Planifier ou non? Comment bien démarrer l’année?

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La planification d’activité en début d’année demeure toujours une préoccupation pour Sylvie. Doit-elle profiter de ce moment pour observer? Doit-elle faire des activités structurées avec les enfants? Doit-elle les laisser vivre des expériences entre eux? Doit-elle planifier oui ou non?

Dans un premier temps, il important pour Sylvie de se centrer sur les besoins de chacun des enfants. L’observation l’aidera à découvrir les intérêts, les goûts et le tempérament de chacun. Elle doit développer une relation significative avant de penser proposer et organiser des activités. Pour que Sylvie puisse planifier dans l’intérêt de son groupe, elle doit être significative pour l’enfant. Ses interventions individuelles auprès de chacun vont lui permettre créer un lien unique avec l’enfant.

S’impliquer dans le jeu spontané, stimuler les échanges avec l’enfant, encourager ses idées, valoriser les contacts entre eux, sont des gestes qui encouragent le développement du sentiment d’identité. Un pré-requis essentiel à un mieux-être personnel et relationnel de l’enfant. Des situations qui demandent peu de planification à Sylvie mais beaucoup de sensibilité et d’ouverture à accueillir chacun des enfants dans leur différence.

La planification de Sylvie doit être davantage dans les routines. La stabilité qu’apportent les routines représente pour l’enfant un moment sécurisant et un lieu d’apprentissage important. Chez le petit par exemple, la maîtrise de certaines habiletés motrices demande d’être soutenue et encouragée. L’utilisation d’objets stimulants, des exercices psychomoteurs peuvent aider dans ce sens. Alors que le petit de 3 ans doit développer sa concentration dans les étapes à suivre pour l’exercice de la routine, des jeux de photos, comptines qui rappellent les étapes sont des moyens à prévoir. Pour le plus grand, concilier son temps de jeu et la pratique des routines soulèvent parfois des frustrations, l’utilisation d’outils sonores, des références visuelles peuvent aider l’enfant à anticiper ce moment.

Afin de permettre à l’enfant de se familiariser avec sa nouvelle éducatrice, le nouveau groupe et pour certain un nouveau milieu, Sylvie doit planifier dans son horaire, du temps individuel et ce chaque jour avec chacun. Certains enfants sont plus demandants, d’autres cherchent plus notre attention ou attirent plus notre regard de par leur tempérament, leur attitude et parfois même par leur apparence physique. Ce temps précieux que vous prenez avec lui, démontre à l’enfant qu’il est important pour vous. Le reste du groupe observe votre geste et anticipe ce doux moment avec vous.

Je compare souvent la planification d’activités à une relation amoureuse, il faut se connaître et se faire reconnaître dans les goûts et intérêts de chacun avant de planifier des projets. En début d’année, il faut tisser des liens avec l’enfant dans des situations spontanées, offrir une stabilité dans les routines et avoir des moments en tête à tête avec chacun. Voilà une planification orientée sur l’être plutôt que sur le faire!

Pour une pouponnière de qualité….double ou simple ?

Josée Lespérance, enseignante TEE 

Avril 2010

www.aveclenfant.com

Dans le cadre de mon travail d’enseignante en techniques d’éducation à l’enfance, j’ai l’occasion de superviser des étudiantes en stage et parfois à la pouponnière. Mes observations dans le groupe 6/18 mois ont suscité chez moi depuis la dernière année une  réflexion sur la réalité du regroupement de 5 ou 10 bébés dans un même local. Mon questionnement  s’oriente au niveau de l’organisation humaine, matérielle et physique. Quelle orientation devons-nous donner au milieu de vie de l’enfant ? Quel type d’organisation matérielle, environnementale et humaine répond le mieux au développement du poupon, à la construction d’un lien sécurisant avec l’éducatrice ? Quelles sont donc les conditions optimales pour satisfaire ses besoins ? Quelles sont les qualités requises de l’adulte responsable du bien-être du bébé ?

 

C’est souvent autour de 8,9 et 10 mois que le petit arrive dans le groupe de la pouponnière. Les parents de l’enfant assurent généralement une sécurité affective dès la naissance. La réponse aux besoins de base du tout-petit lui permet de s’attacher à la personne qui lui prodigue les soins. Peu à peu, ce lien se construit et permet au petit d’explorer, manipuler, faire de nouvelles découvertes et renforcir sa confiance. Cette autonomie ne se fait pas automatiquement, puisqu’elle doit d’abord s’appuyer sur une confiance de base. Ce processus est  comparable à un adulte qui se retrouve seul sans préparation ni anticipation dans un autre pays et ce sans maîtrise de la langue. Pour que le petit puisse s’adapter, il lui faut du temps, de la stabilité dans les liens qu’il tisse avec l’adulte dans l’environnement de la pouponnière. Voici les questions à considérer pour aider au lien d’attachement chez le poupon. Avez-vous une stabilité dans le personnel de la pouponnière ? Votre approche est-elle centrée sur l’enfant ? Avez-vous du temps avec chacun des enfants ? L’intimité est  nécessaire à la création du lien. L’enfant doit sentir que l’adulte lui est totalement dévoué, la disponibilité lui paraitra une garantie. En groupe double, le milieu favorise t-il la continuité dans les liens enfants/ éducatrice (éducatrice attitrée et auxiliaire)? Avez-vous des humeurs stables afin que le bébé sache qu’il sera accueilli totalement quelque soit l’intensité de ses réactions ou les caractéristiques de son tempérament ? Quelles sont les conditions mises en place pour permettre à l’enfant de  reconnaitre les réactions prévisibles de l’adulte et ainsi avoir suffisamment confiance pour explorer et découvrir son environnement ?

Un bébé arrive à la pouponnière entre 8 mois et 18 mois. Certains milieux vont accepter des bébés plus jeunes de façon exceptionnelle afin de répondre aux besoins des parents. Il n’est pas rare de voir un tout petit de 4/5 mois en milieu familial. Notre rôle comme milieu de garde éducatif est d’offrir un service de qualité aux familles québécoises. Qu’en est-il pour le bien-être du tout petit en plein développement !!!  Dans les deux premières années de vie, le bébé se développe à travers ses sens et le mouvement. Il réagit à la voix de ses parents, aux bruits, à ce qu’il touche. Ses sens lui permettent d’explorer le monde qui l’entoure et son corps d’en définir le contour. L’addition de différentes stimulations répétées dans son environnement le conduit  vers une plus grande maîtrise de ses capacités motrices et stimule sa curiosité et son désir de poursuivre son exploration. Son besoin d’espace pour explorer lui fait vivre ses premiers conflits de territoire. Il est donc important à ce stade sensorimoteur de lui laisser le temps de se concentrer sur des phénomènes sans le bousculer dans ses apprentissages sans qu’il soit dérangé par la proximité ou l’intrusion constante de ses pairs. Difficile à 10 ou 15 bébés ! Le soutenir, le réconforter, lui parler favorisent son développement et le sécurisent. L’environnement sonore dans une  pouponnière double influence son développement. La discrimination auditive est essentielle à l’émergence du langage. Les expériences sensorielles interrompues, peuvent-elles nuire à sa concentration? Un environnement sur stimulé par le nombre de personnes qui y circulent (bébés, éducatrices, parents) permet-il à l’éducatrice de s’investir dans les moments privilégiés avec le bébé de favoriser l’intimité ? On ne peut négliger l’impact de ces visites sur le petit insécurisé par la présence des étrangers.

Le travail de l’éducatrice demande une bonne organisation autant en groupe double que simple. Lorsque nous parlons d’organisation du travail, plusieurs éducatrices me disent qu’il est plus agréable de fonctionner en groupe double en pouponnière. Mais regardons ensemble les gains du petit dans ce contexte. Le groupe double  permet une collaboration entre deux éducatrices dans l’exercice de leurs tâches. Est-ce que les enfants ont une éducatrice attitrée ?  Souvent l’enfant appartient à tout le monde et à personne…. Quant est-il de la stabilité dans les horaires de travail ? Est-il réaliste de demander aux petits de s’adapter au temps de pause, aux journées de planification et de congé des éducatrices. Combien de personnes interviennent avec le petit chaque jour 4, 5, 6 personnes. Quelle est l’éducatrice qui communique avec le parent ? Est-ce que je laisse circuler inutilement les membres du personnel dans mon local, en étant consciente du risque de transmission des microbes et de l’insécurité suscitée par la présence d’étrangers durant la période de l’angoisse de séparation ? Est-ce que les ouvertures et les fermetures se font en multiâge avec les bébés ? Est-ce que le poste de la pouponnière est sur 5 jours? Un CPE de Laval a ouvert une pouponnière simple dans son installation déjà existante. Le poste a été offert sur un horaire de 5 jours dans le but d’assurer une stabilité aux bébés. Un milieu de Lanaudière, ayant un permis pour un groupe double a opté pour faire deux groupes de bébés dans deux locaux à proximité l’un de l’autre. Il existe une collaboration entre les éducatrice, ils se partagent le même vestiaire, les jouets, échangent sur leur vécu. Mais chacune des éducatrices a  son groupe pour les moments de routines et les périodes de jeux. Il est certain, que ce type d’organisation demande de la souplesse et de l’ouverture. Certains coûts s’y rattachent également. Par exemple, avoir deux tables à langer, plus de matériel de jeux adaptés aux deux sous-groupes ainsi que des coûts de construction supplémentaires. La directrice de cette installation me dit que tout est possible pour le bien-être de l’enfant, il suffit de savoir s’organiser.

Dans la mise à jour de BRIO, un nouveau fondement a été ajouté  l’attachement. Les moyens pour renforcir ce lien doivent être mis en place dans l’organisation. Nous demandons beaucoup trop aux petits de s’adapter alors que nous sommes le modèle. Je suis toujours surprise de constater parfois que  des bébés sont relocalisés dans un autre groupe par manque de personnel, que des stagiaires se retrouvent en pouponnière en début d’année alors que l’éducatrice a un nouveau groupe,  de voir du personnel prendre leur pause café à la pouponnière sachant très bien que le petit à besoin de calme pour se sentir bien. Pourquoi organiser des sorties ou événements spéciaux avec tous les enfants de l’installation (pommes, cabane à sucre, fête de l’halloween) alors que le petit n’y retrouve aucun plaisir, mais beaucoup d’anxiété. Il est discutable d’instaurer du temps partiel en pouponnière, alors que nous savons que la stabilité est ce qui a de plus important pour la sécurité de l’enfant….

Démontrons donc à nos petits combien nous les estimons en leur procurant un milieu chaleureux, stimulant et surtout des adultes disponibles, à l’écoute de leurs besoins. Cela demande de ces adultes de faire le tri entre ce qui relève de leur désir d’adulte et ce qui s’appuie sur les besoins des enfants et surtout de choisir consciemment et professionnellement la centration au bébé.

Parfois nos attitudes, attentes et nos organisations démontrent que nous aimons l’enfant mais aimons-nous vraiment l’enfance ?