Des gestes et des paroles qui peuvent nuire

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Josée Lespérance, enseignante technique d’éducation à l’enfance

Novembre 2010

www.aveclenfant.com

Dans le cadre de votre travail, vous posez chaque jour des gestes, des paroles qui font du bien pour un enfant en pleurs, qui apportent du réconfort à un chagrin, qui guérissent un bobo, qui apaisent une peur… Ces gestes, ces paroles s’additionnent au bagage affectif de l’enfant. Ces douces attentions témoignent de l’importance que l’adulte accorde à l’enfant. Par ces gestes et paroles, il lui témoigne  qu’il est assez important à ses yeux pour lui accorder un temps de qualité qui répond à ses besoins. Ces actions prennent toutes leurs sens lorsqu’elles sont prodiguées dans le respect et l’intégrité de l’enfant.

Mais quant est –il des autres actions qui provoquent du stress voir de la détresse en milieu de garde? Des gestes, des paroles plus subtiles et prodigués sur le couvercle de la discipline, des règles, de la justice pour tous, qui placent l’enfant en situation de vulnérabilité. L’éducatrice s’oblige parfois à mettre en place des ‘’IL FAUT’’ ….qu’il apprenne, il va à l’école l’an prochain, qu’il parle devant les autres, qu’il  joue, qu’il s’adapte, qu’il soit autonome. Nous savons que le temps passé avec un enfant est précieux et qu’il se construit à partir de ce que nous lui offrons. Il est donc important de faire le point sur nos pratiques qui parfois peuvent être perçues comme étant stratégiques alors qu’elles sont dedouces violences au détriment de tendres douceurs !

En voici quelques exemples de ces automatismes auxquels on ne porte plus attention :

Douce violence: Retirer la doudou dès que l’enfant arrive le matin.

Savez-vous que…? La  doudou est une source de sécurité pour l’enfant, son odeur est une forme de réconfort. L’enfant a besoin parfois de vivre la transition maison /CPE. Lui donner accès à la doudou, la mettre à sa vue ne font que diminuer son sentiment d’insécurité alors que l’en empêcher le besoin demeure.

 

Douce violence: Transmettre que des commentaires essentiellement négatifs.

Savez-vous que…? L’enfant se construit et s’épanouit par l’image que nous lui témoignons chaque jour. Ses bons coups doivent lui être verbalisés pour être intégrés et reproduits.

 

Douce violence: Critiquer ouvertement un parent qui vient de partir devant son enfant.

Savez-vous que…? Le parent est aux yeux de  l’enfant ce qu’il a de plus précieux au monde. Le critiquer c’est lui enlever une partie de lui-même.

 

Douce violence: Culpabiliser un enfant parce qu’il refuse de participer à l’activité.

Savez-vous que…? L’enfant rapporte tout à lui, facilement il se culpabilise, il se sent responsable. Ce sont des sentiments qui font vivre de l’anxiété. C’est renier une partie de son identité en lui refusant de choisir ce qu’il lui plait et dénigrant de ce fait ses goûts.

 

Douce violence: Forcer l’enfant à manger.

Savez-vous que…? La nourriture est rattachée à l’affection. Le forcer devient une lutte de pouvoir avec l’adulte. Comme si l’adulte connaissant  l’appétit  de l’enfant. Ce dernier doit apprendre à doser la quantité de nourriture dont il a besoin.

 

Douce violence: Empêcher l’enfant de dormir par ce que c’est l’heure du repas.

Savez-vous que…? Le respect  du rythme biologique et de ses besoins sécurise l’enfant. Il s’agit ici d’une réponse à un désir d’adulte et non a un besoin de l’enfant.

 

Douce violence: Comparer les enfants entre eux

Savez-vous que…? La  reconnaissance des différences permet de rendre l’enfant unique dans le groupe et de construire son sentiment d’identité à la base de l’estime  de soi..

 

Douce violence: Forcer un enfant à dormir

Savez-vous que…? Le rôle de l’éducatrice est d’accompagner l’enfant dans son temps de repos et non de l’y condamner au-delà de son réel besoin.

 

Douce violence: Appeler les enfants uniquement par des surnoms.

Savez-vous que…? Le prénom de l’enfant est sa propre identité. Ne pas nommer son prénom avant le surnom est de faire abstraction à qui il est vraiment. Les surnoms doivent être le privilège des parents qui vivent une intimité familiale avec l’enfant leur permettant d’attribuer un surnom identitaire.

 

Peut-être reconnaissez-vous certaines de vos pratiques ? Si oui, comment les transformer en douces douceurs. C’est un travail qui ne se fait pas seul. En effet, il faut comme organisation identifier les conditions institutionnelles propices à l’écoute affective des besoins de l’enfant.

L’Organisation,  horaire, l’aménagement, les moyens humains et matériels, doivent être priorisés en ce sens.  Le travail d’équipe,  mettre en premier plan l’enfant par des échanges entre professionnels, la confiance, les valeurs et la reconnaissance de nos pratiques. La démarche pédagogique, uniformisée la structure des journées, les activités imposées, systématisme des actes et des gestes. Les conditions institutionnelles, le droit de parole, les exigences, les jugements sont des facteurs à considérer afin de comprendre ce phénomène courant et complexe.  Un phénomène qui demande au milieu de sortir de sa zone de confort, de descendre du tapis roulant qui nous procure de l’aisance dans nos pratiques. Notre engagement comme éducatrice passe par la relation significative avec l’enfant, pourquoi ne pas passer par de douces douceurs qui font du bien !!!

La notion de conflit entre les désirs d’adulte et les besoins de l’enfant sont souvent au cœur de ces pratiques exercées sans réflexion au détriment de l’enfant.