Être l’aîné, quelle corvée!

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Question
Je demande souvent à mon aîné de céder tel ou tel jouet à sa petite sœur et j’observe qu’à la garderie les pratiques sont différentes. On demande aux petits d’attendre que le plus vieux finisse son jeu en invitant ce petit à s’occuper à autre chose. Qu’en pensez-vous?

Le rang de naissance a un impact sur le développement de l’enfant, sur le rôle qu’il joue au sein de la fratrie et de la famille. L’aîné demeure le plus fidèle aux valeurs prônées par la famille. D’ailleurs, une étude portant sur les rivalités fraternelles (1) a démontré que l’ordre de naissances était le facteur principal pour prédire l’adhésion ou le rejet aux idées novatrices et controversées. En étudiant les scientifiques des quatre derniers siècles, on observe que les aînés sont en général conservateurs. Dans une famille l’aîné voudra donc défendre les valeurs traditionnelles familiales et ainsi plaire à ses parents. D’ailleurs n’a-t-il pas été avant la naissance de ses frères et sœurs le centre de toute l’attention parentale, celui sur lequel toutes les attentes parentales étaient projetées? Le premier enfant est aussi porteur des anxiétés parentales, nous apprenons avec lui le métier de parent. Par conséquent, lorsque les parents demandent à leur aîné d’être raisonnable, de donner le bon exemple, de céder aux plus petits ils lui imposent des responsabilités, des défis qu’il tentera coûte que coûte de relever pour plaire. Dans notre société, où le droit d’aînesse n’existe plus, cet aîné se retrouve avec des obligations sans avantage en compensation.

Il est vrai que les enfants apprennent par imitation et que le modèle offert par l’aîné a de fortes chances d’être plus évoluée et reproduit. Par contre, il est essentiel que chaque enfant puisse faire ses propres choix et suivre son propre chemin. Apprendre à demander, à attendre, à supporter la frustration du refus, tous ces apprentissages se font peu à peu à travers les relations sociales et fraternelles. Le petit doit apprendre que dans la vie on n’a pas tout ce que l’on veut au moment où on le désire. Le grand frère qui doit céder, s’oublier pour répondre aux désirs de sa petite sœur, risque de développer des sentiments négatifs envers elle. Le grand doit pouvoir jouir de privilèges reliés à son âge: se coucher plus tard, activités réservées, sorties. N’a-t-il pas eu à céder sa place d’enfant unique à l’arrivée du deuxième enfant?

Certains jouets doivent être réservés au grand et d’autres identifiés dans la zone de partage. Lorsque le grand échafaude tout un plan dans son jeu de construction par exemple et qu’on lui demande de céder un morceau, il ne se sent pas respecté dans sa créativité. Lorsque le grand prend en charge la sécurité de sa petite sœur et choisit donc d’entrer dans des rapports protecteurs, c’est bien. Mais l’imposition de ce rôle de protection en remplacement du parent soustrait l’enfant de son identité même soit celle d’être un enfant.

Référence:
1 Les enfants rebelles, Frank S. Sullonay, Éditions Odile Jacob, 1999.