aide. Vous avez besoin d’un regard objectif
pour vous mettre sous le mode « empathie ».
- Mettez en place un plan de soutien au développement
et persistez. Il faut 4 à 6 semaines pour évaluer
les impacts d’un plan de soutien au développement.
Au quotidien
- Évitez d’intervenir à distance. Les «
Jonathan » criés à haute voix et à
répétitions invitent les autres enfants à
le cibler comme le « coupable » de tout acte répréhensible
survenu dans le groupe.
- Échangez avec les parents afin de mieux comprendre l’enfant.
· Remarquez ses tentatives d’entrer en lien avec
vous, ses bons coups.
- Cherchez à modifier la perception des enfants du groupe
à son égard en le valorisant à voix haute.
- Soulignez le plaisir que vous éprouvez ou qu’un
copain a éprouvé à jouer avec lui.
- Évitez de statuer sur l’avenir de l’enfant.
Nul ne peut prédire la trajectoire qu’il prendra
à l’école ou à l’adolescence.
Il existe certes des comportements qui placent l’enfant
dans des trajectoires à risque. Mais n’oubliez pas
que l’intervention précoce est un antidote puissant.
Laissez les prédictions aux horoscopes.
Honorez le principe même de vie celui de l’élan
naturel et progressif de l’enfant. Croire au potentiel de
croissance de l’enfant c’est lui insuffler la confiance
en soi et surtout enraciner l’attachement essentiel à
la relation éducative.
À lire aussi Un
enfant étiqueté, enfant rejeté (partie 1)
Par Josée Lespérance
1Bradshaw,
John (1995) Le défi de l’amour. Aimer de toute
son âme. Le Jour Éditeur.
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