L’influence des pairs au sein d’un groupe d’enfants

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Moi avec les autres

À 2 ans, les contacts se font principalement autour des objets. Deux enfants convoitent le même jouet et la dispute s’ensuit inévitablement. Ce n’est pas tellement l’envie de jouer avec l’autre qui provoque les rapprochements entre enfants, mais plutôt les conflits de possession. D’ailleurs, une fois le désaccord réglé, les deux belligérants iront s’amuser chacun de leur côté. Jusqu’à 2-3 ans, les petits se montrent curieux à l’égard des autres enfants, mais ils s’intéressent beaucoup plus à l’adulte qu’ils cherchent à imiter.

Peu à peu, cependant, l’adulte sera exclu des jeux même s’il devra encore agir à titre de médiateur, de négociateur ou d’arbitre. Vers 3 ans, les enfants commencent à nouer des amitiés. Toutefois, les petits groupes qui se forment sont éphémères. Les enfants jouent les uns à côté des autres en se racontant ce qu’ils font individuellement et changent de partenaires de jeux au gré de leurs envies.

Plus l’enfant grandit, plus il ressent le besoin de faire partie d’un groupe. D’abord soudé à ses parents, il prend peu à peu conscience de son identité propre et cherche à trouver sa place dans un réseau relationnel. Son premier ancrage est sa famille, puis vient le monde extérieur dans lequel il doit s’adapter, s’affirmer, se distinguer.

Certains enfants se font facilement influencer par le groupe. Le plaisir prend le dessus et la capacité à se contrôler diminue. Même les comportements excessifs peuvent susciter l’imitation. L’imitation peut être utilisée comme moyen de communication. Elle peut exprimer un désir de rapprochement. En mimant l’autre, l’enfant lui signifie que ce qu’il fait l’intéresse ou ce qu’il est suscite son admiration. L’imité remarque le mimétisme et ce dernier obtient l’attention convoitée. Les pairs au sein d’un groupe servent de modèles. Cet effet de « modeling » peut d’ailleurs durer jusqu’à 6 mois après observation du modèle agressif. Lorsque cette contagion ne menace pas la sécurité des enfants ni le respect de l’environnement, féliciter ceux qui se contrôlent et ignorer l’enfant qui perturbe le groupe suffisent souvent à corriger la situation.

Mécanismes d’influence des pairs.

La réaction des pairs peut renforcer certains comportements. Le bouffon se rend bien vite compte que ses pitreries lui valent les rires contagieux du groupe. Certes son éducatrice ne partage pas son sens de l’humour mais la gloire du clown pèse plus dans la balance que les réprimandes de l’adulte ou encore lui mérite non seulement l’attention de son auditoire enfantin mais aussi celle de son éducatrice.

La pratique de l’humour, par contre, fait diversion et démontre aux enfants que la folie collective, passagère ne vous atteint pas. Cependant, lorsque la contagion amène la quasi-totalité du groupe à passer à l’action et risque de mettre en péril la sécurité des enfants, il faut agir rapidement.

Commencez par éloigner la source de l’agitation. Privé des encouragements des autres enfants et sécurisé par votre présence, l’enfant s’arrêtera. Exprimez-lui alors clairement vos attentes. Il est important ensuite de faire le point avec le groupe, de mentionner que les comportements ont des conséquences, et de réitérer votre confiance dans la capacité des enfants à faire leurs propres choix.

Lorsqu’on étudie les réactions des enfants à une agression, on peut constater qu’il y a des enfants qui crient, d’autres se retirent et enfin certains cèdent à leur agresseur. En cédant, ils envoient le message clair à l’agresseur, la méthode est efficace puisqu’elle permet d’atteindre son objectif. Il est donc impérieux que l’éducatrice soutienne la victime dans l’expression de sa colère et qu’elle manifeste clairement son désaccord.

Les pairs peuvent aussi sans le savoir enseigner aux autres comment éviter d’être la victime en devenant soi-même agresseur. En observant une altercation où la victime riposte agressivement et évite ainsi les coups ultérieurs, l’enfant apprend qu’il s’agit de se défendre avec nos poings pour éviter d’être la victime. Ce mécanisme d’inter influence s’opère dans un contexte où l’éducatrice fait preuve de laisser-faire et d’indifférence par rapport aux altercations accompagnées d’agressivité physique.

Cette force d’influence peut servir à l’apprentissage des habiletés sociales. En offrant des modèles prosociaux aux enfants éprouvant de la difficulté à entrer de façon positive en relation avec les autres, nous lui permettons de vivre une relation amicale positive et de changer peu à peu l’image négative qu’il projette aux autres. Les stratégies de jumelage d’un enfant compétent avec un enfant en difficulté s’avèrent un outil percutant et efficace pour contrer le rejet social.

Méthode

  • Former une dyade constituée d’un enfant compétent socialement et d’un enfant éprouvant des difficultés à entrer en relation de manière prosociale.
  • Organiser une période d’ateliers où le groupe d’enfants s’affaire dans différentes aires de jeux en sous-groupes.
  • Planifier une activité où les deux enfants auront à travailler à proximité l’un de l’autre, à échanger, à se faire des demandes pour du matériel et enfin à collaborer. Le niveau d’implication conjointe dépend de l’âge des enfants.
L’adulte soutient la dyade en intervenant de façon positive par des encouragements, des félicitations ou un apport technique. L’atmosphère doit être détendue. Il est donc essentiel de limiter les interdits. L’adulte supervise l’activité en soulignant les gestes prosociaux et en nommant les intentions prosociales parfois mal exprimées.
Utilisation de pairs prosociaux
Les enfants antisociaux ont tendance à se joindre à d’autres enfants qui démontrent peu d’habiletés prosociales. Ils entretiennent alors des relations peu satisfaisantes imprégnées de violence et vivent peu de plaisir ou de succès dans leurs contacts interpersonnels. Ils sont aussi sujets au rejet social des pairs.
Le fait d’avoir un ami compétent socialement facilite le développement des habiletés sociales de l’enfant impopulaire. Le regroupement d’enfants agressifs engendre par processus d’imitation des effets iatrogènes, la déviance est renforcée. La filiation des enfants déviants à des pairs prosociaux servant d’agents de changement permet à ces enfants d’observer des modèles affichant des comportements positifs et de pratiquer avec succès des habiletés sociales. On assiste alors à une augmentation des interactions positives entre les enfants et à une diminution du processus de rejet social.
Non seulement les relations entre les enfants prosociaux et les enfants antisociaux permettent le développement des habiletés sociales de ces derniers mais elles favorisent aussi le maintien de ces qualités relationnelles par désir de préserver et de solidifier les liens vécus positivement. L’éducatrice se doit donc de mettre en place des conditions qui favorisent l’apprentissage par les pairs, d’agir donc en prévention au lieu de se restreindre à seulement réagir aux imitations indésirables.
N’oublions pas que celui qui imite la bêtise de son voisin a besoin d’apprendre à faire ses propres choix, besoin de s’individualiser et d’être fier d’être différent de l’autre et possédant sa propre volonté.
Planifier une activité où les deux enfants auront à travailler à proximité l’un de l’autre, à échanger, à se faire des demandes pour du matériel et enfin à collaborer. Le niveau d’implication conjointe dépend de l’âge des enfants.

Sylvie Bourcier
Intervenante en petite enfance

Quand le grand garçon veut protéger sa maman (séparation)

Je viens de me séparer de mon mari. J’ai deux enfants, une fille de 6 ans et un garçon de 9 ans. Les enfants vivent la garde partagée. Mon garçon a changé depuis que je vis seule avec mes enfants. Il est passé du garçon exubérant, actif, sociable au garçon calme, qui refuse les invitations des copains. Il reste à la maison, refuse d’inviter ses amis, s’assoit près de moi, me prend dans ses bras. « Ne pleure pas maman, moi je suis là. » Qu’est-ce que je peux faire pour l’aider à retrouver ses plaisirs, son entrain

Votre garçon se sent responsable de vous. Il veut soigner votre peine et être sage pour vous ménager des ennuis ou vous éviter de la fatigue. C’est un enfant aimant, sensible et empathique. Mais il prend une charge qu’il n’est de son âge. Il se sent investi d’une responsabilité qui ne lui appartient pas. Je comprends bien votre désir qu’il retrouve son enfance.

Rassurez-le d’abord en lui disant que ce qui s’est passé entre votre mari et vous n’est pas de sa faute. Il s’agit de deux adultes qui ne s’entendent plus et que vous êtes tous les deux heureux d’avoir de si merveilleux enfants. Expliquez que votre peine diminuera avec le temps. Dites-lui que vous avez des amis des parents adultes qui peuvent vous aider dans votre peine de grande personne et que ce n’est pas son rôle. Son rôle est de continuer à être un enfant qui grandit en jouant et en apprenant. Nommez ce que vous avez observé chez lui, les changements qui vous inquiètent, dites-lui que vous êtes fière d’avoir un grand garçon si aimant mais ce qui vous rend heureuse c’est de le voir s’amuser, d’être tout simplement un enfant. Exprimez votre disponibilité par rapport à ses propres émotions.

Dessine-moi… ( ou faire à la place de l’enfant !!!!)

Martin, est éducateur au CPE 3 PETITS TOURS. Depuis quelques semaines, il fait l’accueil du matin. Il console les gros chagrins, rassure le parent inquiet, il installe des coins de jeux qui répondent aux besoins du groupe multiâge. La table à dessin est l’espace très populaire du matin. D’ailleurs, Martin est souvent sollicité par plusieurs enfants pour toutes sortes de commandes. « Peux-tu me dessiner un chien, un bateau, une belle princesse ? « Même le petit Julien 18 mois arrive toujours avec la même demande un GROS…GROS CHIEN…..Martin, passe la période de l’accueil à faire la démonstration de ses talents en dessin. Certains enfants le regardent et disent à Martin : « dessine moi….. »

Cette situation est répandue, mais doit-on répondre à cette demande pour faire plaisir à l’enfant ? ou se faire plaisir ?

Plusieurs raisons motivent l’éducateur (trice) à s’exercer à cette activité. On retrouve par exemple, le plaisir de répondre au besoin de l’enfant, un intérêt personnel pour le dessin, le désir de faire de l’enseignement ou simplement une excuse pour se soustraire d’assurer une présence à tout le groupe d’enfants.

Certes, le rôle de l’éducateur (trice) est bien de répondre aux besoins, de susciter des apprentissages, d’assurer une présence avec le groupe et ce, dans un contexte adapté au développement du jeune enfant. Les talents en dessin de l’adulte peuvent être exploités dans d’autres lieux dans des rapports égalitaires.

Lorsque Martin répond à cette demande, il ne met pas à profit les talents et habilités de l’enfant. Par contre, si c’est l’enfant qui dessine, il exerce la précision de ses gestes par l’autocontrôle de son bras, avant-bras, main et doigts. Il raffine ses mouvements en passant pas la grande motricité vers des gestes plus fins. Ces apprentissages sont des pré-requis pour l’écriture.

Dans l’activité du dessin, je permets à l’enfant de mettre en valeur sa créativité, de lui faire vivre la différence dans sa façon de voir les choses qui l’entourent. Je valorise aussi son sentiment d’identité. Je lui fais prendre conscience de ses capacités. Je reconnais également que pour développer une compétence il faut d’abord la travailler, être encouragé, supporté et surtout trouver une façon de faire qui personnalise qui je suis.

J’ai pu observer que dans de telles situations certains enfants restent inactifs devant une feuille blanche et des crayons. Ils ont appris à attendre, à regarder, à ne faire rien par eux-mêmes. Ils ont atteint un sentiment d’incompétence en se comparant leur production avec celle de Martin. Devant un adulte expérimenté en dessin le défi est trop grand pour un petit apprenti.

Le rôle de Martin est d’amener l’enfant à se développer globalement, de lui faire vivre du succès à sa mesure, dans un contexte de plaisir où l’enfant est au centre de ses apprentissages. Mais comment ne pas décevoir un enfant qui insiste pour qu’on lui dessine un petit chien ??

Martin doit éviter de dessiner devant les enfants. Lorsque l’adulte est concentré à dessiner, il ne peut voir les intentions du petit créateur. Éviter de faire de l’enseignement, l’enfant doit sentir qu’il a le pouvoir de dessiner ce qu’il veut et comme il le veut. Martin doit susciter l’intérêt de l’enfant par des questions ouvertes qui incitent à verbaliser les connaissances qu’il possède. Par exemple, l’enfant demande « Peux-tu me dessiner un chien ? » L’adulte répond « Comment il est le chien? Comment est sa queue ? Les oreilles sont comment ? « L’adulte peut tracer sur une feuille ce que l’enfant lui dit mais avec beaucoup d’hésitation. Il peut alors demander à l’enfant de lui montrer comment il est sonpetit chien. De cette façon, l’adulte guide l’enfant dans son dessin et le petit met dans l’action sa pensée et fait un plus grand apprentissage. Dans un même contexte, il peut être aussi pertinent d’inviter l’enfant à demander à un ami(e) de dessiner pour lui le petit chien. Celui qui rend le service est valorisé dans ses compétences et l’ami(e) qui en fait la demande observe et découvre qu’il est aussi possible de le faire puisqu’un enfant du groupe le fait, le défi est réalisable.

Par contre, lorsque le défi reste difficile pour l’enfant. l’ adulte doit observer des forces dans d’autres domaines enfin de valoriser et encourager la pratique. La présence discrète et chaleureuse donne toute son sens à la relation.

Lorsque Martin prend du temps avec l’enfant, il lui démontre qu’il est assez important à ses yeux pour s’intéresser à lui.