Des gestes et des paroles qui peuvent nuire (Suite de novembre 2010)

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Josée Lespérance, enseignante en TÉE

Avril 2011

www.aveclenfant.com

Dans mon dernier article du mois de novembre, j’ai traité des douces violences. J’ai fait la démonstration de gestes et paroles qui font partie de nos pratiques quotidiennes en faisant des liens avec le développement afin d’éviter que nos actions ne prennent forme dans la violence et s’inscrivent plutôt dans la douceur.

La violence psychologique envers les enfants peut s’observer bien avant la rentrée scolaire. En effet, sous le couvercle de vouloir aider l’enfant dans ses apprentissages entre 0-5 ans nous lui imposons des règles, témoignons des mots et des gestes qui sont parfois inadéquats et nuisibles à son développement. Une forme parfois plus vicieuse et insidieuse qui  laisse peu de traces visibles mais blesse profondément la victime dans sa propre estime. Lorsque nous parlons de douces violences faites aux jeunes enfants, c’est donner avant tout priorité à nos désirs personnels d’adulte au détriment de ceux des enfants. Le fait qu’un enfant soit différent en terme  de besoins, de demandes, d’attitudes du reste du groupe peut faire place à des paroles blessantes de la part de l’adulte (Arrête de pleurer BRAILLARD, tu m’énerves !!! Ta mère va venir te chercher tantôt) des gestes repoussants (Mettre sa jambe sur l’enfant pour l’empêcher de bouger au dodo). Ces propos, approches, insultes provoquent de l’insécurité, de la peur, de l’anxiété et de la détresse psychologique chez l’enfant et lui offre un modèle suggérant  que l’agression est une issue possible lorsqu’on est le plus fort.

Mais qu’est ce qui pousse une éducatrice à agir de cette façon alors qu’elle cherche que le bien être des enfants. Des gestes et des paroles inconscients direz-vous ???  Avoir elle-même été victime d’intimidation dans son enfance ??? Possible! Une  faible estime de soi ? Surtout !

Lorsque l’adulte ressent l’attitude de l’enfant comme agressante, il lui est difficile de comprendre le sens de l’action, il se sent personnellement visé par l’attitude de l’enfant (Mathieu M’A FAIT une crise à matin…). La confrontation  à la différence déstabilise et amène un sentiment d’impuissance. Il est parfois difficile d’être l’écoute de la colère sans répondre au contenu. La réponse témoigne du vécu personnel de l’adulte lorsque la situation est prise personnellement, alors qu’il doit saisir la tension de l’enfant et en dégager une intervention professionnelle.

Notre travail d’éducatrice nous confronte à notre propre enfance, un enfant différent, nous oblige à prendre du recul dans notre pratique. Ce recul, parfois difficile permet à l’éducatrice de cheminer pour s’améliorer.

Les douces violences  témoignent en quelque sorte d’un système de défense pour l’individu qui n’a plus d’autres ressources possibles. Dans une équipe de travail, la communication est primordiale pour éviter d’autres formes d’expression. Il est essentiel de respecter la parole et la liberté des propos  de chacun. Il est dans la responsabilité de tous de s’arrêter pour faire une bonne analyse de sa pratique et ce en se servant des outils disponibles ; notamment, l’aide d’une conseillère pédagogique, l’ouverture à la  formation et à la supervision.

L’équipe devient un pilier si elle reste vigilante et sensible aux gestes et paroles de ses collègues. Nous avons tous un rôle préventif sur le terrain à jouer afin d’éviter les douces violences dans notre milieu. Savoir passer le relais afin d’éviter le débordement fait partie aussi de nos responsabilités d’éducatrice. Une forme de violence nous habite tous, mais lorsque maîtrisée et canalisée peut devenir une énergie qui nous pousse vers des approches plus positives.

Dans nos CPE  faire place au respect de l’enfant, de sa personne, de son histoire, de sa famille et de son développement…. C’est faire place à la douce  enfance !!!

Ce  texte qui fait suite au premier diffusé sur le site aveclenfant.com en novembre dernier et a été inspiré par laFONDATION JASMIN ROY www.fondationjasminroy.com dont la mission est de lutter contre l’intimidation scolaire. Bien que l’intimidation relève davantage des relations entre enfants où l’on observe de la « malmenance » à répétition sur une longue période de temps, la relation d’abus de  pouvoir y est présente autant dans la situation entre enfants que dans un contexte éducatif où l’adulte utilise la violence psychologique. N’hésitez pas à consulter les capsules vidéo présentées sur ce site qui témoignent de la souffrance des jeunes confrontés à une violence gratuite qui laisse des traces dans la vie du jeune adulte.  Surveillez également dans la revue BIEN GRANDIR de juin le texte de Sylvie Bourcier concernant l’intimidation entre petits.