Attention aux dangers de la scolarisation précoce

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On observe dans nos milieux de garde des exigences de plus en plus grandes de la part des parents. Certains milieux cèdent à la pression des parents et les enfants se retrouvent dans un contexte scolarisant où l’excellence et la performance sont de rigueur. « La fabrique des surdoués », titrait La Presse en septembre dernier. Au programme, cours de pré-lecture, pré-écriture dès l’âge de deux ans; énumérations mathématiques à 3 ans et dès 5 ans pratiques de tests d’admission pour accéder à des écoles élitiques. Pourtant, les enfants qui obtiennent les meilleurs résultats scolaires en mathématiques viennent de Finlande où la scolarisation débute à 7 ans. Quant aux enfants qui accèdent à la maternelle suite à une dérogation scolaire, ils risquent davantage d’échouer une année scolaire. En effet, une étude1 démontre que 75% des enfants qui échouent une année scolaire sont les plus jeunes et qu’ils sont deux fois plus référés pour trouble d’apprentissage. De plus, en France, où les enfants débutent l’école très tôt, on constate certes à l’âge de 5 ans un large vocabulaire mais malgré les apprentissages précoces seulement 10% d’entre eux sont aptes à acquérir les bases de l’apprentissage de la lecture.

Selon les connaissances actuelles, les principaux prédicteurs de la réussite scolaire sont la maitrise du langage, des bonnes compétences sociales et la curiosité intellectuelle. L’imposition d’attentes irréalistes au niveau du développement cognitif crée des situations de stress chez l’enfant. Il se trouve confronté à des exercices qui exigent de lui des processus cognitifs non accessibles par manque de maturation anatomique. Son cerveau peut parfois mémoriser sans toutefois comprendre. Ce gavage intellectuel chez les petits peut provoquer des blocages face aux apprentissages scolaires. Il sape la motivation en lui faisant vivre des situations d’échec à répétition. Lorsque le temps de jeu est utilisé pour des apprentissages non adaptés au niveau de développement de l’enfant celui-ci risque d’être freiné ou ralenti. En effet, le temps qui devrait être alloué aux activités de découvertes d’exploration, de manipulation, de motricité est monopolisé inutilement par des exercices scolarisants visant des connaissances qi peuvent parfois s’acquérir naturellement par le jeu ou qui sont non adaptés aux petits. De plus, le cadre directif des apprentissages scolarisants est peu propice à l’expression de la créativité. Le jeu libre permet à l’enfant de se construire un monde intérieur à son image. Le jeu libre est libre de contraintes, libre de stress, libre d’objectifs prédéterminés.

Par son caractère universel, le jeu représente le meilleur médiateur entre les enfants de toutes origines confondues. Il développe les habiletés langagières particulièrement dans les jeux symboliques qui sont soutenus par le langage. En étant maitre d’œuvre de son univers ludique, l’enfant recrée la réalité et la corrige en fonction de ses désirs. Il évolue donc dans un contexte de valorisation personnelle.

Le jeu donne un sens à certaines situations observées et non comprises. L’enfant reproduit ce qu’il a observé et comprend mieux le contexte. La capacité de l’enfant à faire appel à des représentations mentales lui permet d’exprimer les conflits intériorisés qui l’habitent en projetant à l’extérieur des préoccupations jusque-là non dites.

Le jeu permet la construction d’images mentales. La pensée évocatrice favorise la pratique de l’organisation séquentielle, la mémorisation, l’organisation de la pensée, la décontextualisation, la planification, la décentration et ainsi favorise la conservation des apprentissages.

Le jeu permet l’intégration de différents concepts. Par exemple dans les jeux de sable, l’enfant explore les concepts suivants : poids/mesure, forme/grandeur, pareil/différent, lourd/léger, plus/moins, vitesse d’écoulement, transformation matière (sec/mouillé/évaporation), relations spatiales (dessus/dessous), etc.

Il favorise aussi le développement moteur et la bonne estime de soi de l’enfant. En effet, l’enfance joue sans vivre du stress excessif et vit un sentiment de confiance. Il vit du succès et fait preuve d’autonomie ce qui lui permet de se sentir compétent. Il exprime ses émotions, ses besoins, ses désirs ouvertement ce qui lui permet peu à peu de mieux se connaître.

Lorsque nous permettons à l’enfant de découvrir le monde par le jeu, nous respectons l’expression de sa personnalité. Les enfants ne sont pas des adultes en miniature, hantés par l’avenir. Ce sont des petits d’homme qui ont leurs propres désirs, leurs propres rêves et leur candeur. Ils ont droit au respect de leur rythme, ils ont droit à la joie et au plaisir d’habiter leur univers, la planète enfance.

1 Uphoffet Gilmore 1986 cités dans Du côté des enfants par Germain Duclos, Hôpital Sainte-Justine

Sylvie Bourcier
Intervenante en petite enfance

Les routines en milieu de garde

Martine est responsable de garde en milieu familial. Son groupe est composé de 6 enfants (7 mois, 18 mois, 2 ans, 3 ans et 2 de 4 ans). Les routines sont les moments qui lui demandent le plus d’énergie. L’hygiène en particulier lui semble la routine la plus difficile à gérer. Elle s’entend répéter jour après jour, «reste assis», «arrête de bouger», «tu vas avoir ton tour toi aussi», «attention, tu mets de l’eau partout», etc. Martine observe que les deux petits (18 mois et 2 ans) ont besoin d’expérimenter et d’explorer différentes façons de se laver les mains pour apprendre à le faire. Il est donc plus long pour eux d’exercer la routine. Leur besoin de bouger demande à Martine de redire et redire la consigne. Alors que pour les deux plus vieux, la routine de l’hygiène se fait avec rapidité et demande moins d’attention. Leur demander de rester assis et d’attendre que les petits se lavent les mains entraîne de la frustration auprès d’eux. L’intérêt de jouer avec les amis prend une grande place à cet âge. Pour Martine, il est important que l’enfant apprenne à attendre, et ce même étant jeune. Elle voit les moments de routine comme une belle façon de travailler la tolérance aux délais.

En fait, la question que Martine doit se poser est la suivante:
les enfants attendent-ils trop?
Le fait de devoir dire et redire les mêmes consignes, de faire les mêmes demandes jours après jours sont des indices que les enfants attendent peut-être trop. Les stratégies utilisées par Martine pour diminuer l’attente ne doivent pas uniquement être verbales. Les consignes verbales à répétition ont l’effet contraire chez les enfants: ils ne les entendent plus, elles limitent l’enfant dans son autonomie en plus de créer de la tension dans le groupe. Tout pour nuire au bon déroulement des routines, quoi! Il est important pour Martine de limiter ses consignes mais surtout de revoir son organisation dans l’espace et le temps. Il est possible pour un enfant d’attendre dans des délais raisonnables: attendre pour avoir son repas, attendre pour aller jouer dehors, attendre d’avoir son matériel pour son activité, etc. Ces attentes permettent à l’enfant d’échanger avec les autres, pour le plus vieux aider le plus jeune, prendre un moment pour observer son environnement. Après une minute où deux, la patience atteint ses limites et les comportements négatifs font surface (pleurs, bousculades, coups). La responsable se voit dans l’obligation d’utiliser des consignes disciplinaires pour faire respecter ses demandes.

À mon avis, il est irréaliste de demander d’attendre à un petit de 18-24 mois. Son grand besoin de bouger, voir, d’expérimenter, de manipuler le pousse dans l’action. La routine pour le petit devient une belle occasion de jeu dans lequel il fait des apprentissages. Alors que, pour les plus vieux, ce moment demande peu d’attention et de concentration; en peu de temps, il peut l’exercer et passer à autre chose. Sa préoccupation est d’agir avec l’autre alors que le petit a besoin d’agir sur son environnement. Pour le poupon, voilà une belle façon d’observer les enfants autour de lui dans l’action. Il met en mémoire des images, qu’il mettra en pratique avec la maîtrise de ses habiletés motrices.

Martine doit orienter ses demandes en fonction des enfants. Graduellement, faire arrêter le jeu des plus grands pour exercer la routine, et ce deux par deux. Terminer avec les petits, de sorte à créer moins d’attente pour l’activité suivante. Proposer des activités qui servent uniquement pour l’attente dans les routines. L’activité déversoir est un bon moyen pour faire patienter les enfants. Elle sert à respecter le rythme de chacun et permet de passer d’un moment à un autre en douceur tout en limitant les consignes de la responsable.

En voici un exemple concret:

  1. Routine: le lavage des mains avant le dîner
  2. J’avise les plus vieux que dans 2 minutes ils devront ranger pour aller se laver les mains avant le dîner.
  3. Les deux plus vieux se lavent les mains de façon autonome.
  4. Je les invite par la suite à la table avec une activité déversoir, par exemple, petits sacs avec différents objets dans chacun (cartes de fêtes, coquillages, choux de cadeaux, etc.).
  5. Je termine ma routine avec les petits en les accompagnant dans leur apprentissage.

L’attente pour le dîner est alors réduite pour le petit et également pour les plus vieux puisqu’ils ont été en action durant cette période.

Martine doit agir sur son environnement en proposant du matériel nouveau, polyvalent simple, sécuritaire et facile de rangement. Elle doit aussi donner aux plus vieux la possibilité de développer davantage leur autonomie, par exemple, aller se laver les mains seul, faire le choix de leur activité déversoir, faire participer l’enfant aux tâches du repas, permettre au plus vieux d’aider un plus petit.

Le contrôle qu’exerce Martine sur son groupe en voulant imposer son rythme, place l’enfant dans un état de dépendance nuisible au développement de son autonomie. Au quotidien, la responsable doit gérer les moments d’attente dans son groupe car quoi de plus exigeant pour l’enfant d’être en situation d’attente plusieurs fois par jour!

Apprendre à attendre

Lorsqu’un enfant doit attendre, soit pour parler ou pour avoir son repas, il apprend à développer des mécanismes d’adaptation nécessaire au quotidien. Un enfant qui attend observe, se concentre et apprend de l’autre. L’attente lui permet d’anticiper les séquences des événements et l’amène à se structurer dans le temps.

En fait, avant l’âge de sept ans, l’enfant n’est pas vraiment conscient du temps. Ce sont les routines et ce qu’il ressent qui l’aident à se référer dans le temps. Par exemple, lorsque son ventre crie, il veut manger. Progressivement, le temps sera évalué en durée et ce, au fur et à mesure que l’enfant apprendra les jours de la semaine, les mois de l’année et saura lire l’heure.

C’est ainsi que les capacités à attendre sont influencées par l’âge et le développement de l’enfant. Par contre, plus l’enfant est jeune, plus il sera convié à attendre, car ses capacités motrices le limitent dans son autonomie. Par exemple, certaines routines en service de garde comme l’habillage ou l’hygiène, demandent beaucoup de temps car elles font appel à des habiletés de motrices fines. D’où l’importance de mettre en place des stratégies pour faire patienter les enfants et par conséquent, restreindre l’attente à des délais acceptables.

Des statistiques démontrent qu’environ 40% du temps est consacré à l’attente chez le jeune enfant.
Le comportement des enfants en dit d’ailleurs beaucoup sur le temps d’attente demandé. Lorsque l’attente est trop longue, le tout-petit sera porté à bouger, à aller dans les endroits sans surveillance, à manipuler des objets interdits, à devenir impatient, à pleurer, à crier et même à bousculer ses pairs. En présence de ces types de comportements, la responsable de garde devrait alors remettre en question ses façons de faire et s’ajuster aux besoins des enfants.

Voici quelques interventions pédagogiques pour faciliter les situations où l’enfant sera appelé à attendre:

  • Évitez de faire attendre les enfants en ligne;
  • Permettez aux enfants d’agir au lieu de rester à attendre sans bouger;
  • Faites cesser les jeux de façon graduelle, c’est-à-dire en le demandant à deux enfants à la fois (un petit avec un grand). Ceci évitera, par exemple, que tous se retrouvent en même temps dans la salle de bain pour se laver les mains;
  • Faites jouer les enfants en petit groupe pour éviter l’attente inutile pour un jouet;
  • Donnez des responsabilités aux enfants qui correspondent à leurs capacités;
  • Formulez des consignes claires, pas plus que 3 à 4 à la fois;
  • Annoncez les changements de routines à l’avance, afin de préparer les enfants à anticiper ce qui suit;
  • Soyez positifs pour inciter les enfants à agir aussitôt;
  • Limitez les interventions à distance pour éviter que les autres enfants soient dans l’inaction;
  • Évitez d’imposer aux enfants la perfection dans l’exercice des routines (ça ralentit l’enfant dans ses gestes et crée de l’attente inutile chez les autres);
  • Accueillez les idées des enfants pour animer les périodes de l’attente.

En fait, vous observerez que les moments d’attente ne sont pas un problème lorsqu’ils respectent le développement de l’enfant et que diverses stratégies sont mises à leur disposition pour leur permettre de patienter.

Comment réagir au mensonge enfantin?

Sylvie Bourcier, consultante en petite enfance

Octobre 2014

www.aveclenfant.com

D’abord, ne pas dramatiser

Avant l’âge dit « de raison », 7-8 ans l’enfant confond la réalité et ses désirs, l’imaginaire et la réalité. Il est normal qu’il altère la réalité selon ses désirs. On parle davantage d’affabulations que de vrais mensonges qui sont dits dans le but conscient de tromper l’autre. Il faut d’abord écouter pour comprendre ce qui se cache derrière la fable puis exprimer votre doute ou ce que vous ressentez face à la situation. « Je suis déçue de … et je pense pas que ce soit le chat qui … ».

L’enfant peut trafiquer la vérité pour préserver une bonne image de lui. Il exagère un exploit pour impressionner ou invente une histoire dans laquelle il a réussi lorsqu’il est confronté à une difficulté. L’adulte doit donc au quotidien souligner les petites réussites et exprimer sa confiance envers l’enfant. « Je sais que tu travailles fort, tu vas réussir … » « Tu aimerais être fort comme papa. En grandissant, tu deviendras toi aussi un homme. » …

Attention aux punitions

L’enfant qui sait que tel ou tel comportement entraînera une punition peut nier afin d’éviter de se faire gronder. Il n’a pas l’intention de tromper, ni de blesser l’autre. Il ne pense qu’à lui. L’attitude de l’adulte est déterminante. S’il se fâche, blâme l’enfant ou le traite de maladroit, il encourage le petit à réutiliser ce réflexe à l’avenir.

L’humour et l’imagination demeurent des atouts de taille pour régler la situation. Nadine, toute barbouillée de chocolat tente de convaincre sa mère qu’elle n’a pas manger de biscuit. « J’ai rien mangé maman ». « Ce rien devait goûter le chocolat, regarde ta bouche » réplique la mère.

Il est aussi important d’aider le petit Pinocchio à prendre conscience des conséquences de sa bévue et de la réparer lorsque c’est possible. « Je n’ai pas brisé la construction en legos d’Émile. C’est Gros Gorille qui a lancé le ballon dessus. » On fait remarque qu’Emile est fâché, déçu et qu’il doit avec son ami Gros Gorille ramasser et rendre les blocs. Il aura à refaire la tour si Émile le souhaite.

Sanctionner l’enfant de façon excessive, le traiter de menteur ne ferait qu’aggraver la situation. Féliciter le courage de celui qui dit la vérité et lui dire que reconnaître que l’on a fait une bêtise est la meilleure façon d’éviter de la recommencer.

Trafiquer la vérité est aussi pour l’enfant une occasion d’expérimenter son lien avec l’adulte. Vers 4-5 ans, l’enfant prend conscience qu’il a ses propres pensées si elles sont connues de ses parents.

Il fait l’exploration des conséquences de son mensonge. Mes parents seront-ils incrédules ? Me trouveront-ils rigolo ? Se fâcheront-ils ? La fantaisie du petit se heurte alors à la réalité des conséquences. Peu importe la gravité du mensonge, selon le sens moral de l’adulte, la réaction des adultes ne doit en aucun cas fragiliser ce qui est le plus important pour l’enfant, son lien d’amour avec ses parents. C’est pourquoi pardonner, oublier, laisser-aller sans confronter sont de mise avec le petit en plein apprentissage de la réalité et du sens moral.

Pour en savoir plus :

Les vérités de Pinocchio dans Comprendre et guider le jeune enfant à la maison, à la garderie. Sylvie Bourcier, Éditions CHU Sainte-Justine, 2004, p. 44 à 50.

Dolloz, Danielle (2006) Le mensonge. Éditions Bayard.

Les goûts et caprices alimentaires des tout-petits

Je suis responsable en milieu familial la période de dîner est devenue un moment de tension et de réprimandes. Je leur demande de rester assis et de tout manger. Suis-je trop exigeante ?

Le petit fouineur de 18 mois

Le petit trottineur fouine, explore, s’active à découvrir son environnement fort de son habilité à marcher. Il est beaucoup plus intéressé à se lever pour constater ce qui se passe autour de lui que de demeurer assis à déguster ce que l’adulte lui propose. L’adulte s’inquiète de la quantité de nourriture ingérée par le fouineur. Il faut faire confiance à l’enfant et lui offrir des aliments dotés d’une grande richesse nutritionnelle sans exercer de pression ou faire de chantage. Il a tendance à imiter ses petits amis. Il est donc astucieux de placer un petit mangeur près d’un bon mangeur. Cette stratégie agit comme un incitatif et préserve le caractère agréable du moment du repas.

Le décideur de 2 ans

Il veut tout décider même le menu des repas. Il change d’idées rapidement, se montre autoritaire et très capricieux. Il réclame le même aliment jour après jour, il adore les rituels qui le sécurisent. Il peut même perdre l’appétit si on change le décor, les rites. Voici les attitudes éducatives à adopter auprès du petit décideur:

  1. Évitez le chantage ou les menaces. Des recherches ont démontré que menacer l’enfant d’enlever le dessert pour qu’il mange, diminue peu à peu l’envie de manger.
  2. La période du repas ne doit pas être un moment de disputes et de batailles. On offre une variété d’aliments à l’enfant et on invite l’enfant à y goûter. Après quelques minutes, si rien ne se produit on ne dispute pas. On félicitera les enfants qui goûtent. La collation nourrissante en après-midi saura combler les besoins nutritionnels de l’enfant.
  3. Organisez la période du repas avec des rituels sécurisants: même place à table, mêmes couverts, heures fixes, napperons personnalisés.
  4. Installez une atmosphère détendue: musique douce, causerie, temps nécessaire.
  5. Redonnez les aliments aimés par les enfants si les aliments les nourrissent bien.
  6. Évitez de forcer l’enfant de finir l’assiette, offrez de petites quantités.

Le sociable de 3-4 ans

Heureusement, la période des caprices et des crises est transitoire. À 3-4 ans, l’enfant refuse encore certains aliments mais ses préférences sont moins marquées. Il aime la nouveauté, les jours de fête, les mises en scènes fantastiques où l’imaginaire lui fait oublier son manque de goût pour certains légumes. Il est de plus en plus autonome, manipule la fourchette et prend moins de temps à manger. Il tente de négocier les portions. Les mots-clés pour garantir des échanges constructifs et une atmosphère détendue: participation, imagination et nouveautés. Voici quelques attitudes susceptibles de favoriser la bonne alimentation chez le petit sociable:

  1. Faites participer l’enfant: laver la table, mettre les couverts.
  2. Faites des activités culinaires.
  3. Profiter de cette période où le goût de la nouveauté est présent pour introduire de nouveaux aliments.
  4. Proposez des aliments variés mais simples. Évitez les ragoûts, les repas en sauce ou en casserole qui peuvent être visuellement moins attirants.

Et bon appétit dans le plaisir!

Mensonge ou vérité déguisée : pourquoi l’enfant trafique-t-il la vérité ?

Mon enfant de 4 ans raconte des histoires invraisemblables. Je me demande pourquoi il dit ces mensonges et quoi faire pour lui apprendre à dire la vérité.

Le petit trafique la vérité, il invente. Il est en train d’apprendre la distinction entre le réel et le faux. Ce n’est qu’avec la pensée opératoire concrète vers 7 ans qu’il sera capable de reconnaître la fantaisie, la fiction et de la distinguer de la réalité. L’enfant raconte des histoires invraisemblables pour jouer avec les mots, pour attirer l’attention, pour cultiver une image positive (pensons aux prises extraordinaires des pêcheurs …) ou pour éviter d’être puni. Il faut éviter de porter un jugement moral sévère envers le petit. L’adulte doit décoder la vérité derrière le mensonge. Lorsqu’il dit à son ami qu’il possède lui aussi un chien alors qu’il n’en est rien, l’adulte répond: tu voudrais bien avoir un chien. Lorsqu’il prétend être tel ou tel personnage fort, tout-puissant, l’adulte peut utiliser la théâtralité, «tu joues à être …et moi je joue à être … aide-moi mon héros». On évite de ridiculiser l’imaginaire de l’enfant qui évolue à travers les jeux symboliques. Le parent qui félicite le courage de celui qui avoue son mensonge encourage son enfant à dire la vérité. L’enfant aura à réparer son geste. L’enfant embellit ses exploits ou prétend avoir réussi ou fait quelque chose avec laquelle il est moins habile, il parle de son besoin d’être encouragé et reconnu dans ses forces.

Comme parent délivrons des paroles justes, ayons le courage de la vérité, nous enseignons ainsi à nos enfants l’authenticité.
( texte les vérités de Pinocchio, Magazine Enfants Québec)

Il s’habille en princesse !

Mon fils de quatre ans se déguise en princesse. Je le vois parfois affublé d’une robe rose trimbalant un sac à main. Il s’amuse à la dînette avec les filles. Ces attitudes exaspèrent son père qui se demande pourquoi son fils se travestit. Devons-nous nous inquiéter de ces jeux de filles?

En jouant à la dînette, à la coiffure ou au pompier, le petit garçon explore les deux mondes, celui de son sexe et celui du sexe opposé. On peut parfois observer chez les filles le même phénomène. Ainsi, la fillette qui tente d’uriner debout expérimente la différence.

Le processus de construction de l’identité se fait progressivement. Les petits prennent conscience de la différence des sexes vers l’âge de 20 mois. L’enfant s’identifie d’abord à la personne la plus proche de lui; souvent la mère. Le petit garçon et la petite fille diront tous les deux qu’ils veulent devenir une maman plus tard ou encore qu’ils portent un bébé dans leur ventre. Le garçon a donc à repousser cette identité féminine pour édifier son identité masculine. On retrouve d’ailleurs quatre fois plus de travestisme infantile dans les jeux de garçons que dans ceux des filles.

Certains se déguisent en princesse ou en fée et veulent se maquiller comme maman. Il faut accepter les jeux. Peu à peu, le garçon comprend qu’il s’agit de jeux de «faire-semblant». «Tu t’amuses à te déguiser. C’est amusant de faire semblant d’être une fée, une sorcière ou un docteur. On sait tous les deux que ce n’est pas pour vrai.» En réagissant hostilement, le parent apporte une attention particulière. L’enfant peut poursuivre son voyage dans le monde des filles pour susciter l’attention, pour faire réagir, pour s’opposer.

Si, par contre, la confusion sexuelle perdure, que le garçon paraît malheureux de son sexe, dit souhaiter être une fille, nie être un garçon, ne développe pas les intérêts en lien avec son propre sexe et démontre un inconfort à un tel point qu’il veut être débarrassé de son pénis ou le cache, il est conseillé de consulter un spécialiste.

Bye, bye la suce!

Je suis éducatrice d’un groupe d’enfants âgés de 2 et 3 ans. Certains ont encore une suce vissée à leur bouche. Comment faire pour qu’ils se débarrassent de cette habitude?

Dès le 6e mois de grossesse, l’enfant tète dans le ventre de sa mère. Pour le bébé, téter est un besoin physiologique, un réflexe instinctif. D’ailleurs, certains adultes ont eux-mêmes recours à des compensations orales, cigarettes, verres, grignotages pour canaliser leurs tensions. Pour le petit, téter la suce libère le trop-plein de tensions accumulées durant la journée.

La suce calme, console et ramène l’enfant à la tétée chaude et rassurante offerte par maman. D’ailleurs, il y a des moments générateurs de stress où la suce abandonnée par le grand redevient l’amie indispensable: l’arrivée d’un bébé dans la famille, un déménagement, la fatigue, la maladie ou l’intégration d’un milieu de garde, par exemple.

C’est nous, parents, qui avons glissé cet objet en bouche pour faire du bien au bébé, pour l’apaiser. Puis, nous voulons le lui retirer à un moment que nous jugeons pratique. Le sevrage répressif a des répercussions psychologiques. La séparation de cet objet de plaisir doit se faire au rythme de l’enfant. Lorsque l’enfant de 3 ans se passionne à un jeu, y met toute son énergie et sa dextérité, il abandonne peu à peu la suce pour s’investir totalement dans le monde extérieur. Dans la mesure où il se sent en sécurité dans l’exploration et soutenu dans ses découvertes, la suce sera délaissée naturellement. La plupart des enfants passent de la suce à l’objet transitionnel aisément. Le toutou ou la doudou devient l’ami rassurant dans les moments d’insécurité. Peu à peu, le champ d’utilisation de la suce se rétrécira de lui-même. Finie la suce dehors, le sable et les saletés la privent de son petit goût, puis finie la suce dans les jeux intérieurs. Enfin, ce sera le nounours qui héritera de la suce à la sieste.

Les critiques du genre «tu es un bébé» ou «ton cousin lui n’a plus sa suce» nuisent au sevrage puisque le message insécurise l’enfant. Il est difficile pour certains enfants de se séparer de leur suce et encore plus si cette séparation est imposée par l’éducatrice. Ces passages vers l’autonomie se font mieux guidés par les parents. Ils félicitent leur enfant lorsqu’il se montre capable de laisser la sucette à la maison ou encore lorsqu’il a réussi à dormir sans sa suce. Loin de moi, l’idée de visser la suce à la bouche de l’enfant dès qu’il pleure ou qu’il crie. La suce ne remplacera jamais la parole du parent qui console ou encore les câlins qui apaisent. La suce pour avoir le silence empêche l’enfant de babiller, de s’exprimer. On lui coupe systématiquement la possibilité de manifester son malaise. La tétine bouchon joue le même rôle que la télévision gardienne, elle apporte de la tranquillité aux adultes et coupe l’enfant des relations familiales.

Plutôt que d’avoirs recours à la suce systématiquement, il faudrait se faire assez confiance comme parents ou éducatrices pour retrouver comment consoler l’enfant. Si malgré les paroles, les câlins amoureux, le petit reste tendu, la suce peut l’apaiser.

Cependant, le port permanent de la tétine chez l’enfant passif est un indicateur qu’il ne faut pas négliger. L’entourage est-il suffisamment stimulant et aimant? Pourquoi cet enfant ne s’investit-il pas dans les jeux? Il nous exprime un besoin particulier qu’il faut décoder. Ce n’est pas en lui enlevant sa suce que nous répondrons à son besoin, bien au contraire nous le fragiliserons davantage.

Comme éducatrice d’enfants de 2 et 3 ans, soyez sensible aux périodes où l’enfant demande sa suce et cherchez à le sécuriser. Laissez la suce à l’enfant et proposez-lui une activité intéressante dans un contexte sécurisant. Il abandonnera sa suce de lui-même peu à peu et vous serez témoin de scène telle que celle-ci: le petit Étienne qui dépose sa suce doucement au fond de la poubelle en disant «Bye, bye suce».

Quand les coups et les cris sont plus rapides que les mots: l’agressivité chez les trottineurs.

Sylvie Bourcier, Intervenante en petite enfance

Lyne Archambault, Éducatrice et formatrice

Novembre 2013

www.aveclenfant.com


L’agressivité chez les trottineurs[1]

C’est entre 12 et 24 mois que l’on retrouve le plus haut taux d’agressions physiques. Le petit fonctionne d’abord par essai et erreur. C’est une boule d’énergie qui jouit de sa récente mobilité et découvre l’autonomie qu’elle lui procure. Il répète ses gestes pour voir comment son entourage réagit à ses actions. Il observe ces réactions avant de faire des déductions, des liens de cause à effet, pour comprendre par exemple que quand il frappe, se parents sont mécontents. Quant les conséquences demeurent stables, l’enfant âgé de 18 mois à 2 ans intègre l’information grâce à la maturation cognitive.

La stabilité et l’expressivité des réactions lui permettent peu à peu de découvrir que tel comportement provoque le mécontentement de l’adulte, et même la colère. Pourtant, ce décodage n’assure pas l’obéissance.

Les enfants, dans leur deuxième année de vie, obéissent aux règles 45% du temps. La rencontre avec l’interdit caractérise cette étape. Le désir d’autonomie, exacerbé par les habiletés motrices grandissantes, se heurte au contrôle exercé par les adultes qui détectent les dangers. Souvent, cela commence lors des aventures du petit fouineur, qui réagit aux interdits en se jetant par terre, en tapant des pieds, en lançant des objets. Il veut prendre sa place et tout décider, mais il craint aussi, une fois la rage passée, de perdre l’amour de ses parents ou éducateurs.

Bien qu’il soit capable vers 18 mois, d’intérioriser quelques interdits, il éprouve souvent des difficultés à maitriser ses envies. Ses mécanismes d’autocontrôle sont immatures et se développent tout au long de la petite enfance. On observe donc à cet âge, des petits qui disent « non » en faisant précisément ce qui est interdit. Il ne faut pas interpréter cette attitude comme de la confrontation mais bien l’expression du besoin qu’il éprouve à se faire aider pour freiner son geste face à la tentation.

Le nombre élevé d’agressions physiques s’expliquent donc en partie par l’immaturité des mécanismes d’autocontrôle, le nombre grandissant de frustrations reliés aux interdits face au fouineur intrépide.

De 12 à 18 mois, l’enfant commence à déchiffrer le langage. Il utilise quelques mots puis peu à peu des phrases de deux mots apparaissent. Il pourra alors si on lui enseigne utiliser les mots pour exprimer sa colère ou ce qu’il veut. L’utilisation du langage contribue à la baisse des agressions physiques. Mais tant qu’il n’a pas accès au langage il utilise son corps pour s’exprimer. Il lance ou court pour dire qu’il est excité, il lance ou trépigne pour dire qu’il est fâché, il tire ou pousse pour prendre, il mord pour faire fuir « l’ennemi ». Les conflits de possession et de territoire se concluent souvent par des cris et des larmes. Il a besoin de l’adulte pour reconnaître et identifier ce qu’il ressent, y apposer un mot et surtout le soutenir à travers ce grand flot d’émotions qui le submergent. Plusieurs stratégies peuvent aider le petit à faire face à  ce qu’il ressent et l’aider à petits pas à intégrer les normes sociales. Lyne Archambault, éducatrice en pouponnière vous en propose :

Sylvie Bourcier

Intervenante en petite enfance

 

1-Interdire clairement avec constance les gestes répréhensibles et rediriger l’enfant vers  une station de défoulement positif toujours à sa disposition.

2-Observer pour comprendre OÙ ? COMMENT ? POURQUOI ? VERS QUI ?et QUAND? L’enfant manifeste l’agressivité.

3-Éviter la proximité entre les petits.  L’encourager quand elle se produit avec notre supervision mais ne pas la prendre pour acquise.

4- Avec un cerceau ou une boîte pour chaque enfant identifié avec  sa photo créer sa bulle pour qu’il se retrouve…Parfait pour l’habillement pour nos sorties, pour les transitions (après le dîner quand les petits sont fatigués et moins patients par exemple).

5-Sur une table réservée à cet effet : coller des jeux en formant 4 stations que vous changerez en cours d’année afin d éveiller et stimuler la curiosité et la nouveauté chez les petits. (Avec du papier collant pour les livres de couleurs les jeux collent à merveille et des antidérapants sous les pattes de table pour éviter que la table se déplace).

6-Travailler les possessions avec les petits À TOI ! et À MOI! Les soutenir dans l’attente du jeu désiré et en posséder plusieurs identiques. Son temps de jeu est souvent court alors on peut vite le proposer à l’ami qui attend.

7-Pour l’ami qui tape : Lui offrir avec constance un coussin à taper, un fantôme suspendu au temps de l’halloween  par exemple , créer une station d’objet à taper dans votre environnement avec plaisir et défoulement positif.

8-Pour l’ami qui tire les cheveux : Lui faire une station de coiffure et de touche-doux,   valorisez ses talents de coiffeur.

9-Pour l’ami qui mord : Lui offrir sa suce,  un anneau de dentition suspendu avec son attache à suce juste pour lui. Avoir en main plusieurs anneaux pour chaque ami. Valoriser son défoulement  positif sur son anneau refroidi. Portez en un pour vous aussi!  Prenez vite ce problème en main pour ne pas que ce geste devienne une épidémie dans le groupe.

10-Voici quelques-uns de mes trucs que j’ai partagés avec vous. Soyons créatives  et     proactives, faites-vous confiance pour demander de l’aide et du support à votre équipe si nécessaire. Expérimentez et observez les petits afin de mieux les comprendre et visez juste afin d’améliorer les comportements sociaux chez  les 18 mois.

 

Lyne Archambault
Éducatrice, formatrice

 

 

 


[1] Extraits de L’agressivité chez l’enfant de 0 à 5 ans. Sylvie Bourcier. Éditions du Chu Sainte-Justine, 2008 et inédit.

Attrait visuel

Le bébé aime regarder des choses qui bougent, qu’est-ce que je peux mettre à sa vue qui peut répondre à cet intérêt ?

Bien sûr beaucoup de choses, mais il est important de sélectionner des objets qui peuvent éveiller le regard de l’enfant tout en lui permettant de se concentrer et de suivre des yeux l’objet attrayant. Pour ce faire, il est important de considérer différents aspects telles que la couleur, la forme, le déplacement de l’objet, sa brillance et sa grosseur. Un jeu bien connu tel que le mobile apporte différentes stimulations dans ce sens mais après quelques mois d’utilisation (0-6 mois) le mobile reste toujours le même objet; il offre peu de polyvalence… Alors que des objets de la maison peuvent avoir la même utilité que le mobile et avoir beaucoup plus de polyvalence. En voici un exemple.

Matériel

  • Prenez un support à bas de forme ronde avec attache en plastron (souvent retrouvé au Dollarama) qui ressemble un peu à un carrousel et suspendez-y des rubans de Noël brillants à chacune des épingles (faire descendre des longueurs jusqu’à 3-4 pieds du sol).

Objectif

  • Développez l’attrait de l’enfant par la couleur, mouvement et le déplacement des rubans.
  • Suivrez des yeux le mouvement des rubans.
  • Exercez des mouvements pour attraper les rubans (exercer ce mouvement du balai avec ses mains).
  • Déplacer des rubans sur le corps de l’enfant (développer le sens du toucher).
  • Exercez son attention et sa concentration sur les rubans qui bougent.

Utilisation

  • Ce genre de petit carrousel en rubans de Noël peut servir aux marcheurs d’exercice motrice en passant en dessous tout en flattant son visage par les rubans.
  • D’autres objets peuvent également être suspendus à l’aide de petits fils élastiques (ex: toutous, tissus, papier de soie, petites balles, choux de cadeau, plumes, etc.).
  • Placé au centre d’une pièce, ce petit carrousel peut servir de décoration en plus d’être un objet de stimulation pour les 0-18 mois.

Si vous constatez que le tout-petit cherche plus à tirer sur les rubans ou les autres objets installés sur le carrousel, mettez les objets un peu plus haut. Même de cette façon l’objet reste un attrait visuel autant pour le poupon que pour le marcheur.

Bonne découverte !