FacebookTwitterLinkedInPartager

Reconnaitre le parent comme un partenaire compétent

Pour que l’enfant se sente bien dans son milieu de garde, il est essentiel que les parents et les éducatrices travaillent main dans la main.
L’éducatrice fait partie du réseau social de l’enfant. Sa relation avec l’enfant ne remplacera jamais les liens privilégiés qu’il a tissés avec ses parents, mais elle constitue une relation d’attachement parallèle et significative pour lui.
Isabelle amène sa petite Léa, 15 mois, à la pouponnière. Elle salue rapidement l’éducatrice et rassure Léa : « Ne t’en fais pas, Léa, maman va revenir. Je ne te laisserai pas ici tout le temps, maman n’est pas loin. Bye-bye, ma chérie! » Isabelle s’éloigne puis revient voir Léa à quelques reprises. Léa pleure et Isabelle semble si inquiète de la laisser dans cet endroit avec cette femme étrangère à qui elle ne parle pas.
À l’inverse, une bonne communication entre les parents et l’éducatrice favorise l’adaptation de l’enfant. La complicité et la confiance mutuelle qui existent entre eux donnent à ce dernier un sentiment de sécurité. Ainsi, Marie-Pier s’est facilement intégrée au groupe des trottineurs. Dès le premier jour, sa maman l’a rassurée : « Je te laisse ici, avec Christine, parce que je sais qu’elle prendra soin de toi et qu’elle s’amusera avec toi pendant que je travaille. Christine est ton éducatrice, c’est son travail de prendre soin des enfants. Moi, je serai toujours ta maman d’amour. »
Ensemble pour l’enfant
Le partage d’observations et d’informations entre les parents et l’éducatrice assure une meilleure réponse aux besoins de l’enfant. Cette concertation facilite la cohérence éducative et la généralisation des apprentissages. L’enfant entend les mêmes messages, observe et imite les mêmes modèles. Par exemple, à la garderie, Justin se retrouve dans des situations où il doit attendre. C’est difficile pour lui car, chez lui, comme il est enfant unique, les moments d’attente sont plus rares. L’éducatrice de Justin a donc suggéré à ses parents de « l’entrainer à attendre » à la maison. Peu à peu, les sourires ont remplacé les crises et Justin a appris à mieux tolérer les délais, inhérents à la vie de groupe.
Des routines d’endormissement à la maison aux évènements marquants vécus par la famille, toutes ces informations aident l’éducatrice dans son travail. Ainsi, elle comprendra pourquoi Fatima s’agite toujours sur son matelas durant la sieste quand elle aura appris qu’à la maison elle s’endort avec une lourde douillette. Ou elle découvrira que, si Simon cherche depuis quelque temps son attention, fait le clown et contrevient aux règles, c’est parce que sa maman est hospitalisée.
La concertation est aussi un gage de succès dans un plan de soutien au développement de l’enfant. Dans le cas d’Étienne, qui a du mal à réfréner ses comportements agressifs, ses parents et son éducatrice se sont entendus sur la façon d’intervenir. Cette dernière a expliqué à Étienne : « Je vais parler avec ta maman et ton papa pour qu’on trouve ensemble comment tu peux être plus heureux à la garderie avec tes amis. Tes parents vont te dire après ce qu’ils auront décidé pour toi. » Ensuite, les parents et l’éducatrice échangeront leurs observations pour évaluer l’efficacité de leur plan.
Les obstacles à la communication
Même si les « partenaires », parents et éducatrices, s’efforcent de créer et de maintenir un contact, il peut y avoir des obstacles à la collaboration. Les barrières linguistiques et culturelles, par exemple, exigent un effort d’adaptation puisque les valeurs et les références divergent parfois.
Le rythme effréné du quotidien peut aussi réduire le temps qu’on alloue aux échanges. Il y a aussi la peur du jugement ou des critiques qui peuvent freiner les parents à s’engager dans une relation ouverte et réciproque. La recherche sur la collaboration famille-milieu de garde de Coutu et autres, démontre que « les éducatrices se montrent très critiques et ambivalents face à certains parents. Elles classent le quart des parents comme parents peu compétents. » On fait parfois appel au rôle de la répétition pour expliquer notre évaluation négative d’un parent. « On prétend alors qu’il ne peut donner ce qu’il n’a pas reçu. » Ce déterminisme va à l’encontre de l’éducation qui s’appuie sur la révélation des forces pour s’épanouir et se développer. L’éducatrice a un rôle à jouer pour aider le parent à découvrir ses compétences. Gilles Julien parle du rôle de révélateur auprès des parents. Claude Halmos avance qu’il est possible que les parents retrouvent « un sentiment de leur valeur alors que dans leur histoire, on leur a fait perdre. » Beaucoup de parents doutent d’eux et ont besoin d’être rassurés quant à leurs compétences parentales. Par l’écoute, l’éducatrice révèle au parent la valeur qu’elle lui accorde.

L’écoute attentive et empathique exprime la considération de l’autre. Bruno Bettleheim dans Dialogues avec les mères nous offre une autre piste : « On ne peut pas dire aux parents ce qu’ils doivent faire ni comment ils doivent le faire. Mais on peut les aider à voir de plus en plus clairement ce qu’ils désirent pour leurs enfants et les amener peu à peu, par leurs expériences quotidiennes, à faire de ces désirs une réalité. »
Une mère me décrit une situation où son garçon Mathieu a frappé un autre. Elle le punit en le frappant. Il aurait été facile de critiquer cette pratique éducative. Mais en lui faisant remarquer que le milieu de garde partageait son désaccord face au comportement de son fils, elle nous a avoué qu’elle détestait les coups et qu’elle s’était promise de ne pas reproduire ce que son père faisait.
Elle a su faire face au poids de sa propre histoire et tenter d’éviter d’entrer dans le piège de la répétition. En accompagnant les parents, en leur donnant des points de repère on peut les aider à se soustraire d’une partie de ce qu’ils connaissent de la parentalité. Le parent se mobilisera s’il sent que le milieu est ouvert, confiant quant à sa compétence. « Un adulte ayant une bonne opinion de lui-même comme personne et en tant que parent est optimiste et positif dans ses rapports avec les autres, a une tendance naturelle à souligner les points positifs et à valoriser son enfant, tout en reconnaissant qu’il vit parfois des difficultés et des limites. » (Duclos, G.).
Plusieurs auteurs se sont penchés sur les caractéristiques d’un parent compétent. Tochon et Miron en partant du vécu des parents ont divisé les différents aspects de la pratique éducative en deux catégories : le sentiment de satisfaction parentale et celui de l’efficacité parentale. Le parent qui éprouve un sentiment de satisfaction parentale se sent bien en compagnie de son enfant. Il éprouve du plaisir dans le temps partagé. Le parent qui ressent un sentiment d’efficacité a confiance dans son habileté à résoudre des problèmes liés à l’éducation et à sa capacité de persévérer face aux obstacles. La mère de Mathieu par exemple faisait preuve de plusieurs qualités. Elle s’informait de lui tous les jours, lui faisait un câlin avant de quitter la garderie, lui apportait les vêtements nécessaires. Elle venait le chercher tôt lorsque son travail le lui permettait. Elle le félicitait pour ses bricolages ou sa capacité à faire les choses de façon autonome.
Certes l’usage des coups pour corriger son enfant n’est pas souhaitable mais elle exprime ainsi peut-être de façon maladroite son autorité, sa capacité à dire non, à mettre des limites. La mise en valeur des forces du parent ouvre la porte aux changements puisqu’on leur permet d’avoir une nouvelle opinion d’eux-mêmes. L’appropriation de nos forces incite à la prise en charge de la famille par elle-même (empowerment).
Je recommande donc aux éducatrices qui reconnaissent en toute honnêteté qu’elles entretiennent envers un parent des doutes quant à ses compétences de faire l’exercice d’identifier ses forces avant de le rencontrer pour échanger au sujet des besoins de l’enfant.
Voici quelques caractéristiques susceptibles d’être examinées :
• Savoir dire non, établir des règles;
• Expliquer les raisons qui motivent un refus;
• Négocier;
• Être habile à communiquer;
• Décoder le besoin d’être rassuré ou stimulé;
• Accorder du temps à l’enfant;
• Respecter le rythme de l’enfant;
• Utiliser l’humour;
• Exprimer son affection;
• Encourager;
• Répondre aux besoins de base : santé, nutrition, habillement, hygiène;
• Assurer une sécurité physique dans la maison et une surveillance;
• Encourager l’autonomie.
L’éducatrice peut révéler aux parents leurs forces et leur permettre de porter un regard bienveillant à leur parentalité. Elle peut aussi en décrivant l’enfant en terme de besoin et en recadrant les attentes parentales dans un contexte d’apprentissage et de développement pour aider les parents à porter un nouveau regard sur leur enfant. Avoir des attentes réalistes sur ses habiletés de parentage et sur la performance de son enfant favorisent des relations chaleureuses avec lui et une meilleure réponse à ses besoins. Soutenir et valoriser les parents, c’est se pencher sur le bien-être et le bonheur des enfants. « Si une communauté attache de la valeur à ses enfants, elle doit chérir ses parents » (John Bowlby, rapport OMS cité dans CEDJE).

Sylvie Bourcier
Intervenante en petite enfance

Le lien significatif de l’éducatrice à l’enfant : oui, mais comment?

Céline Perreault

Février-mars 2010

www.aveclenfant.com

Comment se développe l’attachement de  l’enfant à l’adulte :

S’attacher signifie s’unir, se lier à quelqu’un. Cette personne en l’occurrence, l’éducatrice ,devient une personne à qui l’enfant est ‘’lié’’, il peut s’y référer. Elle le connaît, elle peut prendre sa défense et le protéger. Comme l’enfant a besoin que l’on réponde à ses besoins de base pour ensuite être capable d’explorer son environnement, il doit pouvoir ‘’compter’’ sur quelqu’un qui le connaisse assez bien pour prendre soin de lui. Il est en croissance, il est en marche vers l’autonomie, il doit pouvoir compter sur un adulte mature, capable de comprendre son développement et de répondre à son besoin de reconnaissance, d’estime de soi et d’amour.

C’est en répondant à ses besoins de base que l’enfant et l’adulte vont s’attacher l’un à l’autre. L’enfant doit être respecté dans son intégralité. IL est une personne avec un potentiel. Il n’est pas un vase vide mais plutôt un vase plein qui devra être ‘’déballé’’ par l’éducatrice. Considérant que l’enfant est capable de faire des choix et d’affirmer ses goûts et intérêts,  l’éducatrice professionnelle sera capable de les identifier et d’y répondre en lui donnant des soins attentifs.

Prenons l’exemple de Justin 3 ans, qui est nouveau au service de garde. Ses premiers jours de garde vécus dans cet environnement  bruyant et nouveau, le stressent. Il ne connaît pas le milieu et ses règles de vie. Mais peu à peu, il découvre qu’il y a une routine, une alternance de moments qui se ressemblent de jour en jour. Il commence à se repérer dans le temps. Il s’adapte doucement. Il reconnaît son éducatrice Joanie, elle est là tous les jours. Elle répond à ses besoins de base. Elle lui sert à manger, elle s’assure qu’il n’aura pas froid à l’extérieur, elle donne le rythme aux activités de la journée. Mais plus important, elle le reconnaît. Elle découvre ses particularités. Elle découvre ses goûts et intérêts. Elle répondra de façon de plus en plus adéquate à ses besoins parce qu’elle a l’observé.

Et doucement au travers des routines de la journée, elle établira un lien, un attachement significatif avec Justin. Ils seront liés par un fil invisible de connaissances de leurs particularités. C’est ce que l’on appelle le lien d’attachement professionnel (Katz).

 

Une éducatrice significative : qu’est-ce que c’est :

C’est donc cette personne, très souvent une femme, qui  connaît l’enfant, qui identifie ses besoins qui y répond tout en favorisant son autonomie. Il ne faut pas faire à la place de l’enfant  mais plutôt avec l’enfant. Est-elle significative dès l’entrée de l’enfant au service de garde? Sûrement pas, mais elle le devient assez rapidement pour l’enfant. Parce qu’elle représente d’abord la réponse à ses besoins de base comme manger et dormir. Par contre, avec le temps, elle devient la personne avec qui les relations affectives de l’enfant ‘’résonnent’’. Il trouve réponse à ses besoins affectifs. Ils trouvent échos à ses attentes.

Elle y arrivera toujours en prenant le même chemin : disponibilité et respect de l’enfant. Elle doit donc se balancer entre répondre aux besoins et laisser l’enfant  explorer et répondre à ses besoins. Pour se faire, elle se tiendra à distance et observera l’enfant en action.

De la théorie aux gestes : quelques questions

  • Est-ce que l’éducatrice en pouponnière doit travailler 5 jours/semaines?
  • Est-ce que l’éducatrice en pouponnière doit être seule avec cinq poupons dans un local pour leur assurer un attachement sécure?
  • L’éducatrice en service de garde doit-elle opter pour ‘’suivre’’ son groupe pendant minimalement deux années d’affilées ?
  • L’éducatrice en service de garde doit-elle remettre en question les groupes homogènes ou opter pour le groupe multiâge qu’elle accompagnerait plusieurs années ce qui lui permettrait d’assurer plus de continuité aux enfants?
  • Est-ce qu’une journée de congé aux deux semaines améliorerait la constance des relations auprès de l’enfant?
  • Le service de garde doit-il prioriser les besoins des enfants ou ceux des éducatrices?

 

Réponses aux questions :

  • Est-ce que l’éducatrice en pouponnière doit travailler 5 jours/semaines? Les études démontrent que la stabilité du  personnel éducateur est un facteur de qualité dans les services de garde. Les spécialistes de la Petite Enfance en passant par Lilian Katz, Winnicott, Bouchard et Bosse-Platière sont d’avis que la stabilité est un facteur favorisant le lien significatif entre l’enfant et l’éducatrice.

 

  • Est-ce que l’éducatrice en pouponnière doit être seule avec cinq poupons dans un local pour leur assurer un attachement  sécure? Il semble très intéressant de travailler à deux à la pouponnière. Mais qu’en est-il en réalité pour le lien significatif entre l’enfant et l’éducatrice? Dans une  pouponnière de 10 enfants, si un enfant pleure et que  son éducatrice attitrée est à changer les couches, il sera consolé par l’autre éducatrice. Pensons seulement, qu’autour de cet enfant gravite déjà un père une mère une grand-mère un grand-père et une éducatrice… c’est déjà suffisant pour un petit être en construction. Mais si en plus, comme la moitié des enfants, ses parents sont séparés, cet enfant peut se retrouver avec plusieurs  adultes qui attendent qu’il s’adapte à eux!!! D’où l’importance, comme le spécifie le programme éducatif Accueillir la petite enfance, que le ‘’ le service de garde qu’il fréquente, par la qualité des interventions des adultes qui s’y trouvent et des activités auxquelles on lui permet de s’adonner, doit se situer résolument du côté des facteurs de protection dans son développement[i]
  • L’éducatrice en service de garde doit-elle opter pour ‘’suivre’’ son groupe pendant minimalement deux années d’affilées ? Pour avoir moi-même suivi mon groupe pendant plus de deux ans, je peux vous dire que le lien est devenu très solide entre moi et les enfants de mon groupe mais aussi les enfants entre eux. Et que dire des parents, nous nous connaissions tellement. J’ai pu vraiment m’allier avec eux pour les interventions auprès de leur enfant en  assurant ainsi constance et continuité. De plus, j’ai pu approfondir les thèmes initiés par moi ou par les enfants. Mes interventions éducatives étaient fondées sur plusieurs observations et une solide connaissance des besoins des enfants.
  • L’éducatrice en service de garde doit-elle remettre en question les groupes homogènes ou opter pour le groupe multiâge qu’elle accompagnerait plusieurs années et  qui lui permettrait d’assurer plus de continuité aux enfants? L’approche multiâge comporte beaucoup d’avantages que je ne traiterai pas dans cet article mais en lien avec le thème de l’attachement disons que ce type de regroupement d’enfants assure stabilité dans le lien entre l’éducatrice et l’enfant, permet la continuité dans les liens fraternels et encourage l’attachement des enfants entre eux. Comme l’accent est mis dans le partage et l’entraide dans ce type de regroupement, le climat est propice à l’empathie et la patience , terreau de qualité pour des liens affectifs solides.
  • Le service de garde doit-il prioriser les besoins des enfants ou ceux des éducatrices?

Maintenant que les spécialistes se sont prononcés sur l’importance de la stabilité du personnel éducateur pour son lien d’attachement avec son éducatrice et pour son développement global, que faut-il faire? Faut-il éviter cette question délicate des conditions de travail de l’éducatrice au détriment des besoins des enfants? Croyons-nous vraiment en l’importance de ce lien entre l’enfant et son éducatrice? Rappelons que Urie Bronfrenbrener (2000) et son modèle écologique démontre clairement que le service de garde de l’enfant et plus spécifiquement son éducatrice font partie d’un microsystème qui, durant la petite enfance, a une influence tout aussi importante  sur le développement de l’enfant que le microsystème de sa famille (Bouchard 2008).

 

La question est délicate certes, mais elle s’impose pour le bien-être des enfants qui nous sont confiés et dans le but de leurs donner les meilleures chances possibles de développement. En 2010, la question de l’importance de l’attachement pour le développement de l’enfant n’est plus à démontrer. Ce fondement du programme éducatif des centres à la petite enfance (2007) doit nous encadrer dans le choix des actions à entreprendre pour  améliorer la qualité de nos services de garde Québécois.

 


[i] Gouvernement du Québec, Accueillir la petite enfance, Ministère de la famille et des aînés, 2007, p.13.

Planifier ou non? Comment bien démarrer l’année?

La planification d’activité en début d’année demeure toujours une préoccupation pour Sylvie. Doit-elle profiter de ce moment pour observer? Doit-elle faire des activités structurées avec les enfants? Doit-elle les laisser vivre des expériences entre eux? Doit-elle planifier oui ou non?

Dans un premier temps, il important pour Sylvie de se centrer sur les besoins de chacun des enfants. L’observation l’aidera à découvrir les intérêts, les goûts et le tempérament de chacun. Elle doit développer une relation significative avant de penser proposer et organiser des activités. Pour que Sylvie puisse planifier dans l’intérêt de son groupe, elle doit être significative pour l’enfant. Ses interventions individuelles auprès de chacun vont lui permettre créer un lien unique avec l’enfant.

S’impliquer dans le jeu spontané, stimuler les échanges avec l’enfant, encourager ses idées, valoriser les contacts entre eux, sont des gestes qui encouragent le développement du sentiment d’identité. Un pré-requis essentiel à un mieux-être personnel et relationnel de l’enfant. Des situations qui demandent peu de planification à Sylvie mais beaucoup de sensibilité et d’ouverture à accueillir chacun des enfants dans leur différence.

La planification de Sylvie doit être davantage dans les routines. La stabilité qu’apportent les routines représente pour l’enfant un moment sécurisant et un lieu d’apprentissage important. Chez le petit par exemple, la maîtrise de certaines habiletés motrices demande d’être soutenue et encouragée. L’utilisation d’objets stimulants, des exercices psychomoteurs peuvent aider dans ce sens. Alors que le petit de 3 ans doit développer sa concentration dans les étapes à suivre pour l’exercice de la routine, des jeux de photos, comptines qui rappellent les étapes sont des moyens à prévoir. Pour le plus grand, concilier son temps de jeu et la pratique des routines soulèvent parfois des frustrations, l’utilisation d’outils sonores, des références visuelles peuvent aider l’enfant à anticiper ce moment.

Afin de permettre à l’enfant de se familiariser avec sa nouvelle éducatrice, le nouveau groupe et pour certain un nouveau milieu, Sylvie doit planifier dans son horaire, du temps individuel et ce chaque jour avec chacun. Certains enfants sont plus demandants, d’autres cherchent plus notre attention ou attirent plus notre regard de par leur tempérament, leur attitude et parfois même par leur apparence physique. Ce temps précieux que vous prenez avec lui, démontre à l’enfant qu’il est important pour vous. Le reste du groupe observe votre geste et anticipe ce doux moment avec vous.

Je compare souvent la planification d’activités à une relation amoureuse, il faut se connaître et se faire reconnaître dans les goûts et intérêts de chacun avant de planifier des projets. En début d’année, il faut tisser des liens avec l’enfant dans des situations spontanées, offrir une stabilité dans les routines et avoir des moments en tête à tête avec chacun. Voilà une planification orientée sur l’être plutôt que sur le faire!

Pour une pouponnière de qualité….double ou simple ?

Josée Lespérance, enseignante TEE 

Avril 2010

www.aveclenfant.com

Dans le cadre de mon travail d’enseignante en techniques d’éducation à l’enfance, j’ai l’occasion de superviser des étudiantes en stage et parfois à la pouponnière. Mes observations dans le groupe 6/18 mois ont suscité chez moi depuis la dernière année une  réflexion sur la réalité du regroupement de 5 ou 10 bébés dans un même local. Mon questionnement  s’oriente au niveau de l’organisation humaine, matérielle et physique. Quelle orientation devons-nous donner au milieu de vie de l’enfant ? Quel type d’organisation matérielle, environnementale et humaine répond le mieux au développement du poupon, à la construction d’un lien sécurisant avec l’éducatrice ? Quelles sont donc les conditions optimales pour satisfaire ses besoins ? Quelles sont les qualités requises de l’adulte responsable du bien-être du bébé ?

 

C’est souvent autour de 8,9 et 10 mois que le petit arrive dans le groupe de la pouponnière. Les parents de l’enfant assurent généralement une sécurité affective dès la naissance. La réponse aux besoins de base du tout-petit lui permet de s’attacher à la personne qui lui prodigue les soins. Peu à peu, ce lien se construit et permet au petit d’explorer, manipuler, faire de nouvelles découvertes et renforcir sa confiance. Cette autonomie ne se fait pas automatiquement, puisqu’elle doit d’abord s’appuyer sur une confiance de base. Ce processus est  comparable à un adulte qui se retrouve seul sans préparation ni anticipation dans un autre pays et ce sans maîtrise de la langue. Pour que le petit puisse s’adapter, il lui faut du temps, de la stabilité dans les liens qu’il tisse avec l’adulte dans l’environnement de la pouponnière. Voici les questions à considérer pour aider au lien d’attachement chez le poupon. Avez-vous une stabilité dans le personnel de la pouponnière ? Votre approche est-elle centrée sur l’enfant ? Avez-vous du temps avec chacun des enfants ? L’intimité est  nécessaire à la création du lien. L’enfant doit sentir que l’adulte lui est totalement dévoué, la disponibilité lui paraitra une garantie. En groupe double, le milieu favorise t-il la continuité dans les liens enfants/ éducatrice (éducatrice attitrée et auxiliaire)? Avez-vous des humeurs stables afin que le bébé sache qu’il sera accueilli totalement quelque soit l’intensité de ses réactions ou les caractéristiques de son tempérament ? Quelles sont les conditions mises en place pour permettre à l’enfant de  reconnaitre les réactions prévisibles de l’adulte et ainsi avoir suffisamment confiance pour explorer et découvrir son environnement ?

Un bébé arrive à la pouponnière entre 8 mois et 18 mois. Certains milieux vont accepter des bébés plus jeunes de façon exceptionnelle afin de répondre aux besoins des parents. Il n’est pas rare de voir un tout petit de 4/5 mois en milieu familial. Notre rôle comme milieu de garde éducatif est d’offrir un service de qualité aux familles québécoises. Qu’en est-il pour le bien-être du tout petit en plein développement !!!  Dans les deux premières années de vie, le bébé se développe à travers ses sens et le mouvement. Il réagit à la voix de ses parents, aux bruits, à ce qu’il touche. Ses sens lui permettent d’explorer le monde qui l’entoure et son corps d’en définir le contour. L’addition de différentes stimulations répétées dans son environnement le conduit  vers une plus grande maîtrise de ses capacités motrices et stimule sa curiosité et son désir de poursuivre son exploration. Son besoin d’espace pour explorer lui fait vivre ses premiers conflits de territoire. Il est donc important à ce stade sensorimoteur de lui laisser le temps de se concentrer sur des phénomènes sans le bousculer dans ses apprentissages sans qu’il soit dérangé par la proximité ou l’intrusion constante de ses pairs. Difficile à 10 ou 15 bébés ! Le soutenir, le réconforter, lui parler favorisent son développement et le sécurisent. L’environnement sonore dans une  pouponnière double influence son développement. La discrimination auditive est essentielle à l’émergence du langage. Les expériences sensorielles interrompues, peuvent-elles nuire à sa concentration? Un environnement sur stimulé par le nombre de personnes qui y circulent (bébés, éducatrices, parents) permet-il à l’éducatrice de s’investir dans les moments privilégiés avec le bébé de favoriser l’intimité ? On ne peut négliger l’impact de ces visites sur le petit insécurisé par la présence des étrangers.

Le travail de l’éducatrice demande une bonne organisation autant en groupe double que simple. Lorsque nous parlons d’organisation du travail, plusieurs éducatrices me disent qu’il est plus agréable de fonctionner en groupe double en pouponnière. Mais regardons ensemble les gains du petit dans ce contexte. Le groupe double  permet une collaboration entre deux éducatrices dans l’exercice de leurs tâches. Est-ce que les enfants ont une éducatrice attitrée ?  Souvent l’enfant appartient à tout le monde et à personne…. Quant est-il de la stabilité dans les horaires de travail ? Est-il réaliste de demander aux petits de s’adapter au temps de pause, aux journées de planification et de congé des éducatrices. Combien de personnes interviennent avec le petit chaque jour 4, 5, 6 personnes. Quelle est l’éducatrice qui communique avec le parent ? Est-ce que je laisse circuler inutilement les membres du personnel dans mon local, en étant consciente du risque de transmission des microbes et de l’insécurité suscitée par la présence d’étrangers durant la période de l’angoisse de séparation ? Est-ce que les ouvertures et les fermetures se font en multiâge avec les bébés ? Est-ce que le poste de la pouponnière est sur 5 jours? Un CPE de Laval a ouvert une pouponnière simple dans son installation déjà existante. Le poste a été offert sur un horaire de 5 jours dans le but d’assurer une stabilité aux bébés. Un milieu de Lanaudière, ayant un permis pour un groupe double a opté pour faire deux groupes de bébés dans deux locaux à proximité l’un de l’autre. Il existe une collaboration entre les éducatrice, ils se partagent le même vestiaire, les jouets, échangent sur leur vécu. Mais chacune des éducatrices a  son groupe pour les moments de routines et les périodes de jeux. Il est certain, que ce type d’organisation demande de la souplesse et de l’ouverture. Certains coûts s’y rattachent également. Par exemple, avoir deux tables à langer, plus de matériel de jeux adaptés aux deux sous-groupes ainsi que des coûts de construction supplémentaires. La directrice de cette installation me dit que tout est possible pour le bien-être de l’enfant, il suffit de savoir s’organiser.

Dans la mise à jour de BRIO, un nouveau fondement a été ajouté  l’attachement. Les moyens pour renforcir ce lien doivent être mis en place dans l’organisation. Nous demandons beaucoup trop aux petits de s’adapter alors que nous sommes le modèle. Je suis toujours surprise de constater parfois que  des bébés sont relocalisés dans un autre groupe par manque de personnel, que des stagiaires se retrouvent en pouponnière en début d’année alors que l’éducatrice a un nouveau groupe,  de voir du personnel prendre leur pause café à la pouponnière sachant très bien que le petit à besoin de calme pour se sentir bien. Pourquoi organiser des sorties ou événements spéciaux avec tous les enfants de l’installation (pommes, cabane à sucre, fête de l’halloween) alors que le petit n’y retrouve aucun plaisir, mais beaucoup d’anxiété. Il est discutable d’instaurer du temps partiel en pouponnière, alors que nous savons que la stabilité est ce qui a de plus important pour la sécurité de l’enfant….

Démontrons donc à nos petits combien nous les estimons en leur procurant un milieu chaleureux, stimulant et surtout des adultes disponibles, à l’écoute de leurs besoins. Cela demande de ces adultes de faire le tri entre ce qui relève de leur désir d’adulte et ce qui s’appuie sur les besoins des enfants et surtout de choisir consciemment et professionnellement la centration au bébé.

Parfois nos attitudes, attentes et nos organisations démontrent que nous aimons l’enfant mais aimons-nous vraiment l’enfance ?

Les peines d’Élaine

Élaine, 2 ans, est une enfant attachante qui démontre des marques d’affection à son éducatrice Maryse. Elle aime particulièrement se coller, se faire prendre et jouer avec l’adulte. Son éducatrice observe que la petite joue peu de façon autonome et qu’elle la cherche toujours du regard. Élaine réagit quand d’autres enfants s’approche d’elle et crie et pleure. Maryse a remarqué que la petite panique lorsqu’elle quitte le local pour aller en pause. L’éducatrice de rotation lui a signalé que lors de sa journée de congé, l’enfant passe l’avant-midi à la porte et pleure pour voir Maryse. Élaine demande énormément d’attention aux éducatrices qui ne peuvent être disponibles seulement pour elle. Maryse voudrait bien trouver le moyen d’aider la petite Élaine à relever des défis, à créer des liens avec les autres mais surtout à avoir du plaisir au service de garde.

Comme plusieurs jeunes enfants, Élaine vit difficilement la séparation avec son éducatrice; elle se sent démunie, en perte de ressource lorsque son objet d’amour n’est plus dans son environnement. Son sentiment de sécurité se voit fragilisé selon les moments de vie, les situations de changement et les différentes relations d’attachement dans la journée; des stress qu’Élaine contrôlent avec difficulté. Ces comportements sont fréquents en début d’année lorsque l’enfant connaît peu l’éducatrice et son environnement. Après quelques semaines dans des routines stables, l’enfant reconnaît les attentes, les consignes et les moments de vie de son milieu. Il se sent en sécurité dans son groupe, une plus grande ouverture pour le jeu s’installe et la capacité d’être en relation avec l’autre est de plus en plus intéressante. Pour Élaine, la situation en est tout autrement. Son sentiment de sécurité doit être travaillé pour lui permettre de vivre des journées agréables et de créer des liens d’attachement avec plusieurs adultes.

À la base, le sentiment de sécurité se développe par le lien d’attachement. L’enfant développe sa sécurité avec les personnes significatives de son environnement. Le milieu de garde est l’endroit où l’enfant a la possibilité de créer des relations autres qu’avec maman et papa. Lorsque la base de l’attachement est solide, l’enfant se permet d’aller vers d’autres personnes sans avoir peur de perdre l’attachement déjà existant. Il sait qu’il peut retourner en tout temps à la base spatiale pour avoir réponse à ses besoins affectifs.

Pour aider un enfant qui manifeste de l’insécurité devant des situations ou des personnes nouvelles, l’éducatrice doit prioriser la stabilité dans les routines, règles et dans ses propres humeurs. Le milieu doit être sensible au roulement du personnel qui peut créer un sentiment d’insécurité surtout chez le petit. Des règles de conduites constantes, réalistes et logiques permettront à l’enfant d’anticiper les événements et de mieux les comprendre. Certaines activités de gestion de stress peuvent également aider l’enfant à réduire ses crises de panique devant une situation nouvelle. Dans la relation d’attachement avec son éducatrice, l’enfant doit sentir une disponibilité affective de l’adulte. Plus l’éducatrice manque de constance dans les demandes affectives de l’enfant, plus l’insécurité sera présente chez le petit. L’enfant va mettre ses énergies pour retrouver la disponibilité de l’éducatrice et ce en cherchant son attention par différents moyens (demandes excessives, pleurs, crises, comportements inacceptables, etc.)

Maryse a observé qu’elle devient tellement vidée de ses énergies par les demandes d’Élaine qu’il lui est difficile d’être constante dans ses marques d’affection. Le matin, elle accueille la petite avec beaucoup de patience et de tolérance, mais, en après-midi elle se sent vraiment dépourvue car les demandes persistent malgré toute l’affection qu’elle lui donne. Son attitude est alors plus détachée, elle la laisse pleurer et elle refuse même de la prendre tant qu’elle est épuisée. L’éloignement de l’éducatrice insécurise davantage l’enfant. Maryse doit nommer à Élaine ses intentions «je sais que tu veux que je te prenne mais présentement c’est pas possible parce que…». Encourager l’enfant à jouer, favoriser le grandir de l’enfant, nommer le plaisir que vous avez de jouer avec elle pour inviter les autres vers elle. De cette façon Élaine va développer des situations de jeux pour avoir l’attention de l’adulte et réduire son besoin constant DES BRAS, DES BRAS.

Maryse comprend maintenant mieux l’attitude de la petite. Elle veut se donner des moyens pour encourager le sentiment de sécurité d’Élaine. Après réflexion, elle constate que ses routines sont stables dans le temps et dans la façon de les exercer. Elle remarque par contre, qu’elle oublie d’informer les enfants de certains changements (par exemple lorsqu’elle quitte le local pour sa pause, lorsqu’elle est remplacée pour la période du dodo ou pour sa journée de congé). Les moyens que Maryse peut mettre en place pour aider la petite peuvent être par exemple de nommer et montrer des images sur les moments de la journée, utiliser des photos (maman, papa, éducatrice de rotation, éducatrice du groupe, les photos des amis). Un jeu de photos à la disposition de l’enfant va permettre à Élaine d’avoir des images affectives dans des moments plus difficiles. Elle peut aussi parler plus à l’enfant de ses émotions, par exemple: «je comprends que tu ne veux pas que je te quitte mais je dois partir pour revenir demain. C’est Sylvie qui vient jouer avec toi», lui montrer sur la photo. Lorsqu’elle se déplace dans le CPE, Maryse peut demander à Élaine de la regarder partir et lorsqu’elle la voit revenir lui dire «coucou». Elle peut aussi chanter dans ses déplacements, l’enfant va être attentif au timbre de voix. Ce qui peut apaiser son stress. Favoriser les mises à distance progressive, introduire un jeu avec l’enfant, s’éloigner lorsque d’autres s’y intéressent avec elle. Valoriser le plaisir de jouer en dyade soit avec Pierre-Luc ou Aline.

Après un mois de mise en application de différents moyens d’intervention, Maryse observe des changements dans les comportements d’Élaine. Voyez comment à l’aide d’une fiche d’observation l’éducatrice a pu voir l’évolution de la petite. Le 15 décembre, je vous parlerai des bienfaits de cette fiche dans le texte LES PLAISIRS D’ÉLAINE…