Le jeu coopératif… une belle façon de jouer!

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Marie-Claude est une éducatrice dans le groupe des 4-5 ans. Le groupe démontre de grandes habiletés pour la motricité globale, il déploie beaucoup d’énergie surtout lors des jeux extérieurs. Plusieurs enfants pratiquent, d’ailleurs, des activités sportives les fins de semaine. Par contre, Marie-Claude a constaté qu’il est difficile pour les enfants de son groupe d’accepter les erreurs, que les activités de motricité fine sont très peu populaires et qu’ils utilisent un langage de compétition (je suis le plus rapide, j’ai gagné, je suis le premier, je suis le plus, plus, plus…). Certains enfants cherchent à être constamment les premiers pour exercer une routine (le moment de l’habillage devient toujours une course). Marie-Claude veut amener son groupe à vivre le plaisir d’être ensemble et intégrer des activités où les éléments compétitifs sont limités.

Avant de vouloir tout changer, il est important que Marie-Claude se questionne sur ses propres attitudes avec les enfants. Les couleurs d’un groupe étant souvent le reflet de l’attitude de l’éducatrice. Voici les questions qu’elle doit se poser:

  • Est-ce que comme personne je pratique des sports compétitifs?
  • Est-ce que je favorise des activités où il y a un gagnant et un perdant, une bonne et une mauvaise réponse?
  • Est-ce que j’ai un langage qui favorise la compétition. Par exemple, le premier rendu au vestiaire, tu es le champion, le plus rapide c’est…
  • Est-ce que je valorise plus le produit fini que la participation et le plaisir de jouer ensemble?
  • Est-ce qu’avec le parent je souligne les réussites et les bons coups de son enfant dans un contexte de développement afin de recadrer ses attentes?
  • Est-ce que mes attentes sont réalistes et adaptées pour chacun des enfants?

L’enfant de 4-5 ans manifeste parfois le désir de jouer à des jeux un peu plus compétitifs. Ce désir est souvent influencé par le comportement du parent, d’un frère ou sœur, ou par l’attitude de l’éducatrice. À cet âge l’enfant ne saisit pas tous les enjeux du fait de perdre ou de gagner. Il peut être très déçu de ne pas arriver le premier et se mettre à pleurer ou vouloir pousser l’ami pour avoir la première place. Face à la compétition l’enfant peut développer de l’agressivité envers l’autre, changer les règles pour gagner, jouer avec des enfants plus jeunes pour être certain de réussir. Il peut vivre du découragement devant le défi, ne pas vouloir expérimenter la nouveauté de peur de ne pas être capable ou craindre de ne pas être à la hauteur des attentes de l’adulte. Dans un contexte de compétition, l’éducatrice se voit souvent contrainte d’intervenir dans le jeu pour limiter les frustrations, régler les conflits et parfois même séparer des enfants ayant des comportements agressifs entre eux.

Le jeu coopératif se veut sans gagnant ni perdant. Il permet de développer l’aspect moteur, affectif et surtout les habiletés sociales de l’enfant. Ce type de jeu ne demande pas beaucoup de pratique pour jouer, chacun peut le faire à sa façon et tous y sont gagnants. Il procure du plaisir, une plus grande liberté dans l’exécution des mouvements, détend l’atmosphère lors d’une journée tendue, améliore l’entraide dans le groupe. Il favorise le ici et maintenant au lieu du résultat final d’un jeu. Ce type de jeu élimine les pleurs et les frustrations de ne pas avoir gagné.

L’éducatrice joue un rôle important dans l’implantation du jeu coopératif. Elle doit initier et s’impliquer dans le jeu, être ouverte aux idées des enfants, offrir la possibilité de jouer de différentes façons pour maintenir la motivation et doser les défis selon le groupe d’âge. Usez de créativité lorsque le jeu demande de faire des équipes, évitez de choisir un chef d‘équipe mais allez-y plutôt d’une façon démocratique. Par exemple, distribuez des cartes avec des images différentes et chacun se regroupant avec ceux ayant les mêmes images. Faites des équipes de deux en regroupera tous les enfants au centre, le bras tendu vers l’avant, le pouce levé et les yeux fermés. Vous pincez deux pouces à la fois et ces deux amis feront le jeu ensemble.

Permettez-vous de transformer un jeu compétitif en jeu coopératif au lieu de le faire disparaître de votre programmation. Voici comment: sur du carton, construisez-vous deux jeux de marelle. Dans chacun des espaces, mettre les jeux préférés des enfants : par exemple, la chaise musicale, les trois petits cochons, la tague, etc. Sur l’autre marelle, mettre dans chaque espace, différentes positions du corps soit à genoux, soit à quatre pattes ou sur la pointe des pieds, etc. Dans un premier temps, on lance le dé sur la marelle de jeux et ensuite sur la marelle des positions du corps qui détermine notre façon de jouer. Vous pouvez aussi vous faire une marelle pour le matériel, par exemple pour le jeu de la chaise musicale mettre dans les espaces soit des coussins, des feuilles de papier couleur, du papier à bulles, etc. Ça pourrait donner par exemple, une chaise musicale où lorsque la musique arrête tous les enfants vont se mettre à genoux sur le grand papier à bulles et crèvent des bulles avant que la musique reprenne. Ainsi transformée, la chaise musicale apporte aux enfants d’autres possibilités de s’exercer avec leur corps et permet à chacun de faire à sa façon puisque que l’élément de GAGNER n’y est pas. « Super cool! » Marie-Claude en sait quelque chose; les enfants lui redemandent souvent pour jouer à la chaise musicale sans chaise. Loin d’être un défi pour elle, les jeux compétitifs devenus jeux coopératifs ont rapproché les enfants et les ont initiés à l’entraide.

Vous pouvez aussi présenter de nouveaux jeux à saveur coopérative en vous inspirant du livre LE PLAISIR DE JOUER, JEUX COOPÉRATIFS DE GROUPE. Édition IPAQ 1987 (un peu vieux mais encore très pertinent) de Robert Crevier et Dorothée Bérubé. ISBN 2-920442-16-3.

Comment modérer la compétitivité?

France, éducatrice des 4 ans, se préoccupe de certains comportements dans le groupe. Par exemple, elle a observé que Didier ne veut jamais faire autre chose que le coin blocs. Lorsqu’il se retrouve dans un autre coin, comme le bricolage, il manifeste des «pas capables». Juliette désire toujours être la première dans le train, au lavage de mains, à l’habillage, etc. Elle laisse son jeu entrepris lorsqu’elle voit France se préparer pour un changement de routine. Les jeux moteurs finissent souvent par des pleurs, des bousculades et des déceptions quand certains enfants se voient être le dernier ou perdant dans le jeu. Bref, France voudrait bien réussir à contrer les comportements compétitifs au sein de son groupe.

L’enfant de 4 ans manifeste parfois des comportements compétitifs influencés par son environnement (famille / milieu garde) et son tempérament. À cet âge, l’enfant est à la construction de son identité. Il a une fausse connaissance de ses capacités et ses limites et il est difficile pour lui d’analyser de façon critique les causes et effets de ses actions. Il a besoin d’être reconnu des autres par des expériences qui lui permettront de se découvrir et de se définir dans ses forces. Dans cette quête d’identité, l’adulte devient une personne significative pour aider l’enfant à se réaliser. Le langage, le regard, les images que l’adulte renvoient à Didier, Juliette, Pierre-Luc … prennent toute leur importance dans le développement de son identité.

Selon le contexte familial, le rang qu’il occupe et son tempérament, l’enfant peut ressentir de son parent des attentes. Par exemple, Mathis comprend qu’il est valorisé dans ses prouesses motrices où le jeu compétitif prend toute son importance. D’ailleurs, son père parle de lui comme le meilleur coureur au soccer et veut l’inscrire dans le hockey l’hiver prochain. Il est certain qu’il se fera une place dans l’élite en peu de temps. Afin d’être vu et reconnu de son père, Mathis devra performer dans ce que son parent attend de lui. Le milieu familial de Mathis oriente donc ses choix dans ses jeux et comportements avec les autres enfants du groupe.

L’approche de l’éducatrice teinte également les comportements de l’enfant. En effet, les attitudes et les interventions de France peuvent augmenter la compétition au sein du groupe. Voici quelques pistes de réflexion accompagnées d’exemples qui pourront aider France dans l’analyse de ses attitudes.

  • Est-ce que mon vocabulaire est compétitif? Par exemple, le premier rendu au vestiaire, le plus vite, le meilleur, etc.
  • Est-ce que je valorise les idées des enfants dans les jeux libres? Par exemple, Olivier, je trouve que c’est une bonne idée de faire un garage avec une boîte de souliers.
  • Est-ce que je rassure l’enfant dans ses capacités? Par exemple, tu as des petits doigts agiles pour attacher tes souliers.
  • Est-ce que je lui parle de ses expériences ultérieures? Par exemple, moi je me souviens, que tu avais réussi ce casse-tête nouveau.
  • Est-ce que je lui nomme ses qualités de cœur avec des exemples concrets? Par exemple, c’est généreux Laurence d’aller cherche Julie pour jouer avec toi.
  • Est-ce que je favorise le plaisir du jeu coopératif? Par exemple, le jeu de la chaise musicale de façon coopérative, sans gagnant ni perdant.
  • Est-ce que j’évite les activités où l’enfant doit donner une bonne ou mauvaise réponse? Par exemple, j’évite de faire des exercices de scolarisation.
  • Est-ce que je permets à l’enfant d’avoir des moments d’inaction, de repos? Par exemple, avoir un coin pour relaxer, se reposer, rêvasser, etc.
  • Est-ce que je dédramatise l’erreur en parlant de mes propres erreurs? Par exemple, regarde je viens de jeter mes lunettes dans la poubelle; je me suis trompée, je voulais mettre mon crayon brisé…
  • Est-ce que j’ai, dans mon local, des photos qui démontrent les enfants en action? Par exemple, Marie-Luce qui joue à construire une tour. C’est une belle façon de démontrer à l’enfant ses bons coups.
  • Est-ce que je termine une activité graduellement et procède à l’activité suivante par petit groupe? Par exemple, j’invite Sophie et Sébastien à ranger pour aller s’habiller.
  • Est-ce que j’évite de faire attendre les enfants en ligne? Par exemple, lorsque je fais le train pour les déplacements, les enfants sont placés deux par deux. Il y a donc deux premiers et deux derniers…
  • Est-ce que j’accepte les imperfections des enfants? Par exemple, lors du lavage de mains, j’accepte qu’un enfant ait une manche un peu mouillée, si cela n’est pas une contrainte à ses activités.
  • Est-ce que je souligne aux parents les réussites, les bons coups ainsi que les qualités de cœur de son enfant? Par exemple, je te dis que Sébastien est sensible aux petits, ce matin lors des jeux libres, Sébastien a été consoler Francis qui pleurait.

Les interventions de France auprès de l’enfant peuvent aider le parent dans ses compétences parentales. Son rôle n’est pas d’imposer mais de situer les actions de l’enfant dans un contexte développemental afin de recadrer les attentes du parent et le besoin de l’enfant.

Une belle façon pour France de réaliser que la coopération a bien meilleur goût!