Mme Marois n’écoutez pas Mme Malavois

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Imaginons un enfant de 4 ans en milieu défavorisé entouré de parents aimants mais « sans le sous ». Maman reste  à la maison pour prendre soin de ses enfants. À l’heure du diner William , après avoir passé son temps à la télé ou à jouer avec sa figurine super héros , s’approche de la table pour y manger encore un plat simple et sans nouveauté  car Maman doit faire beaucoup avec peu. Elle débarbouille  ses petits après le repas pour la sieste  mais pas notre grand William. Maman lui permet  de se rendre chez son petit voisin pour jouer à son jeu playstation. Puis au retour, il mangera le même repas du dîner car il ne faut pas faire de gaspillage. Vite au bain et après un peu de télé on met tout ce beau petit monde au lit.

Imaginons ce même enfant au service de garde. Il arrive et rencontre son groupe 4 ans. Il peut choisir d’aller au coin blocs ou au coin faire semblant ou vers un autre coin qui l’intéresse. Puis après s’être lavé les mains il va prendre sa collation de yogourt et fruits tout en parlant avec son éducatrice. Elle  leur annonce que ce matin, ils vont faire un projet sur le thème des chevaliers. Elle invite les enfants à créer un château pour  la princesse qui a perdu le sien. Et tout au long de l’activité, l’éducatrice insiste sur les mots entourant les princes et princesses et leur château. De pont levis à armure en passant par les armures « cotte maille », les enfants apprennent du nouveau vocabulaire en jouant.

Comme la journée est  ensoleillée et malgré le froid, les enfants s’habillent et vont jouer dehors avant le dîner. Une belle montagne de neige les attend. Cris, « poussaillages », courses, poursuites, balles de neige etc. les enfantsJOUENT.  Au dîner, oh surprise, du tofu aux légumes. Notre petit William aime ça et en redemande à deux reprises. Avant le dodo, l’éducatrice reprend son livre sur les châteaux et ramène les nouveaux mots présentés en matinée, dans le but de leur rappeler le nouveau vocabulaire. Le repos est pour tous les amis de 4 ans suivi d’un temps tranquille où l’on peut regarder un livre. L’après-midi se poursuit par une collation santé  et se termine par des jeux libres où William peut expérimenter de nouvelles compétences.

William revient chez lui content, heureux de revoir sa famille et satisfait d’avoir joué avec ses amis. Cette description d’événements je la connais car en tant qu’éducatrice je l’ai  vécue plusieurs années. Je suis certaine que l’enfant de 4 ans est mieux en service de garde qu’à la maternelle. Pensons-y rapidement. Imaginons William, 4 ans qui fréquente un groupe  maternelle  4 ans. D’abord, il va se retrouver dans un grand édifice avec plusieurs grands enfants autour de lui. L’enseignante qui va l’accueillir devra partager son attention entre vingt enfants soit deux fois plus qu’en service de garde.

Le jeu est le travail de l’enfant en petite enfance. Il aime découvrir son environnement en expérimentant  dans un contexte sécurisant.

Comme le programme éducatif des centres à la Petite Enfance le spécifie :

«En lui proposant toutes sortes de stimulations, les services de garde favorisent l’actualisation du potentiel de l’enfant et lui offrent la possibilité d’acquérir plusieurs attitudes ou habiletés qui lui seront utiles au moment de son entrée à l’école » [1]

La confiance en soi, le goût d’expérimenter, d’exprimer son point de vue, une bonne capacité d’attention et de concentration, la capacité de résoudre des problèmes, une bonne motricité globale et fine, un langage clair et un vocabulaire étendu constituent en effet autant d’atouts susceptibles d’assurer à l’enfant une entrée réussie à l’école. Le fait d’apprendre à vivre en groupe, à suivre une routine, un horaire et à respecter des consignes favorise aussi l’intégration ultérieure de l’enfant dans le milieu scolaire, de même que le fait de participer à des activités d’éveil à la lecture et à l’écriture.[2]

En reprenant la description des activités de William réalisées dans sa journée en Service de garde, on peut dire sans se tromper qu’en présentant sa création du matin, il travaille sa confiance en soi après avoir expérimenté la construction avec de nouveaux blocs et d’avoir résolu des problèmes de création. En plus d’exprimer son point de vue aux autres enfants et devant son éducatrice, il a manipulé et exercé sa motricité fine. Puisque son éducatrice avait pris bien soin de trouver un livre décrivant la vie au château, il a acquis du nouveau vocabulaire. Toutes ces compétences ont été favorisées à l’intérieur d’une routine quotidienne que William maîtrise bien et dans  laquelle il trouve sécurité et confiance.

Quoi demander de plus??? Pourquoi mettre en péril de développement de l’enfant en le plaçant dans un groupe  maternelle 4 ans parmi beaucoup, beaucoup d’enfants??? Avons-nous la preuve que l’enfant y trouvera des avantages ???

Avant de prendre une telle décision, pensons d’abord à l’enfant et non à l’aspect financier.  Un jour ces enfants devront prendre soin de nous. Qu’aurons-nous à expliquer????

 

 


[1] Accueillir la petite enfance, programme éducatif des services de garde du Québec, gouvernement du Québec, p. 9

[2] Idem, p. 9

De la petite enfance au préscolaire : une transition possible tout en douceur …

Dans quelques mois les tout-petits passeront du milieu de garde de la petite enfance vers la maternelle; les parents ont déjà acheté le sac d’école, la boîte à lunch, les nouveaux souliers …. et les papillons dans l’estomac, la tête remplie de rêveries font partie des nouvelles émotions ressenties.

En février dernier, l’inscription à la maternelle a été complétée ce qui représente pour l’enfant et sa famille une première démarche vers le milieu scolaire. Il s’agit très souvent du premier et unique contact avec l’école du quartier et la découverte partielle du nouvel environnement. Lorsque ces formalités sont complétées, les parents demeurent dans l’attente de la rencontre officielle avec la direction de l’école et avec l’enseignant(e), date souvent prévue au mois de mai soit, quelques semaines avant la rentrée scolaire de septembre.

Toujours lors de l’inscription, les parents reçoivent des informations relatives au programme du préscolaire, les renseignements des services offerts par l’école, les modalités d’inscription pour le service de garde ou des dîneurs/école etc. Cette procédure facilite la connaissance des caractéristiques fonctionnelles du milieu scolaire mais offre peu de moyen pour apprivoiser le nouvel environnement, réduisant ainsi quelques éléments de stress vécus par l’enfant et sa famille. Quant aux parents qui ont des enfants ayant des besoins particuliers, ceux-ci vivent certainement des émotions très intenses. Ils recherchent une continuité éducative entre les milieux et le soutien approprié à l’adaptation harmonieuse de leur enfant.

De son côté, le jeune enfant sait qu’il terminera bientôt son passage à la garderie ou le centre de la petite enfance et pose plusieurs questions à son éducatrice et à ses parents. Est-ce qu’il continuera à côtoyer ses amis de la garderie? Est-ce qu’il y aura une sieste en après-midi? Est-ce qu’il prendra l’autobus? Quelques-uns anticipent déjà la séparation avec les amis. Certains sont tristes et d’autres semblent excités par l’attrait de la nouveauté. Les changements à venir affecteront grandement les routines familiales. Alors, comment faciliter la transmission de l’information et continuer à susciter l’intérêt de l’enfant pour l’école?

Évidemment, ces éléments soulèvent des inquiétudes de la part des parents et puisque ceux-ci sont soucieux du bien-être de leur enfant, il est tout à fait normal qu’ils recherchent des réponses susceptibles de les rassurer. Les parents sont préoccupés et veulent savoir comment se vivra cette période de transition. Pour les parents qui vivent cette expérience pour la première fois, ils n’ont aucun repère, sauf ceux possiblement associés aux souvenirs de leur enfance. Est-ce un milieu menaçant ou accueillant? Les tensions et les inquiétudes vécues par ces familles peuvent sembler angoissantes. Parmi celles-ci, certaines peuvent être énoncées comme suit :

 

  • Comment préparer mon enfant à s’adapter à ce nouveau milieu?
  • Quel accueil lui sera réservé?
  • À qui dois-je me référer pour communiquer avec l’école?
  • Comment aider mon enfant à vivre cette expérience de façon agréable?

 

Les paroles rassurantes ne sont souvent transmises qu’au moment où l’enfant vit sa première journée à l’école. Comment soutenir et préparer la famille afin d’éviter l’augmentation du stress vécu avant la rentrée scolaire?

Soutien à la famille

L’enfant est confronté à de nouvelles routines, de nouveaux lieux et matériel à explorer, à de nouvelles personnes et parfois à une première séparation du milieu familial, il y réagira selon son tempérament. Si son comportement change à la rentrée, s’il est plus agité, qu’il a moins d’appétit, qu’il éprouve de la difficulté à s’endormir, c’est peut-être qu’il déploie beaucoup d’énergie pour s’adapter.

En tant qu’intervenant, il est possible d’identifier les facteurs de stress associés à la période de transition vers la maternelle. Il serait utile de connaître les sources de stress chez l’enfant, informer les parents concernant l’importance de leur rôle dans la réussite du passage de leur enfant vers l’école, les sensibiliser aux différentes composantes du nouveau milieu pour faciliter l’accès au réseau scolaire. Mais comment y parvenir?

Programme de transition « Pas à pas vers la maternelle »a

À l’école Saint-Paul de Laval, quelques familles ont participé l’an dernier aux activités préparées dans le cadre du programme « Pas à pas vers la maternelle ». Il s’agit d’un programme qui facilite l’intégration harmonieuse du jeune enfant et de sa famille avant la rentrée scolaire. Ce programme informe aussi les parents des moyens à utiliser pour développer une meilleure communication entre la famille, l’école et la communauté.

Il est important de préciser que ce programme s’adresse à tous les parents ainsi qu’à leurs enfants qui sont inscrits aux classes de la maternelle, c’est-à-dire qu’ils seront âgés de 5 ans au 30 septembre. Or, ce programme est proposé à tous les enfants qui fréquentent pour la dernière année, un service de garde à l’enfance ou qui ne fréquentent pas de milieux de garde.

Ce programme est constitué de quatre (4) ateliers présentés dans les locaux de l’école de quartier. Chaque atelier est divisé est trois (3) parties distinctes. Une partie pour les parents uniquement et simultanément, une deuxième partie pour les enfants et la troisième partie, pour compléter les activités en groupe, parents-enfants. Les ateliers d’une durée d’une heure trente environ, sont étalés sur huit (8) semaines à raison d’un atelier à toutes les deux semaines, les samedis matins.

Les fondements du programme « Pas à pas vers la maternelle » reposent sur les objectifs suivants :

Objectifs généraux :

  1. Intégrer d’une façon harmonieuse et progressive les enfants âgés entre 4 et 5 ans aux classes de la maternelle ainsi qu’au service de garde avant la rentrée scolaire;
  2. Favoriser la continuité éducative entre les milieux de garde et/ou la famille et le milieu scolaire;
  3. Permettre un passage en douceur vers le milieu scolaire.

Objectifs spécifiques :

  1. Soutenir les familles dans le processus d’intégration dans l’univers scolaire par la structuration d’ateliers et la planification de visites des tout-petits dans l’école;
  2. Diminuer les inquiétudes parentales et ainsi développer un sentiment de sécurité transmissible aux enfants;
  3. Favoriser une communication efficace entre les parents et l’équipe-école;
  4. Sensibiliser l’enfant et la famille aux caractéristiques propres au milieu scolaire;
  5. Créer les premiers liens entre les enfants inscrits.

« Pas à pas vers la maternelle » s’inscrit dans le cadre d’un programme de prévention-promotion facilitant le passage du jeune enfant à l’univers scolaire. Accompagné de ses parents, l’enfant explore, découvre par le biais de différentes activités « la grande école ». L’approche privilégiée consiste à faciliter la participation active des parents dans le processus d’adaptation de leur enfant, de permettre des échanges, des discussions sur les préoccupations des parents lors des ateliers et finalement, de réduire au maximum les éléments stressants avant la rentrée. Les activités sont animées en intégrant la notion de plaisir qui est au rendez-vous à chaque rencontre.

Voici quelques propos recueillis par les parents lors du dernier atelier :

  • « Si ce programme avait existé avant la rentrée de mon premier enfant, il aurait été plus facile pour lui de s’adapter. Ma fille est heureuse d’aller à l’école, elle est prête à tous les matins. Elle se prépare sans problème! Je suis très content pour elle! »
  • « Mon fils est content d’entrer à l’école. Il s’est fait des amis avant la rentrée et il parle beaucoup de l’école à la maison. »
  • Ma fille est très fière d’entrer à l’école même si elle me dit qu’elle est un peu gênée! Elle sait où est sa classe et ses amis! »
  • Je pense m’inscrire comme bénévole à la bibliothèque de l’école. Je sais que ma fille serait contente de me voir à l’école. »

 

« Chaque enfant est un être unique1 » et il est essentiel de lui permettre d’entrer en contact direct avec le nouveau milieu qui l’accueillera en septembre prochain. Donc, proposer aux familles la possibilité de vivre l’expérience du programme de transition « Pas à pas vers la maternelle » contribue à l’amélioration des services offerts à la famille par l’école du quartier.

 

Lucie Légaré, éducatrice en service de garde en milieu scolaire

Texte écrit par Lucie Légaré, le 3 avril 2009

Parution de cet article : juillet 2009

 

1 – GOUVERNEMENT DU QUÉBEC – Ministère de la Famille et de l’Enfance – Programme éducatif des centres de la petite enfance – Les Publications du Québec. 1997. p.20