La participation des parents aux activités du milieu

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Novembre et décembre 2009

Le CPE Chocolatine présente aux parents en début d’année un calendrier de sorties pour l’année. En effet, tous les groupes du CPE sont invités à participer à une sortie une fois par mois. L’objectif est de permettre aux enfants de vivre des activités différentes dans un contexte nouveau et de s’ouvrir sur de nouvelles connaissances. La participation du parent est sollicité afin d’assurer la sécurité dans chacun des groupes.

Carole, éducatrice des 2 ans fait une demande auprès des parents de son groupe. Une sortie aux courges en octobre est prévue et elle aimerait avoir trois adultes accompagnateurs pour cette activité. Comme un seul parent manifeste sa disponibilité comme accompagnateur, Carole remet en question la participation de son groupe pour la sortie prévue au calendrier. Elle se questionne également sur la pertinence d’avoir un calendrier d’activités pour l’ensemble du CPE.

Pour qu’une sortie soit sécuritaire pour le groupe, l’éducatrice doit prévoir un adulte pour deux enfants et ce quelque soit le type de sortie.

Les sorties sont pertinentes et riches d’expérience pour les groupes de 3 ans et plus. Avant trois ans, l’enfant a besoin de stabilité dans ses moments de vie et ce dans un cadre connu. Pour profiter d’une sortie, il faut suffisamment d’intérêt sur le sujet mais aussi du plaisir à se retrouver dans un contexte de nouveauté. L’enfant de 18 mois /2 ans a besoin de sécurité pour s’ouvrir à de nouvelles expériences. La sortie devient sécurisante lorsqu’elle est faite en présence de papa, maman, frères et sœurs. Ses repères affectifs lui permettent alors de s’ouvrir à la découverte.

Il faut reconnaitre que de septembre à décembre l’énergie est mise pour s’adapter au fonctionnement du groupe. L’éducatrice doit assurer la création de liens avec l’enfant et son parent avant de penser à une sortie.

Après la période d’adaptation, il peut être pertinent de proposer des activités spéciales à faire avec les groupes de 3 ans et plus. Son imagination débordante lui permet de s’ouvrir sur le monde, de vivre des moments magiques avec ses amis(es) du CPE. Pour le parent accompagnateur, observer son enfant dans le groupe lui permet de le découvrir sur le plan social, voir l’éducatrice de son enfant intervenir avec le groupe peut être rassurant. C’est une façon pour le parent d’apprendre sur son enfant.

Pour que la sortie proposée par le CPE Chocolatine soit adaptée et riche d’expérience le milieu doit se questionner sur :

  1. L’intérêt et le goût des enfants pour ce type d’activité.

  2. La sécurité du ratio et des lieux.

  3. La maturité du groupe à participer.

À la lumière de ce questionnement, il est difficile d’imaginer un calendrier de sorties pour l’année avant même de connaitre son groupe d’enfants !!!!

Nous gagnons à porter nos actions sur les besoins des enfants….

Josée Lespérance

Enseignante en TEE

Pour une pouponnière de qualité….double ou simple ?

Josée Lespérance, enseignante TEE 

Avril 2010

www.aveclenfant.com

Dans le cadre de mon travail d’enseignante en techniques d’éducation à l’enfance, j’ai l’occasion de superviser des étudiantes en stage et parfois à la pouponnière. Mes observations dans le groupe 6/18 mois ont suscité chez moi depuis la dernière année une  réflexion sur la réalité du regroupement de 5 ou 10 bébés dans un même local. Mon questionnement  s’oriente au niveau de l’organisation humaine, matérielle et physique. Quelle orientation devons-nous donner au milieu de vie de l’enfant ? Quel type d’organisation matérielle, environnementale et humaine répond le mieux au développement du poupon, à la construction d’un lien sécurisant avec l’éducatrice ? Quelles sont donc les conditions optimales pour satisfaire ses besoins ? Quelles sont les qualités requises de l’adulte responsable du bien-être du bébé ?

 

C’est souvent autour de 8,9 et 10 mois que le petit arrive dans le groupe de la pouponnière. Les parents de l’enfant assurent généralement une sécurité affective dès la naissance. La réponse aux besoins de base du tout-petit lui permet de s’attacher à la personne qui lui prodigue les soins. Peu à peu, ce lien se construit et permet au petit d’explorer, manipuler, faire de nouvelles découvertes et renforcir sa confiance. Cette autonomie ne se fait pas automatiquement, puisqu’elle doit d’abord s’appuyer sur une confiance de base. Ce processus est  comparable à un adulte qui se retrouve seul sans préparation ni anticipation dans un autre pays et ce sans maîtrise de la langue. Pour que le petit puisse s’adapter, il lui faut du temps, de la stabilité dans les liens qu’il tisse avec l’adulte dans l’environnement de la pouponnière. Voici les questions à considérer pour aider au lien d’attachement chez le poupon. Avez-vous une stabilité dans le personnel de la pouponnière ? Votre approche est-elle centrée sur l’enfant ? Avez-vous du temps avec chacun des enfants ? L’intimité est  nécessaire à la création du lien. L’enfant doit sentir que l’adulte lui est totalement dévoué, la disponibilité lui paraitra une garantie. En groupe double, le milieu favorise t-il la continuité dans les liens enfants/ éducatrice (éducatrice attitrée et auxiliaire)? Avez-vous des humeurs stables afin que le bébé sache qu’il sera accueilli totalement quelque soit l’intensité de ses réactions ou les caractéristiques de son tempérament ? Quelles sont les conditions mises en place pour permettre à l’enfant de  reconnaitre les réactions prévisibles de l’adulte et ainsi avoir suffisamment confiance pour explorer et découvrir son environnement ?

Un bébé arrive à la pouponnière entre 8 mois et 18 mois. Certains milieux vont accepter des bébés plus jeunes de façon exceptionnelle afin de répondre aux besoins des parents. Il n’est pas rare de voir un tout petit de 4/5 mois en milieu familial. Notre rôle comme milieu de garde éducatif est d’offrir un service de qualité aux familles québécoises. Qu’en est-il pour le bien-être du tout petit en plein développement !!!  Dans les deux premières années de vie, le bébé se développe à travers ses sens et le mouvement. Il réagit à la voix de ses parents, aux bruits, à ce qu’il touche. Ses sens lui permettent d’explorer le monde qui l’entoure et son corps d’en définir le contour. L’addition de différentes stimulations répétées dans son environnement le conduit  vers une plus grande maîtrise de ses capacités motrices et stimule sa curiosité et son désir de poursuivre son exploration. Son besoin d’espace pour explorer lui fait vivre ses premiers conflits de territoire. Il est donc important à ce stade sensorimoteur de lui laisser le temps de se concentrer sur des phénomènes sans le bousculer dans ses apprentissages sans qu’il soit dérangé par la proximité ou l’intrusion constante de ses pairs. Difficile à 10 ou 15 bébés ! Le soutenir, le réconforter, lui parler favorisent son développement et le sécurisent. L’environnement sonore dans une  pouponnière double influence son développement. La discrimination auditive est essentielle à l’émergence du langage. Les expériences sensorielles interrompues, peuvent-elles nuire à sa concentration? Un environnement sur stimulé par le nombre de personnes qui y circulent (bébés, éducatrices, parents) permet-il à l’éducatrice de s’investir dans les moments privilégiés avec le bébé de favoriser l’intimité ? On ne peut négliger l’impact de ces visites sur le petit insécurisé par la présence des étrangers.

Le travail de l’éducatrice demande une bonne organisation autant en groupe double que simple. Lorsque nous parlons d’organisation du travail, plusieurs éducatrices me disent qu’il est plus agréable de fonctionner en groupe double en pouponnière. Mais regardons ensemble les gains du petit dans ce contexte. Le groupe double  permet une collaboration entre deux éducatrices dans l’exercice de leurs tâches. Est-ce que les enfants ont une éducatrice attitrée ?  Souvent l’enfant appartient à tout le monde et à personne…. Quant est-il de la stabilité dans les horaires de travail ? Est-il réaliste de demander aux petits de s’adapter au temps de pause, aux journées de planification et de congé des éducatrices. Combien de personnes interviennent avec le petit chaque jour 4, 5, 6 personnes. Quelle est l’éducatrice qui communique avec le parent ? Est-ce que je laisse circuler inutilement les membres du personnel dans mon local, en étant consciente du risque de transmission des microbes et de l’insécurité suscitée par la présence d’étrangers durant la période de l’angoisse de séparation ? Est-ce que les ouvertures et les fermetures se font en multiâge avec les bébés ? Est-ce que le poste de la pouponnière est sur 5 jours? Un CPE de Laval a ouvert une pouponnière simple dans son installation déjà existante. Le poste a été offert sur un horaire de 5 jours dans le but d’assurer une stabilité aux bébés. Un milieu de Lanaudière, ayant un permis pour un groupe double a opté pour faire deux groupes de bébés dans deux locaux à proximité l’un de l’autre. Il existe une collaboration entre les éducatrice, ils se partagent le même vestiaire, les jouets, échangent sur leur vécu. Mais chacune des éducatrices a  son groupe pour les moments de routines et les périodes de jeux. Il est certain, que ce type d’organisation demande de la souplesse et de l’ouverture. Certains coûts s’y rattachent également. Par exemple, avoir deux tables à langer, plus de matériel de jeux adaptés aux deux sous-groupes ainsi que des coûts de construction supplémentaires. La directrice de cette installation me dit que tout est possible pour le bien-être de l’enfant, il suffit de savoir s’organiser.

Dans la mise à jour de BRIO, un nouveau fondement a été ajouté  l’attachement. Les moyens pour renforcir ce lien doivent être mis en place dans l’organisation. Nous demandons beaucoup trop aux petits de s’adapter alors que nous sommes le modèle. Je suis toujours surprise de constater parfois que  des bébés sont relocalisés dans un autre groupe par manque de personnel, que des stagiaires se retrouvent en pouponnière en début d’année alors que l’éducatrice a un nouveau groupe,  de voir du personnel prendre leur pause café à la pouponnière sachant très bien que le petit à besoin de calme pour se sentir bien. Pourquoi organiser des sorties ou événements spéciaux avec tous les enfants de l’installation (pommes, cabane à sucre, fête de l’halloween) alors que le petit n’y retrouve aucun plaisir, mais beaucoup d’anxiété. Il est discutable d’instaurer du temps partiel en pouponnière, alors que nous savons que la stabilité est ce qui a de plus important pour la sécurité de l’enfant….

Démontrons donc à nos petits combien nous les estimons en leur procurant un milieu chaleureux, stimulant et surtout des adultes disponibles, à l’écoute de leurs besoins. Cela demande de ces adultes de faire le tri entre ce qui relève de leur désir d’adulte et ce qui s’appuie sur les besoins des enfants et surtout de choisir consciemment et professionnellement la centration au bébé.

Parfois nos attitudes, attentes et nos organisations démontrent que nous aimons l’enfant mais aimons-nous vraiment l’enfance ?

Les peines d’Élaine

Élaine, 2 ans, est une enfant attachante qui démontre des marques d’affection à son éducatrice Maryse. Elle aime particulièrement se coller, se faire prendre et jouer avec l’adulte. Son éducatrice observe que la petite joue peu de façon autonome et qu’elle la cherche toujours du regard. Élaine réagit quand d’autres enfants s’approche d’elle et crie et pleure. Maryse a remarqué que la petite panique lorsqu’elle quitte le local pour aller en pause. L’éducatrice de rotation lui a signalé que lors de sa journée de congé, l’enfant passe l’avant-midi à la porte et pleure pour voir Maryse. Élaine demande énormément d’attention aux éducatrices qui ne peuvent être disponibles seulement pour elle. Maryse voudrait bien trouver le moyen d’aider la petite Élaine à relever des défis, à créer des liens avec les autres mais surtout à avoir du plaisir au service de garde.

Comme plusieurs jeunes enfants, Élaine vit difficilement la séparation avec son éducatrice; elle se sent démunie, en perte de ressource lorsque son objet d’amour n’est plus dans son environnement. Son sentiment de sécurité se voit fragilisé selon les moments de vie, les situations de changement et les différentes relations d’attachement dans la journée; des stress qu’Élaine contrôlent avec difficulté. Ces comportements sont fréquents en début d’année lorsque l’enfant connaît peu l’éducatrice et son environnement. Après quelques semaines dans des routines stables, l’enfant reconnaît les attentes, les consignes et les moments de vie de son milieu. Il se sent en sécurité dans son groupe, une plus grande ouverture pour le jeu s’installe et la capacité d’être en relation avec l’autre est de plus en plus intéressante. Pour Élaine, la situation en est tout autrement. Son sentiment de sécurité doit être travaillé pour lui permettre de vivre des journées agréables et de créer des liens d’attachement avec plusieurs adultes.

À la base, le sentiment de sécurité se développe par le lien d’attachement. L’enfant développe sa sécurité avec les personnes significatives de son environnement. Le milieu de garde est l’endroit où l’enfant a la possibilité de créer des relations autres qu’avec maman et papa. Lorsque la base de l’attachement est solide, l’enfant se permet d’aller vers d’autres personnes sans avoir peur de perdre l’attachement déjà existant. Il sait qu’il peut retourner en tout temps à la base spatiale pour avoir réponse à ses besoins affectifs.

Pour aider un enfant qui manifeste de l’insécurité devant des situations ou des personnes nouvelles, l’éducatrice doit prioriser la stabilité dans les routines, règles et dans ses propres humeurs. Le milieu doit être sensible au roulement du personnel qui peut créer un sentiment d’insécurité surtout chez le petit. Des règles de conduites constantes, réalistes et logiques permettront à l’enfant d’anticiper les événements et de mieux les comprendre. Certaines activités de gestion de stress peuvent également aider l’enfant à réduire ses crises de panique devant une situation nouvelle. Dans la relation d’attachement avec son éducatrice, l’enfant doit sentir une disponibilité affective de l’adulte. Plus l’éducatrice manque de constance dans les demandes affectives de l’enfant, plus l’insécurité sera présente chez le petit. L’enfant va mettre ses énergies pour retrouver la disponibilité de l’éducatrice et ce en cherchant son attention par différents moyens (demandes excessives, pleurs, crises, comportements inacceptables, etc.)

Maryse a observé qu’elle devient tellement vidée de ses énergies par les demandes d’Élaine qu’il lui est difficile d’être constante dans ses marques d’affection. Le matin, elle accueille la petite avec beaucoup de patience et de tolérance, mais, en après-midi elle se sent vraiment dépourvue car les demandes persistent malgré toute l’affection qu’elle lui donne. Son attitude est alors plus détachée, elle la laisse pleurer et elle refuse même de la prendre tant qu’elle est épuisée. L’éloignement de l’éducatrice insécurise davantage l’enfant. Maryse doit nommer à Élaine ses intentions «je sais que tu veux que je te prenne mais présentement c’est pas possible parce que…». Encourager l’enfant à jouer, favoriser le grandir de l’enfant, nommer le plaisir que vous avez de jouer avec elle pour inviter les autres vers elle. De cette façon Élaine va développer des situations de jeux pour avoir l’attention de l’adulte et réduire son besoin constant DES BRAS, DES BRAS.

Maryse comprend maintenant mieux l’attitude de la petite. Elle veut se donner des moyens pour encourager le sentiment de sécurité d’Élaine. Après réflexion, elle constate que ses routines sont stables dans le temps et dans la façon de les exercer. Elle remarque par contre, qu’elle oublie d’informer les enfants de certains changements (par exemple lorsqu’elle quitte le local pour sa pause, lorsqu’elle est remplacée pour la période du dodo ou pour sa journée de congé). Les moyens que Maryse peut mettre en place pour aider la petite peuvent être par exemple de nommer et montrer des images sur les moments de la journée, utiliser des photos (maman, papa, éducatrice de rotation, éducatrice du groupe, les photos des amis). Un jeu de photos à la disposition de l’enfant va permettre à Élaine d’avoir des images affectives dans des moments plus difficiles. Elle peut aussi parler plus à l’enfant de ses émotions, par exemple: «je comprends que tu ne veux pas que je te quitte mais je dois partir pour revenir demain. C’est Sylvie qui vient jouer avec toi», lui montrer sur la photo. Lorsqu’elle se déplace dans le CPE, Maryse peut demander à Élaine de la regarder partir et lorsqu’elle la voit revenir lui dire «coucou». Elle peut aussi chanter dans ses déplacements, l’enfant va être attentif au timbre de voix. Ce qui peut apaiser son stress. Favoriser les mises à distance progressive, introduire un jeu avec l’enfant, s’éloigner lorsque d’autres s’y intéressent avec elle. Valoriser le plaisir de jouer en dyade soit avec Pierre-Luc ou Aline.

Après un mois de mise en application de différents moyens d’intervention, Maryse observe des changements dans les comportements d’Élaine. Voyez comment à l’aide d’une fiche d’observation l’éducatrice a pu voir l’évolution de la petite. Le 15 décembre, je vous parlerai des bienfaits de cette fiche dans le texte LES PLAISIRS D’ÉLAINE…