Comment transformer le jeu de la chaise musicale pour le multiâge ?

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Des petits qui gigotent des grands qui se disputent une place des consignes répéter, qu’elle affaire ! Est-ce possible d’adapter ce jeu au besoin de tous ?

Il est bien connu, le jeu de la chaise musicale est composé d’éléments compétitifs puisque le jeu élimine des enfants à mesure qu’une chaise est enlevée. Ce qui ne permet pas à tous de participer du début à la fin du jeu. Lorsque nous sommes avec un groupe en multiâge, il est important de transformer des jeux compétitifs en jeux coopératifs. Pour amener une plus grande liberté dans l’exécution du mouvement selon l’âge de l’enfant, pour éliminer les pleurs d’un enfant qui ne gagne pas, pour améliorer la coopération entre les enfants, pour amener le plaisir entre eux et permettre la participation de tous malgré l’habileté de chacun. Le jeu coopératif c’est d’abord une façon et une attitude différente de voir le jeu, c’est une activité de plaisir où les éléments compétitifs sont limités. En voici un exemple.

Matériel

Il n’est pas souhaitable d’utiliser des chaises pour jouer à la chaise musicale car souvent les chaises sont une source d’accidents pour les plus petits qui ne sont pas encore en parfait équilibre. Utilisez des objets qui demandent beaucoup moins d’organisation tels que:

  • Feuilles de papier de couleur
  • Couverture
  • Feuilles d’automne
  • Papier à bulles
  • Petit tapis
  • Coussins
  • Dessins d’enfant

Objectifs

  • Développe l’aspect moteur, affectif et cognitif de l’enfant
  • Développe les habiletés sociales avec l’ensemble du groupe
  • Développe la tolérance à la proximité physique
  • Valorise l’enfant qui aide le plus petit
  • Limite l’attente
  • Fait participer le plus jeune malgré les différences au niveau des habiletés motrices

Utilisation

Le jeu ne consiste pas à éliminer les joueurs, mais bien de faire participer l’ensemble du groupe multiâge.

  • Fixez au sol autant de feuilles de papier de couleur, feuilles d’automne, petits tapis, coussins ou dessins que le nombre d’enfants (exemple: 6 enfants = 6 feuilles de papier de couleur). Au rythme de la musique, les enfants se déplacent librement dans la pièce. Lorsque la musique arrête, les enfants s’assoient sur une feuille de couleur. À chaque tour, une feuilles est enlevée, l’enfant doit partager sa feuille avec d’autres enfants. Pour terminer, lorsque tous sont assis sur une feuille de papier de couleur, ce qui fait en sorte qu’aucun enfant n’est éliminé du jeu même s’il n’a pas de feuille pour s’asseoir.
  • L’utilisation de la couverture, plus le jeu avance, moins il y a de place sur la couverture. À chaque arrêt de la musique, il y a un bout qui est plié pour limiter l’espace. À la fin, tous se retrouvent sur un petit bout de la couverture, tous bien collés les uns aux autres.
  • Le papier à bulles peut être utilisé comme une forme de défoulement. Lorsque la musique arrête, tous sautent sur le papier pour éliminer le plus de bulles possibles. Lorsque la musique reprend, les enfants se déplacent dans l’espace.

Bonne expérimentation!

Le jeu coopératif… une belle façon de jouer!

Marie-Claude est une éducatrice dans le groupe des 4-5 ans. Le groupe démontre de grandes habiletés pour la motricité globale, il déploie beaucoup d’énergie surtout lors des jeux extérieurs. Plusieurs enfants pratiquent, d’ailleurs, des activités sportives les fins de semaine. Par contre, Marie-Claude a constaté qu’il est difficile pour les enfants de son groupe d’accepter les erreurs, que les activités de motricité fine sont très peu populaires et qu’ils utilisent un langage de compétition (je suis le plus rapide, j’ai gagné, je suis le premier, je suis le plus, plus, plus…). Certains enfants cherchent à être constamment les premiers pour exercer une routine (le moment de l’habillage devient toujours une course). Marie-Claude veut amener son groupe à vivre le plaisir d’être ensemble et intégrer des activités où les éléments compétitifs sont limités.

Avant de vouloir tout changer, il est important que Marie-Claude se questionne sur ses propres attitudes avec les enfants. Les couleurs d’un groupe étant souvent le reflet de l’attitude de l’éducatrice. Voici les questions qu’elle doit se poser:

  • Est-ce que comme personne je pratique des sports compétitifs?
  • Est-ce que je favorise des activités où il y a un gagnant et un perdant, une bonne et une mauvaise réponse?
  • Est-ce que j’ai un langage qui favorise la compétition. Par exemple, le premier rendu au vestiaire, tu es le champion, le plus rapide c’est…
  • Est-ce que je valorise plus le produit fini que la participation et le plaisir de jouer ensemble?
  • Est-ce qu’avec le parent je souligne les réussites et les bons coups de son enfant dans un contexte de développement afin de recadrer ses attentes?
  • Est-ce que mes attentes sont réalistes et adaptées pour chacun des enfants?

L’enfant de 4-5 ans manifeste parfois le désir de jouer à des jeux un peu plus compétitifs. Ce désir est souvent influencé par le comportement du parent, d’un frère ou sœur, ou par l’attitude de l’éducatrice. À cet âge l’enfant ne saisit pas tous les enjeux du fait de perdre ou de gagner. Il peut être très déçu de ne pas arriver le premier et se mettre à pleurer ou vouloir pousser l’ami pour avoir la première place. Face à la compétition l’enfant peut développer de l’agressivité envers l’autre, changer les règles pour gagner, jouer avec des enfants plus jeunes pour être certain de réussir. Il peut vivre du découragement devant le défi, ne pas vouloir expérimenter la nouveauté de peur de ne pas être capable ou craindre de ne pas être à la hauteur des attentes de l’adulte. Dans un contexte de compétition, l’éducatrice se voit souvent contrainte d’intervenir dans le jeu pour limiter les frustrations, régler les conflits et parfois même séparer des enfants ayant des comportements agressifs entre eux.

Le jeu coopératif se veut sans gagnant ni perdant. Il permet de développer l’aspect moteur, affectif et surtout les habiletés sociales de l’enfant. Ce type de jeu ne demande pas beaucoup de pratique pour jouer, chacun peut le faire à sa façon et tous y sont gagnants. Il procure du plaisir, une plus grande liberté dans l’exécution des mouvements, détend l’atmosphère lors d’une journée tendue, améliore l’entraide dans le groupe. Il favorise le ici et maintenant au lieu du résultat final d’un jeu. Ce type de jeu élimine les pleurs et les frustrations de ne pas avoir gagné.

L’éducatrice joue un rôle important dans l’implantation du jeu coopératif. Elle doit initier et s’impliquer dans le jeu, être ouverte aux idées des enfants, offrir la possibilité de jouer de différentes façons pour maintenir la motivation et doser les défis selon le groupe d’âge. Usez de créativité lorsque le jeu demande de faire des équipes, évitez de choisir un chef d‘équipe mais allez-y plutôt d’une façon démocratique. Par exemple, distribuez des cartes avec des images différentes et chacun se regroupant avec ceux ayant les mêmes images. Faites des équipes de deux en regroupera tous les enfants au centre, le bras tendu vers l’avant, le pouce levé et les yeux fermés. Vous pincez deux pouces à la fois et ces deux amis feront le jeu ensemble.

Permettez-vous de transformer un jeu compétitif en jeu coopératif au lieu de le faire disparaître de votre programmation. Voici comment: sur du carton, construisez-vous deux jeux de marelle. Dans chacun des espaces, mettre les jeux préférés des enfants : par exemple, la chaise musicale, les trois petits cochons, la tague, etc. Sur l’autre marelle, mettre dans chaque espace, différentes positions du corps soit à genoux, soit à quatre pattes ou sur la pointe des pieds, etc. Dans un premier temps, on lance le dé sur la marelle de jeux et ensuite sur la marelle des positions du corps qui détermine notre façon de jouer. Vous pouvez aussi vous faire une marelle pour le matériel, par exemple pour le jeu de la chaise musicale mettre dans les espaces soit des coussins, des feuilles de papier couleur, du papier à bulles, etc. Ça pourrait donner par exemple, une chaise musicale où lorsque la musique arrête tous les enfants vont se mettre à genoux sur le grand papier à bulles et crèvent des bulles avant que la musique reprenne. Ainsi transformée, la chaise musicale apporte aux enfants d’autres possibilités de s’exercer avec leur corps et permet à chacun de faire à sa façon puisque que l’élément de GAGNER n’y est pas. « Super cool! » Marie-Claude en sait quelque chose; les enfants lui redemandent souvent pour jouer à la chaise musicale sans chaise. Loin d’être un défi pour elle, les jeux compétitifs devenus jeux coopératifs ont rapproché les enfants et les ont initiés à l’entraide.

Vous pouvez aussi présenter de nouveaux jeux à saveur coopérative en vous inspirant du livre LE PLAISIR DE JOUER, JEUX COOPÉRATIFS DE GROUPE. Édition IPAQ 1987 (un peu vieux mais encore très pertinent) de Robert Crevier et Dorothée Bérubé. ISBN 2-920442-16-3.