Faire bouger le tout-petit à sa mesure… Comment adapter nos activités physiques à nos tout-petits.

FacebookTwitterLinkedInPartager

Josée Lespérance, enseignante TÉE

Janvier 2013

www.aveclenfant.com

 

Comme tous les matins, j’écoute l’émission Salut  bonjour! en me préparant pour aller au travail. Mais ce matin-là, j’ai vraiment été surprise de voir la vidéo que Gino Chouinard présentait.  Nous voyons un enfant au bas de la piste de ski, tellement vidé de ses énergies qu’il dort debout  sur ses deux skis et finit par tomber à la renverse. La scène qui se veut humoristique m’a fait réfléchir sur les attentes  élevées que nous avons parfois envers nos enfants. Malheureusement, je trouve la situation bien triste, comment un jeune enfant peut se rendre au bout de toutes ses forces sans que personne  l’arrête? Voir Vidéo (www.nokenny.com/un-gamin-dort-debout…).

Peut-être me diriez-vous que c’est l’enfant qui désire faire du ski !!!! Je pratique moi-même ce sport depuis plusieurs années, et je n’ai jamais vu un enfant de 3 ans faire une crise à son parent pour faire du ski.

Un enfant de 3 ans a peu d’expérience physique pour exercer un sport qui demande une technique aussi précise. Des pré-requis sont nécessaires pour bien maîtriser la glisse sur la neige. Par exemple, avoir marché sur différents sols puisse qu’il va devoir s’adapter aux différentes surfaces de neige. (glacée, granulée, collante) etc. L’immaturité du système nerveux  central  ne permet pas au jeune enfant de vivre avec plaisir et succès la pratique du ski alpin. Il est nécessaire que  le mouvement volontaire devienne un automatisme. Pour y arriver, l’enfant a besoin d’expérimenter plusieurs situations  motrices qui lui permettront de connaitre son corps et ses limites. Les moyens qu’il va développer pour se déplacer, garder l’équilibre, avoir le contrôle de son corps et ajuster son pas serviront à rendre ses gestes matures et fluides pour  ce type de sport en particulier.

Le jeune enfant n’est apte à faire l’évaluation des distances de freinages à la pratique sécuritaire du ski alpin.  Ce qui explique l’usage de différentes techniques qui relient l’enfant à l’adulte que nous pouvons voir parfois sur les pistes. Il faut également observer que pour certains enfants, il est difficile de se contrôler et s’arrêter lorsqu’ils ressentent l’excitation de la descente. Que dire de la concentration exigée pour l’exécution de l’ensemble de  ces habiletés. C’est pourquoi  il est facile de comprendre  la  fatigue extrême de l’enfant sur la vidéo.

Par contre, encourager la descente du grand frère ou de sa grande sœur, laisser l’enfant marcher avec des bottes de ski, manipuler l’équipement, se promener en traineau au bas des pistes, dîner en famille dans le chalet de ski, etc. sont des actions qui influencent positivement l’enfant dans l’exercice de ce sport. Son implication dans l’environnement souhaitée devient une source importante de motivation pour plus tard.

Sachez que prendre le temps d’observer les réactions et les signes de fatigues manifestés chez son l’enfant, c’est lui permettre d’anticiper des habitudes de vie comme adulte de demain.

Contrairement à ce que nous pouvons penser, la participation à un sport structuré comme par exemple être dans une école de ski demande beaucoup moins physiquement que le jeu libre. En effet, le sport structuré fait appel à plus de périodes d’inactions, car l’enfant doit suivre le rythme du groupe, écouter les consignes et respecter les temps d’arrêt. Alors que, le jeu libre permet à l’enfant de réagir davantage aux imprévus et par le fait même avoir une dépense énergétique beaucoup plus grande.

Je vois de plus en plus dans les milieux de garde de l’intérêt à faire bouger les enfants ainsi que leurs familles. Le défi Pierre Lavoie propose des moments de bougeottes aussi simples que de faire courir les plus vieux sous les yeux observateurs des plus petits, aller prendre une marche en famille après le souper. Les enfants amassent au CPE et à la maison des cubes d’énergies. Ces cubes peuvent le prétexte  à la fin du défi pour organiser une fête en famille au CPE. Une belle façon d’influencer le goût de bouger de tous.

Comme parent, nous avons à servir de modèle en adaptant nos sorties sportives aux limites de nos petits.

Voilà une belle façon pour que notre enfant dorme dans son lit le soir venu plutôt que sur ses skis….

Je vous recommande fortement  le livre de François Cardinal, Perdu sans la nature qui fait l’éloge des activités familiales en plein air.

L’éducatrice doit-elle jouer avec les enfants ?

Stagiaire de deuxième année dans le groupe des 3 ans. Claudine se questionne sur son implication avec les enfants en situation de jeux. Doit-elle s’impliquer dans les jeux des enfants ? Doit-elle s’investir dans les bricolages avec son groupe en bricolant avec eux ? Jouer avec l’enfant dans le coin imitation… Mais jusqu’où peut-elle aller dans le jeu ?

Elle se propose de parler avec son éducatrice-guide afin de connaitre son opinion.

Manon, son éducatrice-guide a bien des choses à dire sur le sujet. En effet, elle a pu observer Claudine à plusieurs reprises jouer avec les enfants dans le coin imitation mais sans porte peu attention aux autres enfants. Dès son arrivée au CPE, elle est sollicitée pour jouer avec un petit groupe et souvent  les mêmes enfants. Son éducatrice–guide a pu remarquer que Claudine supporte peu les enfants en situation de conflits. Manon doit souvent intervenir pour aider à la résolution de problèmes alors que Claudine s’amuse avec Zoé, Catherine et Pierre-Luc. Face à ces observations Manon expose son point de vue à Claudine…

Être éducatrice est avant tout de créer des liens significatifs en passant par le jeu et ce dans le plaisir d’être ensemble. Lorsque Claudine se prête au jeu au même titre qu’un enfant, le groupe ne peut la voir comme un adulte en qui il peut avoir confiance. Son rôle n’est pas de jouer mais de faire jouer l’enfant par sa présence. Son implication dans les jeux  ne lui permet pas d’observer pour mieux connaître le groupe, elle est en contact seulement avec 2 à 3 enfants à la fois. Le groupe ne peut voir Claudine comme une adulte mais plus comme une coéquipière. Dans ces conditions, il est plus difficile pour Claudine de se faire respecter dans ses demandes. Lorsqu’elle prend des attitudes de fermeté, elle n’est pas écouté, les enfants ne lui portent pas attention, elle est peu significative pour eux dans un rôle d’éducatrice.

Manon explique à Claudine que lorsqu’elle prend le temps d’observer les enfants par exemple dans une activité de bricolage elle peut :

  • Soutenir l’évolution du groupe.
  • Aider les enfants plus en difficulté.
  • Développer des stratégies pour stimuler la découverte et l’intérêt des enfants.
  • Intervenir pour les encourager à poursuivre.
  • Reconnaitre les forces de chacun.

Le fait de participer au même titre qu’un enfant, il est difficile de voir le découragement du petit qui prend conscience d’être bien loin de faire aussi bien que l’adulte.

Après cette discussion, Claudine se propose de changer certaines attitudes qui nuisent à sa relation avec les enfants. Par exemple, en jeux libres elle veut s’impliquer d’une toute autre façon. Prendre le temps d’observer les enfants et relancer le jeu en proposant par exemple à Jonathan qui a fait une super tour avec les blocs de lui montrer comment faire. Cette approche valorise l’enfant qui est l’auteur de la tour et apporte des idées nouvelles aux enfants qui s’y intéressent. Claudine suscite alors l’intérêt des enfants et le jeu peut se poursuivre. Ce qui lui permet d’aller voir les autres coins de jeux et de stimuler par exemple la bonne idée de Juliette dans le coin imitation, qui a pris deux boîtes de papier mouchoir vides dans le matériel de récupération pour se faire des souliers. Elle remarque aussi une nouvelle amitié entre Marie-Pier et Arienne qu’elle trouve bien pertinente. Elle prend alors le temps d’aller les voir et de leur dire qu’ensemble elles s’amusent très bien.

Maintenant, lorsqu’un enfant lui demande de jouer, Claudine laisse l’enfant prendre le contrôle du jeu, elle tente de susciter l’intérêt par des questions l’incitant à la découverte, son enthousiasme permet de laisser l’initiative qui revient au petit explorateur.

Claudine reconnait que jouer avec les amis(es) de son groupe c’est avant tout avoir du plaisir et partager un moment privilégié avec eux !!!