Planifiez l’intégration d’un poupon

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Émile a dix mois. Pour faciliter son intégration au CPE, il est venu trois jours par semaine pendant deux semaines. Depuis un mois, il vient cinq jours par semaine. Dès qu’il arrive, Émile pleure et hurle. Il est complètement désespéré lorsqu’il voit ses parents franchir la porte du local. Il ne s’intéresse pas aux jouets, il ne cherche que les bras des éducatrices. Les éducatrices ne savent plus quoi faire. La vie est difficile à la pouponnière. Lorsqu’Émile pleure, les autres enfants sont tendus, plus inquiets et se mettent à pleurer à leur tour. Le soir, les parents d’Émile partent en coup de vent sachant bien ce que les éducatrices vont dire sur la journée de leur petit.

Dans un texte précédent, j’ai parlé des étapes d’adaptation du petit et du parent dans un processus d’intégration. Voyons maintenant l’organisation de la pouponnière, les attitudes et rôles des éducatrices ainsi que les outils à mettre en place pour faciliter l’adaptation de toute une famille.

Le parent qui choisit de mettre son jeune enfant en pouponnière doit accepter la perte de l’exclusivité avec son enfant, les différences du milieu, les réalisations de son enfant en dehors du regard maternel. En plus des inquiétudes que ce changement apporte, il doit concilier famille/travail et s’entraîner à un nouvel horaire. Ouf! Beaucoup de choses pour le cœur d’un parent.

De son côté, l’éducatrice doit soutenir, informer le parent de ses observations, accepter les différences des familles et chercher à connaître l’enfant pour son mieux-être. Voilà le défi que les éducatrices doivent rencontrer dans un contexte d’un service de garde.

Il est certain que la période d’adaptation demande du temps et de l’acceptation autant du côté de l’enfant et de son parent. Afin que la nouvelle famille développe un lien de confiance, la pouponnière doit mettre en place une organisation physique et humaine pour s’assurer d’une intégration gagnante. Les éléments incontournables sont:

  1. Créer un environnement accueillant
    Créer un lieu où le parent peut s’asseoir confortablement avec son enfant à l’arrivée du matin et au départ le soir. Cet endroit peut servir aussi pour échanger avec d’autres parents du groupe. Une causeuse ou sofa recouvert d’une housse lavable peut être utile, soit dans le local ou à l’extérieur.
  2. Développer une méthode de jumelage
    Jumeler des anciens parents à de nouveaux parents sur une base volontaire. Les échanges peuvent aider à démystifier ses inquiétudes comme parent.
  3. Établir un processus d’intégration centré sur les besoins des familles
    Des études démontrent que 75% des enfants s’adaptent à leur éducatrice; les moyens mis en place pour aider le petit à s’adapter vont aider dans ce sens. Voici un exemple qui peut être modifié selon le besoin des familles. Proposez au parent un plan d’intégration qui s’échelonne sur une semaine.

    • Dans un premier temps, il est important de rencontrer le parent seul sans son enfant pour prendre contact et l’informer du fonctionnement de la pouponnière. Profitez de ce moment pour faire visiter les lieux.
    • Dans un deuxième temps, visite du parent avec son petit, prenez contact avec l’enfant et observez le parent avec son enfant. Placez cette visite dans un moment de routine, soit durant une collation, les jeux libres pour permettre à la famille de vous voir en action avec les autres enfants. Le parent peut en profiter pour prendre des distances progressives dans le local tout en étant disponible à son petit.
    • Dans un troisième temps, établissez avec le parent un rituel d’arrivée qu’il pourra mettre en application les jours suivants. Le parent prend des distances progressives et permet à l’éducatrice d’intervenir auprès de son enfant dans les routines (collation, repas, jeux libres). Le parent peut en profiter pour observer les façons de faire de l’éducatrice. Il est important que l’enfant puisse faire une sieste au CPE afin qu’il connaisse le déroulement de cette routine avant le grand jour. Le parent peut en profiter pour quitter le CPE et revenir après la sieste de son enfant.
    • Dans un quatrième temps, l’enfant est laissé une courte journée au CPE, le parent peut venir le chercher après la sieste.
    • Dans un cinquième temps, le parent laisse son enfant pour une journée complète en appliquant le rituel du matin et informe l’éducatrice de l’heure de son retour.
  4. Visiter le milieu familial de l’enfant
    Une pratique qui se fait peu au Québec, mais qui peut faire toute la différence pour la transition foyer/service de garde. Cette visite permet de voir l’enfant dans son milieu naturel, d’échanger dans un contexte de famille et parfois de mieux comprendre la dynamique familiale et les comportements de l’enfant. La visite doit être courte tout en servant d’informations à l’éducatrice.
  5. Établir une politique visant la promotion dans la continuité des soins
    Offrir à l’enfant une éducatrice attitrée, ce qui lui permet d’avoir une stabilité dans les liens affectifs. Une condition de base pour qu’il s’intègre à la vie de groupe et développe son sentiment de sécurité. La continuité dans les liens permet à l’éducatrice d’avoir des relations plus chaleureuses et une plus grande connaissance de l’enfant. Une éducatrice auxiliaire peut être aussi présente dans la vie de l’enfant pour supporter l’éducatrice attitrée. Il est conseillé d’avoir une éducatrice attitrée jusqu’à l’âge de deux ans car le manque de stabilité dans les liens ne permet pas toujours à l’enfant de développer une confiance en l’adulte.
  6. Revoir le fonctionnement organisationnel et humain de la pouponnière
    Pour répondre aux besoins de stabilité du petit, l’équipe de travail de la pouponnière doit analyser le fonctionnement organisationnel et humain qui peut nuire à la sécurité affective des enfants. Voici quelques pistes de réflexions qui peuvent être améliorées pour favoriser l’adaptation du petit; si plusieurs questions sont affirmatives, il peut être pertinent comme équipe de travail à revoir ses priorités…

    • Est ce que l’enfant est en contact avec des remplaçantes qu’il ne connaît pas ou très peu?
    • Est-ce que le CPE me demande de relocaliser les petits dans d’autres groupes par manque de personnel ou par souci d’équilibrer les groupes?
    • Est-ce que je prends des stagiaires en début d’année lorsque le groupe est nouveau?
    • Est-ce que j’accepte que les éducatrices prennent leur pause à la pouponnière pour cajoler les bébés les plus attirants?
    • Est-ce que je participe aux sorties grands groupes en début d’année? (les pommes, cabane à sucre)
    • Est-ce que les ouvertures et fermetures se font en multiâge avec les bébés de la pouponnière?
    • Est-ce que je laisse circuler inutilement le personnel dans mon local?
    • Est-ce que je participe aux activités spéciales du CPE avec les bébés? (fête de l’halloween, fête de Noël)
    • Est-ce que le poste de la pouponnière est aussi de 4 jours et d’un horaire varié pour l’éducatrice?

Ces éléments ci-haut mentionnés peuvent être améliorés pour mieux répondre aux besoins des 0-2 ans. Le changement dans le fonctionnement organisationnel et humain est possible lorsque l’équipe y voit toute l’importance pour le développement et l’épanouissement du petit.

Les éducatrices d’Émile constate qu’ils peuvent revoir leur horaire de travail pour assurer une stabilité dans le groupe, avoir des enfants attitrés pour chacune des éducatrices pour mieux connaître les enfants, rencontrer le parent pour établir un rituel d’arrivé et de départ qui servira de sécurité pour la famille, informer le parent sur la période d’adaptation de son enfant, être disponible aux demandes affectives du petit pour qu’il se sente en sécurité dans son nouveau milieu. Voilà de bien petits changements qui feront toute la différence dans la vie d’Émile!