Est-ce que Victor a un trouble du spectre de l’autisme? Que dois-je faire?

FacebookTwitterLinkedInPartager

Par Linda Gagnon, psychologue et consultante en CPE

Vous êtes l’éducatrice de Victor, 3 ans, et vous soupçonnez la présence d’un trouble du spectre de l’autisme.  Il a des comportements particuliers et nécessite des interventions spécifiques afin d’obtenir sa collaboration et limiter l’opposition ou les crises.  Il est un petit mystère pour vous.  Vous vous questionnez sur quel est votre rôle.  Vous ne voulez pas inquiéter les parents mais lorsqu’ils vous questionnent sur le développement de leur fils, vous donnez des réponses vagues de peur de faire des « vagues ».  Mauvaise stratégie…essayons d’y voir clair.

 

QUEL EST MON RÔLE?

Vous avez un rôle très important à jouer au niveau du dépistage du trouble du spectre de l’autisme.  Je répète du « DÉPISTAGE ».   La Direction du milieu de garde également.  Grâce à vos observations, Victor pourrait bénéficier de précieux services dès son jeune âge et développer des habiletés spécifiques, qui sans soutien ne pourront éclore.  Il est impératif que les observations soient partagées avec les parents, c’est votre responsabilité et celle du milieu de garde.

Certaines directions font appel à des professionnels qui peuvent soutenir le personnel éducateur dans les observations à réaliser, les interventions à mettre en place et dans la planification des rencontres auprès des parents.  D’autres milieu de garde ne bénéficient pas de ce type de soutien, ils ont tout de même un rôle à jouer. Dans les deux cas, il est recommandé que l’éducatrice note ses inquiétudes et préoccupations et que la Direction ou l’éducatrice rédige une courte lettre les énonçant afin de la remettre aux parents lors de la rencontre de partage d’informations.  Lorsqu’un professionnel participe à la démarche, il élaborera un rapport ou une lettre de référence.

Le fait de remettre une lettre aux parents est une étape très importante qui démontre le sérieux de vos préoccupations et qui leur permettra de consulter leur médecin ou d’autres professionnels en relayant l’information de façon juste.  Les parents sont parfois très envahis par différentes émotions lorsqu’on aborde les difficultés de leurs enfants et ne vont retenir qu’un certain pourcentage de l’information transmise.  Une information écrite est de mise.  Le milieu de garde peut indiquer dans les conclusions de la lettre qu’il recommande de discuter des éléments listés avec le médecin de famille de l’enfant ou d’autres professionnels et qu’il demeure disponible à répondre à toute question et à fournir des observations détaillées.

 

UN GUIDE POUR VOUS AIDER DANS LE DÉPISTAGE 

Sur quoi se baser pour organiser l’information?  Je vous propose de fureter sur Google et de consulter l’excellent guide suivant : « Signaux d’alarme – Guide de référence à l’usage des professionnels de la petite enfance d’Ottawa (guide Signaux d’alarme)».

« …un guide de référence visant à aider les professionnels de la petite enfance à déterminer s’il est nécessaire de conseiller aux familles ou aux tuteurs d’obtenir d’autres conseils, un dépistage, une évaluation et/ou un traitement pour leur enfant. 

Il n’est ni un outil d’évaluation ni un outil de diagnostic. Les renseignements contenus dans le guide Signaux d’alarme sont destinés aux professionnels travaillant auprès d’enfants jusqu’à l’âge de six ans (professionnels de la petite enfance). 

Bien que tous les efforts possibles aient été déployés pour assurer l’exactitude de ces renseignements, ceux-ci sont fournis « tels quels », sans garantie ni condition. Le guide Signaux d’alarme ne peut remplacer les conseils, l’évaluation et/ou le diagnostic bonne et due forme de professionnels formés pour évaluer adéquatement la croissance et le développement des nourrissons, des tout-petits et des jeunes enfants. Ce document vise à aider les professionnels de la petite enfance à déterminer à quel moment ils doivent discuter avec une famille de la nécessité d’obtenir des conseils et/ou un traitement. Il ne doit pas servir à établir de diagnostics ni à traiter de retards de croissance ou de développement apparents  ou d’autres besoins en matière de santé. 

Le guide Signaux d’alarme n’est ni un outil d’évaluation ni un outil de diagnostic. Il n’écarte pas la responsabilité du parent/tuteur de consulter son médecin de famille et/ou les professionnels appropriés. Le guide signaux d’alarme renvoie à des sites Web, à des ressources et à des documents créés » Voir intro du guide précité, Meilleur départ/Best Start Ottawa.  Édition 2016.

 

LEVER LES DRAPEAUX ROUGES

Votre rôle consiste à identifier aux parents les « drapeaux rouges ».  S’ils vous questionnent à savoir si cela serait possible que leur enfant soit autiste, soyez ferme que ce n’est pas votre rôle d’établir des diagnostics. Une de vos tâches consiste à relever des atypies au niveau du développement des enfants et de les communiquer aux parents.  Ils vont peut-être insister.  Répondez tout simplement que vous ne savez pas, mais que vous êtes préoccupée.  Point à la ligne.  Vous écoutez et vous répétez que malheureusement vous ne détenez pas l’expertise requise afin de répondre à leurs questions.

Les quatres catégories d’inquiétudes suivantes sont tirées du guide précité « Signaux d’alarme – Guide de référence à l’usage des professionnels de la petite enfance d’Ottawa » p. 78-79, Édition 2016.

 

INQUIÉTUDES SUR LE PLAN DE L’INTERACTION SOCIALE

  • Ne rend pas les sourires qu’on lui fait.
  • Établit de rares contacts visuels – regarde moins les gens dans les yeux, même s’il regarde parfois intensément les objets.
  • Manque d’engagement conjoint (p. ex. ne joue pas à faire « coucou » ).
  • Manque d’imitation (p. ex. ne fait pas au revoir de la main).
  • Manifeste peu d’attention, en donne et en partage peu et oriente peu celle des autres.
  • Accuse un retard dans les jeux d’imagination –ne joue pas à divers jeux spontanés de « faire semblant ».
  • Préfère jouer seul, s’intéresse moins aux autres enfants.
  • S’intéresse peu aux jeux interactifs.
  • Perte d’habiletés sociales ou régression sur ce plan avant l’âge de 36 mois.
  • Préfère faire les choses par lui-même plutôt que de demander de l’aide.
  • Salue les autres de façon maladroite ou ne leur prête pas attention .

 

INQUIÉTUDES SUR LE PLAN DE LA COMMUNICATION

  • Le langage apparaît tard ou est atypique.
  • Langage inhabituel – (écholalie), p. ex. répète des phrases entendues dans des films ou que d’autres personnes ont prononcées (plus que ce à quoi l’on s’attend dans le cadre d’un développement normal), utilisation répétitive de phrases, intonation étrange.
  • Ne répond pas toujours de la même façon ou ne répond pas à son nom ou à des directives (il est possible qu’il réponde à des sons mais pas au langage).
  • Moins grande capacité à compenser le retard de langage en faisant des gestes ou en pointant du doigt.
  • Ne comprend pas bien le langage (mots et gestes).
  • Perte d’habiletés du langage, en particulier entre 15 et 24 mois.
  • N’est pas capable de tenir une conversation.

 

INQUIÉTUDES SUR LE PLAN DU COMPORTEMENT

  • Mouvements répétitifs des mains et/ou du corps: remue ses doigts, bat des mains et des bras, raidit ses doigts, fait des mouvements complexes du corps comme tournoyer et sauter.
  • A des accès de colère intenses et répétés parce qu’une routine ou un comportement répétitif sont interrompus, ou sans cause ou élément déclencheur apparents.
  • A des intérêts sensoriels inhabituels: louche ou regarde les objets du coin de l’œil; sent, lèche, met les objets dans sa bouche (passé l’âge de 3ans); a une ouïe hypersensible.
  • A une gamme très limitée d’intérêts auxquels il se livre de façon répétitive.
  • Insiste pour garder les mêmes routines, activités, vêtements, etc.
  • Prête une attention inhabituelle à certains objets (comme les interrupteurs de lumière, les ventilateurs, les objets qui tournent, les stores verticaux, les roues et les balles).
  • Réagit de façon inhabituelle à la douleur (seuil de tolérance bas ou élevé).

 

HABILETÉS CONCERNANT L’ALIMENTATION ET HABILETÉS CONNEXES

  • Bébé, il met rarement les jouets dans sa bouche pour les explorer.
  • À l’âge de un an, il ne montre aucun désir de lécher le gâteau d’anniversaire ou d’y goûter.
  • Refuse de se brosser les dents.
  • Entre 15 et 18 mois, il se détourne de nombreux aliments qu’il acceptait auparavant.
  • Éprouve des difficultés avec les nouvelles textures; a en particulier du mal à délaisser les purées pour manger la même nourriture que le reste de la famille.
  • Refuse de manger des aliments nouveaux même s’ils sont adaptés à son développement et sont semblables à d’autres aliments qu’il accepte.
  • A tendance à ne manger que les aliments qui sont blancs ou beiges.
  • Refuse de manger les aliments qu’il accepte normalement s’ils sont présentés d’une autre façon ou s’ils ne sont pas de la marque habituelle.
  • Refuse de toucher les aliments humides et est réticent à se nourrir par lui-même à la cuillère.

 

INFORMATIONS TRANSMISES AUX PARENTS DE VICTOR

Tout d’abord, pas de discussion de corridor!!! Misère, non!  Il est recommandé de planifier une rencontre officielle en présence de la Direction, si cela est possible.  L’animation de la réunion est alors réalisée par la Direction. Je vous suggère d’amorcer la rencontre en vérifiant avec les parents s’ils ont des inquiétudes relativement au développement de leur enfant.  Bien les noter et les verser au dossier de l’enfant.

Voici ce que vous pourriez relever pour Victor lors d’une telle rencontre:

Observations et préoccupations

-Victor énonce peu de mots, il y a absence de phrases et la présence élevée de jargon.  À noter que fréquemment, lorsqu’il veut communiquer, il touche l’adulte et oriente son visage vers le sien ;

-Son jeu demeure presqu’exclusivement parallèle. Les échanges verbaux sont très rares avec ses camarades.  En comparaison avec les enfants de son groupe d’âge, il a très peu d’interactions sociales.  Le plus souvent Victor joue seul;

-Sans la présence de l’éducatrice-accompagnatrice, Victor frappe très souvent les autres, il est difficile d’identifier les déclencheurs.  Ses gestes apparaissent impulsifs et non en réaction à un geste d’un camarade.  L’ajout de l’éducatrice-accompagnatrice vise à encadrer ce type de gestes et à enseigner de nouvelles habiletés;

-Victor tient difficilement compte des émotions exprimées par ses compagnons;

-Victor se promène toute la journée avec un objet dans les mains.  Le plus souvent une petite voiture;

-Très faible réciprocité lors des échanges avec ses pairs ou les adultes.  La conversation semble à sens unique, il ne semble pas intéressé à entendre ce que l’autre a à raconter ou à poursuivre une discussion.

-Il décode difficilement les refus des autres qu’il aime chatouiller (faible inhibition);

-Il soutient faiblement le regard. Lorsqu’on lui parle ou qu’il nous demande quelque chose, il regarde comme à côté de notre visage;

 -Intérêt restreint très important pour les petites voitures;

-On n’observe pas  d’élaboration de scénarios dans ses jeux, même courts;

-Rigidité et opposition +++.  Victor ignore ou refuse fréquemment les consignes demandées;

-Difficultés très importantes à suivre les consignes s’adressant au groupe;

-Son attention est très faible.  Une consigne à la fois doit être transmise et exécutée. Il est distrait très facilement;

-Il marche et court sur la pointe des pieds;

-S’habiller et tracer à l’aide d’un crayon s’avère difficile;

 

RÉACTIONS DES PARENTS

Il faut s’attendre à différentes réactions de la part des parents.  Certains vont demeurer étonnés, figés, d’autres poseront des questions, pleurerons ou encore seront mécontent voire fâchés.  Des réactions normales, mais évidemment pouvant être difficiles à gérer.  Ces réactions font parties d’une première étape très importante pour eux et ne doivent en aucun temps vous remettre en question sur le bien-fondé de cette rencontre.  Victor a absolument besoin de vous pour signaler à ses parents les particularités de son développement, c’est votre responsabilité.  Par la suite, c’est la responsabilité du parent de poursuivre les investigations et du CPE de préciser les objectifs.  Chacun son rôle.

Comment intervenir ?

Avec les comportements inacceptables chez le tout-petit…

Par Lyne Archambault, éducatrice – formatrice

Comment intervenir quand un petit croque son ami? L’autre pince son voisin, et Marie tape la plus petite du groupe pas facile! Que faire ? Un défi pour une éducatrice à tous les jours afin de  créer dans son groupe une harmonie où le plaisir de découvrir et les apprentissages sont au rendez-vous.

L’agressivité est nécessaire et l’éducation ne vise pas à éliminer cette énergie, mais bien à la canaliser et à la rendre utile. Continuer la lecture de Comment intervenir ?

Les comportements sexuels chez l’enfant… quand s’inquiéter?

Le développement de l’enfant se fait dans toutes les sphères et la sexualité ne fait pas exception. Les enfants sont de nature curieuse. Leurs nombreuses questions et leurs explorations sont des manifestations de cette curiosité. Ils veulent comprendre le monde qui les entoure. Alors que le développement de la sexualité se fait naturellement et de manière plus subtile pour beaucoup d’enfants, certains enfants inquiètent leur entourage. A quoi s’attendre, donc?

Il pose des questions

            Cela peut gêner bien des adultes mais n’oubliez pas que pour l’enfant, c’est bien souvent une question comme une autre. Ses questions seront influencées par ce qu’il voit, entend ou perçoit autour de lui. Ainsi, un petit garçon qui voit des petites filles à la garderie aller à la toilette comprend qu’il y a des différences anatomiques. Il peut alors poser des questions à ce sujet à ses parents et chercher à les voir nus pour confirmer ce qu’il est en train d’apprendre. C’est un bon moment pour apprendre à l’enfant l’intimité et le côté privé du corps. Vous pouvez lui dire par exemple : « Ton corps est à toi et tu ne le montres pas, c’est privé. C’est la même chose pour moi. » Souvent, les parents ont peur de transmettre le message que la sexualité c’est mal s’ils ont un message de pudeur. La pudeur permet plutôt d’enseigner la valeur du respect de soi, de son corps, de celui des autres et même, une prévention des abus sexuels. Vous êtes en train de le prémunir contre les adultes qui voudraient toucher son corps ou montrer le leur. Retenez donc que même si les questions de l’enfant vous gênent, elles méritent une réponse appropriée à son âge, comme n’importe quelle autre question. S’il la pose, c’est qu’il est prêt, dans une certaine mesure, à en apprendre davantage à ce sujet. Vous pouvez également vous procurer des livres expliquant la sexualité aux enfants pour vous aider.

Il connaît beaucoup de choses

            L’enfant pose des questions pour comprendre mais certains enfants inquiètent car ils en connaissent beaucoup sur la sexualité. La première question à se poser est : que savent-ils exactement? Vous pourrez alors juger si ces connaissances sont appropriées pour un enfant de son âge. Par exemple, une petite fille de 4 ans peut savoir qu’un papa et une maman qui s’aiment fort et se collent peuvent avoir un enfant ensemble mais il serait étonnant qu’elle sache ce qu’est une fellation. Si les connaissances de l’enfant vous semblent au-delà de son âge, vous pouvez lui demander comment il a su cela. Même si cela peut faire penser que l’enfant est victime d’abus sexuels, il peut aussi avoir vu de la pornographie, avoir surpris ses parents, en avoir entendu parler par des enfants plus vieux, etc. Par contre, des verbalisations spécifiques où l’enfant dit avoir vécu quelque chose de sexuel avec un adulte ou un enfant plus âgé doivent toujours être prises au sérieux.

Il se touche souvent

            L’enfant découvre le monde qui l’entoure mais il découvre son corps également. Souvent par hasard au début, il est ensuite intrigué par les nouvelles sensations qu’il expérimente. Il peut donc se toucher par plaisir mais aussi pour s’apaiser lorsqu’il vit du stress ou pour s’endormir. Si se toucher lui apporte des bienfaits, il aura tendance à continuer. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter mais il est important de lui signifier que ses caresses doivent se faire dans l’intimité car c’est son corps et que c’est personnel. Il faut par contre surveiller s’il a des rougeurs, indice que ses attouchements sont trop fréquents ou trop intenses, et que ses nouveaux plaisirs ne l’empêchent pas de vaquer à d’autres occupations, comme jouer par exemple.

Il touche d’autres enfants

Saviez-vous que c’est entre 2 et 5 ans que l’enfant a le plus de comportements sexuels? Lorsqu’il s’agit de jeux sexuels, les enfants sont à peu près du même âge, ils sont tous consentants, ces jeux sont agréables et motivés par la curiosité (par exemple baisser son pantalon et se montrer nu tour à tour) et enfin, ils n’impliquent pas de comportements sexuels « avancés », tels que le sexe oral ou la pénétration. Il faut aussi se rappeler que, comme dans le cas de la masturbation, les jeux sexuels avec des enfants ne doivent pas empêcher l’enfant de s’adonner à d’autres activités. Si vous êtes inquiets par la fréquence ou le type de jeux sexuels auxquels s’adonnent votre enfant, dites-lui qu’il pourra avoir ce type de comportements sexuels quand il sera plus grand avec son amoureux, son amoureuse mais que pour l’instant, il vaut mieux qu’il s’adonne à d’autres jeux. Cela devrait suffire. Si les jeux perdurent ou s’intensifient après que vous ayez mis des limites, il vaut mieux consulter.

Inquiets?

En résumé, la sexualité est une sphère de développement de l’enfant comme n’importe quelle autre. Certains éléments peuvent par contre inquiéter. 1) L’enfant raconte avoir vécu des choses sexuelles avec un adulte ou un enfant plus âgé; 2) Il a des comportements sexuels fréquents; 3) Il a perdu de l’intérêt pour d’autres activités que la sexualité; 4) Il continue des comportements sexuels inappropriés malgré les limites que vous lui imposez; 5) Il a des connaissances sexuelles qui vont au-delà de son âge; 6) Il a des comportements sexuels « avancés » et / ou coercitifs.

La curiosité sexuelle est normale chez un enfant mais les adultes doivent demeurer attentifs à ce que cette curiosité s’exprime sainement, dans le respect de chacun et selon le développement de l’enfant.

 Geneviève Parent M.A., Sexologue, psychothérapeute et conseillère parentale

Le parent, le premier éducateur de son enfant. Se faire confiance pour aider son enfant.

parents-holding-baby-871294937167Xx4Julie est une nouvelle maman d’une petite fille de 6 mois, Sophie. Depuis sa grossesse, les conseils fusent de toutes parts. « Tu vas l’allaiter? T’es certaine? Parce que si tu lui donnes le biberon, ton conjoint pourra davantage s’impliquer! » Et Julie a remis en doute son choix d’allaiter. Elle ne veut surtout pas qu’Étienne, le papa, se sente à l’écart! « Tu te lèves encore la nuit? Moi mes enfants faisaient tous leurs nuits à 3 mois! Essaie la méthode du 5-10-15, tu vas voir, ça fonctionne! » Et Julie a écouté sa petite Sophie pleurer, adossée contre le dos de la porte, en pleurant, car elle aurait tellement voulu la prendre dans ses bras et la bercer! Mais elle se faisait tellement dire par sa belle-sœur qu’elle allait en faire un « bébé à bras », qu’elle n’osait plus la prendre et la serrer contre elle. A bout de nerfs, Julie a téléphoné au centre périnatal de sa région pour avoir des conseils et ce que l’intervenante en périnatalité lui a dit l’a complètement déboussolée : « Qu’est-ce qui est le mieux pour Sophie selon toi, Julie? » Elle s’attendait à tout, sauf à cela. Elle venait chercher des conseils car on lui en donnait constamment depuis qu’elle avait annoncé sa grossesse. C’est là qu’elle a réalisé qu’elle n’arrivait plus à penser par elle-même. Cette conversation avec l’intervenante périnatale a été le début d’une belle aventure.

Les conseils non sollicités

Ils sont nombreux et souvent contradictoires. Ils viennent de l’entourage et de personnes souvent plus expérimentées. Il est alors facile de se laisser influencer et de se remettre en question, particulièrement quand il s’agit de notre premier enfant. Rappelez-vous tout d’abord que la plupart des personnes qui donnent des conseils sont bien intentionnées. Elles veulent vous aider. Ces conseils sont teintés de valeurs et de croyances que vous partagez ou ne partagez peut-être pas. C’est pourquoi certains conseils vous semblent bienvenus alors que d’autres vous apparaissent carrément déplacés. Il y a aussi la personne qui donne ces conseils. Si vous l’appréciez et vous sentez proche d’elle, ces conseils vous paraîtront plus justes mais au contraire, si vous n’appréciez pas cette personne, ces conseils vous sembleront inadéquats. Voici quelques suggestions pour vous aider à survivre aux conseils non sollicités :

  1. Questionnez-vous à savoir les valeurs et principes qui guident vos actions envers vos enfants. Il est important de les connaître car ils vous aideront à accueillir favorablement certains conseils et à en rejeter d’autres. Par exemple, si vous valorisez la sécurité affective de votre enfant, vous serez contente d’avoir des conseils pour aider bébé à s’endormir sans pleurer et rejetterez du revers de la main la technique du 5-10-15.
  2. Lisez des avis professionnels sur les sujets qui vous intéressent. Les forums regorgent de techniques pas toujours très adéquates pour le développement de nos tout-petits. Si vous vous informez auprès de ressources compétentes, vous serez à même de faire le tri parmi les conseils de l’entourage. Par exemple, vous vous questionnez sur l’âge auquel vous devriez cesser l’allaitement. Vous lisez dans des sources fiables qu’il est recommandé jusqu’à l’âge de 18 mois à 2 ans. Vous pourrez alors faire la sourde oreille à votre mère qui vous suggère fortement d’arrêter d’allaiter votre bébé de 12 mois car c’est « malsain », selon elle.
  3. Apprenez à vous affirmer face aux conseils des autres. Vous avez le droit d’être en désaccord et soyez confiante dans vos propos. Ce n’est pas parce que tante Christine a eu 4 enfants qu’elle sait mieux que vous si votre enfant a un retard de langage, par exemple.
  4. Gardez en tête que les temps ont changé, les méthodes éducatives aussi. Il est révolu le temps où la peur devait régner pour qu’un enfant écoute. De nos jours, les professionnels s’entendent pour dire que la discipline est avant tout une affaire de cœur et de relation. Laissez donc dire belle-maman qui vous trouve trop laxiste dans l’éducation de vos enfants.
  5. Entourez-vous de personnes qui partagent vos valeurs éducatives. Il est plus facile de se sentir écoutée et accueillie lorsqu’on échange avec des personnes qui peuvent nous comprendre au lieu de nous juger.

L’avis des professionnels

Je suis moi-même une professionnelle auprès des enfants et des parents, je ne dirai donc pas que notre rôle est inutile, bien au contraire. Par contre, les avis de professionnels ne devraient pas remplacer votre intuition de parent. Vous êtes la personne qui connaissez le mieux votre enfant. Vous vivez avec lui depuis sa naissance, vous le voyez évoluer, vous êtes à même de vous inquiéter ou non de certains comportements. Il est certes souhaitable de connaître le développement moyen d’un enfant mais rappelez-vous qu’il s’agit de moyennes et que chaque enfant est différent. Certains marcheront plus tôt, d’autres plus tard. Certains parlent beaucoup, d’autres moins.

Ce qui sème la confusion chez beaucoup de parents est la diversité des conseils donnés par des professionnels. Ces conseils que l’on peut retrouver dans les livres ou dans les différents médias sont parfois contradictoires. Comment alors s’y retrouver? Il existe différents courants théoriques dans le développement de l’enfant et c’est pourquoi les avis peuvent différer. Par exemple, certains professionnels croient qu’il faut avant tout modeler les comportements des enfants et vont donc donner des stratégies de comportements, telles que le retrait ou les récompenses pour obtenir le comportement souhaité. D’autres privilégient la compréhension du comportement de l’enfant dans son développement. Ainsi, un enfant de 2 ans qui fait une crise ne serait pas puni mais plutôt soutenu afin de trouver une façon plus adéquate d’exprimer sa colère. On lui enseignerait la gestion des émotions, fort utile tant pour les enfants que les adultes.

L’équilibre entre la confiance en ses moyens et la recherche de soutien

Cet équilibre n’est pas facile à trouver. Gardez en tête que vous êtes la personne qui connaissez le mieux votre enfant. Cela ne signifie pas pour autant que vous n’aurez pas besoin d’un avis professionnel. Choisissez cependant avec précaution le professionnel que vous consulterez afin que son approche soit bienveillante à l’égard de votre enfant, qui est votre trésor. De même, les conseils d’autres parents peuvent être aidants, sans pour autant miner votre confiance en vos moyens. Rien ne vous empêche de les écouter, sans pour autant les appliquer. La voie du cœur est celle qui ne trompe pas, dans l’éducation de votre enfant. Laissez-vous guider par l’amour que vous ressentez pour lui et apprenez à le connaître et l’aimer, tel qu’il est, avec ses forces et ses lacunes. Si la voie du cœur vous paraît parfois incertaine, voici trois repères objectifs à utiliser pour tous les conseils que vous recevrez :

  1. Ce conseil respecte-t-il le rythme de développement de mon enfant? Autrement dit, est-ce que les attentes que nous avons envers notre enfant sont légitimes considérant son âge et sa personnalité?
  2. L’application de ce conseil cause-t-elle une souffrance physique, psychologique ou affective à mon enfant? Toute intervention qui cause une détresse à mon enfant ne devrait pas être appliquée.
  3. Le conseil en question me facilite-t-il la vie ou celle de mon enfant, ou les deux? Parfois, les conseils rendent la vie plus facile au parent tout en causant du tort aux enfants, en provoquant de la détresse chez-eux par exemple.

La parentalité est la plus belle aventure qui soit. Des enfants heureux font des parents heureux. Et le bonheur de votre famille, vous en êtes le gardien.

Geneviève Parent, M.A. Sexologue, psychothérapeute et conseillère parentale

Comment je peux stimuler le tout-petit à la marche ?

Comment peut-on stimuler le développement de la marche dans un contexte de sécurité tout en favorisant son autonomie ?

Plusieurs guides sur la marche existent afin de stimuler le tout-petit à la marche. Certains offrent des exercices à faire avec l’enfant pour renforcir son tonus musculaire, d’autres proposent de faire marcher l’enfant à l’aide de l’adulte. Malgré ce déploiement d’exercices, le décideur reste toujours l’enfant. Des objets de stimulation pour la marche peuvent être tout aussi efficaces et respectent davantage l’enfant dans cette acquisition d’habileté motrice. L’enfant peut l’exploiter à son rythme et à sa façon sans nécessairement l’aide de l’adulte. En voici un exemple:
Matériel
Pôle de rideau en bois à bouts arrondis, fixé au mur à la hauteur des épaules de l’enfant en position assise. De préférence, mettre la pôle à rideau en dessous ou près d’une fenêtre pour encourager l’enfant à s’exercer soit par l’attrait de voir à l’extérieur.

Objectif

  • Amener l’enfant à se soulever à l’aide de la pôle.
  • Amener l’enfant à exercer des étirements à l’aide de la pôle.
  • S’exercer à se ternir debout et à s’asseoir.
  • S’exercer à rester des périodes plus ou moins longues debout à l’aide la pôle.
  • Se déplacer avec appui à l’aide de la pôle.
  • Se tenir avec une main et se pencher pour prendre des objets au sol.
  • Se balancer à l’aide de ses deux mains à l’aide de la pôle.
  • Exercer son équilibre.
  • Développer sa confiance en soi.
  • Partager la pôle à rideau avec un autre ami.

Utilisation

  • Suspendre des pochettes avec des objets à l’intérieur, pour permettre au petit de faire des découvertes.
  • Permettre aux plus petits de manipuler des objets suspendus sur la barre.
  • Profiter de ce que l’enfant peut voir à l’extérieur lorsqu’il se tient après la pôle pour lui nommer ce qu’il voit.

D’autres utilisations peuvent être faites avec cet objet, la personne la mieux placée pour nous le démontrer reste l’utilisateur… bien sûr l’enfant.
Bonne marche!

Dessine-moi… ( ou faire à la place de l’enfant !!!!)

Martin, est éducateur au CPE 3 PETITS TOURS. Depuis quelques semaines, il fait l’accueil du matin. Il console les gros chagrins, rassure le parent inquiet, il installe des coins de jeux qui répondent aux besoins du groupe multiâge. La table à dessin est l’espace très populaire du matin. D’ailleurs, Martin est souvent sollicité par plusieurs enfants pour toutes sortes de commandes. « Peux-tu me dessiner un chien, un bateau, une belle princesse ? « Même le petit Julien 18 mois arrive toujours avec la même demande un GROS…GROS CHIEN…..Martin, passe la période de l’accueil à faire la démonstration de ses talents en dessin. Certains enfants le regardent et disent à Martin : « dessine moi….. »

Cette situation est répandue, mais doit-on répondre à cette demande pour faire plaisir à l’enfant ? ou se faire plaisir ?

Plusieurs raisons motivent l’éducateur (trice) à s’exercer à cette activité. On retrouve par exemple, le plaisir de répondre au besoin de l’enfant, un intérêt personnel pour le dessin, le désir de faire de l’enseignement ou simplement une excuse pour se soustraire d’assurer une présence à tout le groupe d’enfants.

Certes, le rôle de l’éducateur (trice) est bien de répondre aux besoins, de susciter des apprentissages, d’assurer une présence avec le groupe et ce, dans un contexte adapté au développement du jeune enfant. Les talents en dessin de l’adulte peuvent être exploités dans d’autres lieux dans des rapports égalitaires.

Lorsque Martin répond à cette demande, il ne met pas à profit les talents et habilités de l’enfant. Par contre, si c’est l’enfant qui dessine, il exerce la précision de ses gestes par l’autocontrôle de son bras, avant-bras, main et doigts. Il raffine ses mouvements en passant pas la grande motricité vers des gestes plus fins. Ces apprentissages sont des pré-requis pour l’écriture.

Dans l’activité du dessin, je permets à l’enfant de mettre en valeur sa créativité, de lui faire vivre la différence dans sa façon de voir les choses qui l’entourent. Je valorise aussi son sentiment d’identité. Je lui fais prendre conscience de ses capacités. Je reconnais également que pour développer une compétence il faut d’abord la travailler, être encouragé, supporté et surtout trouver une façon de faire qui personnalise qui je suis.

J’ai pu observer que dans de telles situations certains enfants restent inactifs devant une feuille blanche et des crayons. Ils ont appris à attendre, à regarder, à ne faire rien par eux-mêmes. Ils ont atteint un sentiment d’incompétence en se comparant leur production avec celle de Martin. Devant un adulte expérimenté en dessin le défi est trop grand pour un petit apprenti.

Le rôle de Martin est d’amener l’enfant à se développer globalement, de lui faire vivre du succès à sa mesure, dans un contexte de plaisir où l’enfant est au centre de ses apprentissages. Mais comment ne pas décevoir un enfant qui insiste pour qu’on lui dessine un petit chien ??

Martin doit éviter de dessiner devant les enfants. Lorsque l’adulte est concentré à dessiner, il ne peut voir les intentions du petit créateur. Éviter de faire de l’enseignement, l’enfant doit sentir qu’il a le pouvoir de dessiner ce qu’il veut et comme il le veut. Martin doit susciter l’intérêt de l’enfant par des questions ouvertes qui incitent à verbaliser les connaissances qu’il possède. Par exemple, l’enfant demande « Peux-tu me dessiner un chien ? » L’adulte répond « Comment il est le chien? Comment est sa queue ? Les oreilles sont comment ? « L’adulte peut tracer sur une feuille ce que l’enfant lui dit mais avec beaucoup d’hésitation. Il peut alors demander à l’enfant de lui montrer comment il est sonpetit chien. De cette façon, l’adulte guide l’enfant dans son dessin et le petit met dans l’action sa pensée et fait un plus grand apprentissage. Dans un même contexte, il peut être aussi pertinent d’inviter l’enfant à demander à un ami(e) de dessiner pour lui le petit chien. Celui qui rend le service est valorisé dans ses compétences et l’ami(e) qui en fait la demande observe et découvre qu’il est aussi possible de le faire puisqu’un enfant du groupe le fait, le défi est réalisable.

Par contre, lorsque le défi reste difficile pour l’enfant. l’ adulte doit observer des forces dans d’autres domaines enfin de valoriser et encourager la pratique. La présence discrète et chaleureuse donne toute son sens à la relation.

Lorsque Martin prend du temps avec l’enfant, il lui démontre qu’il est assez important à ses yeux pour s’intéresser à lui.

Je l’prends ou pas dans mon groupe?

Céline Perreault, TES

Avril 2011

www.aveclenfant.com

Il est 16h25 au CPE les petites frisettes. Quatre-vingt enfants fréquentent ce CPE à chaque jour. À 16h30,  trois éducatrices quittent. Elles ont terminé leur journée de travail. C’est à ce moment que les enfants doivent être redirigés vers d’autres groupes où les éducatrices quitteront à leur tour progressivement. Théo est un enfant très turbulent. Il bouge rapidement dans le local et aime les jeux de course avec de gros camions. Il est actif. Quand Roxanne voit qu’il va lui être attribué pour la fin de la journée, elle s’exclame : ah non! Pas Théo dans mon groupe! Je n’ai pas le goût aujourd’hui!!!!

Vous êtes surpris… pas autant que Théo!

Qu’est-ce que l’on pourrait faire pour le mieux-être de Théo ou

Comment améliorer la répartition des enfants en fin de journée?

a)     Toujours rediriger les enfants vers la même éducatrice. De cette façon, il poursuit sa journée tout simplement sans s’adapter à nouveau à une éducatrice. La communication entre les deux éducatrices serait facilitée et la qualité des interventions améliorées. Régulièrement, les deux éducatrices pourraient échanger sur les interventions à faire auprès de Théo et en favoriser la cohérence.

 

b)      Faire voyager les enfants en groupe identique d’un soir à l’autre. S’il n’est pas possible d’envisager que la même éducatrice à chaque soir reçoive les mêmes enfants, il serait profitable d’envoyer les enfants en même sous-groupe d’un soir à l’autre. Une solidarité pourrait s’installer entre les enfants et un sentiment d’appartenance serait favorisé par des contacts réguliers et quotidiens. La plupart des enfants agités ont besoin de stabilité  affective. Se retrouver avec ses mêmes petits amis en fin de journée encouragera Théo à s’attacher à ses amis de fin de journée et permettra à certains d’entre eux à mieux le connaître et développer des jeux avec lui.

 

c)      Prolonger le départ des éducatrices en fin de journée : Bien sûr, il faudrait prolonger la journée de l’éducatrice… parfois il s’agit d’ajouter 30 minutes à la fin de la journée pour que la plupart des enfants de son groupe soient partis. Cette éventualité pourrait être étudiée et compte-tenu de la réalité de chaque groupe, des prolongations d’horaire seraient à instaurer. Imaginer si Théo part à 16h45 soit 15 minutes après son éducatrice et qu’à chaque soir il doit s’adapter  pour un court temps à un autre adulte avec ses règles et ses consignes particulières.

d)      Organiser des activités grands groupes pour les fins de journée/ contes, jeux d’exploration, jeux extérieurs etc. :Des jeux spéciaux sont organisés pour la fin de journée comme par exemple,  des jeux d’eau ou de sciences. Habituellement, un enfant agité est stimulé par les jouets nouveaux et renouvelés. C’est probablement ce qui arrivera à Théo. Il aimera les bacs de sciences et peut-être d’eau aussi.

e)      Conscientiser les parents sur l’importance de venir chercher l’enfant le plus tôt possible pour vivre de bons moments en famille. Les jeunes parents doivent être conscientisés à l’importance de jouer avec leur enfant et de vivre la routine des tâches. Par exemple, il serait pertinent d’aller faire son épicerie avec son enfant et lui apprendre les catégories  par exemple. Apprendre avec son parent, c’est gagnant! Théo aime ‘’fortement’’ ses parents. Il gagnerait à vivre de petits rituels avec ses parents comme faire l’épicerie ou aller mettre de l’essence avec un des deux parents. Il y ferait plusieurs apprentissages.

En fin de journée, l’enfant voit tous les parents des autres enfants venir les prendre. C’est un grand défi que de rester tranquille et serein quand l’enfant  voit tous ses amis partir un après l’autre. Les conditions environnementales et humaines doivent favoriser le calme surtout en fin de journée….

La stabilité dans la relation affective est gage de sérénité chez un enfant. Au service de garde, là où la majorité des enfants québécois vivent leur enfance, rappelons-nous que la qualité de nos interventions passe par la cohérence et la constance dans nos gestes auprès de l’enfant. Partant de cette affirmation nous pouvons aussi dire : ‘’Parce qu’elle le connaît mieux, l’éducatrice régulière et stable est plus sensible et répond plus adéquatement aux besoins de l’enfant’’[i].

Prenons le temps de réviser nos pratiques, les enfants s’en trouveront  plus sereins!

 


[i] Hébert, Ginette, Nathalie Hébert, Geneviève Issalys et Caroline Milhomme (2009) Gestion des horaires et de la fréquentation, Montréal, éd. AQCPE, coll. Petit guide pour prendre la route , Projet Odyssée.

Bouger à l’intérieur : partie 2

Céline Perreault, enseignante TEE

Décembre 2012

www.aveclenfant.com

Habiletés à stimuler chez les enfants :

De 0 à 5 ans, l’enfant aime attraper une balle et la frapper, sautiller, sauter à pieds joints et sur un pied, se placer en petit bonhomme et faire des roulades avant et un peu plus tard par en arrière, marcher sur des surfaces différentes et marcher en équilibre. La feuille en annexe vous guidera quant aux habiletés à viser pour l’enfant. Après observation, on pourra encourager l’enfant à relever de nouveaux défis moteurs.

Le programme éducatif parle d’espace ou aire de jeu nommée musique et mouvement. Comme les espaces dans un local sont restreints, organiser des jeux sur la musique permet de faire bouger les enfants tout en s’amusant  et voici quelques idées :

  1. 1. Jeu de groupe : le tambour musical

À l’aide d’un tambour et selon le même principe que la chaise musicale. Lorsque la musique arrête, l’enfant qui a le tambour doit jouer de celui-ci.

  1. 2. Jeu de la danse musicale

Faites danser les enfants en leur disant de bouger les hanches de gauche à droite. Ensuite, à l’aide d’une baguette du chef d’orchestre, dirigez les enfants vers la droite ou la gauche.

  1. 3. Le jeu des clés :

Bandez les yeux des enfants et après avoir laissé tomber un trousseau de clés sur le sol, demandez-leur à quel endroit il est tombé.

  1. 4. Danse tête à tête

On a besoin d’une feuille pliée en quatre pour un couple d’enfants. Les deux enfants vont danser ensemble en tenant la feuille front contre front. On a alors une danse qui provoquera des fous rires garantis. Puis à l’arrêt de la musique, un des enfants déplie la feuille totalement et s’assoit dessus, l’autre enfant s’assoit à son tour sur son camarade en délicatesse. Dernier couple assis arrêtera la musique.

  1. 5. Danse des sous : avec les enfants, nous collons des pièces de monnaie de 1 sous en dessous de nos souliers. Par la suite, nous danserons la claquette avec nos souliers.
  1. 6. Roméo et Juliette : les enfants ayant les yeux bandés doivent se diriger vers l’enfant qui chante.
  1. 7. La danse des cerceaux : Mettre des cerceaux un peu partout. Les enfants doivent sauter, danser, courir sur de la musique proche des cerceaux et quand la musique s’arrête, les enfants doivent sauter dans le cerceau le plus proche et s’il y a un enfant qui n’a pas trouvé de cerceau à temps, il devra faire la statue jusqu’à ce que la musique recommence.
  1. 8. Cachette musicale : les enfants se cachent et pour que l’ami les trouve, ils doivent faire du bruit avec un instrument.
  1. 9. Dessins musicaux : les enfants dessinent sur de la musique et quand la musique s’arrête, ils doivent échanger leur dessin avec la personne à côté et quand la musique recommence, les enfants continuent le dessin et ainsi de suite.

10. La fureur : L’éducatrice fait jouer des comptines que les enfants sont capables de chanter, et à un moment donné, durant la comptine, elle éteint le volume quelques secondes et le remonte, puis les enfants doivent essayer de chanter les paroles sans musique.

Il est primordial d’inculquer une saine hygiène de vie aux jeunes enfants et ça passe par les faire bouger même à l’intérieur. Il est suggéré que le jeune enfant joue activement et de moyenne à haute intensité pour permettre l’essoufflement  au moins 60 minutes par jour. On compilera les jeux intérieurs, les jeux extérieurs, les jeux libres dans le but de totaliser 60 minutes. Alors amusons-nous!!!

Trois  ressources pour vous aider à faire  bouger les enfants :

  • La trousse : La mini Gigote, trousse de jeux actifs.
  • Le site internet : http://123geant.telequebec.tv/
  • Cartes à motricité globale par Martin Liberio : Cet ensemble propose 100 activités physiques à pratiquer à l’extérieur comme à l’intérieur, avec peu ou pas de matériel. ( voir le site Martin Liberio)

 

(Pour écrire ce texte, je me suis inspirée de la feuille-ressource ‘’Tirer le maximum de l’espace intérieur en fonction de l’activité physique’’ de Fédération canadienne des services de garde à l’enfance.)

Fiche tirée du document : l’activité physique en milieu de garde : qualité des lieux et meilleures pratiques

Mme Marois n’écoutez pas Mme Malavois

Imaginons un enfant de 4 ans en milieu défavorisé entouré de parents aimants mais « sans le sous ». Maman reste  à la maison pour prendre soin de ses enfants. À l’heure du diner William , après avoir passé son temps à la télé ou à jouer avec sa figurine super héros , s’approche de la table pour y manger encore un plat simple et sans nouveauté  car Maman doit faire beaucoup avec peu. Elle débarbouille  ses petits après le repas pour la sieste  mais pas notre grand William. Maman lui permet  de se rendre chez son petit voisin pour jouer à son jeu playstation. Puis au retour, il mangera le même repas du dîner car il ne faut pas faire de gaspillage. Vite au bain et après un peu de télé on met tout ce beau petit monde au lit.

Imaginons ce même enfant au service de garde. Il arrive et rencontre son groupe 4 ans. Il peut choisir d’aller au coin blocs ou au coin faire semblant ou vers un autre coin qui l’intéresse. Puis après s’être lavé les mains il va prendre sa collation de yogourt et fruits tout en parlant avec son éducatrice. Elle  leur annonce que ce matin, ils vont faire un projet sur le thème des chevaliers. Elle invite les enfants à créer un château pour  la princesse qui a perdu le sien. Et tout au long de l’activité, l’éducatrice insiste sur les mots entourant les princes et princesses et leur château. De pont levis à armure en passant par les armures « cotte maille », les enfants apprennent du nouveau vocabulaire en jouant.

Comme la journée est  ensoleillée et malgré le froid, les enfants s’habillent et vont jouer dehors avant le dîner. Une belle montagne de neige les attend. Cris, « poussaillages », courses, poursuites, balles de neige etc. les enfantsJOUENT.  Au dîner, oh surprise, du tofu aux légumes. Notre petit William aime ça et en redemande à deux reprises. Avant le dodo, l’éducatrice reprend son livre sur les châteaux et ramène les nouveaux mots présentés en matinée, dans le but de leur rappeler le nouveau vocabulaire. Le repos est pour tous les amis de 4 ans suivi d’un temps tranquille où l’on peut regarder un livre. L’après-midi se poursuit par une collation santé  et se termine par des jeux libres où William peut expérimenter de nouvelles compétences.

William revient chez lui content, heureux de revoir sa famille et satisfait d’avoir joué avec ses amis. Cette description d’événements je la connais car en tant qu’éducatrice je l’ai  vécue plusieurs années. Je suis certaine que l’enfant de 4 ans est mieux en service de garde qu’à la maternelle. Pensons-y rapidement. Imaginons William, 4 ans qui fréquente un groupe  maternelle  4 ans. D’abord, il va se retrouver dans un grand édifice avec plusieurs grands enfants autour de lui. L’enseignante qui va l’accueillir devra partager son attention entre vingt enfants soit deux fois plus qu’en service de garde.

Le jeu est le travail de l’enfant en petite enfance. Il aime découvrir son environnement en expérimentant  dans un contexte sécurisant.

Comme le programme éducatif des centres à la Petite Enfance le spécifie :

«En lui proposant toutes sortes de stimulations, les services de garde favorisent l’actualisation du potentiel de l’enfant et lui offrent la possibilité d’acquérir plusieurs attitudes ou habiletés qui lui seront utiles au moment de son entrée à l’école » [1]

La confiance en soi, le goût d’expérimenter, d’exprimer son point de vue, une bonne capacité d’attention et de concentration, la capacité de résoudre des problèmes, une bonne motricité globale et fine, un langage clair et un vocabulaire étendu constituent en effet autant d’atouts susceptibles d’assurer à l’enfant une entrée réussie à l’école. Le fait d’apprendre à vivre en groupe, à suivre une routine, un horaire et à respecter des consignes favorise aussi l’intégration ultérieure de l’enfant dans le milieu scolaire, de même que le fait de participer à des activités d’éveil à la lecture et à l’écriture.[2]

En reprenant la description des activités de William réalisées dans sa journée en Service de garde, on peut dire sans se tromper qu’en présentant sa création du matin, il travaille sa confiance en soi après avoir expérimenté la construction avec de nouveaux blocs et d’avoir résolu des problèmes de création. En plus d’exprimer son point de vue aux autres enfants et devant son éducatrice, il a manipulé et exercé sa motricité fine. Puisque son éducatrice avait pris bien soin de trouver un livre décrivant la vie au château, il a acquis du nouveau vocabulaire. Toutes ces compétences ont été favorisées à l’intérieur d’une routine quotidienne que William maîtrise bien et dans  laquelle il trouve sécurité et confiance.

Quoi demander de plus??? Pourquoi mettre en péril de développement de l’enfant en le plaçant dans un groupe  maternelle 4 ans parmi beaucoup, beaucoup d’enfants??? Avons-nous la preuve que l’enfant y trouvera des avantages ???

Avant de prendre une telle décision, pensons d’abord à l’enfant et non à l’aspect financier.  Un jour ces enfants devront prendre soin de nous. Qu’aurons-nous à expliquer????

 

 


[1] Accueillir la petite enfance, programme éducatif des services de garde du Québec, gouvernement du Québec, p. 9

[2] Idem, p. 9

Les amis c’est trop fort…(Les sources de stress dans l’environnement)

Dans le groupe des 18 mois à 2 ans, Les petits pieds potelés, il y a beaucoup d’énergie dans l’air. Josée aime bien mettre de la vie dans le local. La musique est omniprésente en tout temps, l’éducatrice trouve important de faire écouter plusieurs styles de musique pour développer les goûts musicaux de ses amis(es). Les instruments de musique sont à la disposition des enfants, les coins de jeux sont abondants afin d’offrir un choix varié  et de limiter l’attente. Par contre, Josée constate que dans son local il y a beaucoup de bruit. Les enfants pleurent beaucoup et elle observe que Mathis, à plusieurs reprises durant la journée, se met les mains sur les oreilles. Ce qui la questionne encore plus, c’est qu’elle doit dire régulièrement : « LES AMIS(ES) C’EST TROP FORT »

Il existe de nombreuses sources de bruit dans l’environnement qui peuvent à court terme engendrer du stress chez l’enfant et l’éducatrice. Le bruit peut créer aussi de l’insécurité chez l’enfant, de l’agressivité et une faible résistance à la maladie.  La tolérance au bruit varie d’une personne à l’autre.

Une étude qui a été effectuée auprès de 25 CPE démontre que le niveau de bruit de 66 décibels correspond à une conversation animée entre plusieurs personnes alors que 94 décibels est le niveau sonore d’une discothèque, où la communication est presque impossible. Il est reconnu scientifiquement qu’une personne exposée à 85 décibels de nombreuses années risque la surdité. L’enfant est à risque au même titre que l’éducatrice mais heureusement il n’est pas exposé à cette intensité assez longtemps pour en être atteint alors que l’adulte peut en souffrir.
Référence : Le magazine Enfants Québec novembre 2001, par Pauline Gravel.

Il existe des moyens simples dans l’environnement qui peuvent réduire le stress causé par le bruit :

  • Questionner la pertinence des choix musicaux et les moments appropriés pour en faire la découverte. Un bruit de fond continu et uniforme dans le but d’aider à la concentration chez l’enfant à peu d’effet.
  • Installer des coins de jeu pour réduire le bruit car ils regroupent un nombre restreint d’enfants à la fois.
  • Faire des choix judicieux de jouets, car certains peuvent être une source importante de bruit dans l’espace. Les jouets qui créent des sons aigus sont plus fatigants et irritants que ceux qui produisent des sons graves.
  • Laisser à la disposition des enfants un bac d’instrument de musique lorsque que l’éducatrice est disponible pour soutenir l’exploration.
  • Installer dans les coins de jeux une plus grande quantité du même objet. Le fait de réduire la variété chez le petit  limite ses frustrations.
  • Permettre  la manipulation, l’expérimentation et les découvertes avec des objets semblables. Les sons intermittents et irréguliers que créent la variété des jouets sont plus distrayants lorsque l’enfant se concentre que les sons continus, et ce, en particulier chez le petit.
  • La quantité de jouets disponible pour une période de jeu est aussi une source de bruit importante, deux stations de jeux pour le 18 mois à 2 ans aident l’enfant à être autonome dans son choix, limite le bruit et lui assure la sécurité dans l’espace.
  • Les bacs de jouets plus bruyants doivent être versés sur une surface de tapis, soit par terre ou sur une table avec une nappe qui absorbe le bruit.
  • Les balles de tennis aux pattes de chaises et de tables sont des moyens utiles de réduire le bruit.
  • Suspendre des tissus au plafond, ou simplement y installer le parachute de jeu dans un coin en particulier, permettra à l’enfant d’avoir un lieu pour se détendre et apaisera son niveau de stress.
  • Baisser l’intensité des lumières amène le calme dans le local.
  • Fixer du liège au bas des murs ou à l’arrière des meubles favorise une plus grande absorption du bruit.
  • Diviser la pièce pour créer plusieurs coins de jeux en utilisant l’ameublement. Cela évite la présence de grands espaces qui invitent le petit à courir.
  • Suspendre des tissus ou voilages aux fenêtres réduira aussi le bruit.
  • Offrir des moments d’animation au groupe d’enfants, comme par exemple raconter une histoire afin de rééquilibrer les énergies.
  • Doser les activités en passant d’une activité calme à une activité plus motrice ou l’inverse.

Le niveau acceptable du bruit de fond est déterminé par la capacité de l’adulte à entendre facilement les conversations entre les enfants. Il existe un appareil qui permet à l’éducatrice de tester le niveau de décibels dans son local. Plusieurs milieux ont recours à cet outil pour sensibiliser les enfants plus âgés à l’intensité du bruit.

Des grands moyens pour moins de brouhaha chez les petits pieds potelés !!

Pour en savoir plus sur le bruit ,www.asstsas.qc.ca
Sans Pépin : `Réduire le bruit dans les services de garde, solution acoustique`. Volume 8, numéro2, juin 2006