Les amis, on range!

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Les amis, on range !
L’utilisation des divisions psychologiques en milieu de garde

Comment pouvons-nous utiliser les divisions psychologiques en milieu de garde afin de faciliter le rangement?

Le rangement est souvent une tâche peu excitante pour l’enfant et une intervention exigeante pour l’adulte.

La période du rangement est une activité tout aussi importante dans le développement de l’enfant. Elle lui permet d’associer images et objets, collaborer à une tâche commune avec les autres enfants du groupe, développer sa motricité fine et globale en manipulant et transportant les jeux pour le rangement. Cette activité sensibilise l’enfant au respect des objets et de l’équipement. La motivation à cette tâche s’installe graduellement dans les habitudes de vie de l’enfant. L’exemple donné par l’adulte est capital dans cet apprentissage.

Un système de rangement bien organisé favorise chez l’enfant le sentiment de compétence, de responsabilités et d’autonomie, ce qui est essentiel à la construction de son estime. Les boîtes, paniers, étagères, armoires, tiroirs clairement identifiés, faciles à ouvrir, transparents et de manipulation sécuritaire sont des éléments de base pour encourager le rangement. Les divisions psychologiques vont de pairs pour l’organisation spatiale du matériel. Elles permettent de stimuler la créativité et amène l’enfant à une plus grande exploration. Elles développent la concentration, font travailler chez l’enfant l’observation par des repères visuels, permettent moins d’enfant dans un même espace; ce qui réduit les conflits entre les pairs. L’éducatrice peut intervenir de façon plus individuelle auprès de chacun. Elles favorisent également de belles occasions pour faire de l’observation sur les intérêts de jeu du groupe. Les espaces peuvent être permanents ou polyvalents. L’utilisation des deux est souhaitable pour offrir de plus grandes possibilités.

Les moyens les plus utilisés pour organiser l’espace sont souvent en permanence dans les milieux. Les armoires, bibliothèques, modules de jeux en bois, petits meubles à roulettes sont des façons d’utiliser l’espace. Il existe des matériaux plus polyvalents qui permettent de diviser l’espace selon les besoins de votre groupe d’âge et les objectifs de l’éducatrice. En voici quelques suggestions.

  • Suspendez des tissus du plafond (le tissu peut-être transparent pour une meilleure visibilité de l’éducatrice).
  • Suspendez le tissus à l’aise d’une pôle de douche avec rideau qui permet de mettre la division et de l’enlever au besoin.
  • Accrochez un grand cadre du plafond pour faire une division en insérant des dessins d’enfant à l’intérieur du cadre.
  • Suspendez du coroplaste (plastique de couleur) du plafond avec des fils transparents. Le coroplaste peut servir de tableau d’affichage pour identifier les coins ou pour mettre les dessins des enfants.
  • Faites des carrés au sol avec du papier collant de couleur pour l’utilisation de certains jeux.
  • Mettez des carrés de tapis au sol pour les jeux plus bruyants (blocs, lego). Vous pouvez utilisez des carrés individuels pour certains jeux.
  • Faites un type de boulier géant en fixant des cordes à la verticale du plafond au sol en insérant des objets. Ex. (cloches, capsules de film, échantillons de comptoir).
  • Utilisez du plexiglas en le suspendant du plafond par des fils. Faites dessiner dans les fenêtres les enfants avec des crayons.
  • Mettez en place une toile à la verticale qui peut être levée ou baissée selon le besoin.
  • Suspendez des rubans de couleur du plafond, le ruban peut faire un carré au centre de la pièce ce qui favorise les déplacements en marchant.
  • Utilisez du tulle de couleur, il est transparent et très léger. Facilement, il peut être baissé ou remonté si la division n’est pas utilisée.
  • Mettez en place une petite tente pour votre coin lecture.
  • Construisez des paravents. Ils permettront l’aménagement des coins de façon temporaires (le paravent peut être simplement un encadrement en bois composé de trois panneaux avec pentures. Fixez du tissu à l’intérieur.
  • Suspendez une couverture de survie du plafond dans votre coin déguisement. (Il est possible de se voir dans la couverture). Vous pouvez également la fixer au sol dans votre coin blocs.
  • Utilisez l’endos de bibliothèques comme tableaux d’affichage en y installant du liège; ce qui réduit le bruit.
  • Utilisez les dessous de vos tablettes en mettant un rideau. Ce qui peut devenir un petit coin doudou pour l’enfant.
  • Mettez des roulettes en dessous de vos gros bacs pour en faciliter les déplacements.
  • Utilisez de grosses boîtes pour faire des coins plus fermés (boîte de frigo).
  • Peu de place pour mettre vos livres! Utilisez des valises de voyages que vous trouverez dans un bazar.
  • Utilisez des cabarets pour faire des casse-têtes. Ils permettent de garder les morceaux au même endroit et peuvent être terminés plus tard.

Lorsque vous mettez en place de nouvelles façons de partager l’espace de votre local et de votre organisation du matériel, il est important de faire connaître vos intentions aux enfants. Les faire participer à ces changements peut apporter un plus grand respect des lieux. Trouvez une façon graduelle de modifier votre milieu. Chacun aura le loisr de s’y adapter et par le fait même trouver d’autres manières de jouer. Soyez sensible aux intérêts du groupe pour aménager vos coins et votre matériel de jeu. Les jeux ou jouets qui fonctionnent bien en début d’année doivent être parfois changés après 3 à 4 mois pour de plus grands défis. Une division psychologique qui apportait beaucoup de plaisir par son intimité qu’elle créait, peut demander à être changée ou transformée après un certain temps d’utilisation. Plus les changements sont possibles plus vous offrez à votre groupe d’autres possibilités de jeux.

Le succès est dans la polyvalence.

Soyez créative dans votre organisation physique et matérielle pour le plus grand plaisir de vos tout-petits…. Bonne création!!

Les routines en milieu de garde

Martine est responsable de garde en milieu familial. Son groupe est composé de 6 enfants (7 mois, 18 mois, 2 ans, 3 ans et 2 de 4 ans). Les routines sont les moments qui lui demandent le plus d’énergie. L’hygiène en particulier lui semble la routine la plus difficile à gérer. Elle s’entend répéter jour après jour, «reste assis», «arrête de bouger», «tu vas avoir ton tour toi aussi», «attention, tu mets de l’eau partout», etc. Martine observe que les deux petits (18 mois et 2 ans) ont besoin d’expérimenter et d’explorer différentes façons de se laver les mains pour apprendre à le faire. Il est donc plus long pour eux d’exercer la routine. Leur besoin de bouger demande à Martine de redire et redire la consigne. Alors que pour les deux plus vieux, la routine de l’hygiène se fait avec rapidité et demande moins d’attention. Leur demander de rester assis et d’attendre que les petits se lavent les mains entraîne de la frustration auprès d’eux. L’intérêt de jouer avec les amis prend une grande place à cet âge. Pour Martine, il est important que l’enfant apprenne à attendre, et ce même étant jeune. Elle voit les moments de routine comme une belle façon de travailler la tolérance aux délais.

En fait, la question que Martine doit se poser est la suivante:
les enfants attendent-ils trop?
Le fait de devoir dire et redire les mêmes consignes, de faire les mêmes demandes jours après jours sont des indices que les enfants attendent peut-être trop. Les stratégies utilisées par Martine pour diminuer l’attente ne doivent pas uniquement être verbales. Les consignes verbales à répétition ont l’effet contraire chez les enfants: ils ne les entendent plus, elles limitent l’enfant dans son autonomie en plus de créer de la tension dans le groupe. Tout pour nuire au bon déroulement des routines, quoi! Il est important pour Martine de limiter ses consignes mais surtout de revoir son organisation dans l’espace et le temps. Il est possible pour un enfant d’attendre dans des délais raisonnables: attendre pour avoir son repas, attendre pour aller jouer dehors, attendre d’avoir son matériel pour son activité, etc. Ces attentes permettent à l’enfant d’échanger avec les autres, pour le plus vieux aider le plus jeune, prendre un moment pour observer son environnement. Après une minute où deux, la patience atteint ses limites et les comportements négatifs font surface (pleurs, bousculades, coups). La responsable se voit dans l’obligation d’utiliser des consignes disciplinaires pour faire respecter ses demandes.

À mon avis, il est irréaliste de demander d’attendre à un petit de 18-24 mois. Son grand besoin de bouger, voir, d’expérimenter, de manipuler le pousse dans l’action. La routine pour le petit devient une belle occasion de jeu dans lequel il fait des apprentissages. Alors que, pour les plus vieux, ce moment demande peu d’attention et de concentration; en peu de temps, il peut l’exercer et passer à autre chose. Sa préoccupation est d’agir avec l’autre alors que le petit a besoin d’agir sur son environnement. Pour le poupon, voilà une belle façon d’observer les enfants autour de lui dans l’action. Il met en mémoire des images, qu’il mettra en pratique avec la maîtrise de ses habiletés motrices.

Martine doit orienter ses demandes en fonction des enfants. Graduellement, faire arrêter le jeu des plus grands pour exercer la routine, et ce deux par deux. Terminer avec les petits, de sorte à créer moins d’attente pour l’activité suivante. Proposer des activités qui servent uniquement pour l’attente dans les routines. L’activité déversoir est un bon moyen pour faire patienter les enfants. Elle sert à respecter le rythme de chacun et permet de passer d’un moment à un autre en douceur tout en limitant les consignes de la responsable.

En voici un exemple concret:

  1. Routine: le lavage des mains avant le dîner
  2. J’avise les plus vieux que dans 2 minutes ils devront ranger pour aller se laver les mains avant le dîner.
  3. Les deux plus vieux se lavent les mains de façon autonome.
  4. Je les invite par la suite à la table avec une activité déversoir, par exemple, petits sacs avec différents objets dans chacun (cartes de fêtes, coquillages, choux de cadeaux, etc.).
  5. Je termine ma routine avec les petits en les accompagnant dans leur apprentissage.

L’attente pour le dîner est alors réduite pour le petit et également pour les plus vieux puisqu’ils ont été en action durant cette période.

Martine doit agir sur son environnement en proposant du matériel nouveau, polyvalent simple, sécuritaire et facile de rangement. Elle doit aussi donner aux plus vieux la possibilité de développer davantage leur autonomie, par exemple, aller se laver les mains seul, faire le choix de leur activité déversoir, faire participer l’enfant aux tâches du repas, permettre au plus vieux d’aider un plus petit.

Le contrôle qu’exerce Martine sur son groupe en voulant imposer son rythme, place l’enfant dans un état de dépendance nuisible au développement de son autonomie. Au quotidien, la responsable doit gérer les moments d’attente dans son groupe car quoi de plus exigeant pour l’enfant d’être en situation d’attente plusieurs fois par jour!

Apprendre à attendre

Lorsqu’un enfant doit attendre, soit pour parler ou pour avoir son repas, il apprend à développer des mécanismes d’adaptation nécessaire au quotidien. Un enfant qui attend observe, se concentre et apprend de l’autre. L’attente lui permet d’anticiper les séquences des événements et l’amène à se structurer dans le temps.

En fait, avant l’âge de sept ans, l’enfant n’est pas vraiment conscient du temps. Ce sont les routines et ce qu’il ressent qui l’aident à se référer dans le temps. Par exemple, lorsque son ventre crie, il veut manger. Progressivement, le temps sera évalué en durée et ce, au fur et à mesure que l’enfant apprendra les jours de la semaine, les mois de l’année et saura lire l’heure.

C’est ainsi que les capacités à attendre sont influencées par l’âge et le développement de l’enfant. Par contre, plus l’enfant est jeune, plus il sera convié à attendre, car ses capacités motrices le limitent dans son autonomie. Par exemple, certaines routines en service de garde comme l’habillage ou l’hygiène, demandent beaucoup de temps car elles font appel à des habiletés de motrices fines. D’où l’importance de mettre en place des stratégies pour faire patienter les enfants et par conséquent, restreindre l’attente à des délais acceptables.

Des statistiques démontrent qu’environ 40% du temps est consacré à l’attente chez le jeune enfant.
Le comportement des enfants en dit d’ailleurs beaucoup sur le temps d’attente demandé. Lorsque l’attente est trop longue, le tout-petit sera porté à bouger, à aller dans les endroits sans surveillance, à manipuler des objets interdits, à devenir impatient, à pleurer, à crier et même à bousculer ses pairs. En présence de ces types de comportements, la responsable de garde devrait alors remettre en question ses façons de faire et s’ajuster aux besoins des enfants.

Voici quelques interventions pédagogiques pour faciliter les situations où l’enfant sera appelé à attendre:

  • Évitez de faire attendre les enfants en ligne;
  • Permettez aux enfants d’agir au lieu de rester à attendre sans bouger;
  • Faites cesser les jeux de façon graduelle, c’est-à-dire en le demandant à deux enfants à la fois (un petit avec un grand). Ceci évitera, par exemple, que tous se retrouvent en même temps dans la salle de bain pour se laver les mains;
  • Faites jouer les enfants en petit groupe pour éviter l’attente inutile pour un jouet;
  • Donnez des responsabilités aux enfants qui correspondent à leurs capacités;
  • Formulez des consignes claires, pas plus que 3 à 4 à la fois;
  • Annoncez les changements de routines à l’avance, afin de préparer les enfants à anticiper ce qui suit;
  • Soyez positifs pour inciter les enfants à agir aussitôt;
  • Limitez les interventions à distance pour éviter que les autres enfants soient dans l’inaction;
  • Évitez d’imposer aux enfants la perfection dans l’exercice des routines (ça ralentit l’enfant dans ses gestes et crée de l’attente inutile chez les autres);
  • Accueillez les idées des enfants pour animer les périodes de l’attente.

En fait, vous observerez que les moments d’attente ne sont pas un problème lorsqu’ils respectent le développement de l’enfant et que diverses stratégies sont mises à leur disposition pour leur permettre de patienter.