Le supplice de la sieste

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L’heure de la sieste avec les ami(e)s de 3 ans est devenue un vrai supplice pour Pierrette. Chaque jour, c’est la même histoire au dodo. Mathieu chante pour déranger les autres, Catherine replace sa couverture et son toutou plusieurs fois avant de dormir, Charles fait du bruit avec sa bouche et ses pieds, Léa touche le matelas de l’amie à côté pour la faire réagir. Heureusement, il y a deux enfants, Julie et Pierre-Luc, qui s’endorment rapidement. Pierrette peut alors donner du temps aux ami(e)s plus demandant. Pierrette se questionne sur sa façon de préparer cette routine. Est-elle assez disponible avec chacun? Les enfants ont-ils assez de temps pour digérer le repas avant le dodo? L’activité de groupe permet-elle à l’enfant de se détendre? Ce qu’elle met à la disposition de l’enfant avant le dodo est-il assez stimulant et varié? Pierrette se demande même s’il n’est pas préférable de lever les enfants qui ne dorment pas pour laisser reposer ceux qui ont plus besoin de dormir…

La qualité du sommeil des enfants de 2 à 12 ans au Québec décroît depuis les 13 dernières années. Plusieurs raisons peuvent être en cause; l’enfant suit l’horaire de l’adulte et les heures de déplacement pour aller porter l’enfant au service de garde oblige le parent à lever l’enfant plus tôt et à revenir à la maison plus tard; l’environnement nuit aussi parfois au sommeil de l’enfant (bruit, problèmes dans le couple, manque de stabilité dans la vie de l’enfant), etc. D’autre part, dans notre société de performance, le sommeil a mauvaise réputation car il est reconnu comme une perte de temps et non productif. Puisqu’ils sont les modèles de l’enfant, il est essentiel que l’enfant ressente que les adultes autour de lui font du sommeil une priorité.

Le nombre d’heures de sommeil pour les enfants de 2 ans est de 14 à 16 heures; de 12 à 14 heures pour ceux de 3 à 4 ans et de 10 à 12 heures pour les 4 ans et plus.

La sieste en service de garde doit être une priorité au même titre que l’heure du repas. Bien entendu, selon le groupe d’âge, celle-ci peut-être différente. Par exemple, avec un enfant de 4 ans nous parlons plus d’une relaxation que d’une sieste; après 20 à 30 minutes de détente, il est souhaitable de lui permettre de se lever et de s’occuper à des jeux calmes. Par contre, il serait préférable qu’un enfant de moins de 4 ans puisse faire une sieste d’une durée de 1 à 2 heures au service de garde si on veut qu’il puisse passer un bel après-midi avec ses ami(e)s.

Il est certain, qu’il y a des facteurs importants à considérer pour favoriser l’heure de la sieste au service de garde. L’attitude de l’éducatrice à cette routine, permet à l’enfant de connaître ce qu’on attend de lui. Être douce et détendue, créer une ambiance de détente tout en étant ferme dans les consignes de la sieste favorise sécurité et abandon de l’enfant. Un rituel bien structuré donne plus de temps à l’éducatrice pour s’investir avec chacun des petits. Par exemple, l’enfant sait qu’il doit aller à la toilette, laver ses mains, brosser ses dents, placer son matelas et sa couverture avant d’aller se chercher un jeu calme, etc. Ce rituel aide l’enfant à se situer dans le temps. Il est aussi préférable de coucher l’enfant une heure après avoir mangé, ainsi vous permettez à la digestion de se mettre en fonction à l’état d’éveil. Il est toujours désagréable de se coucher le ventre plein, c’est la même chose pour l’enfant!

Les jeux à la disposition avant le dodo doivent respecter 3 règles:

  1. Le jeu doit permettre de jouer seul.
    Ce qui lui offre l’occasion de couper les liens relationnels avant de se détendre, se centrer sur lui et prendre conscience des signaux de fatigue que son corps lui envoie.
  2. Le jeu doit permettre la créativité.
    Ce qui est mis à la disposition doit offrir à l’enfant la possibilité de jouer à sa façon. Par exemple, avoir des petits sacs de dodo avec des plumes ou avec des bâtons à café. Une quantité importante (12 sacs pour un groupe de 8) permet une plus grande expérimentation et développe l’intérêt pour un sac en particulier.
  3. Le jeu doit permettre une limite de temps et de moment.
    Le jeu offert à la sieste doit l’être seulement pour ce moment de vie pour une période de 10 à 15 minutes avant de passer à la détente. De cette façon, le jeu offre un effet de nouveauté et l’enfant apprend graduellement à couper avec le filet de sécurité qui est son éducatrice.

Petits trucs pour préparer la sieste:

  • Favorisez l’endormissement, diminuer les sources de lumière dans le local avant de passer au dodo.
  • Apprenez aux enfants à parler moins fort pendant la préparation au dodo en parlant vous-même à voix basse.
  • Racontez l’histoire avant les petits jeux individuels afin de laisser une période d’intimité à l’enfant.
  • Offrez à l’enfant de la musique sans parole pour éviter que l’enfant chante ou que la parole laisse l’enfant en état d’éveil. Pas plus de 5 à 10 minutes de musique de fond; au-delà, la musique peut fatiguer et irriter.
  • Animez des périodes de relaxation. À ce sujet, je vous recommande le livre Jeux de relaxation (Nicole Malenfant, Publications du petit matin) dans lequel on retrouve plus d’une centaine de petits jeux pour aider les enfants à se calmer et à se concentrer.
  • Prenez le temps avec chacun des enfants pour une caresse, des mots d’encouragement, une voix douce à l’oreille, un câlin, des bras réconfortants, etc.
  • Permettez aux enfants d’avoir leur objet de transition, d’apporter un objet de la maison pour le dodo.
  • Avoir pour chacun des enfants un album photos de leur famille pour la période individuelle du dodo.
  • Variez les jeux de détente avec des objets nouveaux, par thèmes, par évènement (Pâques, Noël).
  • Offrez une série de cartes de différents sujets que l’enfant peut regarder.

Malgré ces conseils, il ne faut pas tomber dans le piège de la recette miracle, certains enfants peuvent vivre des difficultés à la sieste qui sont complexes à comprendre. Il est important pour l’éducatrice d’être patiente et de prendre le temps d’observer le comportement de l’enfant. Mieux connaître les réactions de l’enfant à la routine du dodo aide l’éducatrice à mieux intervenir.