Portrait de la relation chaleureuse et significative entre l’enfant et l’éducatrice

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Le programme éducatif Accueillir la petite enfance[1] stipule clairement qu’une des dimensions de qualité d’un milieu éducatif est « la qualité des interactions entre le personnel éducateur ou les RSG et les enfants ». Plusieurs recherches démontrent l’importance des relations positives de confiance entre l’enfant et son éducatrice. On observe en effet chez les enfants ayant bénéficié d’une relation sécurisante avec leur éducatrice un meilleur contrôle de soi, une plus grande autonomie, plus d’empathie, de meilleures habiletés dans la négociation lors des conflits interpersonnels. Ils explorent davantage et sont capables d’aller chercher de l’aide quand ils sont en détresse. Cet attachement est source de résilience.[2] La relation positive entre l’éducatrice et l’enfant est aussi reconnue comme un facteur favorisant la coopération, la motivation et le succès à l’école.[3] Nous savons toutes qu’une relation chaleureuse et significative est le préalable essentiel à toute intervention éducative auprès des enfants à défi. Nous connaissons les ingrédients de l’art de prendre soin. Il s’agit de l’accueillir tel qu’il est, de tenter de décoder ce qu’il nous exprime lorsqu’il éprouve de la difficulté et ce pour répondre le plus adéquatement possible à ses besoins. Plusieurs moyens de mise en relation contribuent à la création de la relation : la proximité, le langage adapté, le soutien face aux défis, l’encouragement, la disponibilité, la prédictivité.

Les caractéristiques de l’enfant, de l’adulte et le contexte de la relation pourront expliquer les variations dans les relations éducatrice-enfant. Les enfants affectueux et exigeants récoltent plus d’attention et de réponses à leurs questions que les enfants peu expressifs et retirés.[4] Les enfants qui ont passé plus de 12 mois avec la même éducatrice sont plus susceptibles de développer un attachement sécure avec elle et ce plus particulièrement avec les enfants de moins de 3 ans.4 Plus l’enfant de 4 ans a changé souvent d’éducatrice plus il se montre agressif.4 Le personnel formé répond mieux aux besoins des enfants.[5]

La représentation que se fait l’éducatrice de sa relation avec l’enfant peut aussi influencer cette relation. D’ailleurs, l’échelle d’évaluation ECERS en environnement préscolaire juge positivement le fait que la qualité du service de garde, « le personnel semble heureux en présence des enfants. »

Comment reconnaitre une relation éducative positive? Dunham et Burton2 (p. 45) énumèrent les signes d’un attachement éducatif positif :

  • L’enfant demande de l’aide
  • L’enfant fait référence à son éducatrice pour se sécuriser ou régler un conflit. « Je vais le dire à X » ou « X a dit Non! »
  • L’enfant se montre content lorsqu’il retrouve son éducatrice après une absence
  • L’enfant dessine des adultes en interaction avec lui
  • L’enfant démontre de l’affection
  • L’enfant éprouve du plaisir et recherche l’interaction avec l’adulte et les autres enfants.

Dans la relation positive, il y a d’abord la confiance. On constate au quotidien la confiance que l’enfant ressent pour son éducatrice. Il va vers elle pour se recharger émotivement lors des séparations du matin, des changements, des conflits. Elle est son refuge lorsqu’il est fatigué, triste, excité. Il s’abandonne dans ses bras. L’enfant ne craint pas de fragiliser le lien par ses maladresses sociales, ses gestes impulsifs. Il se sait compris et accompagné. Cette conviction dans la solidité du lien permet à l’éducatrice de rester constante dans ses attentes, de ne pas vivre de l’ambivalence face aux frustrations inévitables qu’elle peut lui faire vivre. La discipline est faite de bienveillance. L’éducatrice est capable de parler positivement de l’enfant, se montre enthousiaste devant les efforts, les découvertes de l’enfant. On peut évaluer objectivement une relation par la proportion d’interactions positives (encouragements, soutien, sourire …) par rapport à l’ensemble des interactions avec l’enfant. Si sur 10 échanges verbaux, 8 relèvent de la réprimande, il est difficile d’imaginer que l’enfant ressente du plaisir.

Les relations ont une histoire et sont tissées de souvenirs d’expériences et de moments partagés. Certains enfants continuent de s’informer de leur éducatrice après qu’ils aient quitté le groupe. D’autres parlent fièrement à leur nouvelle éducatrice des activités ou privilèges dont ils profitaient avec l’éducatrice de l’année précédente. Ils se souviennent. Comme vous, je me souviens de certains enfants turbulents ou inventifs qui ont contribué à développer mes compétences. Je vous en parle le cœur attendri et le sourire aux lèvres.

Sylvie Bourcier Intervenante en petite enfance

[1] Accueillir la petite enfance. Le programme éducatif des services de garde du Québec. Gouvernement du Québec. Ministère de la famille et des aînés. 2007. p. 7.

[2] Denham, S.A, Burton, R., 2003, Social and emotional prevention and intervention programming for preschoolers. Klumer Academic/Plenum Publishers, p. 41.

[3] Joseph, G.E., Strain, P.S. Building positive relationships with young children. University of Illinois. The center on the social and emotional foundations for early learning. csefel.uluc.edu.

[4] Elicker, N., Fortner-Wood, C. (1995) Adult-child relationship in early childhood program for young children.

[5] Enquête Grandir en qualité. Recension générale des écrits sur la qualité des services de garde. Juin 2003. Famille et enfance. Gouvernement du Québec.