La place du parent dans la relation éducatrice, parent et enfant

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Par: Sylvie Garceau, enseignante TÉE

Quelle place laissons-nous au parent dans notre milieu de garde?  C’est la question que se pose Sophie, nouvelle conseillère pédagogique du CPE Mon cœur d’enfant, qui vient tout juste d’ouvrir ses portes.  Elle reconnaît le milieu de garde éducatif comme un milieu de vie pour l’enfant et sa famille.  Elle sait à quel point il est important d’impliquer le parent dans le processus et la mise en place d’une relation significative avec l’enfant. Reconnaître le parent comme un acteur important de la relation éducatrice, parent et enfant est un gage de la réussite de cette concertation favorisant le bien-être de l’enfant et sa famille. (Voir le texte de Sylvie Bourcier: Reconnaitre le parent comme un partenaire compétent)

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Le parent, le premier éducateur de son enfant. Se faire confiance pour aider son enfant.

parents-holding-baby-871294937167Xx4Julie est une nouvelle maman d’une petite fille de 6 mois, Sophie. Depuis sa grossesse, les conseils fusent de toutes parts. « Tu vas l’allaiter? T’es certaine? Parce que si tu lui donnes le biberon, ton conjoint pourra davantage s’impliquer! » Et Julie a remis en doute son choix d’allaiter. Elle ne veut surtout pas qu’Étienne, le papa, se sente à l’écart! « Tu te lèves encore la nuit? Moi mes enfants faisaient tous leurs nuits à 3 mois! Essaie la méthode du 5-10-15, tu vas voir, ça fonctionne! » Et Julie a écouté sa petite Sophie pleurer, adossée contre le dos de la porte, en pleurant, car elle aurait tellement voulu la prendre dans ses bras et la bercer! Mais elle se faisait tellement dire par sa belle-sœur qu’elle allait en faire un « bébé à bras », qu’elle n’osait plus la prendre et la serrer contre elle. A bout de nerfs, Julie a téléphoné au centre périnatal de sa région pour avoir des conseils et ce que l’intervenante en périnatalité lui a dit l’a complètement déboussolée : « Qu’est-ce qui est le mieux pour Sophie selon toi, Julie? » Elle s’attendait à tout, sauf à cela. Elle venait chercher des conseils car on lui en donnait constamment depuis qu’elle avait annoncé sa grossesse. C’est là qu’elle a réalisé qu’elle n’arrivait plus à penser par elle-même. Cette conversation avec l’intervenante périnatale a été le début d’une belle aventure.

Les conseils non sollicités

Ils sont nombreux et souvent contradictoires. Ils viennent de l’entourage et de personnes souvent plus expérimentées. Il est alors facile de se laisser influencer et de se remettre en question, particulièrement quand il s’agit de notre premier enfant. Rappelez-vous tout d’abord que la plupart des personnes qui donnent des conseils sont bien intentionnées. Elles veulent vous aider. Ces conseils sont teintés de valeurs et de croyances que vous partagez ou ne partagez peut-être pas. C’est pourquoi certains conseils vous semblent bienvenus alors que d’autres vous apparaissent carrément déplacés. Il y a aussi la personne qui donne ces conseils. Si vous l’appréciez et vous sentez proche d’elle, ces conseils vous paraîtront plus justes mais au contraire, si vous n’appréciez pas cette personne, ces conseils vous sembleront inadéquats. Voici quelques suggestions pour vous aider à survivre aux conseils non sollicités :

  1. Questionnez-vous à savoir les valeurs et principes qui guident vos actions envers vos enfants. Il est important de les connaître car ils vous aideront à accueillir favorablement certains conseils et à en rejeter d’autres. Par exemple, si vous valorisez la sécurité affective de votre enfant, vous serez contente d’avoir des conseils pour aider bébé à s’endormir sans pleurer et rejetterez du revers de la main la technique du 5-10-15.
  2. Lisez des avis professionnels sur les sujets qui vous intéressent. Les forums regorgent de techniques pas toujours très adéquates pour le développement de nos tout-petits. Si vous vous informez auprès de ressources compétentes, vous serez à même de faire le tri parmi les conseils de l’entourage. Par exemple, vous vous questionnez sur l’âge auquel vous devriez cesser l’allaitement. Vous lisez dans des sources fiables qu’il est recommandé jusqu’à l’âge de 18 mois à 2 ans. Vous pourrez alors faire la sourde oreille à votre mère qui vous suggère fortement d’arrêter d’allaiter votre bébé de 12 mois car c’est « malsain », selon elle.
  3. Apprenez à vous affirmer face aux conseils des autres. Vous avez le droit d’être en désaccord et soyez confiante dans vos propos. Ce n’est pas parce que tante Christine a eu 4 enfants qu’elle sait mieux que vous si votre enfant a un retard de langage, par exemple.
  4. Gardez en tête que les temps ont changé, les méthodes éducatives aussi. Il est révolu le temps où la peur devait régner pour qu’un enfant écoute. De nos jours, les professionnels s’entendent pour dire que la discipline est avant tout une affaire de cœur et de relation. Laissez donc dire belle-maman qui vous trouve trop laxiste dans l’éducation de vos enfants.
  5. Entourez-vous de personnes qui partagent vos valeurs éducatives. Il est plus facile de se sentir écoutée et accueillie lorsqu’on échange avec des personnes qui peuvent nous comprendre au lieu de nous juger.

L’avis des professionnels

Je suis moi-même une professionnelle auprès des enfants et des parents, je ne dirai donc pas que notre rôle est inutile, bien au contraire. Par contre, les avis de professionnels ne devraient pas remplacer votre intuition de parent. Vous êtes la personne qui connaissez le mieux votre enfant. Vous vivez avec lui depuis sa naissance, vous le voyez évoluer, vous êtes à même de vous inquiéter ou non de certains comportements. Il est certes souhaitable de connaître le développement moyen d’un enfant mais rappelez-vous qu’il s’agit de moyennes et que chaque enfant est différent. Certains marcheront plus tôt, d’autres plus tard. Certains parlent beaucoup, d’autres moins.

Ce qui sème la confusion chez beaucoup de parents est la diversité des conseils donnés par des professionnels. Ces conseils que l’on peut retrouver dans les livres ou dans les différents médias sont parfois contradictoires. Comment alors s’y retrouver? Il existe différents courants théoriques dans le développement de l’enfant et c’est pourquoi les avis peuvent différer. Par exemple, certains professionnels croient qu’il faut avant tout modeler les comportements des enfants et vont donc donner des stratégies de comportements, telles que le retrait ou les récompenses pour obtenir le comportement souhaité. D’autres privilégient la compréhension du comportement de l’enfant dans son développement. Ainsi, un enfant de 2 ans qui fait une crise ne serait pas puni mais plutôt soutenu afin de trouver une façon plus adéquate d’exprimer sa colère. On lui enseignerait la gestion des émotions, fort utile tant pour les enfants que les adultes.

L’équilibre entre la confiance en ses moyens et la recherche de soutien

Cet équilibre n’est pas facile à trouver. Gardez en tête que vous êtes la personne qui connaissez le mieux votre enfant. Cela ne signifie pas pour autant que vous n’aurez pas besoin d’un avis professionnel. Choisissez cependant avec précaution le professionnel que vous consulterez afin que son approche soit bienveillante à l’égard de votre enfant, qui est votre trésor. De même, les conseils d’autres parents peuvent être aidants, sans pour autant miner votre confiance en vos moyens. Rien ne vous empêche de les écouter, sans pour autant les appliquer. La voie du cœur est celle qui ne trompe pas, dans l’éducation de votre enfant. Laissez-vous guider par l’amour que vous ressentez pour lui et apprenez à le connaître et l’aimer, tel qu’il est, avec ses forces et ses lacunes. Si la voie du cœur vous paraît parfois incertaine, voici trois repères objectifs à utiliser pour tous les conseils que vous recevrez :

  1. Ce conseil respecte-t-il le rythme de développement de mon enfant? Autrement dit, est-ce que les attentes que nous avons envers notre enfant sont légitimes considérant son âge et sa personnalité?
  2. L’application de ce conseil cause-t-elle une souffrance physique, psychologique ou affective à mon enfant? Toute intervention qui cause une détresse à mon enfant ne devrait pas être appliquée.
  3. Le conseil en question me facilite-t-il la vie ou celle de mon enfant, ou les deux? Parfois, les conseils rendent la vie plus facile au parent tout en causant du tort aux enfants, en provoquant de la détresse chez-eux par exemple.

La parentalité est la plus belle aventure qui soit. Des enfants heureux font des parents heureux. Et le bonheur de votre famille, vous en êtes le gardien.

Geneviève Parent, M.A. Sexologue, psychothérapeute et conseillère parentale

L’enfant nous éduque aussi

Être un parent aujourd’hui est tout un défi. Les deux parents sont interpellés par les exigences du travail. Les pressions sont fortes et quelques fois l’enfant nous paraît comme une charge additionnelle ou une source de tension. Notre engagement parental invite à tant de sacrifices, de dévouement que l’on perd parfois de vue les moments de plaisir, de tendresse. Nous oublions que l’enfant grandit avec son parent qui grandit aussi avec lui. Non seulement, l’enfant suscite des remises en question mais il éveille en nous des forces et des qualités. Il nous permet de devenir une meilleure personne.

En nous prenant comme témoins de ses découvertes, il nous amène à reprendre contact avec la richesse du monde sensoriel. Le nez plissé du petit nous remet en contact avec l’odeur sucrée ou salée.

En nous imposant son rythme biologique, il exige de nous une restructuration de notre horaire du couple ou de la famille qui impose altruisme et discipline personnelle. Adieu les soirées qui s’éternisent entre adultes, les petits matins des enfants requièrent notre présence.

En explorant innocemment, il nous demande de partager notre espace en aires sécuritaires ou réservées. Les bibelots ne peuvent plus être exposés sur la table à café. L’intimité de la chambre à coucher n’est plus ce qu’elle était et attention aux petits curieux.

En faisant preuve d’autonomie, il nous fait vivre des inquiétudes et nous amène à gérer sur propres peurs. L’araignée ou le ver de terre, sources de dédain, deviennent des bibittes intéressantes.

En nous faisant subir ses colères et ses caprices, il développe notre patience et nous oblige à mettre en veilleuse notre besoin de contrôle ou à mobiliser notre volonté. Le grand défi du parent du terrible enfant de 2 ans se situe dans cet équilibre entre l’imposition de limites et la possibilité d’offrir des choix afin que l’enfant puisse s’affirmer.

En nous confrontant, il nous permet de nous pencher sur nos valeurs morales et de les affirmer. Les «pourquoi je ne peux pas?» ou «c’est pas juste!» nous amènent à justifier la règle et ainsi nous recentrer sur les valeurs que l’on veut léguer à notre enfant.

En nous sollicitant dans ses jeux, il réactive notre imagination et notre créativité. Nous devons nous dégager de la concrétude pour devenir tantôt le dragon, le pompier, la princesse, la sorcière ou le père Noël.

Par ses sourires, ses câlins, ses mots tendres, il nourrit ce que nous avons de plus beau en nous, l’amour.

Planifiez l’intégration d’un poupon

Émile a dix mois. Pour faciliter son intégration au CPE, il est venu trois jours par semaine pendant deux semaines. Depuis un mois, il vient cinq jours par semaine. Dès qu’il arrive, Émile pleure et hurle. Il est complètement désespéré lorsqu’il voit ses parents franchir la porte du local. Il ne s’intéresse pas aux jouets, il ne cherche que les bras des éducatrices. Les éducatrices ne savent plus quoi faire. La vie est difficile à la pouponnière. Lorsqu’Émile pleure, les autres enfants sont tendus, plus inquiets et se mettent à pleurer à leur tour. Le soir, les parents d’Émile partent en coup de vent sachant bien ce que les éducatrices vont dire sur la journée de leur petit.

Dans un texte précédent, j’ai parlé des étapes d’adaptation du petit et du parent dans un processus d’intégration. Voyons maintenant l’organisation de la pouponnière, les attitudes et rôles des éducatrices ainsi que les outils à mettre en place pour faciliter l’adaptation de toute une famille.

Le parent qui choisit de mettre son jeune enfant en pouponnière doit accepter la perte de l’exclusivité avec son enfant, les différences du milieu, les réalisations de son enfant en dehors du regard maternel. En plus des inquiétudes que ce changement apporte, il doit concilier famille/travail et s’entraîner à un nouvel horaire. Ouf! Beaucoup de choses pour le cœur d’un parent.

De son côté, l’éducatrice doit soutenir, informer le parent de ses observations, accepter les différences des familles et chercher à connaître l’enfant pour son mieux-être. Voilà le défi que les éducatrices doivent rencontrer dans un contexte d’un service de garde.

Il est certain que la période d’adaptation demande du temps et de l’acceptation autant du côté de l’enfant et de son parent. Afin que la nouvelle famille développe un lien de confiance, la pouponnière doit mettre en place une organisation physique et humaine pour s’assurer d’une intégration gagnante. Les éléments incontournables sont:

  1. Créer un environnement accueillant
    Créer un lieu où le parent peut s’asseoir confortablement avec son enfant à l’arrivée du matin et au départ le soir. Cet endroit peut servir aussi pour échanger avec d’autres parents du groupe. Une causeuse ou sofa recouvert d’une housse lavable peut être utile, soit dans le local ou à l’extérieur.
  2. Développer une méthode de jumelage
    Jumeler des anciens parents à de nouveaux parents sur une base volontaire. Les échanges peuvent aider à démystifier ses inquiétudes comme parent.
  3. Établir un processus d’intégration centré sur les besoins des familles
    Des études démontrent que 75% des enfants s’adaptent à leur éducatrice; les moyens mis en place pour aider le petit à s’adapter vont aider dans ce sens. Voici un exemple qui peut être modifié selon le besoin des familles. Proposez au parent un plan d’intégration qui s’échelonne sur une semaine.

    • Dans un premier temps, il est important de rencontrer le parent seul sans son enfant pour prendre contact et l’informer du fonctionnement de la pouponnière. Profitez de ce moment pour faire visiter les lieux.
    • Dans un deuxième temps, visite du parent avec son petit, prenez contact avec l’enfant et observez le parent avec son enfant. Placez cette visite dans un moment de routine, soit durant une collation, les jeux libres pour permettre à la famille de vous voir en action avec les autres enfants. Le parent peut en profiter pour prendre des distances progressives dans le local tout en étant disponible à son petit.
    • Dans un troisième temps, établissez avec le parent un rituel d’arrivée qu’il pourra mettre en application les jours suivants. Le parent prend des distances progressives et permet à l’éducatrice d’intervenir auprès de son enfant dans les routines (collation, repas, jeux libres). Le parent peut en profiter pour observer les façons de faire de l’éducatrice. Il est important que l’enfant puisse faire une sieste au CPE afin qu’il connaisse le déroulement de cette routine avant le grand jour. Le parent peut en profiter pour quitter le CPE et revenir après la sieste de son enfant.
    • Dans un quatrième temps, l’enfant est laissé une courte journée au CPE, le parent peut venir le chercher après la sieste.
    • Dans un cinquième temps, le parent laisse son enfant pour une journée complète en appliquant le rituel du matin et informe l’éducatrice de l’heure de son retour.
  4. Visiter le milieu familial de l’enfant
    Une pratique qui se fait peu au Québec, mais qui peut faire toute la différence pour la transition foyer/service de garde. Cette visite permet de voir l’enfant dans son milieu naturel, d’échanger dans un contexte de famille et parfois de mieux comprendre la dynamique familiale et les comportements de l’enfant. La visite doit être courte tout en servant d’informations à l’éducatrice.
  5. Établir une politique visant la promotion dans la continuité des soins
    Offrir à l’enfant une éducatrice attitrée, ce qui lui permet d’avoir une stabilité dans les liens affectifs. Une condition de base pour qu’il s’intègre à la vie de groupe et développe son sentiment de sécurité. La continuité dans les liens permet à l’éducatrice d’avoir des relations plus chaleureuses et une plus grande connaissance de l’enfant. Une éducatrice auxiliaire peut être aussi présente dans la vie de l’enfant pour supporter l’éducatrice attitrée. Il est conseillé d’avoir une éducatrice attitrée jusqu’à l’âge de deux ans car le manque de stabilité dans les liens ne permet pas toujours à l’enfant de développer une confiance en l’adulte.
  6. Revoir le fonctionnement organisationnel et humain de la pouponnière
    Pour répondre aux besoins de stabilité du petit, l’équipe de travail de la pouponnière doit analyser le fonctionnement organisationnel et humain qui peut nuire à la sécurité affective des enfants. Voici quelques pistes de réflexions qui peuvent être améliorées pour favoriser l’adaptation du petit; si plusieurs questions sont affirmatives, il peut être pertinent comme équipe de travail à revoir ses priorités…

    • Est ce que l’enfant est en contact avec des remplaçantes qu’il ne connaît pas ou très peu?
    • Est-ce que le CPE me demande de relocaliser les petits dans d’autres groupes par manque de personnel ou par souci d’équilibrer les groupes?
    • Est-ce que je prends des stagiaires en début d’année lorsque le groupe est nouveau?
    • Est-ce que j’accepte que les éducatrices prennent leur pause à la pouponnière pour cajoler les bébés les plus attirants?
    • Est-ce que je participe aux sorties grands groupes en début d’année? (les pommes, cabane à sucre)
    • Est-ce que les ouvertures et fermetures se font en multiâge avec les bébés de la pouponnière?
    • Est-ce que je laisse circuler inutilement le personnel dans mon local?
    • Est-ce que je participe aux activités spéciales du CPE avec les bébés? (fête de l’halloween, fête de Noël)
    • Est-ce que le poste de la pouponnière est aussi de 4 jours et d’un horaire varié pour l’éducatrice?

Ces éléments ci-haut mentionnés peuvent être améliorés pour mieux répondre aux besoins des 0-2 ans. Le changement dans le fonctionnement organisationnel et humain est possible lorsque l’équipe y voit toute l’importance pour le développement et l’épanouissement du petit.

Les éducatrices d’Émile constate qu’ils peuvent revoir leur horaire de travail pour assurer une stabilité dans le groupe, avoir des enfants attitrés pour chacune des éducatrices pour mieux connaître les enfants, rencontrer le parent pour établir un rituel d’arrivé et de départ qui servira de sécurité pour la famille, informer le parent sur la période d’adaptation de son enfant, être disponible aux demandes affectives du petit pour qu’il se sente en sécurité dans son nouveau milieu. Voilà de bien petits changements qui feront toute la différence dans la vie d’Émile!

On bricole pour Noël!

Joëlle est responsable d’un milieu familial. Elle se préoccupe de la planification de ses activités de bricolage pour le mois de décembre. Cet intérêt pour les activités d’arts plastiques vient avant tout d’un goût personnel de Joëlle. La réalisation de bricolages avec les enfants lui apporte beaucoup de satisfaction personnelle, d’autant plus que les parents de son groupe sont toujours bien intéressés par les produits finis de leur enfant. Joëlle utilise souvent les réalisations des enfants pour démontrer aux parents, que chez Joëlle on ne fait pas que jouer mais on bricole aussi!

Malgré son intérêt pour ce type d’activité et la demande des parents, Joëlle observe qu’il est toujours difficile de faire du bricolage avec son petit Alexis (15 mois), Juliette (18 mois) et Samuel (2 ans). Les petits cherchent plus à explorer, manipuler et porter à leur bouche. Joëlle réalise que souvent elle doit terminer le bricolage ou même guider la main de l’enfant pour atteindre l’objectif qu’elle s’était fixée au départ. Cette année, Joëlle aimerait faire autrement dans sa planification de ses activités de Noël.

Comment Joëlle peut-elle orienter sa planification pour répondre aux besoins de son groupe multiâge?

La responsable de garde en milieu familial ne peut avoir les mêmes attentes pour tous les enfants. Ils ont des besoins, intérêts, goûts et un développement différents. Le tout-petit a besoin d’apprendre avec ses cinq sens, c’est-à-dire de bouger, d’explorer, de manipuler, découvrir, vider et transvider. Pour que le petit puisse coller de la ouate par exemple sur un petit sapin de Noël en papier, il lui faut avant tout des pré-requis tels que: avoir déjà manipulé de la ouate, avoir fait des expérimentations de collage et coloriage sur une grande feuille. Ces expériences d’exploration de l’espace avec différentes matières apporteront au tout-petit une plus grande maîtrise de sa motricité fine et de sa coordination œil/main.

Afin de réaliser son activité de bricolage, la responsable doit s’ajuster à son groupe multiâge. Par exemple, pour le groupe constitué d’enfants de 18 mois à 3 ans, il est préférable d’utiliser les grands espaces qui permettront aux jeunes enfants de ne pas être limités dans leurs mouvements, par exemple (grande feuille avec sapin dessiné où l’enfant peut coller de la ouate, ou encore, une grosse boîte sur laquelle l’enfant peut coller du papier d’emballage, la boîte devient alors gros cadeau collectif). Dans ces deux exemples, l’enfant contrôle ses mouvements dans un grand espace puisqu’il est avec d’autres enfants dans un même environnement, il pratique sa motricité fine en déchirant du papier ou en collant à l’aide d’un bâton de colle. Il réalise quelque chose en collaboration avec ses amis. Dans une activité collective, l’enfant est respecté dans ses acquis, il n’est pas dans l’obligation de terminer l’activité pour vivre de la réussite. Il peut vivre cette activité à son rythme et se retirer lorsqu’il a été au bout de ses expériences.

Pour le plus vieux, le besoin de raffiner sa motricité fine peut se faire à un autre moment. Par exemple, en utilisant un coin grand pour les plus vieux avec du matériel adapté à leur âge en utilisant par exemple des brillants, des glaçons, des collants de Noël. Le plus vieux peut alors réaliser des petits arbres de Noël avec ce matériel qui pourrait compléter le collectif du groupe multiâge de Joëlle. Dans cette activité, l’enfant réalise quelque chose d’individuel, manipule du matériel nouveau, il voit que l’adulte lui fait confiance par l’utilisation de matériel non adapté aux petits, il est en contact avec des amis du même âge, il se sent autonome et responsable.

Les activités de bricolage avec les groupes multiâge ne permettent pas toujours à l’enfant plus jeune de vivre de la réussite et du plaisir. La responsable se voit parfois dans l’obligation de dire et redire la même consigne. Ce type d’activité demande à la responsable de planifier des activités collectives où chacun va à son rythme et où chacun utilise ses habiletés. Dans l’idée de l’arbre de Noël ou de la boîte cadeau de Joëlle, le petit va peut-être seulement mettre beaucoup de colle avec de la ouate, alors que le plus vieux aura la chance d’exploiter sa motricité fine d’une toute autre façon. Par le matériel varié et l’accompagnement de la responsable, le bricolage devient alors une activité pertinente.

La responsable doit respecter l’enfant dans son développement et parler aux parents davantage des qualités de cœur de son enfant que de ses capacités de réaliser un beau bricolage pour Noël. Les qualités de cœur sont transmises par le parent et l’environnement de l’enfant. Le parent est toujours content d’entendre dire que son enfant est sensible à l’autre, généreux, aimé des autres. Ces qualités ne sont pas des cadeaux du père Noël mais bien un cadeau que lègue le parent à son enfant. La responsable du milieu familial peut être un agent de changement dans les attentes du parent en lui parlant du savoir-être de son enfant.

Joëlle est maintenant mieux préparée pour sa planification de Noël, elle met en place du matériel varié, elle propose des activités collectives dans un espace physique moins contraignant, elle permet aux plus vieux de réaliser des choses plus individuelles mais surtout elle pense au plaisir qu’auront ses petits mousses…