Quand les coups et les cris sont plus rapides que les mots: l’agressivité chez les trottineurs.

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Sylvie Bourcier, Intervenante en petite enfance

Lyne Archambault, Éducatrice et formatrice

Novembre 2013

www.aveclenfant.com


L’agressivité chez les trottineurs[1]

C’est entre 12 et 24 mois que l’on retrouve le plus haut taux d’agressions physiques. Le petit fonctionne d’abord par essai et erreur. C’est une boule d’énergie qui jouit de sa récente mobilité et découvre l’autonomie qu’elle lui procure. Il répète ses gestes pour voir comment son entourage réagit à ses actions. Il observe ces réactions avant de faire des déductions, des liens de cause à effet, pour comprendre par exemple que quand il frappe, se parents sont mécontents. Quant les conséquences demeurent stables, l’enfant âgé de 18 mois à 2 ans intègre l’information grâce à la maturation cognitive.

La stabilité et l’expressivité des réactions lui permettent peu à peu de découvrir que tel comportement provoque le mécontentement de l’adulte, et même la colère. Pourtant, ce décodage n’assure pas l’obéissance.

Les enfants, dans leur deuxième année de vie, obéissent aux règles 45% du temps. La rencontre avec l’interdit caractérise cette étape. Le désir d’autonomie, exacerbé par les habiletés motrices grandissantes, se heurte au contrôle exercé par les adultes qui détectent les dangers. Souvent, cela commence lors des aventures du petit fouineur, qui réagit aux interdits en se jetant par terre, en tapant des pieds, en lançant des objets. Il veut prendre sa place et tout décider, mais il craint aussi, une fois la rage passée, de perdre l’amour de ses parents ou éducateurs.

Bien qu’il soit capable vers 18 mois, d’intérioriser quelques interdits, il éprouve souvent des difficultés à maitriser ses envies. Ses mécanismes d’autocontrôle sont immatures et se développent tout au long de la petite enfance. On observe donc à cet âge, des petits qui disent « non » en faisant précisément ce qui est interdit. Il ne faut pas interpréter cette attitude comme de la confrontation mais bien l’expression du besoin qu’il éprouve à se faire aider pour freiner son geste face à la tentation.

Le nombre élevé d’agressions physiques s’expliquent donc en partie par l’immaturité des mécanismes d’autocontrôle, le nombre grandissant de frustrations reliés aux interdits face au fouineur intrépide.

De 12 à 18 mois, l’enfant commence à déchiffrer le langage. Il utilise quelques mots puis peu à peu des phrases de deux mots apparaissent. Il pourra alors si on lui enseigne utiliser les mots pour exprimer sa colère ou ce qu’il veut. L’utilisation du langage contribue à la baisse des agressions physiques. Mais tant qu’il n’a pas accès au langage il utilise son corps pour s’exprimer. Il lance ou court pour dire qu’il est excité, il lance ou trépigne pour dire qu’il est fâché, il tire ou pousse pour prendre, il mord pour faire fuir « l’ennemi ». Les conflits de possession et de territoire se concluent souvent par des cris et des larmes. Il a besoin de l’adulte pour reconnaître et identifier ce qu’il ressent, y apposer un mot et surtout le soutenir à travers ce grand flot d’émotions qui le submergent. Plusieurs stratégies peuvent aider le petit à faire face à  ce qu’il ressent et l’aider à petits pas à intégrer les normes sociales. Lyne Archambault, éducatrice en pouponnière vous en propose :

Sylvie Bourcier

Intervenante en petite enfance

 

1-Interdire clairement avec constance les gestes répréhensibles et rediriger l’enfant vers  une station de défoulement positif toujours à sa disposition.

2-Observer pour comprendre OÙ ? COMMENT ? POURQUOI ? VERS QUI ?et QUAND? L’enfant manifeste l’agressivité.

3-Éviter la proximité entre les petits.  L’encourager quand elle se produit avec notre supervision mais ne pas la prendre pour acquise.

4- Avec un cerceau ou une boîte pour chaque enfant identifié avec  sa photo créer sa bulle pour qu’il se retrouve…Parfait pour l’habillement pour nos sorties, pour les transitions (après le dîner quand les petits sont fatigués et moins patients par exemple).

5-Sur une table réservée à cet effet : coller des jeux en formant 4 stations que vous changerez en cours d’année afin d éveiller et stimuler la curiosité et la nouveauté chez les petits. (Avec du papier collant pour les livres de couleurs les jeux collent à merveille et des antidérapants sous les pattes de table pour éviter que la table se déplace).

6-Travailler les possessions avec les petits À TOI ! et À MOI! Les soutenir dans l’attente du jeu désiré et en posséder plusieurs identiques. Son temps de jeu est souvent court alors on peut vite le proposer à l’ami qui attend.

7-Pour l’ami qui tape : Lui offrir avec constance un coussin à taper, un fantôme suspendu au temps de l’halloween  par exemple , créer une station d’objet à taper dans votre environnement avec plaisir et défoulement positif.

8-Pour l’ami qui tire les cheveux : Lui faire une station de coiffure et de touche-doux,   valorisez ses talents de coiffeur.

9-Pour l’ami qui mord : Lui offrir sa suce,  un anneau de dentition suspendu avec son attache à suce juste pour lui. Avoir en main plusieurs anneaux pour chaque ami. Valoriser son défoulement  positif sur son anneau refroidi. Portez en un pour vous aussi!  Prenez vite ce problème en main pour ne pas que ce geste devienne une épidémie dans le groupe.

10-Voici quelques-uns de mes trucs que j’ai partagés avec vous. Soyons créatives  et     proactives, faites-vous confiance pour demander de l’aide et du support à votre équipe si nécessaire. Expérimentez et observez les petits afin de mieux les comprendre et visez juste afin d’améliorer les comportements sociaux chez  les 18 mois.

 

Lyne Archambault
Éducatrice, formatrice

 

 

 


[1] Extraits de L’agressivité chez l’enfant de 0 à 5 ans. Sylvie Bourcier. Éditions du Chu Sainte-Justine, 2008 et inédit.