Les routines en milieu de garde

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Martine est responsable de garde en milieu familial. Son groupe est composé de 6 enfants (7 mois, 18 mois, 2 ans, 3 ans et 2 de 4 ans). Les routines sont les moments qui lui demandent le plus d’énergie. L’hygiène en particulier lui semble la routine la plus difficile à gérer. Elle s’entend répéter jour après jour, «reste assis», «arrête de bouger», «tu vas avoir ton tour toi aussi», «attention, tu mets de l’eau partout», etc. Martine observe que les deux petits (18 mois et 2 ans) ont besoin d’expérimenter et d’explorer différentes façons de se laver les mains pour apprendre à le faire. Il est donc plus long pour eux d’exercer la routine. Leur besoin de bouger demande à Martine de redire et redire la consigne. Alors que pour les deux plus vieux, la routine de l’hygiène se fait avec rapidité et demande moins d’attention. Leur demander de rester assis et d’attendre que les petits se lavent les mains entraîne de la frustration auprès d’eux. L’intérêt de jouer avec les amis prend une grande place à cet âge. Pour Martine, il est important que l’enfant apprenne à attendre, et ce même étant jeune. Elle voit les moments de routine comme une belle façon de travailler la tolérance aux délais.

En fait, la question que Martine doit se poser est la suivante:
les enfants attendent-ils trop?
Le fait de devoir dire et redire les mêmes consignes, de faire les mêmes demandes jours après jours sont des indices que les enfants attendent peut-être trop. Les stratégies utilisées par Martine pour diminuer l’attente ne doivent pas uniquement être verbales. Les consignes verbales à répétition ont l’effet contraire chez les enfants: ils ne les entendent plus, elles limitent l’enfant dans son autonomie en plus de créer de la tension dans le groupe. Tout pour nuire au bon déroulement des routines, quoi! Il est important pour Martine de limiter ses consignes mais surtout de revoir son organisation dans l’espace et le temps. Il est possible pour un enfant d’attendre dans des délais raisonnables: attendre pour avoir son repas, attendre pour aller jouer dehors, attendre d’avoir son matériel pour son activité, etc. Ces attentes permettent à l’enfant d’échanger avec les autres, pour le plus vieux aider le plus jeune, prendre un moment pour observer son environnement. Après une minute où deux, la patience atteint ses limites et les comportements négatifs font surface (pleurs, bousculades, coups). La responsable se voit dans l’obligation d’utiliser des consignes disciplinaires pour faire respecter ses demandes.

À mon avis, il est irréaliste de demander d’attendre à un petit de 18-24 mois. Son grand besoin de bouger, voir, d’expérimenter, de manipuler le pousse dans l’action. La routine pour le petit devient une belle occasion de jeu dans lequel il fait des apprentissages. Alors que, pour les plus vieux, ce moment demande peu d’attention et de concentration; en peu de temps, il peut l’exercer et passer à autre chose. Sa préoccupation est d’agir avec l’autre alors que le petit a besoin d’agir sur son environnement. Pour le poupon, voilà une belle façon d’observer les enfants autour de lui dans l’action. Il met en mémoire des images, qu’il mettra en pratique avec la maîtrise de ses habiletés motrices.

Martine doit orienter ses demandes en fonction des enfants. Graduellement, faire arrêter le jeu des plus grands pour exercer la routine, et ce deux par deux. Terminer avec les petits, de sorte à créer moins d’attente pour l’activité suivante. Proposer des activités qui servent uniquement pour l’attente dans les routines. L’activité déversoir est un bon moyen pour faire patienter les enfants. Elle sert à respecter le rythme de chacun et permet de passer d’un moment à un autre en douceur tout en limitant les consignes de la responsable.

En voici un exemple concret:

  1. Routine: le lavage des mains avant le dîner
  2. J’avise les plus vieux que dans 2 minutes ils devront ranger pour aller se laver les mains avant le dîner.
  3. Les deux plus vieux se lavent les mains de façon autonome.
  4. Je les invite par la suite à la table avec une activité déversoir, par exemple, petits sacs avec différents objets dans chacun (cartes de fêtes, coquillages, choux de cadeaux, etc.).
  5. Je termine ma routine avec les petits en les accompagnant dans leur apprentissage.

L’attente pour le dîner est alors réduite pour le petit et également pour les plus vieux puisqu’ils ont été en action durant cette période.

Martine doit agir sur son environnement en proposant du matériel nouveau, polyvalent simple, sécuritaire et facile de rangement. Elle doit aussi donner aux plus vieux la possibilité de développer davantage leur autonomie, par exemple, aller se laver les mains seul, faire le choix de leur activité déversoir, faire participer l’enfant aux tâches du repas, permettre au plus vieux d’aider un plus petit.

Le contrôle qu’exerce Martine sur son groupe en voulant imposer son rythme, place l’enfant dans un état de dépendance nuisible au développement de son autonomie. Au quotidien, la responsable doit gérer les moments d’attente dans son groupe car quoi de plus exigeant pour l’enfant d’être en situation d’attente plusieurs fois par jour!