Impacts des styles éducatifs chez les enfants

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Par Sylvie Garceau, enseignante TÉE

La qualité des services de garde éducatifs à l’enfance (SGEE) est au cœur des discussions de tout un chacun qui est en lien de près ou de loin avec le réseau de la petite enfance.  Ce sujet suscite bien entendu plusieurs échanges sur différents sujets et des remises en question concernant les différentes pratiques déjà en place et celles à modifier.  En effet, une des 4 dimensions de la qualité éducative (Ministère de la Famille) fait référence à la qualité de l’interaction entre le personnel éducateur et les enfants.  Par conséquent, il est important de considérer le style d’intervention adopté par le personnel des SGEE.  Il est évident de penser que l’établissement de la relation significative passe par le style éducatif.  En effet, il ne faut pas négliger le fait que l’approche utilisée par le personnel éducateur aura des impacts, qu’ils soient positifs ou négatifs, chez les enfants et ils influenceront leurs relations et les interactions entre eux.  Il est donc important de les mettre en lumière afin de bien saisir la portée de toutes interventions se rapportant à un style ou à un autre.

Quels sont les styles éducatifs ?

«Trois principaux styles d’intervention sont employés, tant par les parents que par le personnel éducateur et les RSG en interaction avec les jeunes enfants : le style démocratique, le style directif ou autoritaire et le style permissif ou laisser-faire.» (Accueillir la petite enfance, Programme éducatif, 2019)

Certains autres termes sont également associés à ces styles éducatifs.  « Les chercheurs contemporains classent typiquement les styles parentaux en quatre groupes : autocratique, caractérisé par des niveaux élevés de contrôle et de faibles niveaux de sensibilité ; indulgent et permissif, caractérisé par de faibles niveaux de contrôle et de hauts niveaux de sensibilité ; démocratique, caractérisé par des niveaux élevés de contrôle et de sensibilité ; et négligent, caractérisé par un manque de contrôle et de sensibilité. » (Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants, 2019)

Ainsi, deux variantes déterminent tout style d’intervention (contrôle et sensibilité).  Le tableau suivant permet de bien les illustrer et de mieux les comprendre:

Faible niveau de sensibilité (-)Haut niveau de sensibilité (+)
Haut niveau de contrôle (+)DIRECTIF OU AUTORITAIREDÉMOCRATIQUE
Faible niveau de contrôle (-)NÉGLIGENTPERMISSIF OU LAISSER-FAIRE

En observant ce tableau, on peut conclure que le défi du personnel éducateur est d’atteindre un équilibre adéquat entre la sensibilité et le contrôle en présence de l’enfant, et ce, dans les différentes situations vécues au quotidien. 

Qu’est-ce que le contrôle et la sensibilité ?

D’une part, le contrôle est lié directement aux exigences de l’adulte, à ses attentes envers l’enfant et à la discipline qu’il impose (règles, directives, limites, interventions).  Bref, c’est la supervision et l’encadrement offert à l’enfant.  En ce sens, l’adulte ayant un faible niveau de contrôle (style négligent et style permissif ou laisser-faire) ne dirigera pas l’enfant, évitera de donner des consignes, ne nommera pas ses attentes, n’imposera pas de limites claires et interviendra peu ou pas.  À l’opposé, un adulte ayant un haut niveau de contrôle (style directif ou autoritaire et style démocratique) n’hésitera pas à nommer des règles, à imposer des limites, à encadrer tous comportements et toutes situations entourant l’enfant, et ce, de manière rigoureuse.

D’autre part, la sensibilité est quant à elle liée à l’ouverture, à l’écoute et au soutien de l’adulte face aux différents besoins que l’enfant exprime.  En ce sens, l’adulte ayant un faible niveau de sensibilité (style négligent et style directif ou autoritaire) portera peu attention à l’enfant et sera plutôt centré sur lui-même, sera peu ou pas attentif aux expressions verbales et non verbales, ne tiendra pas compte des demandes de l’enfant et sera peu ou pas présent pour l’accompagner.  Donc la réponse aux besoins de l’enfant sera faible ou inexistante.  À l’opposé, un adulte ayant un haut niveau de sensibilité (style permissif ou laisser-faire et style démocratique) à l’enfant sera présent, attentionné à ses besoins exprimés ou non exprimés, démontrera beaucoup d’intérêt à l’enfant et répondra à ses demandes.  Bref, son attention sera centrée sur l’enfant.

Quels sont les comportements de l’adulte associés à chacun des styles et les impacts chez les enfants ?

Voici quelques exemples de pratiques utilisés par le personnel éducateur selon son style éducatif. ¹

DIRECTIF OU AUTORITAIRE

Dans ce style éducatif, l’adulte impose ses règles et son raisonnement, il est rigide dans sa façon de communiquer ses demandes, il est centré sur les punitions, il donne peu de marques d’attention positive et peut même humilier ou dénigrer l’enfant.  De plus, il est très exigeant et ne reconnaît pas les capacités de l’enfant à faire des choix.  Par ailleurs, « l’adulte contrôle la grande majorité des activités, l’horaire et l’organisation du local. Les activités de groupe qui sont privilégiées lui permettent de conserver le contrôle. C’est alors l’adulte qui montre aux enfants la marche à suivre en fonction d’objectifs qu’il a lui-même fixés. » (Accueillir la petite enfance, programme éducatif, 2019)

Face à ces comportements, l’enfant devient soit inhibé, retiré, conformiste par peur d’avoir une réprimande, il est donc soumis au contrôle exercé par l’adulte.  De plus, en présence de ce style éducatif, l’enfant peut également être moins respectueux des règles et faire de l’opposition.  Il cherche alors à confronter l’adulte, à provoquer des conflits avec lui, il est peu tolérant et il peut également adopter des comportements explosifs.  En fait, il réagit au contrôle de l’adulte en s’opposant, recherchant ainsi un certain contrôle, une certaine autonomie. Dans les deux cas, « l’enfant a peu d’occasions de prendre des initiatives, de faire des choix et de s’engager dans des jeux qui correspondent à ses propres champs d’intérêt. »  (Accueillir la petite enfance, programme éducatif, 2019)

PERMISSIF OU LAISSER-FAIRE

Ce style éducatif est caractérisé par l’adulte qui n’impose aucune limite et aucune restriction, qui s’attend à ce que l’enfant se responsabilise lui-même, qui lui remet l’ensemble de ses choix, qui demande la permission à l’enfant, qui le survalorise et qui peut même devenir dépendant de son amour.  Le personnel éducateur d’un SGEE adoptant ce style se retrouverait dans une situation où le «contrôle est plutôt entre les mains des enfants. L’adulte les laisse faire ce qu’ils veulent et l’horaire est souple. Il n’intervient que si les enfants le demandent ou pour rétablir l’ordre.» (Programme éducatif Accueillir la petite enfance, 2019)

Or, l’enfant en présence de ce contexte éducatif peut devenir ce que l’on appelle l’enfant-roi. Par ce manque de limite, il perd ses repères et est à la conquête de balises et d’encadrement.  N’en trouvant pas, il se pense alors omnipuissant et tente d’imposer sa volonté, il est impulsif et colérique puis peu sensible aux autres et à leurs besoins.  L’adulte ayant peu d’attente envers lui et ne l’accompagnant pas dans ses expériences et ses jeux, il n’apprend pas à se connaître et ne développe pas l’estime de soi, puisqu’il peut faire ce qu’il veut sans jouir du regard bienveillant de l’adulte.  Il est alors libre de tous ses choix, bons ou mauvais.

DÉMOCRATIQUE

Le style d’intervention démocratique est celui où l’adulte propose à l’enfant des alternatives et structure la réalité de l’enfant en tenant compte de ses besoins, intérêts et idées tout en offrant un encadrement incluant des consignes, des routines et un accompagnement qui favorisent le sentiment de sécurité.  L’adulte est à l’écoute de l’enfant et poursuit ses initiatives, valorise la socialisation et la curiosité, lui propose des activités amusantes et permet à l’enfant de faire des choix et d’exécuter des responsabilités adaptées à ses capacités.  De plus, l’adulte applaudit ses réussites et ses efforts puis lui démontre sa confiance tout en le soutenant pour résoudre des problèmes. 

Ainsi, l’enfant développe sa confiance en lui-même, a un sentiment de pouvoir influencer ce qui lui arrive, il s’investit dans les jeux, devient compétent socialement, est créateur et persévérant.  De plus, l’enfant développe une sécurité affective, il communique donc facilement son monde intérieur et ses émotions.  En effet, le personnel éducateur qui adopte ce style éducatif, «en instituant un climat positif dans le groupe, amène, d’une part, l’enfant à se sentir respecté et encadré, ce qui lui permet d’établir des relations affectives privilégiées avec les adultes qui l’accueillent au SGEE. Ce style d’intervention favorise, d’autre part, l’autonomie, l’apprentissage actif et la confiance en soi ainsi que la capacité de l’enfant à établir des relations harmonieuses avec ses pairs.» (Accueillir la petite enfance, programme éducatif, 2019) 

Quel est le défi du personnel éducateur ?

En terminant, il faut se rappeler qu’à travers les humeurs parfois changeantes du quotidien ou toutes autres circonstances vécues par le personnel éducateur au fil des journées et pouvant le faire passer d’un style d’intervention à un autre, il demeure primordial d’offrir une stabilité des pratiques éducatives auprès de l’enfant.  En effet, celles-ci lui procurent un encadrement sécurisant tout en lui proposant une atmosphère propice aux apprentissages.  En appliquant le style démocratique de façon constante, l’enfant constate rapidement que l’adulte l’accompagne au quotidien, qu’il s’investit dans une relation significative auprès de lui, qu’il est prévisible et par le fait même, il sait ce qui est attendu de lui. Donc, l’enfant évolue à travers un climat sain, favorable aux apprentissages et aux expériences.

¹ Tiré de la formation Laisser-faire ou contrôle entre les deux mon cœur balance, par Sylvie Bourcier.

Références:

Bourcier, Sylvie. Formation Laisser-faire ou contrôle entre les deux mon cœur balance.

Bornstein L, Bornstein MH. Pratiques parentales et développement social de l’enfant. Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Tremblay RE, éd. thème. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]. http://www.enfant-encyclopedie.com/habiletes-parentales/selon-experts/pratiques-parentales-et-developpement-social-de-lenfant. Actualisé : Décembre 2014. Consulté le 11 octobre 2019.

Ministère de la famille. Accueillir la petite enfance: programme éducatif, Pour les services de garde du Québec. Les Publications du Québec. Version 2019.

Est-ce que Victor a un trouble du spectre de l’autisme? Que dois-je faire?

Par Linda Gagnon, psychologue et consultante en CPE

Vous êtes l’éducatrice de Victor, 3 ans, et vous soupçonnez la présence d’un trouble du spectre de l’autisme.  Il a des comportements particuliers et nécessite des interventions spécifiques afin d’obtenir sa collaboration et limiter l’opposition ou les crises.  Il est un petit mystère pour vous.  Vous vous questionnez sur quel est votre rôle.  Vous ne voulez pas inquiéter les parents mais lorsqu’ils vous questionnent sur le développement de leur fils, vous donnez des réponses vagues de peur de faire des « vagues ».  Mauvaise stratégie…essayons d’y voir clair.

 

QUEL EST MON RÔLE?

Vous avez un rôle très important à jouer au niveau du dépistage du trouble du spectre de l’autisme.  Je répète du « DÉPISTAGE ».   La Direction du milieu de garde également.  Grâce à vos observations, Victor pourrait bénéficier de précieux services dès son jeune âge et développer des habiletés spécifiques, qui sans soutien ne pourront éclore.  Il est impératif que les observations soient partagées avec les parents, c’est votre responsabilité et celle du milieu de garde.

Certaines directions font appel à des professionnels qui peuvent soutenir le personnel éducateur dans les observations à réaliser, les interventions à mettre en place et dans la planification des rencontres auprès des parents.  D’autres milieu de garde ne bénéficient pas de ce type de soutien, ils ont tout de même un rôle à jouer. Dans les deux cas, il est recommandé que l’éducatrice note ses inquiétudes et préoccupations et que la Direction ou l’éducatrice rédige une courte lettre les énonçant afin de la remettre aux parents lors de la rencontre de partage d’informations.  Lorsqu’un professionnel participe à la démarche, il élaborera un rapport ou une lettre de référence.

Le fait de remettre une lettre aux parents est une étape très importante qui démontre le sérieux de vos préoccupations et qui leur permettra de consulter leur médecin ou d’autres professionnels en relayant l’information de façon juste.  Les parents sont parfois très envahis par différentes émotions lorsqu’on aborde les difficultés de leurs enfants et ne vont retenir qu’un certain pourcentage de l’information transmise.  Une information écrite est de mise.  Le milieu de garde peut indiquer dans les conclusions de la lettre qu’il recommande de discuter des éléments listés avec le médecin de famille de l’enfant ou d’autres professionnels et qu’il demeure disponible à répondre à toute question et à fournir des observations détaillées.

 

UN GUIDE POUR VOUS AIDER DANS LE DÉPISTAGE 

Sur quoi se baser pour organiser l’information?  Je vous propose de fureter sur Google et de consulter l’excellent guide suivant : « Signaux d’alarme – Guide de référence à l’usage des professionnels de la petite enfance d’Ottawa (guide Signaux d’alarme)».

« …un guide de référence visant à aider les professionnels de la petite enfance à déterminer s’il est nécessaire de conseiller aux familles ou aux tuteurs d’obtenir d’autres conseils, un dépistage, une évaluation et/ou un traitement pour leur enfant. 

Il n’est ni un outil d’évaluation ni un outil de diagnostic. Les renseignements contenus dans le guide Signaux d’alarme sont destinés aux professionnels travaillant auprès d’enfants jusqu’à l’âge de six ans (professionnels de la petite enfance). 

Bien que tous les efforts possibles aient été déployés pour assurer l’exactitude de ces renseignements, ceux-ci sont fournis « tels quels », sans garantie ni condition. Le guide Signaux d’alarme ne peut remplacer les conseils, l’évaluation et/ou le diagnostic bonne et due forme de professionnels formés pour évaluer adéquatement la croissance et le développement des nourrissons, des tout-petits et des jeunes enfants. Ce document vise à aider les professionnels de la petite enfance à déterminer à quel moment ils doivent discuter avec une famille de la nécessité d’obtenir des conseils et/ou un traitement. Il ne doit pas servir à établir de diagnostics ni à traiter de retards de croissance ou de développement apparents  ou d’autres besoins en matière de santé. 

Le guide Signaux d’alarme n’est ni un outil d’évaluation ni un outil de diagnostic. Il n’écarte pas la responsabilité du parent/tuteur de consulter son médecin de famille et/ou les professionnels appropriés. Le guide signaux d’alarme renvoie à des sites Web, à des ressources et à des documents créés » Voir intro du guide précité, Meilleur départ/Best Start Ottawa.  Édition 2016.

 

LEVER LES DRAPEAUX ROUGES

Votre rôle consiste à identifier aux parents les « drapeaux rouges ».  S’ils vous questionnent à savoir si cela serait possible que leur enfant soit autiste, soyez ferme que ce n’est pas votre rôle d’établir des diagnostics. Une de vos tâches consiste à relever des atypies au niveau du développement des enfants et de les communiquer aux parents.  Ils vont peut-être insister.  Répondez tout simplement que vous ne savez pas, mais que vous êtes préoccupée.  Point à la ligne.  Vous écoutez et vous répétez que malheureusement vous ne détenez pas l’expertise requise afin de répondre à leurs questions.

Les quatres catégories d’inquiétudes suivantes sont tirées du guide précité « Signaux d’alarme – Guide de référence à l’usage des professionnels de la petite enfance d’Ottawa » p. 78-79, Édition 2016.

 

INQUIÉTUDES SUR LE PLAN DE L’INTERACTION SOCIALE

  • Ne rend pas les sourires qu’on lui fait.
  • Établit de rares contacts visuels – regarde moins les gens dans les yeux, même s’il regarde parfois intensément les objets.
  • Manque d’engagement conjoint (p. ex. ne joue pas à faire « coucou » ).
  • Manque d’imitation (p. ex. ne fait pas au revoir de la main).
  • Manifeste peu d’attention, en donne et en partage peu et oriente peu celle des autres.
  • Accuse un retard dans les jeux d’imagination –ne joue pas à divers jeux spontanés de « faire semblant ».
  • Préfère jouer seul, s’intéresse moins aux autres enfants.
  • S’intéresse peu aux jeux interactifs.
  • Perte d’habiletés sociales ou régression sur ce plan avant l’âge de 36 mois.
  • Préfère faire les choses par lui-même plutôt que de demander de l’aide.
  • Salue les autres de façon maladroite ou ne leur prête pas attention .

 

INQUIÉTUDES SUR LE PLAN DE LA COMMUNICATION

  • Le langage apparaît tard ou est atypique.
  • Langage inhabituel – (écholalie), p. ex. répète des phrases entendues dans des films ou que d’autres personnes ont prononcées (plus que ce à quoi l’on s’attend dans le cadre d’un développement normal), utilisation répétitive de phrases, intonation étrange.
  • Ne répond pas toujours de la même façon ou ne répond pas à son nom ou à des directives (il est possible qu’il réponde à des sons mais pas au langage).
  • Moins grande capacité à compenser le retard de langage en faisant des gestes ou en pointant du doigt.
  • Ne comprend pas bien le langage (mots et gestes).
  • Perte d’habiletés du langage, en particulier entre 15 et 24 mois.
  • N’est pas capable de tenir une conversation.

 

INQUIÉTUDES SUR LE PLAN DU COMPORTEMENT

  • Mouvements répétitifs des mains et/ou du corps: remue ses doigts, bat des mains et des bras, raidit ses doigts, fait des mouvements complexes du corps comme tournoyer et sauter.
  • A des accès de colère intenses et répétés parce qu’une routine ou un comportement répétitif sont interrompus, ou sans cause ou élément déclencheur apparents.
  • A des intérêts sensoriels inhabituels: louche ou regarde les objets du coin de l’œil; sent, lèche, met les objets dans sa bouche (passé l’âge de 3ans); a une ouïe hypersensible.
  • A une gamme très limitée d’intérêts auxquels il se livre de façon répétitive.
  • Insiste pour garder les mêmes routines, activités, vêtements, etc.
  • Prête une attention inhabituelle à certains objets (comme les interrupteurs de lumière, les ventilateurs, les objets qui tournent, les stores verticaux, les roues et les balles).
  • Réagit de façon inhabituelle à la douleur (seuil de tolérance bas ou élevé).

 

HABILETÉS CONCERNANT L’ALIMENTATION ET HABILETÉS CONNEXES

  • Bébé, il met rarement les jouets dans sa bouche pour les explorer.
  • À l’âge de un an, il ne montre aucun désir de lécher le gâteau d’anniversaire ou d’y goûter.
  • Refuse de se brosser les dents.
  • Entre 15 et 18 mois, il se détourne de nombreux aliments qu’il acceptait auparavant.
  • Éprouve des difficultés avec les nouvelles textures; a en particulier du mal à délaisser les purées pour manger la même nourriture que le reste de la famille.
  • Refuse de manger des aliments nouveaux même s’ils sont adaptés à son développement et sont semblables à d’autres aliments qu’il accepte.
  • A tendance à ne manger que les aliments qui sont blancs ou beiges.
  • Refuse de manger les aliments qu’il accepte normalement s’ils sont présentés d’une autre façon ou s’ils ne sont pas de la marque habituelle.
  • Refuse de toucher les aliments humides et est réticent à se nourrir par lui-même à la cuillère.

 

INFORMATIONS TRANSMISES AUX PARENTS DE VICTOR

Tout d’abord, pas de discussion de corridor!!! Misère, non!  Il est recommandé de planifier une rencontre officielle en présence de la Direction, si cela est possible.  L’animation de la réunion est alors réalisée par la Direction. Je vous suggère d’amorcer la rencontre en vérifiant avec les parents s’ils ont des inquiétudes relativement au développement de leur enfant.  Bien les noter et les verser au dossier de l’enfant.

Voici ce que vous pourriez relever pour Victor lors d’une telle rencontre:

Observations et préoccupations

-Victor énonce peu de mots, il y a absence de phrases et la présence élevée de jargon.  À noter que fréquemment, lorsqu’il veut communiquer, il touche l’adulte et oriente son visage vers le sien ;

-Son jeu demeure presqu’exclusivement parallèle. Les échanges verbaux sont très rares avec ses camarades.  En comparaison avec les enfants de son groupe d’âge, il a très peu d’interactions sociales.  Le plus souvent Victor joue seul;

-Sans la présence de l’éducatrice-accompagnatrice, Victor frappe très souvent les autres, il est difficile d’identifier les déclencheurs.  Ses gestes apparaissent impulsifs et non en réaction à un geste d’un camarade.  L’ajout de l’éducatrice-accompagnatrice vise à encadrer ce type de gestes et à enseigner de nouvelles habiletés;

-Victor tient difficilement compte des émotions exprimées par ses compagnons;

-Victor se promène toute la journée avec un objet dans les mains.  Le plus souvent une petite voiture;

-Très faible réciprocité lors des échanges avec ses pairs ou les adultes.  La conversation semble à sens unique, il ne semble pas intéressé à entendre ce que l’autre a à raconter ou à poursuivre une discussion.

-Il décode difficilement les refus des autres qu’il aime chatouiller (faible inhibition);

-Il soutient faiblement le regard. Lorsqu’on lui parle ou qu’il nous demande quelque chose, il regarde comme à côté de notre visage;

 -Intérêt restreint très important pour les petites voitures;

-On n’observe pas  d’élaboration de scénarios dans ses jeux, même courts;

-Rigidité et opposition +++.  Victor ignore ou refuse fréquemment les consignes demandées;

-Difficultés très importantes à suivre les consignes s’adressant au groupe;

-Son attention est très faible.  Une consigne à la fois doit être transmise et exécutée. Il est distrait très facilement;

-Il marche et court sur la pointe des pieds;

-S’habiller et tracer à l’aide d’un crayon s’avère difficile;

 

RÉACTIONS DES PARENTS

Il faut s’attendre à différentes réactions de la part des parents.  Certains vont demeurer étonnés, figés, d’autres poseront des questions, pleurerons ou encore seront mécontent voire fâchés.  Des réactions normales, mais évidemment pouvant être difficiles à gérer.  Ces réactions font parties d’une première étape très importante pour eux et ne doivent en aucun temps vous remettre en question sur le bien-fondé de cette rencontre.  Victor a absolument besoin de vous pour signaler à ses parents les particularités de son développement, c’est votre responsabilité.  Par la suite, c’est la responsabilité du parent de poursuivre les investigations et du CPE de préciser les objectifs.  Chacun son rôle.

Comment intervenir ?

Avec les comportements inacceptables chez le tout-petit…

Par Lyne Archambault, éducatrice – formatrice

Comment intervenir quand un petit croque son ami? L’autre pince son voisin, et Marie tape la plus petite du groupe pas facile! Que faire ? Un défi pour une éducatrice à tous les jours afin de  créer dans son groupe une harmonie où le plaisir de découvrir et les apprentissages sont au rendez-vous.

L’agressivité est nécessaire et l’éducation ne vise pas à éliminer cette énergie, mais bien à la canaliser et à la rendre utile. Continuer la lecture de Comment intervenir ?

Les comportements sexuels chez l’enfant… quand s’inquiéter?

Le développement de l’enfant se fait dans toutes les sphères et la sexualité ne fait pas exception. Les enfants sont de nature curieuse. Leurs nombreuses questions et leurs explorations sont des manifestations de cette curiosité. Ils veulent comprendre le monde qui les entoure. Alors que le développement de la sexualité se fait naturellement et de manière plus subtile pour beaucoup d’enfants, certains enfants inquiètent leur entourage. A quoi s’attendre, donc?

Il pose des questions

            Cela peut gêner bien des adultes mais n’oubliez pas que pour l’enfant, c’est bien souvent une question comme une autre. Ses questions seront influencées par ce qu’il voit, entend ou perçoit autour de lui. Ainsi, un petit garçon qui voit des petites filles à la garderie aller à la toilette comprend qu’il y a des différences anatomiques. Il peut alors poser des questions à ce sujet à ses parents et chercher à les voir nus pour confirmer ce qu’il est en train d’apprendre. C’est un bon moment pour apprendre à l’enfant l’intimité et le côté privé du corps. Vous pouvez lui dire par exemple : « Ton corps est à toi et tu ne le montres pas, c’est privé. C’est la même chose pour moi. » Souvent, les parents ont peur de transmettre le message que la sexualité c’est mal s’ils ont un message de pudeur. La pudeur permet plutôt d’enseigner la valeur du respect de soi, de son corps, de celui des autres et même, une prévention des abus sexuels. Vous êtes en train de le prémunir contre les adultes qui voudraient toucher son corps ou montrer le leur. Retenez donc que même si les questions de l’enfant vous gênent, elles méritent une réponse appropriée à son âge, comme n’importe quelle autre question. S’il la pose, c’est qu’il est prêt, dans une certaine mesure, à en apprendre davantage à ce sujet. Vous pouvez également vous procurer des livres expliquant la sexualité aux enfants pour vous aider.

Il connaît beaucoup de choses

            L’enfant pose des questions pour comprendre mais certains enfants inquiètent car ils en connaissent beaucoup sur la sexualité. La première question à se poser est : que savent-ils exactement? Vous pourrez alors juger si ces connaissances sont appropriées pour un enfant de son âge. Par exemple, une petite fille de 4 ans peut savoir qu’un papa et une maman qui s’aiment fort et se collent peuvent avoir un enfant ensemble mais il serait étonnant qu’elle sache ce qu’est une fellation. Si les connaissances de l’enfant vous semblent au-delà de son âge, vous pouvez lui demander comment il a su cela. Même si cela peut faire penser que l’enfant est victime d’abus sexuels, il peut aussi avoir vu de la pornographie, avoir surpris ses parents, en avoir entendu parler par des enfants plus vieux, etc. Par contre, des verbalisations spécifiques où l’enfant dit avoir vécu quelque chose de sexuel avec un adulte ou un enfant plus âgé doivent toujours être prises au sérieux.

Il se touche souvent

            L’enfant découvre le monde qui l’entoure mais il découvre son corps également. Souvent par hasard au début, il est ensuite intrigué par les nouvelles sensations qu’il expérimente. Il peut donc se toucher par plaisir mais aussi pour s’apaiser lorsqu’il vit du stress ou pour s’endormir. Si se toucher lui apporte des bienfaits, il aura tendance à continuer. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter mais il est important de lui signifier que ses caresses doivent se faire dans l’intimité car c’est son corps et que c’est personnel. Il faut par contre surveiller s’il a des rougeurs, indice que ses attouchements sont trop fréquents ou trop intenses, et que ses nouveaux plaisirs ne l’empêchent pas de vaquer à d’autres occupations, comme jouer par exemple.

Il touche d’autres enfants

Saviez-vous que c’est entre 2 et 5 ans que l’enfant a le plus de comportements sexuels? Lorsqu’il s’agit de jeux sexuels, les enfants sont à peu près du même âge, ils sont tous consentants, ces jeux sont agréables et motivés par la curiosité (par exemple baisser son pantalon et se montrer nu tour à tour) et enfin, ils n’impliquent pas de comportements sexuels « avancés », tels que le sexe oral ou la pénétration. Il faut aussi se rappeler que, comme dans le cas de la masturbation, les jeux sexuels avec des enfants ne doivent pas empêcher l’enfant de s’adonner à d’autres activités. Si vous êtes inquiets par la fréquence ou le type de jeux sexuels auxquels s’adonnent votre enfant, dites-lui qu’il pourra avoir ce type de comportements sexuels quand il sera plus grand avec son amoureux, son amoureuse mais que pour l’instant, il vaut mieux qu’il s’adonne à d’autres jeux. Cela devrait suffire. Si les jeux perdurent ou s’intensifient après que vous ayez mis des limites, il vaut mieux consulter.

Inquiets?

En résumé, la sexualité est une sphère de développement de l’enfant comme n’importe quelle autre. Certains éléments peuvent par contre inquiéter. 1) L’enfant raconte avoir vécu des choses sexuelles avec un adulte ou un enfant plus âgé; 2) Il a des comportements sexuels fréquents; 3) Il a perdu de l’intérêt pour d’autres activités que la sexualité; 4) Il continue des comportements sexuels inappropriés malgré les limites que vous lui imposez; 5) Il a des connaissances sexuelles qui vont au-delà de son âge; 6) Il a des comportements sexuels « avancés » et / ou coercitifs.

La curiosité sexuelle est normale chez un enfant mais les adultes doivent demeurer attentifs à ce que cette curiosité s’exprime sainement, dans le respect de chacun et selon le développement de l’enfant.

 Geneviève Parent M.A., Sexologue, psychothérapeute et conseillère parentale

Le parent, le premier éducateur de son enfant. Se faire confiance pour aider son enfant.

parents-holding-baby-871294937167Xx4Julie est une nouvelle maman d’une petite fille de 6 mois, Sophie. Depuis sa grossesse, les conseils fusent de toutes parts. « Tu vas l’allaiter? T’es certaine? Parce que si tu lui donnes le biberon, ton conjoint pourra davantage s’impliquer! » Et Julie a remis en doute son choix d’allaiter. Elle ne veut surtout pas qu’Étienne, le papa, se sente à l’écart! « Tu te lèves encore la nuit? Moi mes enfants faisaient tous leurs nuits à 3 mois! Essaie la méthode du 5-10-15, tu vas voir, ça fonctionne! » Et Julie a écouté sa petite Sophie pleurer, adossée contre le dos de la porte, en pleurant, car elle aurait tellement voulu la prendre dans ses bras et la bercer! Mais elle se faisait tellement dire par sa belle-sœur qu’elle allait en faire un « bébé à bras », qu’elle n’osait plus la prendre et la serrer contre elle. A bout de nerfs, Julie a téléphoné au centre périnatal de sa région pour avoir des conseils et ce que l’intervenante en périnatalité lui a dit l’a complètement déboussolée : « Qu’est-ce qui est le mieux pour Sophie selon toi, Julie? » Elle s’attendait à tout, sauf à cela. Elle venait chercher des conseils car on lui en donnait constamment depuis qu’elle avait annoncé sa grossesse. C’est là qu’elle a réalisé qu’elle n’arrivait plus à penser par elle-même. Cette conversation avec l’intervenante périnatale a été le début d’une belle aventure.

Les conseils non sollicités

Ils sont nombreux et souvent contradictoires. Ils viennent de l’entourage et de personnes souvent plus expérimentées. Il est alors facile de se laisser influencer et de se remettre en question, particulièrement quand il s’agit de notre premier enfant. Rappelez-vous tout d’abord que la plupart des personnes qui donnent des conseils sont bien intentionnées. Elles veulent vous aider. Ces conseils sont teintés de valeurs et de croyances que vous partagez ou ne partagez peut-être pas. C’est pourquoi certains conseils vous semblent bienvenus alors que d’autres vous apparaissent carrément déplacés. Il y a aussi la personne qui donne ces conseils. Si vous l’appréciez et vous sentez proche d’elle, ces conseils vous paraîtront plus justes mais au contraire, si vous n’appréciez pas cette personne, ces conseils vous sembleront inadéquats. Voici quelques suggestions pour vous aider à survivre aux conseils non sollicités :

  1. Questionnez-vous à savoir les valeurs et principes qui guident vos actions envers vos enfants. Il est important de les connaître car ils vous aideront à accueillir favorablement certains conseils et à en rejeter d’autres. Par exemple, si vous valorisez la sécurité affective de votre enfant, vous serez contente d’avoir des conseils pour aider bébé à s’endormir sans pleurer et rejetterez du revers de la main la technique du 5-10-15.
  2. Lisez des avis professionnels sur les sujets qui vous intéressent. Les forums regorgent de techniques pas toujours très adéquates pour le développement de nos tout-petits. Si vous vous informez auprès de ressources compétentes, vous serez à même de faire le tri parmi les conseils de l’entourage. Par exemple, vous vous questionnez sur l’âge auquel vous devriez cesser l’allaitement. Vous lisez dans des sources fiables qu’il est recommandé jusqu’à l’âge de 18 mois à 2 ans. Vous pourrez alors faire la sourde oreille à votre mère qui vous suggère fortement d’arrêter d’allaiter votre bébé de 12 mois car c’est « malsain », selon elle.
  3. Apprenez à vous affirmer face aux conseils des autres. Vous avez le droit d’être en désaccord et soyez confiante dans vos propos. Ce n’est pas parce que tante Christine a eu 4 enfants qu’elle sait mieux que vous si votre enfant a un retard de langage, par exemple.
  4. Gardez en tête que les temps ont changé, les méthodes éducatives aussi. Il est révolu le temps où la peur devait régner pour qu’un enfant écoute. De nos jours, les professionnels s’entendent pour dire que la discipline est avant tout une affaire de cœur et de relation. Laissez donc dire belle-maman qui vous trouve trop laxiste dans l’éducation de vos enfants.
  5. Entourez-vous de personnes qui partagent vos valeurs éducatives. Il est plus facile de se sentir écoutée et accueillie lorsqu’on échange avec des personnes qui peuvent nous comprendre au lieu de nous juger.

L’avis des professionnels

Je suis moi-même une professionnelle auprès des enfants et des parents, je ne dirai donc pas que notre rôle est inutile, bien au contraire. Par contre, les avis de professionnels ne devraient pas remplacer votre intuition de parent. Vous êtes la personne qui connaissez le mieux votre enfant. Vous vivez avec lui depuis sa naissance, vous le voyez évoluer, vous êtes à même de vous inquiéter ou non de certains comportements. Il est certes souhaitable de connaître le développement moyen d’un enfant mais rappelez-vous qu’il s’agit de moyennes et que chaque enfant est différent. Certains marcheront plus tôt, d’autres plus tard. Certains parlent beaucoup, d’autres moins.

Ce qui sème la confusion chez beaucoup de parents est la diversité des conseils donnés par des professionnels. Ces conseils que l’on peut retrouver dans les livres ou dans les différents médias sont parfois contradictoires. Comment alors s’y retrouver? Il existe différents courants théoriques dans le développement de l’enfant et c’est pourquoi les avis peuvent différer. Par exemple, certains professionnels croient qu’il faut avant tout modeler les comportements des enfants et vont donc donner des stratégies de comportements, telles que le retrait ou les récompenses pour obtenir le comportement souhaité. D’autres privilégient la compréhension du comportement de l’enfant dans son développement. Ainsi, un enfant de 2 ans qui fait une crise ne serait pas puni mais plutôt soutenu afin de trouver une façon plus adéquate d’exprimer sa colère. On lui enseignerait la gestion des émotions, fort utile tant pour les enfants que les adultes.

L’équilibre entre la confiance en ses moyens et la recherche de soutien

Cet équilibre n’est pas facile à trouver. Gardez en tête que vous êtes la personne qui connaissez le mieux votre enfant. Cela ne signifie pas pour autant que vous n’aurez pas besoin d’un avis professionnel. Choisissez cependant avec précaution le professionnel que vous consulterez afin que son approche soit bienveillante à l’égard de votre enfant, qui est votre trésor. De même, les conseils d’autres parents peuvent être aidants, sans pour autant miner votre confiance en vos moyens. Rien ne vous empêche de les écouter, sans pour autant les appliquer. La voie du cœur est celle qui ne trompe pas, dans l’éducation de votre enfant. Laissez-vous guider par l’amour que vous ressentez pour lui et apprenez à le connaître et l’aimer, tel qu’il est, avec ses forces et ses lacunes. Si la voie du cœur vous paraît parfois incertaine, voici trois repères objectifs à utiliser pour tous les conseils que vous recevrez :

  1. Ce conseil respecte-t-il le rythme de développement de mon enfant? Autrement dit, est-ce que les attentes que nous avons envers notre enfant sont légitimes considérant son âge et sa personnalité?
  2. L’application de ce conseil cause-t-elle une souffrance physique, psychologique ou affective à mon enfant? Toute intervention qui cause une détresse à mon enfant ne devrait pas être appliquée.
  3. Le conseil en question me facilite-t-il la vie ou celle de mon enfant, ou les deux? Parfois, les conseils rendent la vie plus facile au parent tout en causant du tort aux enfants, en provoquant de la détresse chez-eux par exemple.

La parentalité est la plus belle aventure qui soit. Des enfants heureux font des parents heureux. Et le bonheur de votre famille, vous en êtes le gardien.

Geneviève Parent, M.A. Sexologue, psychothérapeute et conseillère parentale

Comment je peux stimuler le tout-petit à la marche ?

Comment peut-on stimuler le développement de la marche dans un contexte de sécurité tout en favorisant son autonomie ?

Plusieurs guides sur la marche existent afin de stimuler le tout-petit à la marche. Certains offrent des exercices à faire avec l’enfant pour renforcir son tonus musculaire, d’autres proposent de faire marcher l’enfant à l’aide de l’adulte. Malgré ce déploiement d’exercices, le décideur reste toujours l’enfant. Des objets de stimulation pour la marche peuvent être tout aussi efficaces et respectent davantage l’enfant dans cette acquisition d’habileté motrice. L’enfant peut l’exploiter à son rythme et à sa façon sans nécessairement l’aide de l’adulte. En voici un exemple:
Matériel
Pôle de rideau en bois à bouts arrondis, fixé au mur à la hauteur des épaules de l’enfant en position assise. De préférence, mettre la pôle à rideau en dessous ou près d’une fenêtre pour encourager l’enfant à s’exercer soit par l’attrait de voir à l’extérieur.

Objectif

  • Amener l’enfant à se soulever à l’aide de la pôle.
  • Amener l’enfant à exercer des étirements à l’aide de la pôle.
  • S’exercer à se ternir debout et à s’asseoir.
  • S’exercer à rester des périodes plus ou moins longues debout à l’aide la pôle.
  • Se déplacer avec appui à l’aide de la pôle.
  • Se tenir avec une main et se pencher pour prendre des objets au sol.
  • Se balancer à l’aide de ses deux mains à l’aide de la pôle.
  • Exercer son équilibre.
  • Développer sa confiance en soi.
  • Partager la pôle à rideau avec un autre ami.

Utilisation

  • Suspendre des pochettes avec des objets à l’intérieur, pour permettre au petit de faire des découvertes.
  • Permettre aux plus petits de manipuler des objets suspendus sur la barre.
  • Profiter de ce que l’enfant peut voir à l’extérieur lorsqu’il se tient après la pôle pour lui nommer ce qu’il voit.

D’autres utilisations peuvent être faites avec cet objet, la personne la mieux placée pour nous le démontrer reste l’utilisateur… bien sûr l’enfant.
Bonne marche!

Donner le bon exemple : charge ou responsabilité ?

Mon enfant fréquente une garderie familiale. Il est le plus vieux du groupe. Son éducatrice l’invite parfois à surveiller les petits et lui demande de donner l’exemple aux plus jeunes. Qu’en pensez-vous ?

Il est vrai que les enfants ont tendance d’imiter les plus vieux qu’ils admirent. Cependant, chaque enfant est unique et doit apprendre à faire ses propres choix et à en devenir responsable. Que le petit observe le grand qui bricole, construit, raconte et l’imite en partie pour grandir et apprendre à sa façon c’est bien. Cependant, le grand ne doit pas être tenu responsable des bêtises du petit. Chaque enfant doit être jugé pour ses actions personnelles et par rapport à son âge et non en considérant sa place d’aîné ou de cadet dans la famille ou encore de grand ou de petit dans un groupe d’enfants.

Lorsque le grand se propose pour aider aux soins des petits ou à leurs jeux et que ces petits acceptent sa présence et ses gestes de soutien, il faut le féliciter et le remercier. Mais en aucun cas le grand doit se voir imposer des tâches de protection ou de soins des petits. Tous les enfants ont des choix égaux, et les droits au jeu et au respect du rythme de développement s’imposent.

Moi, j’aime pas ça les bisous!

Étienne, 4 ans, repousse avec véhémence sa copine Annette qui lui donne un bisou dans le cou. Je lui explique alors que Annette lui signifie son amour, il ne veut rien entendre: «Moi, j’aime pas ça les bisous!» Il évite aussi sa marraine affectueuse qui veut l’embrasser. Dois-je le forcer à se montrer plus avenant?

Combien d’adultes parmi nous ont subi des becs ponctués de joues pincées par telle tante ou des câlins de membres de la parenté sans pouvoir les éviter ou exprimer notre malaise, tout ça prétendument par politesse? Il est important de respecter les limites de l’enfant quand il s’agit d’un contact corporel. Étienne a su identifier les modes de contact qui lui conviennent et ceux qui génèrent en lui de l’inconfort. Bien qu’Annette et sa marraine aient une approche douce, il refuse les becs dans le cou et exprime clairement son refus. C’est très bien.

Nous apprenons aux enfants à prendre contact en se saluant, en s’approchant doucement mais n’oublions pas de leur montrer aussi à écouter l’autre qui refuse telle ou telle forme de rapprochement. Combien d’adolescents acceptent des gestes des autres sans écouter leur malaise et ce de peur de déplaire? Apprenons à nos tout-petits à écouter leur petite voix qui leur dit non à tel bisou et oui à tel câlin, non à telle personne et oui à telle autre. Apprenons à nos tout-petits à exprimer leur malaise. Ainsi, nous leur donnons des outils pour faire face à la vie. Nous leur envoyons comme message que ce qu’ils ressentent est légitime et digne d’être exprimé.

Voici quelques moyens pour soutenir l’enfant dans cet apprentissage:

  • Apprendre aux enfants à verbaliser. «Étienne, dis-lui à Annette, moi j’aime pas les bisous dans le cou.»
  • Discutez avec les enfants des différentes façons d’exprimer notre amour à quelqu’un: bisou, câlin, caresse, sourire, lui faire un clin d’œil, dire je t’aime, lui faire plaisir, faire un dessin ou un bricolage, lui demander est-ce que je peux jouer avec toi?
  • Invitez l’enfant qui câline à utiliser d’autres façons que les bisous.
  • Demandez toujours la permission à l’enfant avant de lui faire un câlin ou avant de le prendre. Il apprend ainsi qu’il peut refuser le contact même d’une personne de confiance.
  • Lors des activités où il peut y avoir des contacts, respectez le choix de ne pas participer d’un enfant.
  • Faites des activités qui favorisent le développement de l’estime de soi. Plus l’enfant a confiance en lui et plus il se connaît, plus il sera outillé pour faire face aux situations et saura s’affirmer.

Être l’aîné, quelle corvée!

Question
Je demande souvent à mon aîné de céder tel ou tel jouet à sa petite sœur et j’observe qu’à la garderie les pratiques sont différentes. On demande aux petits d’attendre que le plus vieux finisse son jeu en invitant ce petit à s’occuper à autre chose. Qu’en pensez-vous?

Le rang de naissance a un impact sur le développement de l’enfant, sur le rôle qu’il joue au sein de la fratrie et de la famille. L’aîné demeure le plus fidèle aux valeurs prônées par la famille. D’ailleurs, une étude portant sur les rivalités fraternelles (1) a démontré que l’ordre de naissances était le facteur principal pour prédire l’adhésion ou le rejet aux idées novatrices et controversées. En étudiant les scientifiques des quatre derniers siècles, on observe que les aînés sont en général conservateurs. Dans une famille l’aîné voudra donc défendre les valeurs traditionnelles familiales et ainsi plaire à ses parents. D’ailleurs n’a-t-il pas été avant la naissance de ses frères et sœurs le centre de toute l’attention parentale, celui sur lequel toutes les attentes parentales étaient projetées? Le premier enfant est aussi porteur des anxiétés parentales, nous apprenons avec lui le métier de parent. Par conséquent, lorsque les parents demandent à leur aîné d’être raisonnable, de donner le bon exemple, de céder aux plus petits ils lui imposent des responsabilités, des défis qu’il tentera coûte que coûte de relever pour plaire. Dans notre société, où le droit d’aînesse n’existe plus, cet aîné se retrouve avec des obligations sans avantage en compensation.

Il est vrai que les enfants apprennent par imitation et que le modèle offert par l’aîné a de fortes chances d’être plus évoluée et reproduit. Par contre, il est essentiel que chaque enfant puisse faire ses propres choix et suivre son propre chemin. Apprendre à demander, à attendre, à supporter la frustration du refus, tous ces apprentissages se font peu à peu à travers les relations sociales et fraternelles. Le petit doit apprendre que dans la vie on n’a pas tout ce que l’on veut au moment où on le désire. Le grand frère qui doit céder, s’oublier pour répondre aux désirs de sa petite sœur, risque de développer des sentiments négatifs envers elle. Le grand doit pouvoir jouir de privilèges reliés à son âge: se coucher plus tard, activités réservées, sorties. N’a-t-il pas eu à céder sa place d’enfant unique à l’arrivée du deuxième enfant?

Certains jouets doivent être réservés au grand et d’autres identifiés dans la zone de partage. Lorsque le grand échafaude tout un plan dans son jeu de construction par exemple et qu’on lui demande de céder un morceau, il ne se sent pas respecté dans sa créativité. Lorsque le grand prend en charge la sécurité de sa petite sœur et choisit donc d’entrer dans des rapports protecteurs, c’est bien. Mais l’imposition de ce rôle de protection en remplacement du parent soustrait l’enfant de son identité même soit celle d’être un enfant.

Référence:
1 Les enfants rebelles, Frank S. Sullonay, Éditions Odile Jacob, 1999.

Les héros batailleurs

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance

Avril 2012

www.aveclenfant.com

Les héros batailleurs1

Grognements d’animaux, fusillades en rafale, batailles entre héros et vilains : certains jeux d’enfant inquiètent les parents. Ils craignent que les enfants se blessent, ils anticipent le vacarme dans la maison. Et jusqu’où laisser aller l’enfant qui se prend pour un chasseur Pokemon® ou qui déploie coups de pieds et cris pour faire fuir son ennemi? D’autant plus que certaines séries télévisées et maisons de production cinématographique mettent sur le marché des produits dérivés qui créent toute une frénésie.

L’enfant rêve de posséder la force héroïque de Superman ou de Spiderman. Ces pouvoirs magiques lui permettraient de surmonter ses peurs et de quitter son état de dépendance. De plus, les enfants imitent spontanément ce qui est nouveau. Les petits de 2 ans reproduisent sans donner un sens à leurs gestes calqués sur des personnages. Les parents attentifs à cette démonstration doivent donner un sens à ce mimétisme en nommant l’émotion reproduite par l’enfant. Vers l’âge de 3 ans, l’enfant choisit ses modèles, les héros dont il s’inspire. Il intègre l’allure du héros, ses attitudes, ses facultés extraordinaires et parfois même son langage.

Quoi qu’il en soit, il est normal pour un enfant de s’identifier à un personnage. Réprimez ce type de jeu et vous découvrirez des Batman® sous la table, des Spiderman® derrière un paravent, et les jeux se feront en cachette. Il vaut mieux établir une connivence avec les enfants. Tentez de cerner ce qui caractérise les héros, ce que représentent pour eux ces personnages. Ils se feront un plaisir de corriger vos imitations. En entrant dans le jeu, vous pourrez les amener à l’enrichir, à le diversifier, à proposer des amis au héros, à lui attribuer d’autres émotions. Vous soutiendrez ainsi leur créativité.

Étonnamment, interdire le jeu combatif peut l’inciter. Le fait de jouer avec l’enfant l’aide à rediriger son jeu, à exprimer ses sentiments de façon symbolique et à développer sa capacité à régulariser ses conduites agressives à travers un personnage, un animal, une fantaisie. L’épée de carton, le fusil fait de blocs et la baguette magique servent à créer un monde imaginaire et à faire semblant de combattre, de tuer ou de transformer.

C’est l’adulte qui confond le héros batailleur et son arme à l’armada réelle, celle des grands, celle qui tue dans la réalité. C’est prêter aux petits toute une intention hostile et c’est toute une responsabilité que d’interdire ces jouets fusils tirés du cinéma parce qu’ils sont destructeurs. L’enfant d’âge préscolaire navigue de la réalité à son monde imaginaire.

En acceptant les jeux de guerre, les jeux combatifs ou les jeux de héros et en y participant, l’adulte reconnaît le besoin des enfants de maîtriser leur monde. Il peut alors leur proposer des solutions de rechange, aider l’enfant à se maîtriser la manette de contrôle, enrichir son jeu créatif et agir à l’occasion en tant que médiateur.

Heureusement, la majorité des émissions canadiennes pour enfants présentent des héros socialement adaptés, joyeux et pacifiques.

Sylvie Bourcier

1 Tiré de L’enfant et les écrans. Chapitre 4. L’influence des images violentes. Sylvie Bourcier 2010. Éditions Chu Sainte-Justine.