Des éducatrices surchargées

FacebookTwitterLinkedInPartager

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance
Octobre 2010
www.aveclenfant.com

Les médias font état de la réalité criante de l’épuisement professionnel des enseignantes surchargées de travail. L’absence de ressources professionnelles, l’intégration d’enfants manifestant des besoins particuliers, la violence sont dénoncées et expliquent en bonne partie cet épuisement associé au travail. Bien que plusieurs études[1] suggèrent que le niveau d’épuisement professionnel des éducatrices n’est pas plus élevé que la moyenne, on ne peut négliger le fait que ces travailleuses sont en contact avec de nombreuses situations potentiellement stressantes qui peuvent s’apparenter à celles vécues par les enseignantes.

La profession d’éducatrice requiert de grandes capacités adaptatives. L’intervenante doit continuellement s’ajuster à la santé, aux intérêts, aux besoins variés et uniques des enfants, aux inquiétudes des parents et aux styles des membres de l’équipe avec lesquels elle doit travailler en cohérence éducative. Elle doit être à l’écoute d’un grand nombre d’informations concernant les enfants, être attentive aux signaux émis par chaque enfant, les décoder, y répondre adéquatement et en faire part aux parents.
Si l’éducatrice entre en relation avec de nombreux enfants, pensons ici aux groupes doubles, elle est alors surchargée sur le plan sensoriel (bruit, cris, sollicitations physiques, pleurs, rires, messages verbaux), émotif (détresse, joie, colère, impatience, excitation, etc.) et sur le plan cognitif (somme d’informations à analyser, à mémoriser). Les petits d’âge préscolaire manquent d’autonomie et sollicitent fréquemment de l’aide. L’éducatrice doit demeurer disponible, accompagner certains, encourager d’autres à agir et servir d’agent de la paix régulièrement. Une éducatrice témoignait son incapacité à informer les parents des 15 poupons avec lesquels elle avait travaillé avec ses 2 compagnes durant la journée, celles-ci ayant quitté en fin de journée. Avait-il bien dormi? Avait-elle été souffrance? Combien de selles aujourd’hui ? Avait-il fini son assiette? Il y a en effet un lien entre le rapport éducatrice-enfant (ratio) et l’épuisement.[2]

Le Conseil canadien sur l’apprentissage[3] situe à 1 adulte pour 3 enfants jusqu’à 2 ans, 1 pour 6 enfants de 2 à 3 ans et 1 adulte pour 8 enfants d’âge préscolaire; le ratio idéal soit celui qui est associé à un développement cognitif, social plus élevé en 1ère année. Comme nous le savons au Québec le rapport est 1;5 pour les poupons, 1;8 pour les enfants de 18 mois à 4 ans et 1 :10 pour les 4 ou 5 ans en installation et 1 :6 en milieu familial où l’on retrouve le multiâge.

Il est parfois difficile pour l’éducatrice de se sentir satisfaite du travail qu’elle accomplit. Comment se sentir compétente dans autant de domaines? Les tâches sont multiples et d’une grande diversité et elles font appel à de nombreux champs de compétence : pédagogie, psychologie du développement de l’enfant, sociologie de la famille, parfois quelques brides de médecine familiale et beaucoup de communication humaine. Elle doit dépister, sensibiliser, référer. Elle travaille avec son corps, son cœur et son intelligence dans une zone où le doute fait partie du quotidien. Car l’éducation n’est pas une science exacte où le savoir à réponse à tout. La relation est l’outil de travail. Dans cette relation, l’éducatrice est partie prenante. Elle s’engage pour l’enfant. Il est nécessaire que cette implication soit reconnue et soutenue.

Dans les milieux, où l’on tient des réunions d’équipe dans lesquelles les éducatrices ont l’occasion de s’entraider, d’échanger, on retrouve un haut niveau de satisfaction au travail.[4] Les études sur le stress et le burnout soulèvent l’importance du réseau social. Il a un rôle de médiateur et de protection. Échanger réduit le sentiment d’être seul à vivre le découragement, favorise le partage de moyens pour faire face aux stresseurs. Réunions d’équipe, accessibilité à une conseillère pédagogique, participation à des tables de concertation, à des comités, tous les moyens de prévention sont à envisager. Il faut que les éducatrices aient accès à un lieu de paroles où elles se sentiront accueillies, reconnues.

Ce support affectif et concret (instrumental) n’est pas un luxe, c’est une nécessité si nous voulons maintenir des services de qualité aux enfants. L’éducatrice supervisée, encouragée et soutenue a de fortes chances de se sentir compétente, satisfaite à son travail, énergisée. Convaincue qu’en s’investissant à son travail, elle pourra s’accomplir, elle se mobilisera, demeurera motivée à déployer toutes ses habiletés et compétences et se fera une joie de voir les enfants se développer au sein de son groupe.

 


[1] Études de Tessier, R. et Tessier, R., Dion, G. et Mercier C., citées dans Apprentissage et socialisation, volume 12, no. 4, décembre 1989, p. 205-215. Article de Guylaine Dion intitulé Le burnout chez les éducatrices en garderie : proposition d’un modèle théorique.

[2] Pines, A.M., Aronson, E., Kafry, D., Burnout. Se vider dans la vie et au travail. 1982. Éditions Le Jour, chap. 6.

[3] Tiré du Carnet du Savoir. Pourquoi les services de garde de haute qualité sont-ils essentiels? (www.ccl.cca.ca)

[4] Pines, A.M., Aronson, E., Kafry, D., Burnout. Se vider dans la vie et au travail. 1982. Éditions Le Jour, chap. 6.

Faciliter l’intégration d’un poupon

Marie-Lyne l’éducatrice de la pouponnière est toujours un peu préoccupée par la rentrée d’un nouveau poupon. Elle remarque que la capacité d’adaptation varie d’un enfant à l’autre. Elle voudrait bien mettre en place des moyens susceptibles d’aider l’enfant à s’intégrer au groupe.

Effectivement, plusieurs facteurs influencent l’adaptation du petit à son milieu de garde. L’âge ainsi que le tempérament sont des facteurs internes qui ont un impact. Dès la naissance, l’attachement du bébé se construit avec une personne significative (la mère). La totale dépendance du poupon permet à la mère de prendre contact avec son petit. Les soins prodigués, les paroles réconfortantes, son odeur et ses gestes de tendresse participent à l’établissement du lien d’attachement sécurisant. Durant les premiers six mois l’enfant manifeste son insécurité, lors de la séparation, quelquefois par des pleurs ou encore par un appétit moindre et parfois même par des problèmes de sommeil.

Après six mois, le duo amoureux est difficilement dissociable, la fibre de l’attachement est bien tissée. Le bébé peut vivre du stress lors de la séparation. Trois phases sont alors observables, la protestation, le désespoir et la création d’un lien d’attachement avec un autre adulte, son éducatrice. La protestation se caractérise par le refus d’avoir des contacts avec des adultes autres que ses parents. Le bébé réagit en s’accrochant à sa mère, en évitant le contact visuel avec son éducatrice et en raidissant son corps lorsqu’il est pris. Quant à la phase du désespoir, elle s’exprime par des pleurs intenses, isolement et absence de jeu. Enfin la création d’un nouveau lien d’attachement avec l’éducatrice indique que l’enfant s’adapte et fait confiance. Il est capable d’aller vers les autres, de jouer, de tendre les bras à son éducatrice, de se montrer détendu lorsqu’elle le prend, d’accepter les soins, d’échanger des regards et des sourires.

Pour certains enfants le passage d’une phase à l’autre est plus difficile. Le tempérament de l’enfant teinte sa capacité d’adaptation. Le tempérament intense manifestera fortement son désaccord aux changements alors que l’enfant au tempérament plus facile sera curieux pour découvrir son nouveau milieu de vie. Les réactions du parent, la fréquence de l’enfant dans le milieu ainsi que l’organisation du milieu à recevoir un nouvel enfant sont des facteurs externes qui influencent également l’adaptation du poupon.

C’est durant la période d’adaptation que le parent remet souvent son choix en question. Son insécurité, son questionnement et parfois même son manque de confiance envers l’éducatrice est ressentit par le petit et ça ne lui permet pas d’être en sécurité avec son éducatrice. Le rôle de l’éducatrice est alors très important pour sécuriser le parent et l’enfant dans son adaptation. Répondre aux questions du parent, l’informer sur les réactions possibles de son enfant lors de la période d’adaptation, le questionner sur ses inquiétudes aidera le parent à prendre contact avec l’éducatrice de son enfant. Une rencontre préalable sans la présence de l’enfant permettra d’amorcer la confiance du parent envers l’éducatrice de son enfant. La régularité de la fréquentation du petit dans son milieu l’aidera à anticiper les moments de vie, prévoir les changements et mieux accepter sa nouvelle vie à la pouponnière. Établir avec le parent, un horaire d’arriver et de départ stable afin de répondre adéquatement aux besoins physiologiques de son l’enfant. La stabilité du personnel dans l’organisation du milieu facilitera également l’adaptation du petit et du grand à la pouponnière.

Afin d’aider à l’adaptation des tout-petits, Marie-Lyne propose à l’équipe de la pouponnière de mettre en place un plan d’intégration comprenant 5 A.

  • ACCEPTATION: accepter la famille et l’enfant tel qu’il est.
  • ACCUEILLIR: mettre en place des stratégies qui répondent aux besoins de chacun des enfants.
  • AGIR: développer des outils, matériel et moyens pour favoriser l’intégration en douceur.
  • ADAPTER: revoir le fonctionnement du milieu pour faciliter l’intégration de chacun des enfants en ajustant et en apportant des changements.
  • AIDER: ajuster le milieu physique de façon à répondre aux besoins, goûts et intérêts de jeux des nouveaux enfants.

Voilà la proposition de Marie-Lyne pour mieux vivre l’intégration avec un nouvel enfant à la pouponnière. Il ne lui reste plus qu’à mettre en place son guide de survie… pour mieux vivre l’intégration avec ses petits.

Petits trucs pour limiter l’attente aux repas et aux collations

Comment alimenter la routine du repas et des collations pour réduire l’attente ?

Il est midi au service de garde chez Émilie, l’avant-midi a été remplie de petits plaisirs: un sourire de Maryse pour faire une demande à Juliette, Pierre-Luc qui offre à habiller Julie pour aller jouer dehors, des courses, des jeux de ballons, des château de sable et des chansons ont fait partie du matin des enfants. L’heure du repas se présente tout aussi enjouée. Mais: malheur! Les enfants sont fatigués, ils ont faim, ils sont moins réceptifs aux consignes de l’éducatrice, ils ont partagé, échangé, joué, fait des compromis avec les amis… Ils ont besoin d’un peu de tranquillité pour prendre un bon dîner. Émilie doit à plusieurs reprises intervenir pour calmer Maryse qui ne cesse de dire des gros mots à Juliette qui pleure. Le service se fait attendre puisque elle doit replacer les enfants sur leur chaise et remettre à certains leur bavette.

Les moments passés à la table totalisent tout près de 2 heures par jour. En effet, deux collations d’une demi-heure chacune et le repas du midi qui peut totaliser 45 minutes. Le temps passé à la table varie selon le nombre d’enfants, l’âge, l’organisation du milieu éducatif et également les événements vécus dans journée. Plus cette routine engendre des moments d’attente, plus les repas et les collations sont difficiles à la fois pour l’enfant et l’éducatrice. L’attente est parfois inévitable. Par exemple, il faut attendre que tous soient servis avant de manger, attendre que l’éducatrice ou l’enfant donne le dessert, le lait ou les débarbouillettes. Ce sont des situations d’attente qui permettent à l’enfant d’échanger avec les autres, de développer des mécanismes d’adaptation pour faire face à la vie, d’anticiper les événements, d’augmenter sa capacité à tolérer les délais, l’amener à respecter et à être sensible aux autres. Ces moments d’attente structurent l’enfant dans le temps et le sécurisent.

Comment pouvons-nous intervenir, durant ces moments d’attente inutile. quelles sont ces attentes? En voici des exemples:

  • Faire attendre l’enfant dans l’inactivité lorsque le repas n’est pas prêt.
  • À tour de rôle les enfants vont s’asseoir à la table et attendre que tous arrivent.
  • Ne pas permettre de se lever avant que le plus petit ait terminé, les autres doivent attendre
  • Aller au-delà de 45 minutes pour le dîner et de 30 minutes pour les collations en laissant les enfants inactifs.
  • Intervenir auprès de certains enfants en laissant les autres dans l’attente.
  • Avoir des exigences trop grandes pour le groupe d’enfants (l’éducatrice doit s’exercer à la place de l’enfant en faisant attendre les autres).
  • Accepter mal les imperfections de l’enfant (être bien assis, avoir les mains propres et bien essuyées avant que tous commencent).
  • Avoir trop de consignes pour le repas, ce qui fait attendre les enfants qui ne sont pas au même niveau.

Ces exemples relèvent de beaucoup de l’organisation et des attitudes de l’éducatrice qui teintent les périodes de collations et de repas. La façon de préparer l’enfant aux repas et aux collations va avoir également une influence sur les périodes d’attentes inutiles.
Voici quelques stratégies utiles:

  • Toujours aviser l’enfant du repas et des collations pour qu’il puisse anticiper les événements.
  • Créer une atmosphère agréable (musique douce, lumières tamisées, mettre des fleurs au centre de la table, choisir nappes ou napperons intéressants pour l’enfant, utilisation des chandelles pour certaines fêtes, avoir de la vaisselle de belles couleurs et surtout incassable
  • Parler à voix base pour insister les enfant à faire la même chose, il est important de réduire au minimum le bruit pour ce moment.
  • Avoir de l’ameublement adapté à l’enfant (chaise d’appoint pour le plus petit)
  • Les tables en forme circulaire favorisent les échanges car les enfants peuvent se voir.
  • Favoriser la rotation des places.
  • Inviter les enfants à l’occasion de prendre le repas ou les collations à d’autres endroits (manger sur le sol, dans la salle de jeu, à l’extérieur, au parc, dans des escaliers, etc.) Toujours aviser que cette façon de faire est spéciale aujourd’hui parce que c’est la fête.

Voici quelques trucs utiles pour éviter l’attente inutile:

  • Avoir des affiches sur l’alimentation aux murs pour échanger avec les enfants durant le service.
  • Rendre accessibles des circulaires publicitaires distribuées par les marchés d’alimentation que l’enfant peut regarder en patientant.
  • Mettre sur la table une nappe de plastique transparente. Vous pouvez insérer en dessous des images, photos, des photos copies couleurs sur des objets à trouver. ( un peu comme Ou est Charlie)
  • Avoir des napperons de différents sujets, thèmes, saisons. L’enfant peut s’amuser à regarder et nommer ce qu’il voit.
  • Faire bricoler son propre napperon avec des photos de sa famille.
  • Avoir des mobiles qui bougent que l’enfant peut regarder pour un court temps.
  • Jouer aux devinettes avec les sens. (qu’est ce que tu entends, vois et sens dans la cuisine)
  • Jouer au restaurant, passer des feuilles aux enfants pour dessiner avant de prendre la commande de chacun.
  • Utiliser la fin du repas ou de la collation pour distribuer aux enfants les débarbouillettes pour s’amuser à lui donner plusieurs formes.
  • Avoir à la disposition des enfants des bacs à manipulation pour gérer l’attente.
  • Avoir des séries différentes sortes de cartes (fête, Noël, mariage nouveau bébé, carte drôle, cartes musicales)
  • Regarder des cartes postales (pays, villes, musées, etc.)
  • Mettre à la disposition une série de vieux calendriers.
  • Faire des albums photos pour chaque enfant de sa famille
  • Dessiner sur la table avec les doigts.
  • Faire des montagnes de mains au centre de la table d’exercice de respiration, je gonfle le ballon et je dégonfle (mains jointes devant soi j’inspire tout en éloignant les mains. On garde l’inspiration puis on revient en expirant et je laisse dégonfler mon ballon)

Les trucs sont utiles pour éviter l’attente inutile mais rien est aussi important que de respecter le rythme de chacun dans des délais raisonnables. Ces suggestions ne peuvent qu’alimenter ce que vous faites déjà et du même coup diminuer l’attente inutile. Bonne expérimentation.
Émilie se rappelle… elle éparpille sur la table des cartes de fête musicales. Les enfants s’y intéressent spontanément. Dans le local le calme s’installe. Cet atmosphère amène les enfants au dîner sur un air «C’est à ton tour Émilie de te laisser parler d’amour» Voilà une autre belle façon aujourd’hui pour Émilie de faire patienter les enfants agréablement…

Référence: Malenfant, Nicole: Les activités de routines et de transitions. Les éditions Les presses de l’Université de Laval

On arrive-tu ?

Qui n’a pas attendu son enfant dire de « on arrive-tu » bientôt? Comment pouvons-nous agrémenter nos déplacements en voiture avec notre enfant ?

Juin est souvent un moment de préparation pour les vacances. Certaines familles prévoient des vacances dans la région avec de courts déplacements chaque jour. Pour d’autres, un plus long séjour est prévu à l’extérieur de la maison, ce qui signifie parfois de longues heures de route avec la petite famille. Les déplacements en voiture avec des enfants demandent de l’organisation pour le parent qui veut se rendre à destination avec plaisir.

Pour l’enfant qui se déplace en voiture avec ses parents pour des vacances d’été signifie des moments différents, des découvertes et des expériences nouvelles en famille. Préparez votre enfant à l’avance cela lui permettra d’anticiper les événements et d’imaginer ses vacances en terme de plaisirs et d’activités. Même si nous avisons nos enfants de la durée du trajet nous pensons peu à animer les moments passés en voiture. Il n’est pas rare que après seulement 60 minutes de route notre enfant nous demande ON ARRIVE -TU ?

Pour le jeune enfant, la notion de temps est plus vécue en terme d’images Avant/Après. La durée du temps est influencée parce qu’il ressent comme par exemple la fatigue, la faim, l’inactivité etc. Alors que l’enfant de 7 ans peut plus évaluer le temps en terme de durée par différents outils, par exemple une montre ou un cadran. Il reconnaît l’heure, les minutes, les mois et les années. Il demeure soumis comme le petit à vivre le temps selon ses pulsions et ses humeurs ressenties durant la durée du trajet imposé. Plus les pulsions motrices ou verbales sont grandes, plus l’enfant ressent le temps comme étant long et frustrant. Il est donc difficile pour un jeune enfant d’être inactif en voiture. Afin d’éviter certaines tensions, il faut prévoir avec votre enfant des petits jeux, des échanges et des arrêts plus fréquents pour se délasser. Les déplacements en auto seront alors moins difficiles.

Lorsque nous pensons aux déplacements en voiture, nous pensons à des petits jeux à donner à différents moments du trajet. Il est aussi très important que l’enfant ressente votre investissement et le plaisir que vous avez à voyager avec lui. Donc l’achat d’objets à manipuler en auto est important mais votre implication l’est aussi. L’enfant doit être animé par son parent pour l’aider à patienter lors des déplacements. Voici des exemples :

  • Chantez en famille à l’aide d’un CD ou des chansons connues par l’enfant.
  • Faites rechercher certains éléments de l’environnement (ex. on cherche une vache, une voiture rouge, etc.)
  • Jouez à l’objet imaginaire, prendre un crayon dans ses mains et lui trouver un nouveau nom et fonction. Par exemple, le crayon devient un micro, un parapluie, une règle.
  • Jouez aux devinettes comme par exemple : qu’est ce qui est rond qui peut-être rouge, vert ou jaune et qui pousse dans les arbres (pomme).
  • Jouez au téléphone
  • Trouvez ou identifiez des mots sur les panneaux publicitaires.
  • Inventez une histoire que l’enfant doit poursuivre. Ex. : Je suis un petit lapin qui se nomme…
  • Dessinez dans le dos de votre enfant avec vos doigts et l’enfant doit deviner de quoi il s’agit.
  • Jouez à l’alphabet routier, il s’agit d’identifier dans l’ordre l’alphabet sur les panneaux publicitaires
  • Jouez à faire les plus drôles des grimaces.
  • Jouez à mon petit œil espion, dans l’auto il y a un objet qui est rond et qui peut tourner et faire du bruit (le bouton du radio)
  • Jouez au jeu de mémoire. Je fais ma valise et j’apporte mon pyjama. Votre enfant rajoute un objet dans la valise mais doit aussi nommer ce que vous avez dit. Et ainsi de suite.
  • Jouez aux rimes (ex. J’ai rencontré Sylvie qui allait à Paris en taxi…)

Plus vous lui proposez des idées de jeux dans les déplacements, plus il sera capable de le faire seul avec d’autres enfants.

Il est aussi important que votre enfant puisse manipuler des objets lors de votre déplacement. Vous pouvez prévoir un sac à dos remplis de surprises. Une carte routière pour trouver des symboles, des bout de corde pour jouer à faire des formes, crayons avec petit carnet pour dessiner, des petits casse-tête, ballon de plage dégonflé, balles pour les arrêts, marionnettes à doigts, lampe de poche, cartes d’échantillons de peinture avec images, CD usagés (fait le même effet qu’un miroir avec le soleil), Cartes de tous genres, cartes de fêtes, cartes postales, photos de d’autres voyages, images du séjour prévu, des petits bacs de différents objets ex. (coquillages, épingles à linge) offrent d’autres possiblités. Il est important d’apporter des choses que l’enfant n’a pas l’habitude de manipuler afin d’avoir un plus grand intérêt de jeu. Il n ‘est pas nécessaire de connaître ce que l’enfant peut faire avec l’objet. Le simple fait de le découvrir lui même, lui apporte du plaisir.

Votre investissement dans les déplacements en auto aura peut-être un effet sur son futur… qui sait! Les longs moments de route avec votre enfant permettent de tisser des liens privilégiés avec lui. À l’adolescence, l’auto peut devenir un lieu d’échanges important entre vous et votre ado, l’absence du contact visuel facilite les confidences. Il garde un bon souvenir du temps vécu en famille et peut le réinvestir d’une autre façon et selon ses besoins. Alors Vroum, Vroum …!!! Et bon voyage avec votre marmaille!!

Les routines en milieu de garde

Martine est responsable de garde en milieu familial. Son groupe est composé de 6 enfants (7 mois, 18 mois, 2 ans, 3 ans et 2 de 4 ans). Les routines sont les moments qui lui demandent le plus d’énergie. L’hygiène en particulier lui semble la routine la plus difficile à gérer. Elle s’entend répéter jour après jour, «reste assis», «arrête de bouger», «tu vas avoir ton tour toi aussi», «attention, tu mets de l’eau partout», etc. Martine observe que les deux petits (18 mois et 2 ans) ont besoin d’expérimenter et d’explorer différentes façons de se laver les mains pour apprendre à le faire. Il est donc plus long pour eux d’exercer la routine. Leur besoin de bouger demande à Martine de redire et redire la consigne. Alors que pour les deux plus vieux, la routine de l’hygiène se fait avec rapidité et demande moins d’attention. Leur demander de rester assis et d’attendre que les petits se lavent les mains entraîne de la frustration auprès d’eux. L’intérêt de jouer avec les amis prend une grande place à cet âge. Pour Martine, il est important que l’enfant apprenne à attendre, et ce même étant jeune. Elle voit les moments de routine comme une belle façon de travailler la tolérance aux délais.

En fait, la question que Martine doit se poser est la suivante:
les enfants attendent-ils trop?
Le fait de devoir dire et redire les mêmes consignes, de faire les mêmes demandes jours après jours sont des indices que les enfants attendent peut-être trop. Les stratégies utilisées par Martine pour diminuer l’attente ne doivent pas uniquement être verbales. Les consignes verbales à répétition ont l’effet contraire chez les enfants: ils ne les entendent plus, elles limitent l’enfant dans son autonomie en plus de créer de la tension dans le groupe. Tout pour nuire au bon déroulement des routines, quoi! Il est important pour Martine de limiter ses consignes mais surtout de revoir son organisation dans l’espace et le temps. Il est possible pour un enfant d’attendre dans des délais raisonnables: attendre pour avoir son repas, attendre pour aller jouer dehors, attendre d’avoir son matériel pour son activité, etc. Ces attentes permettent à l’enfant d’échanger avec les autres, pour le plus vieux aider le plus jeune, prendre un moment pour observer son environnement. Après une minute où deux, la patience atteint ses limites et les comportements négatifs font surface (pleurs, bousculades, coups). La responsable se voit dans l’obligation d’utiliser des consignes disciplinaires pour faire respecter ses demandes.

À mon avis, il est irréaliste de demander d’attendre à un petit de 18-24 mois. Son grand besoin de bouger, voir, d’expérimenter, de manipuler le pousse dans l’action. La routine pour le petit devient une belle occasion de jeu dans lequel il fait des apprentissages. Alors que, pour les plus vieux, ce moment demande peu d’attention et de concentration; en peu de temps, il peut l’exercer et passer à autre chose. Sa préoccupation est d’agir avec l’autre alors que le petit a besoin d’agir sur son environnement. Pour le poupon, voilà une belle façon d’observer les enfants autour de lui dans l’action. Il met en mémoire des images, qu’il mettra en pratique avec la maîtrise de ses habiletés motrices.

Martine doit orienter ses demandes en fonction des enfants. Graduellement, faire arrêter le jeu des plus grands pour exercer la routine, et ce deux par deux. Terminer avec les petits, de sorte à créer moins d’attente pour l’activité suivante. Proposer des activités qui servent uniquement pour l’attente dans les routines. L’activité déversoir est un bon moyen pour faire patienter les enfants. Elle sert à respecter le rythme de chacun et permet de passer d’un moment à un autre en douceur tout en limitant les consignes de la responsable.

En voici un exemple concret:

  1. Routine: le lavage des mains avant le dîner
  2. J’avise les plus vieux que dans 2 minutes ils devront ranger pour aller se laver les mains avant le dîner.
  3. Les deux plus vieux se lavent les mains de façon autonome.
  4. Je les invite par la suite à la table avec une activité déversoir, par exemple, petits sacs avec différents objets dans chacun (cartes de fêtes, coquillages, choux de cadeaux, etc.).
  5. Je termine ma routine avec les petits en les accompagnant dans leur apprentissage.

L’attente pour le dîner est alors réduite pour le petit et également pour les plus vieux puisqu’ils ont été en action durant cette période.

Martine doit agir sur son environnement en proposant du matériel nouveau, polyvalent simple, sécuritaire et facile de rangement. Elle doit aussi donner aux plus vieux la possibilité de développer davantage leur autonomie, par exemple, aller se laver les mains seul, faire le choix de leur activité déversoir, faire participer l’enfant aux tâches du repas, permettre au plus vieux d’aider un plus petit.

Le contrôle qu’exerce Martine sur son groupe en voulant imposer son rythme, place l’enfant dans un état de dépendance nuisible au développement de son autonomie. Au quotidien, la responsable doit gérer les moments d’attente dans son groupe car quoi de plus exigeant pour l’enfant d’être en situation d’attente plusieurs fois par jour!

Dodo, l’enfant do

Comment puis-je préparer mon enfant au dodo ?

Pour plusieurs parents l’heure du coucher est une période difficile. Négociation, compromis et demandes qui en finissent plus. Tous les parents ne se souviennent pas d’avoir dit à son enfant «c’est la dernière fois que tu te lèves pour boire de l’eau» … ou encore d’avoir eu comme demande «je veux une autre histoire, encore 5 minutes avant d’aller me coucher …». Souvent ces demandes se terminent par des pleurs pour l’enfant et de l’impatience pour le parent.
Il est possible de rendre cette période agréable pour le parent et l’enfant en créant un moment d’intimité pour les deux. L’encadrement et la constance dans le rituel du dodo sont favorables pour ce moment. Voici donc quelques trucs à l’usage des parents fatigués.

  • Il est connu que l’enfant dort comme il s’endort, il faut donc éviter de bercer l’enfant pour qu’il s’endorme car s’il se réveille il aura besoin d’être bercé pour retrouver le sommeil. On vise à établir des conditions que l’enfant reproduit de lui-même s’il se réveille. Chanter ensemble et se bercer avant le dodo dans le but de créer un moment d’intimité et de détente non d’endormir l’enfant. Voila un beau compromis.
  • Prenez un petit moment avec votre enfant (15 à 30 minutes) à faire quelque chose d’agréable. Ce moment permet à l’enfant de mieux accepter la séparation avec son parent. Évitez de regarder la télévision, cette activité est rarement relationnelle. Les activités de grande motricité et qui font du bruit peuvent agiter l’enfant. Favorisez davantage de regarder un livre, jouer à un jeu calme avec l’enfant, regarder des photos, se parler de sa journée en dessous des couvertures, jouer avec une lampe de poche dans le lit, se faire des câlins, faire des jeux d’eau dans le bain avant d’aller au lit. Créez avec votre enfant un rituel qui appartient à vous deux.
  • La constance et l’encadrement lors de la routine du dodo offre une occasion à l’enfant de comprendre vos attentes malgré un climat de détente et de tendresse. Plus l’enfant ressent le désir du parent à vouloir écourter la période de la préparation au dodo moins il veut se séparer de son parent impatient. fedex site down . Il vit de l’insécurité et de l’inquiétude qui ne lui permet pas de se détacher de sa figure d’attachement.
  • La période de préparation au dodo doit avoir un début et une fin. Ne pas aller au-delà de 30 minutes. Ce temps permet à l’enfant de se détendre.
  • Permettez à l’enfant de se détendre seule dans son lit après une période d’intimité avec son parent. Ce qui amène l’enfant à identifier par lui-même des moyens pour rentrer dans un sommeil de façon autonome.
  • L’enfant peut avoir un objet de transition : toutou, doudou. Cet objet lui permet de maintenir un lien sensoriel avec son monde affectif si celui-ci est imprégné par l’odeur familiale.
  • Offrez lui une routine stable et régulière. L’enfant peut grâce à cette stabilité anticiper le moment du coucher et par le fait même mieux accepter la période de la séparation.
  • Adaptez un horaire stable. Les mesures d’exception sont expliquées à l’enfant afin qu’il comprenne les changements de son rituel du dodo.
  • Offrez un environnement propice au sommeil, un lieu calme, chaleureux et invitant pour se détendre (lumière tamisée, odeurs, musique calme de préférence sans parole).
  • Évitez les repas nocturnes. Une étude a démontré que la diète plus lourde a un effet marqué sur le sommeil.
  • Refusez que l’enfant se couche dans votre lit. L’enfant doit apprendre à vivre cette séparation et développer ainsi une autonomie affective. De plus, le respect des conditions d’isolement du couple permet à l’enfant de comprendre la place qu’il occupe dans la famille.

… l’enfant dormira bientôt s’il sent de son parent une disponibilité pour lui et seulement pour lui …

Bon dodo l’enfant do !!
Inspiré de l’atelier de Sylvie Bourcier «La période élastique»