FacebookTwitterLinkedInPartager

Reconnaitre le parent comme un partenaire compétent

Pour que l’enfant se sente bien dans son milieu de garde, il est essentiel que les parents et les éducatrices travaillent main dans la main.
L’éducatrice fait partie du réseau social de l’enfant. Sa relation avec l’enfant ne remplacera jamais les liens privilégiés qu’il a tissés avec ses parents, mais elle constitue une relation d’attachement parallèle et significative pour lui.
Isabelle amène sa petite Léa, 15 mois, à la pouponnière. Elle salue rapidement l’éducatrice et rassure Léa : « Ne t’en fais pas, Léa, maman va revenir. Je ne te laisserai pas ici tout le temps, maman n’est pas loin. Bye-bye, ma chérie! » Isabelle s’éloigne puis revient voir Léa à quelques reprises. Léa pleure et Isabelle semble si inquiète de la laisser dans cet endroit avec cette femme étrangère à qui elle ne parle pas.
À l’inverse, une bonne communication entre les parents et l’éducatrice favorise l’adaptation de l’enfant. La complicité et la confiance mutuelle qui existent entre eux donnent à ce dernier un sentiment de sécurité. Ainsi, Marie-Pier s’est facilement intégrée au groupe des trottineurs. Dès le premier jour, sa maman l’a rassurée : « Je te laisse ici, avec Christine, parce que je sais qu’elle prendra soin de toi et qu’elle s’amusera avec toi pendant que je travaille. Christine est ton éducatrice, c’est son travail de prendre soin des enfants. Moi, je serai toujours ta maman d’amour. »
Ensemble pour l’enfant
Le partage d’observations et d’informations entre les parents et l’éducatrice assure une meilleure réponse aux besoins de l’enfant. Cette concertation facilite la cohérence éducative et la généralisation des apprentissages. L’enfant entend les mêmes messages, observe et imite les mêmes modèles. Par exemple, à la garderie, Justin se retrouve dans des situations où il doit attendre. C’est difficile pour lui car, chez lui, comme il est enfant unique, les moments d’attente sont plus rares. L’éducatrice de Justin a donc suggéré à ses parents de « l’entrainer à attendre » à la maison. Peu à peu, les sourires ont remplacé les crises et Justin a appris à mieux tolérer les délais, inhérents à la vie de groupe.
Des routines d’endormissement à la maison aux évènements marquants vécus par la famille, toutes ces informations aident l’éducatrice dans son travail. Ainsi, elle comprendra pourquoi Fatima s’agite toujours sur son matelas durant la sieste quand elle aura appris qu’à la maison elle s’endort avec une lourde douillette. Ou elle découvrira que, si Simon cherche depuis quelque temps son attention, fait le clown et contrevient aux règles, c’est parce que sa maman est hospitalisée.
La concertation est aussi un gage de succès dans un plan de soutien au développement de l’enfant. Dans le cas d’Étienne, qui a du mal à réfréner ses comportements agressifs, ses parents et son éducatrice se sont entendus sur la façon d’intervenir. Cette dernière a expliqué à Étienne : « Je vais parler avec ta maman et ton papa pour qu’on trouve ensemble comment tu peux être plus heureux à la garderie avec tes amis. Tes parents vont te dire après ce qu’ils auront décidé pour toi. » Ensuite, les parents et l’éducatrice échangeront leurs observations pour évaluer l’efficacité de leur plan.
Les obstacles à la communication
Même si les « partenaires », parents et éducatrices, s’efforcent de créer et de maintenir un contact, il peut y avoir des obstacles à la collaboration. Les barrières linguistiques et culturelles, par exemple, exigent un effort d’adaptation puisque les valeurs et les références divergent parfois.
Le rythme effréné du quotidien peut aussi réduire le temps qu’on alloue aux échanges. Il y a aussi la peur du jugement ou des critiques qui peuvent freiner les parents à s’engager dans une relation ouverte et réciproque. La recherche sur la collaboration famille-milieu de garde de Coutu et autres, démontre que « les éducatrices se montrent très critiques et ambivalents face à certains parents. Elles classent le quart des parents comme parents peu compétents. » On fait parfois appel au rôle de la répétition pour expliquer notre évaluation négative d’un parent. « On prétend alors qu’il ne peut donner ce qu’il n’a pas reçu. » Ce déterminisme va à l’encontre de l’éducation qui s’appuie sur la révélation des forces pour s’épanouir et se développer. L’éducatrice a un rôle à jouer pour aider le parent à découvrir ses compétences. Gilles Julien parle du rôle de révélateur auprès des parents. Claude Halmos avance qu’il est possible que les parents retrouvent « un sentiment de leur valeur alors que dans leur histoire, on leur a fait perdre. » Beaucoup de parents doutent d’eux et ont besoin d’être rassurés quant à leurs compétences parentales. Par l’écoute, l’éducatrice révèle au parent la valeur qu’elle lui accorde.

L’écoute attentive et empathique exprime la considération de l’autre. Bruno Bettleheim dans Dialogues avec les mères nous offre une autre piste : « On ne peut pas dire aux parents ce qu’ils doivent faire ni comment ils doivent le faire. Mais on peut les aider à voir de plus en plus clairement ce qu’ils désirent pour leurs enfants et les amener peu à peu, par leurs expériences quotidiennes, à faire de ces désirs une réalité. »
Une mère me décrit une situation où son garçon Mathieu a frappé un autre. Elle le punit en le frappant. Il aurait été facile de critiquer cette pratique éducative. Mais en lui faisant remarquer que le milieu de garde partageait son désaccord face au comportement de son fils, elle nous a avoué qu’elle détestait les coups et qu’elle s’était promise de ne pas reproduire ce que son père faisait.
Elle a su faire face au poids de sa propre histoire et tenter d’éviter d’entrer dans le piège de la répétition. En accompagnant les parents, en leur donnant des points de repère on peut les aider à se soustraire d’une partie de ce qu’ils connaissent de la parentalité. Le parent se mobilisera s’il sent que le milieu est ouvert, confiant quant à sa compétence. « Un adulte ayant une bonne opinion de lui-même comme personne et en tant que parent est optimiste et positif dans ses rapports avec les autres, a une tendance naturelle à souligner les points positifs et à valoriser son enfant, tout en reconnaissant qu’il vit parfois des difficultés et des limites. » (Duclos, G.).
Plusieurs auteurs se sont penchés sur les caractéristiques d’un parent compétent. Tochon et Miron en partant du vécu des parents ont divisé les différents aspects de la pratique éducative en deux catégories : le sentiment de satisfaction parentale et celui de l’efficacité parentale. Le parent qui éprouve un sentiment de satisfaction parentale se sent bien en compagnie de son enfant. Il éprouve du plaisir dans le temps partagé. Le parent qui ressent un sentiment d’efficacité a confiance dans son habileté à résoudre des problèmes liés à l’éducation et à sa capacité de persévérer face aux obstacles. La mère de Mathieu par exemple faisait preuve de plusieurs qualités. Elle s’informait de lui tous les jours, lui faisait un câlin avant de quitter la garderie, lui apportait les vêtements nécessaires. Elle venait le chercher tôt lorsque son travail le lui permettait. Elle le félicitait pour ses bricolages ou sa capacité à faire les choses de façon autonome.
Certes l’usage des coups pour corriger son enfant n’est pas souhaitable mais elle exprime ainsi peut-être de façon maladroite son autorité, sa capacité à dire non, à mettre des limites. La mise en valeur des forces du parent ouvre la porte aux changements puisqu’on leur permet d’avoir une nouvelle opinion d’eux-mêmes. L’appropriation de nos forces incite à la prise en charge de la famille par elle-même (empowerment).
Je recommande donc aux éducatrices qui reconnaissent en toute honnêteté qu’elles entretiennent envers un parent des doutes quant à ses compétences de faire l’exercice d’identifier ses forces avant de le rencontrer pour échanger au sujet des besoins de l’enfant.
Voici quelques caractéristiques susceptibles d’être examinées :
• Savoir dire non, établir des règles;
• Expliquer les raisons qui motivent un refus;
• Négocier;
• Être habile à communiquer;
• Décoder le besoin d’être rassuré ou stimulé;
• Accorder du temps à l’enfant;
• Respecter le rythme de l’enfant;
• Utiliser l’humour;
• Exprimer son affection;
• Encourager;
• Répondre aux besoins de base : santé, nutrition, habillement, hygiène;
• Assurer une sécurité physique dans la maison et une surveillance;
• Encourager l’autonomie.
L’éducatrice peut révéler aux parents leurs forces et leur permettre de porter un regard bienveillant à leur parentalité. Elle peut aussi en décrivant l’enfant en terme de besoin et en recadrant les attentes parentales dans un contexte d’apprentissage et de développement pour aider les parents à porter un nouveau regard sur leur enfant. Avoir des attentes réalistes sur ses habiletés de parentage et sur la performance de son enfant favorisent des relations chaleureuses avec lui et une meilleure réponse à ses besoins. Soutenir et valoriser les parents, c’est se pencher sur le bien-être et le bonheur des enfants. « Si une communauté attache de la valeur à ses enfants, elle doit chérir ses parents » (John Bowlby, rapport OMS cité dans CEDJE).

Sylvie Bourcier
Intervenante en petite enfance

L’éducatrice, figure d’attachement

Est-ce que tous les enfants s’attachent à leur éducatrice? Qu’est-ce qui influence la qualité de la relation entre l’éducatrice et l’enfant?

Près de 75% des enfants ont un attachement sécurisant avec leur éducatrice. D’ailleurs, il est démontré que les enfants qui ont vécu un lien d’attachement sécurisant avec leur éducatrice sont plus compétents socialement. Ils manifestent moins de comportements agressifs et ont moins tendance à s’isoler des autres enfants. L’attachement entre l’éducatrice et l’enfant est un lien qui se développe par des soins adéquats et par une réponse sensible aux besoins de l’enfant.

En tant qu’éducatrice, vous êtes bien plus qu’une animatrice. Vous créez des relations qui ont une histoire porteuse de souvenirs, d’expériences, de moments partagés. Ces relations que vous tissez avec les petits vous permettront de décoder leurs silences, leurs hésitations. Ces relations génèrent des émotions chez l’enfant, et aussi chez l’éducatrice, qui deviendra alors sensible aux efforts, aux découvertes et au monde affectif de l’enfant.

Plusieurs facteurs peuvent influencer la qualité de la relation éducatrice-enfant. La personnalité de l’enfant joue dans la création de ces liens. Les enfants affectueux et exigeants récoltent plus d’attention et de réponses à leurs besoins que les enfants peu expressifs et retirés. De même, les enfants ayant vécu des liens positifs avec leur mère ont plus de facilité à s’attacher à l’éducatrice.

Les relations entre l’éducatrice et l’enfant varient aussi au gré des approches choisies par l’éducatrice. Les intervenantes qui se centrent sur l’enfant, créent des liens positifs plus facilement avec lui que celles qui optent sur une approche directive centrée sur les produits finis.

Il est aussi démontré que les éducatrices ayant une formation se montrent plus sensibles aux besoins de l’enfant. De plus, la fréquence des interactions positives (encouragements, disponibilité, soutien affectif) agit sur la qualité de la relation.

La stabilité du personnel oeuvrant auprès des enfants a un impact déterminant sur la relation. Les enfants qui ont passé plus de 12 mois avec la même éducatrice sont plus susceptibles de développer un attachement avec elle et ce particulièrement chez les enfants de moins de 3 ans.

Votre travail d’éducatrice repose avant tout sur la relation. C’est à travers les relations que vous transmettez des valeurs de respect, de générosité, d’entraide. Les encouragements, les félicitations ou les réprimandes auront un impact seulement si vous êtes significatives pour l’enfant. Voici comment développer des bonnes relations avec les enfants.

  • Priorisez les relations avec les enfants dans votre programme éducatif. Que chaque enfant puisse vivre du temps seul avec vous. Planifiez des activités en sous-groupe et permettez à l’enfant de jouer seul. Vous pourrez alors soutenir l’enfant individuellement, devenir complice de ses découvertes.
  • Prenez conscience des forces, des particularités de chaque enfant de votre groupe. Êtes-vous en mesure de parler de chaque enfant en terme de forces ou de besoins? Pourriez-vous raconter une anecdote, une tranche de vie en milieu de garde qui décrit qui est cet enfant?
  • Dites-vous que l’activité est un prétexte pour créer un lien ou pour stimuler l’enfant. Elle ne représente pas une fin en soi.
  • Soyez totalement présente à l’enfant dans tous les moments de vie. Si vous souriez en entendant ses mots d’enfant, si vous vous attendrissez devant son enthousiasme, si vous participez volontiers à ses jeux, si vous préparez gaiement un événement pour votre groupe et que vous démontrez une attitude sensible lorsque vous parlez au parent de son enfant c’est que vous avez ouvert votre cœur à cet enfant et avez su créer un lien significatif.

Des petits gestes éducatifs qui portent de grands messages de respect

Savez-vous qu’à travers les relations continues et chaleureuses que vous entretenez avec les enfants vous pouvez devenir un tuteur de développement et de résilience? La résilience est un « terme emprunté à la physique : propriété de certains matériaux à résister aux chocs »1. L’éducatrice accueillante à l’écoute permet à l’enfant de rencontrer ses ressources personnelles, de se racontrer. D’ailleurs, l’étude des enfants résilients permet de mieux cerner les facteurs de protection c’est-à-dire les éléments qui facilitent l’adaptation de l’enfant et plus tard de l’enfant devenu adulte, Ainsi certains enfants que l’on considère « à risque » peuvent développer des mécanismes adaptifs grâce à la relation éducative.

L’éducatrice, peut stimuler trois catégories des facteurs de protection :

D’abord, l’attachement à un ou des adultes socialement adaptés. En effet, l’éducatrice peut devenir une confidente, une source d’identification et surtout transmettre un message essentiel à l’enfant : il est digne d’être aimé et mérite l’amour de ses proches.
Deuxièmement, il est aussi possible de soutenir l’enfant dans l’actualisation et le développement de ses forces personnelles. Plus l’enfant reconnaîtra qu’il possède des ressources internes, plus il les utilisera et se sentira compétent et en grande partie en contrôle de sa vie.
Enfin, les convictions saines et une échelle de valeurs prosociales permettront à l’enfant de développer un sentiment d’appartenance et l’immuniser contre la solitude et le rejet social.

1 Frederick Talbot. La résilience: l’art de se relever après l’épreuve. Revue Vies à vies.Bulletin du service d’orientation et de consultation psychologique. Volume 16. Numéro 4. Mars 2004.

Voici donc des gestes quotidiens au service des facteurs de protection :

Facteurs de protection Exemples de gestes quotidiens Message derrière le geste
Attachement
  • Création et maintien par l’éducatrice de liens stables et chaleureux avec l’enfant :
    saluer, réconforter, bercer, câliner, prendre soin, protéger, sourire, valoriser sa présence.
  • Tu es important pour moi. Je remarque ta présence et je l’apprécie. Tu es quelqu’un d’aimable.
  • Valoriser et renforcer les liens parents-enfants :
    souligner la joie de l’un et de l’autre de se retrouver;
    dire aux parents les anecdotes familiales racontées par l’enfant.
  • Tu cours vers ta maman … Tu as dessiné pour ton papa. Vous savez il pense à vous durant la journée à la garderie. Vous êtes important pour lui. Les moments passés ensemble sont importants pour lui. Il m’a raconté la visite au parc, … chez grand-maman.
Caractéristiques personnelles de l’enfant
  • Développer le contrôle de soi de l’enfant :
    o offrir des moyens pour exprimer ce qu’il ressent;
    o offrir des moyens pour liquider les tensions.
  • Tu as le droit de refuser un câlin. La petite voix en dedans de toi, écoute là. Ce que tu ressens est important pour moi et pour toi. Tu as le droit d’être en colère… de la peine. Qu’est-ce que tu peux faire pour sortir ton gros lion fâché et te sentir bien? (respirer, faire le lion, courir, le dire…).
  • Développer chez l’enfant le sentiment qu’il est capable d’agir de façon autonome :
    donner des petites responsabilités;
    encourager les initiatives;
    valoriser l’autonomie.
  • Tu as de bonnes idées pour trouver des solutions. Tu as en dedans de toi des idées pour t’aider.
  • Animer des activités favorisant l’estime de soi.
  • Je t’aide à découvrir qui tu es et je reconnais tes forces. Je t’accepte et t’apprécie tel que tu es.
  • Stimuler l’affirmation de soi.
  • Dis ce que tu penses, tu ressens, je t’écouterai et t’accompagnerai. Tu sauras prendre ta place, te faire respecter et surtout te respecter.
Convictions saines et échelle de valeurs
  • Travailler dans un objectif de cohérence éducative.
  • Transmettre des valeurs aux enfants à travers des règles stables.
  • Offrir des modèles.
  • Tu apprends ce qu’est bien et ce qui est inacceptable dans notre groupe, dans la société. Peu à peu, les valeurs de respect de soi, de l’autre et de l’environnement seront intégrées et feront partie de toi. En grandissant, tu t’approprieras les valeurs qui orienteront ta vie.

La parole, les gestes respectueux, l’expression de soi par le dessin, la peinture ou le jeu donnent un sens à l’histoire de chaque enfant. Soyons conscients du rôle important que nous jouons auprès des enfants et de leur famille en les côtoyant jour après jour. Redonnons à notre profession ses lettres de noblesse en reconnaissant d’abord que chaque geste ou parole témoigne de la relation privilégiée que nous avons avec les petits. Soyons fières de notre rôle à chaque minute qui passe dans le respect de l’enfant puisque cet instant exige de nous une écoute attentive, bienveillante et parfois exigeante.

Des gestes, des mots qui parasitent la relation de l’enfant

Chaque moment passé avec un enfant est important, il se construit en éponge sensorielle à partir de ce qu’on lui offre. Lorsqu’on sait que certains enfants passent dix heures pas jour en milieu de garde, il devient donc urgent de faire le point sur certaines pratiques éducatives. Les journées hyper structurées, la banalisation des réactions adaptatives de l’enfant, l’impuissance devant certains enfants, l’automatisation des gestes du quotidien et parfois même la structure organisationnelle peuvent entraîner des dérives. Ces dérapages appelés « douces violences » par, Christine Schuhl sont des moments de courte durée où l’éducatrice n’est plus dans la relation et place l’enfant dans un contexte d’insécurité.

Prenons conscience de certains gestes qui portent atteinte à la personne de l’enfant :

  • Empêcher l’accès à la doudou, c’est déposséder l’enfant de sa source de sécurité et mettre en veilleuse son monde émotif. C’est envoyer un message de non-reconnaissance de la légitimité de ce qu’il ressent et le soustraire d’une partie de lui-même.
  • Les enfants sont capables de soutenir leur attention à raison de 5 minutes par tranche d’âge. Par conséquent, il est irréaliste d’exiger qu’un petit s’affaire à une tâche au-delà de cette période.
  • Non seulement le bruit est source de stress pour l’enfant mais il est aussi démontré qu’une mauvaise acoustique peut nuire au développement du langage. Les discriminations auditives nécessaires au décodage des sons et à la reproduction de ces sons deviennent plus difficiles à exécuter dans un environnement sonore pollué par une multitude de stimuli. L’utilisation abusive de radio pour satisfaire les goûts musicaux de l’éducatrice nuit donc à l’enfant qui s’affaire à décoder, classifier et reproduire les sons qu’il entend.
  • Imposer le sommeil à l’enfant c’est contredire son rythme biologique. Certains enfants deviennent tendus lors des préparatifs à la sieste. Ils ne veulent pas déplaire à leur éducatrice et se sentent impuissants face à ce sommeil qui ne vient pas.
  • Il est très insécurisant pour un bébé ou un enfant qui fréquente depuis peu le CPE de s’endormir sous le regard bienveillant de son éducatrice et de se réveiller à côté d’une autre personne. L’instabilité du personnel est une source importante de stress pour l’enfant.
  • La succession des déplacements génèrent du stress chez l’enfant. Il perd ses repères visuels, développe difficilement un sentiment d’appartenance à son groupe et se sent impuissant. Il subit les allées et venues et la proximité physique des autres. Il doit contrôler ses élans moteurs et abandonner ce qui l’intéresse. C’est pourquoi l’utilisation fréquente de locaux spécialisés est peu recommandée.
  • La succession de consignes en une séquence interminable génère du stress chez l’enfant. L’apprentissage séquentiel est un processus qui se développe peu à peu et qui représente un grand défi pour certains enfants. La consigne doit être écoutée, mémorisée puis exécutée. Elle requiert donc la mémorisation, l’anticipation, la planification et l’évaluation.
  • Qu’il y a des enfants qui sont « évalués » quotidiennement sans avoir la possibilité de se racheter. Les bêtises sont notées, comptées et énumérées systématiquement aux parents. Il y a peu de place à la valorisation, à la reconnaissance du geste positif. Il est stressant de se contrôler toute la journée et surtout de ne pas être reconnu avec bienveillance tout simplement comme un apprenant.
  • Forcer l’enfant à manger ou à goûter c’est renier son droit à ses goûts personnels et dénigrer sa capacité à reconnaître sa satiété.
  • Mélanger tous les ingrédients dans l’assiette de l’enfant sans qu’il en ait fait la demande, c’est nuire à son apprentissage des goûts et renier son droit de préférer ou de refuser certains aliments.
  • Parler au-dessus de la tête de l’enfant sans l’intégrer à la conversation alors que l’on s’entretient d’un sujet qui le concerne c’est le traiter comme s’il n’était pas une personne à part entière.
  • Critiquer un parent devant son enfant c’est nuire à la construction de son identité propre en dénigrant à une partie de lui.
  • Parler entre adultes devant un change ou durant les activités libres, c’est ignorer la présence de l’enfant et son besoin d’être reconnu à travers la relation.
  • Déshabiller systématiquement les enfants aux repas afin qu’ils ne se salissent pas c’est les priver d’un apprentissage essentiel et porter atteinte à leur personne.
  • Laver le visage de l’enfant, le moucher ou encore le prendre pour un change sans le prévenir, c’est lui manquer de respect en se souciant plus de la tâche que de la relation.
  • Passer d’une activité à l’autre sans permettre à l’enfant d’anticiper le changement de se le représenter, c’est l’empêcher de donner un sens à ce qu’on lui propose.

 

Ces gestes répétés s’inscrivent dans le bagage affectif de l’enfant. Il subit ces dérives sans avoir à se prononcer comme si son corps, ses sensations ne lui appartenaient pas. S’il n’est pas considéré comme une personne à part entière comment peut-il grandir en ayant confiance en lui et en l’autre.
Quand le principe de la collectivité prend le dessus sur le respect de l’individualité l’enfant est bousculé, assimilé au groupe, au mépris de ses goûts, de son rythme, de ses vulnérabilités et l’éducatrice perd l’essence même de sa profession la gratification de la relation.

L’enfant nous «nous éduque aussi»

Être un parent aujourd’hui est tout un défi. Les deux parents sont interpellés par les exigences du travail. Les pressions sont fortes et quelques fois l’enfant nous paraît comme une charge additionnelle ou une source de tension. Notre engagement parental invite à tant de sacrifices, de dévouement que l’on perd parfois de vue les moments de plaisir, de tendresse. Nous oublions que l’enfant grandit avec son parent qui grandit aussi avec lui. Non seulement, l’enfant suscite des remises en question mais il éveille en nous des forces et des qualités. Il nous permet de devenir une meilleure personne.

En nous prenant comme témoins de ses découvertes, il nous amène à reprendre contact avec la richesse du monde sensoriel. Le nez plissé du petit nous remet en contact avec l’odeur sucrée ou salée.

En nous imposant son rythme biologique, il exige de nous une restructuration de notre horaire du couple ou de la famille qui impose altruisme et discipline personnelle. Adieu les soirées qui s’éternisent entre adultes, les petits matins des enfants requièrent notre présence.

En explorant innocemment, il nous demande de partager notre espace en aires sécuritaires ou réservées. Les bibelots ne peuvent plus être exposés sur la table à café. L’intimité de la chambre à coucher n’est plus ce qu’elle était et attention aux petits curieux.

En faisant preuve d’autonomie, il nous fait vivre des inquiétudes et nous amène à gérer sur propres peurs. L’araignée ou le ver de terre, sources de dédain, deviennent des bibittes intéressantes.

En nous faisant subir ses colères et ses caprices, il développe notre patience et nous oblige à mettre en veilleuse notre besoin de contrôle ou à mobiliser notre volonté. Le grand défi du parent du terrible enfant de 2 ans se situe dans cet équilibre entre l’imposition de limites et la possibilité d’offrir des choix afin que l’enfant puisse s’affirmer.

En nous confrontant, il nous permet de nous pencher sur nos valeurs morales et de les affirmer. Les «pourquoi je ne peux pas?» ou «c’est pas juste!» nous amènent à justifier la règle et ainsi nous recentrer sur les valeurs que l’on veut léguer à notre enfant.

En nous sollicitant dans ses jeux, il réactive notre imagination et notre créativité. Nous devons nous dégager de la concrétude pour devenir tantôt le dragon, le pompier, la princesse, la sorcière ou le père Noël.

Par ses sourires, ses câlins, ses mots tendres, il nourrit ce que nous avons de plus beau en nous, l’amour.

Le lien significatif de l’éducatrice à l’enfant : oui, mais comment?

Céline Perreault

Février-mars 2010

www.aveclenfant.com

Comment se développe l’attachement de  l’enfant à l’adulte :

S’attacher signifie s’unir, se lier à quelqu’un. Cette personne en l’occurrence, l’éducatrice ,devient une personne à qui l’enfant est ‘’lié’’, il peut s’y référer. Elle le connaît, elle peut prendre sa défense et le protéger. Comme l’enfant a besoin que l’on réponde à ses besoins de base pour ensuite être capable d’explorer son environnement, il doit pouvoir ‘’compter’’ sur quelqu’un qui le connaisse assez bien pour prendre soin de lui. Il est en croissance, il est en marche vers l’autonomie, il doit pouvoir compter sur un adulte mature, capable de comprendre son développement et de répondre à son besoin de reconnaissance, d’estime de soi et d’amour.

C’est en répondant à ses besoins de base que l’enfant et l’adulte vont s’attacher l’un à l’autre. L’enfant doit être respecté dans son intégralité. IL est une personne avec un potentiel. Il n’est pas un vase vide mais plutôt un vase plein qui devra être ‘’déballé’’ par l’éducatrice. Considérant que l’enfant est capable de faire des choix et d’affirmer ses goûts et intérêts,  l’éducatrice professionnelle sera capable de les identifier et d’y répondre en lui donnant des soins attentifs.

Prenons l’exemple de Justin 3 ans, qui est nouveau au service de garde. Ses premiers jours de garde vécus dans cet environnement  bruyant et nouveau, le stressent. Il ne connaît pas le milieu et ses règles de vie. Mais peu à peu, il découvre qu’il y a une routine, une alternance de moments qui se ressemblent de jour en jour. Il commence à se repérer dans le temps. Il s’adapte doucement. Il reconnaît son éducatrice Joanie, elle est là tous les jours. Elle répond à ses besoins de base. Elle lui sert à manger, elle s’assure qu’il n’aura pas froid à l’extérieur, elle donne le rythme aux activités de la journée. Mais plus important, elle le reconnaît. Elle découvre ses particularités. Elle découvre ses goûts et intérêts. Elle répondra de façon de plus en plus adéquate à ses besoins parce qu’elle a l’observé.

Et doucement au travers des routines de la journée, elle établira un lien, un attachement significatif avec Justin. Ils seront liés par un fil invisible de connaissances de leurs particularités. C’est ce que l’on appelle le lien d’attachement professionnel (Katz).

 

Une éducatrice significative : qu’est-ce que c’est :

C’est donc cette personne, très souvent une femme, qui  connaît l’enfant, qui identifie ses besoins qui y répond tout en favorisant son autonomie. Il ne faut pas faire à la place de l’enfant  mais plutôt avec l’enfant. Est-elle significative dès l’entrée de l’enfant au service de garde? Sûrement pas, mais elle le devient assez rapidement pour l’enfant. Parce qu’elle représente d’abord la réponse à ses besoins de base comme manger et dormir. Par contre, avec le temps, elle devient la personne avec qui les relations affectives de l’enfant ‘’résonnent’’. Il trouve réponse à ses besoins affectifs. Ils trouvent échos à ses attentes.

Elle y arrivera toujours en prenant le même chemin : disponibilité et respect de l’enfant. Elle doit donc se balancer entre répondre aux besoins et laisser l’enfant  explorer et répondre à ses besoins. Pour se faire, elle se tiendra à distance et observera l’enfant en action.

De la théorie aux gestes : quelques questions

  • Est-ce que l’éducatrice en pouponnière doit travailler 5 jours/semaines?
  • Est-ce que l’éducatrice en pouponnière doit être seule avec cinq poupons dans un local pour leur assurer un attachement sécure?
  • L’éducatrice en service de garde doit-elle opter pour ‘’suivre’’ son groupe pendant minimalement deux années d’affilées ?
  • L’éducatrice en service de garde doit-elle remettre en question les groupes homogènes ou opter pour le groupe multiâge qu’elle accompagnerait plusieurs années ce qui lui permettrait d’assurer plus de continuité aux enfants?
  • Est-ce qu’une journée de congé aux deux semaines améliorerait la constance des relations auprès de l’enfant?
  • Le service de garde doit-il prioriser les besoins des enfants ou ceux des éducatrices?

 

Réponses aux questions :

  • Est-ce que l’éducatrice en pouponnière doit travailler 5 jours/semaines? Les études démontrent que la stabilité du  personnel éducateur est un facteur de qualité dans les services de garde. Les spécialistes de la Petite Enfance en passant par Lilian Katz, Winnicott, Bouchard et Bosse-Platière sont d’avis que la stabilité est un facteur favorisant le lien significatif entre l’enfant et l’éducatrice.

 

  • Est-ce que l’éducatrice en pouponnière doit être seule avec cinq poupons dans un local pour leur assurer un attachement  sécure? Il semble très intéressant de travailler à deux à la pouponnière. Mais qu’en est-il en réalité pour le lien significatif entre l’enfant et l’éducatrice? Dans une  pouponnière de 10 enfants, si un enfant pleure et que  son éducatrice attitrée est à changer les couches, il sera consolé par l’autre éducatrice. Pensons seulement, qu’autour de cet enfant gravite déjà un père une mère une grand-mère un grand-père et une éducatrice… c’est déjà suffisant pour un petit être en construction. Mais si en plus, comme la moitié des enfants, ses parents sont séparés, cet enfant peut se retrouver avec plusieurs  adultes qui attendent qu’il s’adapte à eux!!! D’où l’importance, comme le spécifie le programme éducatif Accueillir la petite enfance, que le ‘’ le service de garde qu’il fréquente, par la qualité des interventions des adultes qui s’y trouvent et des activités auxquelles on lui permet de s’adonner, doit se situer résolument du côté des facteurs de protection dans son développement[i]
  • L’éducatrice en service de garde doit-elle opter pour ‘’suivre’’ son groupe pendant minimalement deux années d’affilées ? Pour avoir moi-même suivi mon groupe pendant plus de deux ans, je peux vous dire que le lien est devenu très solide entre moi et les enfants de mon groupe mais aussi les enfants entre eux. Et que dire des parents, nous nous connaissions tellement. J’ai pu vraiment m’allier avec eux pour les interventions auprès de leur enfant en  assurant ainsi constance et continuité. De plus, j’ai pu approfondir les thèmes initiés par moi ou par les enfants. Mes interventions éducatives étaient fondées sur plusieurs observations et une solide connaissance des besoins des enfants.
  • L’éducatrice en service de garde doit-elle remettre en question les groupes homogènes ou opter pour le groupe multiâge qu’elle accompagnerait plusieurs années et  qui lui permettrait d’assurer plus de continuité aux enfants? L’approche multiâge comporte beaucoup d’avantages que je ne traiterai pas dans cet article mais en lien avec le thème de l’attachement disons que ce type de regroupement d’enfants assure stabilité dans le lien entre l’éducatrice et l’enfant, permet la continuité dans les liens fraternels et encourage l’attachement des enfants entre eux. Comme l’accent est mis dans le partage et l’entraide dans ce type de regroupement, le climat est propice à l’empathie et la patience , terreau de qualité pour des liens affectifs solides.
  • Le service de garde doit-il prioriser les besoins des enfants ou ceux des éducatrices?

Maintenant que les spécialistes se sont prononcés sur l’importance de la stabilité du personnel éducateur pour son lien d’attachement avec son éducatrice et pour son développement global, que faut-il faire? Faut-il éviter cette question délicate des conditions de travail de l’éducatrice au détriment des besoins des enfants? Croyons-nous vraiment en l’importance de ce lien entre l’enfant et son éducatrice? Rappelons que Urie Bronfrenbrener (2000) et son modèle écologique démontre clairement que le service de garde de l’enfant et plus spécifiquement son éducatrice font partie d’un microsystème qui, durant la petite enfance, a une influence tout aussi importante  sur le développement de l’enfant que le microsystème de sa famille (Bouchard 2008).

 

La question est délicate certes, mais elle s’impose pour le bien-être des enfants qui nous sont confiés et dans le but de leurs donner les meilleures chances possibles de développement. En 2010, la question de l’importance de l’attachement pour le développement de l’enfant n’est plus à démontrer. Ce fondement du programme éducatif des centres à la petite enfance (2007) doit nous encadrer dans le choix des actions à entreprendre pour  améliorer la qualité de nos services de garde Québécois.

 


[i] Gouvernement du Québec, Accueillir la petite enfance, Ministère de la famille et des aînés, 2007, p.13.

Préparer la venue du bébé

J’attends mon deuxième enfant et j’aimerais préparer mon fils de trois ans à la venue du bébé. Comment dois-je m’y prendre pour faciliter l’adaptation de mon fils?

  1. Annoncer la nouvelle à l’enfant en même temps qu’à son entourage. Des mots doivent être apposés sur cette réalité afin de sécuriser l’enfant qui ressent la fébrilité de sa famille. La nouvelle est dite simplement une fois et réexpliquée à la demande de l’enfant. L’adulte ne doit pas devancer les questions de l’enfant et se perdre dans des explications trop longues ou complexes sur la naissance ou la conception.
  2. Initier des interactions entre le bébé in utero et l’enfant. Les verbalisations de l’enfant au bébé sont valorisées; la voix sera reconnue par le bébé qui entend. Les échanges sont aussi dans le sens de l’intérêt de bébé envers l’enfant: la mère parle à l’enfant au nom du bébé. «Tu sais le bébé entend ta voix et ressent ta main qui caresse mon ventre. Tu as vu il a bougé pour te dire bonjour.»
  3. Favoriser les moments d’intimité entre le père et l’enfant. Le rapprochement entre le père et l’enfant durant la grossesse permet le détachement progressif à la mère. L’enfant invité à faire les emplettes avec papa lorsque maman se repose après l’accouchement participera volontiers si ces routines ont déjà été établies avant la naissance du poupon. L’invitation à râteler des feuilles à l’automne avec papa n’est pas perçue comme un abandon ou un rejet de maman puisque ces moments ont déjà été vécus dans le plaisir. L’enfant retire un sentiment de fierté d’être grand.
  4. Inviter l’enfant à choisir un cadeau qui lui sera offert par le bébé à sa naissance. Le poupon reçoit de nombreux présents. Les visiteurs arrivent à la maison les bras chargés de cadeaux pour le bébé. L’aîné peut envier son cadet. Le cadeau offert symboliquement par le bébé à sa naissance atténue le sentiment de jalousie.
  5. Faire l’achat d’une poupée – nourrisson qui deviendra un objet de transfert après la naissance. L’aîné est déçu de n’être plus le seul objet d’amour. Il peut être en colère contre le bébé qui le détrône. La poupée-nourrisson recevra les critiques, sera couchée, punie. Ce jeu permettra à l’aîné d’exprimer ce qu’il ressent.
  6. Limiter les sources de stress: déménagement, changement de milieu de garde, de lit. Maintenir les routines afin qu’il se sente en sécurité. Si l’enfant doit passer de la bassinette au lit, il est préférable d’initier le changement avant la naissance.
  7. Préparer l’enfant au déroulement de la journée de l’accouchement. Décrire la séquence des événements. Qui gardera l’enfant? Où et combien de temps? Cette préparation se fait à la fin de la grossesse puisque l’enfant vit dans le présent.
  8. Proposer à l’enfant de téléphoner à la mère à l’hôpital et de visiter la pouponnière avec ses parents. L’enfant peut aussi faire un dessin ou un bricolage à la mère pour la chambre d’accouchement. Ainsi, malgré la séparation, l’enfant maintient les liens, la communication et se rassure sur le fait que l’amour continue même dans le changement.
  9. Le guide Info-parents II Vivre en famille de la Collection Parents des Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine propose des contes pour enfants et des sites Web qui permettent aux parents de s’informer et d’accompagner leur petit dans l’apprivoisement de cette nouvelle réalité familiale.

Séparation difficile à la garderie

Un papa s’attarde à la pouponnière. Il hésite à partir. Il a les yeux remplis de larmes. Il semble triste. Le bébé pleure. Comment peut-on répondre aux besoins du père et de l’enfant?

L’être humain est un être de langage dès sa naissance. On doit avoir à l’égard du bébé le même respect que l’on a vis-à-vis de l’adulte. L’intervenant doit dire vrai et parler à l’enfant de ce qu’il observe de la réalité immédiate de son monde émotif et ce même au bébé.
Le bébé ressent le ton respectueux de la voix et l’intention rassurante de l’interlocuteur. Les mots deviennent porteurs de sens. L’intervenant s’adresse donc à l’enfant lorsque le parent et l’enfant sont présents ensemble lors des échanges. Les paroles dites au bébé touchent le parent et mettent l’enfant dans la relation.
On doit aussi se demander quels sont les besoins du parent et ceux du bébé dans la situation décrite.

Besoins du parent

  • Besoin d’être compris dans sa difficulté à se séparer de son bébé.
  • Besoin d’être accompagné dans cette séparation passagère.
  • Besoin d’être rassuré par rapport aux soins prodigués dans le milieu à son bébé.

Besoins du bébé

  • Besoin d’être rassuré, de sentir son parent confiant dans la qualité des soins et surtout des relations qui règnent dans le milieu de garde.
  • Besoin d’être rassuré face à la continuité des soins, soins à la maison prolongés et reproduits en milieu de garde.
  • Besoin de sentir l’intervenant confiant, rassurant, calme et respectueux avec son parent qui demeure le pilier de sa sécurité affective.

L’intervenant peut donc dire au bébé dans les bras de son papa:
«Ton papa est triste comme toi. Il trouve ça difficile de partir travailler et de te confier à moi. Tu sais, c’est nouveau la garderie. Si tu veux on va l’aider à te dire au revoir. Tu vois je te tends les bras et je vais te prendre aussi longtemps que tu en auras besoin

On peut demander au parent, lorsqu’il se sent prêt, de nous confier le bébé dans nos bras. Il faut éviter de saisir le bébé. La transmission de la responsabilité doit être faite doucement et non à l’arraché. Le bébé sait alors que papa a confiance, se rassure et est capable de créer des liens positifs avec son éducatrice.

Ses premiers pas en garderie

Je retourne travailler dans un mois et je veux préparer mon enfant à son intégration dans son milieu de garde. Comment dois-je m’y prendre afin de faciliter son adaptation?

Voici quelques conseils afin de faciliter l’intégration de l’enfant en milieu de garde. Plus l’intégration se fait progressivement plus l’adaptation est facile.

Nouvel environnement

  1. Faites visiter la garderie à votre enfant en prenant soin d’explorer son local (lieu de dodo, de repas, jouets, casier personnel), la cuisine, la cour extérieure et les toilettes. L’enfant se préoccupe particulièrement des besoins de base, qui lui fera son repas, où dois-je faire pipi, etc.

    Nouvelles relations

  2. Présentez l’éducatrice et la cuisinière à votre enfant. Expliquez à votre enfant leur rôle et dites lui la confiance que vous avez en ces personnes.
  3. Préparez votre enfant à la vie de groupe. Nommez le plaisir de jouer avec d’autres enfants. Si vous connaissez certains enfants qui fréquentent la garderie, rassurez votre enfant en lui rappelant qu’il retrouvera Julien ou Claire.
  4. Allez jouer avec votre enfant au parc visité par la garderie. Il apprivoisera ainsi les futurs compagnons de jeux et l’éducatrice.

    Communication entre le parent et l’éducatrice

  5. Parlez de votre enfant à l’éducatrice. Dites lui quels sont ses goûts, ses peurs, ses habitudes, vos trucs pour le consoler ou l’endormir. L’éducatrice apprendra à le connaître et ainsi saura mieux le respecter dans ses rythmes et sa personnalité.

    Nouvel horaire

  6. Prévoyez une période d’entraînement au nouvel horaire; lever plus tôt, heure du dîner, sieste en après-midi. Informez-vous des rituels du milieu de garde et adaptez votre propre horaire journalier à ce rythme progressivement. On évite ainsi à l’enfant ce stress.

    Contexte de groupe

  7. Développez chez votre enfant l’autonomie. Dans un contexte de groupe où l’éducatrice doit accompagner 7 ou 8 bambins dans l’apprentissage de l’habillage, de l’alimentation autonome ou de la propreté; l’enfant vit de l’attente. Savoir accomplir des petits gestes comme baisser son pantalon, utiliser la fourchette, enlever ses chaussures, mettre son chapeau, devient pour l’enfant un atout et source de grandes fiertés.

    Intégration progressive

  8. Intégrez votre enfant à son groupe d’amis avant votre première journée de travail. Prolongez graduellement le temps passé à la garderie. Par exemple, la première journée à la garderie l’enfant vit la collation et la période de jeu et retourne dîner à la maison. Puis il pourra rester jusqu’à la sieste et dîner à la garderie.
  9. Apportez un objet familier de la maison à la garderie (toutou, couverture). Les odeurs familières rassureront votre enfant.

    Rituels

  10. Ayez des rituels, rituel du départ, rituel du retour. La stabilité permet de construire un sentiment de sécurité. Un horaire stable facilite l’intégration. L’enfant sait par exemple qu’après la collation d’après-midi tous les jours papa vient me chercher et que tous les matins maman vient me reconduire après que le grand frère soit parti pour l’école.
  11. Amusez vous à créer des rituels de salutations, 2 câlins, 4 bisous et 3 «bye-bye» et maman s’en va travailler. Soyez fidèles à ces marques d’affection.

Un article sur ce thème intitulé «Les gros chagrins du matin» est paru dans le Magazine Enfants Québec, tout sur le bébé en avril 2001.

En milieu de garde depuis 1 mois et il pleure toujours…

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance

septembre 2012

www.aveclenfant.com

Les recherches démontrent qu’il existe un lien entre la qualité de l’attachement à sa mère et la capacité du très jeune enfant à s’adapter aux relations avec d’autres adultes et d’autres enfants. Si la mère est chaleureuse, fiable, si elle sait répondre à ses besoins physiques et affectifs de façon stable et prévisible, l’enfant acquiert un sentiment de sécurité.  Il devient confiant et convaincu que les adultes peuvent être bons pour lui. La qualité des premières relations facilite donc l’intégration en milieu de garde. L’enfant attaché à ses parents réagit à la séparation du matin. Il pleure, s’agrippe à son parent, peut crier. Il dit à sa façon à ses parents qu’ils sont ses figures d’amour, importantes pour qu’il se sente bien. Mais après le choc de la réalité, alors que le petit comprend que maman ou papa est parti et que cette dure réalité se reproduit tous les jours, vient pour plusieurs, la peur de l’abandon. L’enfant s’inquiète du retour éventuel de son parent.

Le processus d’adaptation se vit de façon différente pour chacun, plusieurs facteurs peuvent d’ailleurs l’influencer et moduler la durée et l’intensité de la réaction de la réalité. La stabilité du personnel est importante pour l’établissement du lien de confiance entre l’enfant et l’éducatrice. Toute nouvelle personne doit être introduite à l’enfant. L’éducatrice doit posséder une sensibilité et des connaissances du bébé qui lui permettent de bien décoder ses besoins et y apporter des réponses adaptées afin de le sécuriser. L’adaptation sera plus facile si l’enfant est intégré à la garderie avant le 6e ou 7e mois alors qu’à 8-9 mois, la peur des étrangers rend l’arrivée en milieu de garde plus difficile.

Le tempérament du bébé joue aussi sur le processus d’adaptation. Certains enfants plus calmes réagiront en dormant davantage alors que les plus actifs risquent de pleurer davantage. Un parent confiant transmet son enthousiasme face à la garderie à son enfant. Peu à peu, l’enfant sécurisé s’intéressera aux jouets, se montrera curieux des activités, des propos de son éducatrice. Certes, certains continueront de pleurer lors du départ mais se laisseront consoler puis distraire par l’éducatrice souriante et calme et par les joyeux lurons actifs autour d’eux. Mais si les pleurs persistent durant plus d’un mois ou réapparaissent, que l’enfant s’accroche à ses parents d’une façon inhabituelle, et qu’il se montre inconsolable, … dont le comportement n’est plus le même au retour des parents, on doit s’inquiéter et observer.

On peut se demander si les réactions de l’enfant sont les mêmes lorsqu’il se fait garder par grand-maman par exemple. Si oui, il peut s’agir de l’insécurité de l’enfant. Si non, le milieu de garde peut être en cause ou l’attitude des parents face à la fréquentation de l’enfant en milieu collectif. Les enfants comme des éponges absorbent, ressentent l’inquiétude de leurs parents.

Les bébés pleurent pour signaler un besoin immédiat ou encore pour évacuer un stress. L’objectif n’est pas d’empêcher le bébé de pleurer mais bien de décoder la source de sa gêne, les causes de son stress. Il se peut aussi que la garderie ne lui convienne pas et qu’un autre mode de garde sera préférable. Quoiqu’il en soit, il ne faut pas négliger les signaux de détresse que l’enfant envoie. Les deux premières années de vie de l’enfant sont cruciales pour l’établissement de liens d’attachement de qualité, base des relations sociales ultérieures. Ne laissons pas nos petits pleurer durant des mois sous prétexte qu’un bébé ça pleure ou qu’il n’y a pas de place ailleurs. Cette détresse doit être entendue, comprise et apaisée. Il vaut mieux consulter et être rassuré que de négliger et ainsi laisser des blessures profondes marquer le petit. Le Chu Sainte-Justine offre d’ailleurs les services d’une Clinique d’attachement.

Bibliographie

Baron, C. (2001) Les troubles anxieux expliqués aux parents. Éditions Hôpital Sainte-Justine.

Bourcier, S. (2004) Les gros chagrins du matin dans Comprendre et guider le jeune enfant à la maison, à la garderie. Éditions Sainte-Justine.

Gauthier, Y, Fortin, G., Jeliu, G. (2009) L’attachement, un départ pour la vie. Éditions Hôpital Sainte-Justine.

Martin, J., Poulin, C., Falardeau, I. (2003) Le bébé en garderie. Presses de l’Université du Québec.

Salter, A. (1999) Pleurs et colères des enfants et des bébés. Jouvence Éditions.