Accueillir un nouvel enfant : l’entrée progressive pour réduire son stress

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Dans les prochaines lignes, je vous invite à réfléchir à l’importance d’une entrée progressive en présence des parents afin de faciliter l’adaptation de l’enfant à son nouveau milieu de garde. Pour ce faire, nous nous référerons au témoignage de Nancy qui accueille des enfants à sa garderie depuis 8 ans.  La collaboration avec les parents, elle y croit.  Voici, ses réflexions.

Je mise sur la collaboration avec les parents dès les premières minutes.

Lors de la première visite des enfants à notre milieu de garde, n’avons-nous pas remarqué qu’en présence de leurs parents ils se sentaient plus confortables dans leur exploration.  Leurs parents étant leur « base de sécurité », c’est avec une certaine assurance qu’ils observent les coins de jeux, qu’ils s’y aventurent et  qu’ils entrent en relation avec nous.  Certains appuyés à leurs parents nous observent, nous esquissent de timides sourires, d’autres plus dégourdis nous questionnent, nous touchent.   D’autres, enfin, acceptent nos bras tendus, tout en gardant un œil sur leurs parents.

Si nous pouvions accéder à leurs pensées à ce moment-là, nous y découvririons le message suivant : « En présence de mes parents, j’ai le goût d’aller vers toi, de te connaître, d’écouter ta voix, d’expérimenter les jeux que tu me proposes.  C’est facile puisque je ne suis pas envahi par les inquiétudes et la peine.  Je me sens également à l’aise de m’approcher des autres enfants, de m’introduire dans leurs jeux comme lorsque je vais au parc en compagnie de ma mère.  Enfin, je trouve ta salle de jeux fabuleuse, j’ai déjà la tête qui déborde de projets.  Laisse-moi venir avec mes parents à quelques reprises et je t’accorderai alors une bonne part de ma confiance. »

Je me souviens de l’arrivée de Samuel qui a tourné au cauchemar.

Le souvenir de la première journée de Samuel à ma garderie restera gravé en ma mémoire à jamais.  Quelques semaines précédant son arrivée, il était venu visiter mon milieu de garde avec ses parents.   Âgé de 4 ans, il était enjoué et curieux.  Pendant que nous discutions, il explorait chaque coin de la salle de jeux avec entrain et entrait en relation avec les autres enfants.   Ma garderie représenterait la première expérience de vie de groupe de Samuel.

Puis arriva sa première journée.  Enthousiasme, il s’est dirigé vers le bac de déguisements.   Constatant que Samuel était totalement absorbé, sa mère décida de s’éclipser en douceur.  Lorsque ce dernier réalisa que sa mère avait quitté les lieux, il ressentit une vive panique.   Il se mit à sangloter et à trembler.  Sa respiration était saccadé et son regard désespéré.  Incapable de le rassurer, j’ai téléphoné à sa mère pour qu’elle vienne le réconforter.

Une fois Samuel consolé et sécurisé, j’ai proposé à sa mère de réaliser une entrée progressive.  Ce que je n’avais jamais osé offrir auparavant,  car la crainte du jugement d’autrui étant trop intense.   Je l’ai convié à rester dans la salle de jeu à un endroit où elle pouvait l’observer discrètement.   Samuel est resté près d’elle au cours de la première heure.  Visiblement, il était encore secoué par les événements.  L’heure qui a suivi fut plus fructueuse du point de vue des explorations.  Peu à peu, il repris confiance et s’intéressa à mon bateau de pirates.  Mère et fils ont quitté ensemble juste avant le dîner.

Puisque la mère était disponible, elle a accompagné son fils pendant quelques jours.  Munie d’un bouquin, elle s’assoyait en retrait.  Nous avons alors planifié, de courtes séparations.   Samuel a participé seul aux activités pour une période d’environ 2 heures, puis 4 heures, et finalement 1 journée.  À chaque départ, sa mère l’embrassait et lui mentionnait qu’elle reviendrait le chercher lorsque l’aiguille de l’horloge toucherait le chiffre désigné.

Personnellement, je me suis promise de ne plus jamais faire vivre un tel stress à un enfant.  Parfois, lors de l’accueil d’un nouvel enfant, en présence des parents, ma vieille crainte du jugement ressurgit.   Je focalise alors mes pensées sur le bien-être de l’enfant et sur les nombreuses retombées positives d’une entrée en douceur pour lui, pour les autres enfants et pour moi-même.  Lorsque le parent n’est pas disponible, j’invite une autre personne significative, telle la grand-mère.

Je me réfère aux étapes du processus d’adaptation.

Les enfants confrontés à la réalité de l’intégration à un nouveau milieu de garde sont amenés à  traverser différentes étapes d’un processus d’adaptation.  En tant qu’éducatrice, j’estime qu’il est essentiel de s’y référer.   Je dispose ainsi de repères pour jauger l’adaptation de l’enfant.  Martin et al. (1992) citent 4 étapes auxquelles correspondent des durées approximatives1 , j’y ai ajouté quelques exemples vécus :

1- La découverte de la nouveauté (3-5 jours)
-Mathis, 3 ans, était très excité lors de ses deux premières journées, l’ennuie l’a gagné à la fin de la semaine.

2- Le choc de la réalité (5-10 jours);
-Jérémie, 11 mois, était étrangement tranquille au cours de sa première journée.  Il explorait très peu.  À sa deuxième journée, il a pleuré toutes les larmes de son corps.  Alexia, 3 ans, refusait de me parler.  Elle était fâchée envers moi.  À ses yeux, c’est moi qui l’éloignais de ses parents.

3- La peur de l’abandon (5-15 jours);
-Juliette, 2 ans, s’assoyait près de l’escalier.  Elle espérait y voir sa mère apparaître.  Julien sanglotait de soulagement au moment où sa mère venait le chercher.  Il semblait lui dire : « Mais, où étais-tu maman? ».

4- L’acceptation (vers la 15e journée).
-Tristan, 2 ans et demi, ne pleurait plus qu’au moment du départ de ses parents lors de sa quatrième semaine à garderie.

Évidemment, les processus d’adaptation sont différents, et ce à l’image des individus.  Il faut donc s’attendre à beaucoup de disparités entre les enfants.  En revanche, j’estime qu’à travers les pleurs et les colères des premières semaines, je possède un repère précieux pour percevoir, chez l’ensemble des enfants, les balbutiements de la création du lien d’attachement.  Je sais, notamment, que ce lien s’enracine lorsque l’enfant se laisse réconforter par mes paroles ou mes gestes d’affection.  Ses pleurs ou sa colère cessent ou diminuent.  Évidemment, dès que je m’éloigne ou  que je le dépose, les émotions l’envahissent et s’expriment à nouveau, haut et fort.  Je ressens alors une grande fierté et je me dis que la partie est presque gagnée car dans mes bras, il a confiance.  Je sais que la patience du jardinier a été récompensée…

Une amie exaspérée m’a dit un jour : « Je suis découragée, si je ne prends pas Olivier dans mes bras, il pleure.  Cet enfant ne s’adapte pas. ».  Elle fut à la fois surprise et soulagée lorsque je lui ai mentionné qu’au contraire, l’enfant s’adaptait très bien et que l’étape la plus importante était franchie.  Il était tout à fait normal qu’Olivier pleure lorsqu’elle s’éloignait de lui.  Le processus d’adaptation suivait son cour.  Elle avait réussit à établir un lien de confiance avec Olivier.  Pour preuve, celui-ci acceptait son réconfort.  Mon amie devait continuer son excellent travail et être patiente.

Linda Gagnon
M.A.  Psychologie
Formatrice et consultante en petite enfance

1 J. MARTIN et al., op.cit., p. 32.

Linda Gagnon
intervenante en petite enfance, consultante et formatrice

Changements de groupe : préparation ou improvisation ?

Sylvie Garceau, TEE et Linda Gagnon, psychologue et formatrice
Juin 2014
www.aveclenfant.com

Chaque année dans nos milieux de garde, les enfants doivent faire preuve d’adaptation lorsqu’ils changent de groupe que ce soit parce que c’est la période officielle de transition (août-septembre) ou encore parce qu’en cours d’année, une place s’est libérée engendrant dans le milieu de garde, une série de transition d’un groupe à l’autre pour plusieurs enfants. Des facteurs, tels l’âge de l’enfant ou son tempérament viendront bien sûr influencer cette intégration. Toutefois, nous croyons que les différents intervenants du milieu de garde peuvent y faire une grande différence. Nous suggérons donc la mise en place de certaines pratiques afin de contribuer à rendre l’accueil de l’enfant et de son parent le plus prévisible et chaleureux possible.

Planifier tôt le choix des groupes

La planification est la clé de la réussite de cette transition. La façon de choisir les groupes dans les services de garde est différente selon les milieux.  Généralement, c’est lors d’une rencontre d’équipe que ce choix est fait. Nous suggérons de réaliser cette étape le plus tôt possible avant l’été. Nous recommandons de faire cette réunion au plus tard au mois de mai. Ainsi, nous pouvons nous assurer que l’éducatrice va connaître son poste futur. Nous proposons également aux gestionnaires d’établir le plus rapidement possible la liste des enfants des différents groupes ainsi que l’organisation des vacances du personnel éducateur. Vous vous demandez pourquoi toute cette préparation? Nous devons préparer l’enfant à cette transition qui sollicite ses capacités d’adaptation et représente un agent important de stress. La création de la relation d’attachement et le processus de détachement ne devraient jamais être banalisés ou pris à la légère.

Jasmin, âgé de 3 ans, a bénéficié grandement de cette stratégie. De tempérament anxieux, son changement de groupe était appréhendé par l’éducatrice et les parents. Dès, le mois de mai, de petites visites ont été planifiées avec Tricia, sa future éducatrice, pendant les périodes de jeux libres et les collations. Peu à peu, le lien s’est établi et Jasmin avait hâte d’aller faire ses coucous journaliers. Pendant les visites de Jasmin, pour sa part, Tricia invitait à se rendre chez l’éducatrice de ce dernier un enfant de son groupe de nature extravertie très heureux qu’on lui offre de la nouveauté.

Une fiche d’accueil à chaque année : une stratégie à enraciner

Dans le contexte du programme éducatif, un des principes est d’établir un partenariat et une collaboration avec le parent. Pour ce faire nous proposons aux éducatrices de construire un questionnaire à l’attention du parent. Ce dernier est remis par l’éducatrice ou par les gestionnaires aux parents dès que l’attribution des enfants est complétée. Le parent devra remplir ce questionnaire comportant des questions concernant son enfant afin que la nouvelle éducatrice puisse mieux le connaître (Note : à la fin du présent texte vous trouverez une liste d’exemples de questions pour construire votre propre questionnaire. Il ne vous reste qu’à « copier-coller » les informations, à vous de personnaliser « votre questionnaire ».).

Nous sommes convaincues que ce questionnaire d’accueil de l’enfant fait une différence marquée lors de la transition. Nous croyons également que cette planification devrait être amorcée avant les vacances estivales du personnel éducateur. Le questionnaire doit être rempli avant que l’enfant arrive dans son nouveau groupe. À la lecture de ce dernier, l’éducatrice communique par téléphone avec le parent afin de valider les informations du questionnaire d’accueil et démontrer son intérêt envers l’arrivée prochaine de son enfant.

L’entretien téléphonique est un pas très important dans l’établissement d’une relation de confiance entre elle et le parent. L’éducatrice pourrait réserver certaines questions pour l’échange téléphonique. La direction pour sa part doit s’assurer de libérer l’éducatrice pour la période des entretiens téléphoniques. Elle enverra une lettre à tous les parents pour mentionner qu’au cours des prochains jours, la tâche de compléter les agendas sera suspendue pour réaliser cet important mandat. Évidemment, ce service sera maintenu pour les enfants nécessitant des suivis particuliers.

L’éducatrice annoncera également le moment où l’enfant quittera son ancienne éducatrice et le moment où elle débutera l’accueil de ce dernier. Nous suggérons également au personnel éducateur de parler avec les enfants du changement de groupe à venir en effectuant la visite du futur local et en présentant à l’enfant sa nouvelle éducatrice.

Quant à l’éducatrice nous croyons qu’elle doit remettre en même temps que le questionnaire une fiche de présentation avec sa photo, son nom et une courte description. Par exemple, elle nommera ce qu’elle aime faire avec les enfants (bricoler, se déguiser, jouer à  l’extérieur…). Elle peut aussi décrire ses  valeurs  ou dire ce qu’elle désire transmettre à son groupe d’enfant. Elle devrait joindre un calendrier indiquant la date à laquelle l’enfant sera dans son nouveau groupe. Tout ceci dans le but de préparer l’enfant et de favoriser l’implication du parent dans le processus du changement de groupe. Une procédure adéquate et bien établie au sein d’une équipe peut rendre cette période moins lourde et angoissante tant pour l’enfant, le parent, et l’éducatrice. Prévoir du temps pour planifier ces changements est un gage d’une bonne qualité des services.

Au CPE, Alexis, 3 ans ½, attendait avec impatience le retour de Lise, son éducatrice, en vacances depuis 2 semaines à la mi-août. Croyant bien faire, le CPE avait planifié, le changement de groupe pour la première journée de son retour. Lise accueilli les nouveaux enfants, Alexis fut reçu dans un autre groupe tandis que  deux  de ses camarades qu’il appréciait furent dirigés vers un autre groupe. Alexis était en état de choc, il ne comprenait rien à tous ces changements pour lesquels il n’avait pas été préparé. Il croyait sauter dans les bras de son éducatrice et enfin retrouver sa « vraie vie de groupe », car bien que gentille, l’éducatrice qui effectuait les remplacements de vacances, ne possédait pas le même lien d’attachement avec lui. Alexis pleurait, faisait de crises, était déprimé, il n’arrivait pas à s’adapter. Pour Lise, plus jamais, d’improvisation de la sorte. Elle fut bouleversée par la peine et la détresse d’Alexis et se questionna sur les émotions ressenties par les autres enfants de nature un peu moins démonstrative.

Les changements en cours d’année : qu’en est-il?

Ces changements sont souvent difficiles voire impossible à planifier. Ils peuvent être causés par un déménagement subi, une séparation, une maladie ou autres évènements de vie.  Les éducatrices disposent alors d’une faible marge de manœuvre pour effectuer la transition. Ce n’est pas le critère de l’âge de l’enfant qui devrait guider le choix de l’enfant qui vivra la transition mais plutôt ses capacités d’adaptation.  De plus, les mesures citées plus haut devraient être mises en place : questionnaire, entretien téléphonique, visites ponctuelles.

En avril, Julie devait accueillir un nouvel enfant. Pour ce faire, il lui fallait transférer un enfant à sa collègue. Elle décida de ne pas désigner Miriam, bien qu’elle soit la plus âgée du groupe. En analysant, tous les changements auxquels Miriam serait confrontée, il était clair que ceux-ci représentaient trop de défis pour son tempérament inhibé. Myriam aurait été transférée dans le groupe d’Hélène jusqu’à la période des vacances. Par la suite, elle aurait vécu les remplacements de vacances, puis aurait été accueillie avec Maryline en septembre. Son choix, s’arrêta sur Élodie, grande exploratrice de nature, qui pour sa part fut enchantée d’aller explorer de nouvelles contrées. Julie planifia avec la future éducatrice de Miriam de courtes visites pour développer peu à peu le lien d’attachement.

Le rôle du parent

À la maison, le parent, ayant en main les informations sur la future éducatrice de son enfant et sur la date où son enfant sera accueilli par cette dernière, est invité à construire un petit calendrier où il peut aider son enfant à compter les dodos. Combien de temps à l’avance doit-il informer son enfant?  Cela dépend de son tempérament. Toutefois, un calendrier qui cible les deux semaines qui précèdent le changement pourrait s’avérer judicieux. Trop longtemps à l’avance peut devenir anxiogène. En connaissant la journée officielle de son changement de groupe, cela lui permet, avec le soutien de son parent, de préparer une petite carte pour dire aurevoir à son éducatrice. Une façon concrète de s’approprier son départ et son arrivée au sein de son nouveau groupe.

Si dans le CPE de votre enfant, il n’y a pas de questionnaires ou d’entretiens téléphoniques de planifiés, demandez à la direction d’obtenir un entretien téléphonique ou de rencontrer la nouvelle éducatrice de votre enfant quelques minutes. Remettez-lui les informations que vous aimeriez lui transmettre. Vous pouvez vous inspirer des questions ci-dessous.

Suggestions de questions à inclure dans le questionnaire d’accueil:

Activités, intérêts, routine

-Les activités qu’il aime, ses jeux et jouets favoris.

-Ses personnages et ses émissions préférés, ses livres d’histoire ou chansons préférés.

-Est-il attaché à des objets : couverture, toutou, suce.

 

Tempérament, réactions

-Décrivez son tempérament, ses qualités

-Ce qui le fait rire, ce qui le fait pleurer. Comment apaisez-vous ses peurs? Ce qui le rend triste.

-Comment le consolez-vous consoler?  Ce qui l’impatiente, le met en colère. Comment le calmez-vous lorsqu’il est en colère?

-Ce qu’il déteste

-Quels sont les activités que vous aimez faire ensemble?

-A-t-il un surnom?

-Ses goûts et ses besoins alimentaires, ses habitudes de sommeil, son rituel de dodo;

-Est-ce qu’il prononce des mots, aime-t-il parler?

 

Apprentissages : succès et défis

-Est-ce que l’enfant est dans une période d’apprentissage particulière (ex. : apprentissage à la propreté; utilisation des ustensiles)?

-Ses réussites (nouvelles habiletés maîtrisées) au cours des dernières semaines.

-Les défis à relever au cours des dernières semaines, (ex. : il doit se pratiquer à faire des belles demandes, à enfiler ses vêtements seuls, etc.)

-Quelles sont les choses dangereuses qu’il est porté à faire?

-Quel est son état de santé  (dents qui percent, otites, etc.)

 

Ma vie avant la garderie

-Comment se déroule une journée à la maison?

-Ses expériences de garde passées.

-A-t-il l’habitude de jouer seul ou avec d’autres enfants?

-Présentation de sa famille (parent, frère sœur)

-Les personnes importantes pour lui et les activités qu’il réalise avec elles (grands-parents, voisins, ami(e)s)

-Photos de sa famille, des personnes qu’il aime, de son animal domestique.

-Est-ce que des changements majeurs sont survenus dans sa vie ou dans celle de sa famille ces derniers temps?

 

Changements

-Quels sont les évènements qui ont influencé ou peuvent influencer l’humeur ou le comportement de votre enfant? (naissance, séparation, décès, départ ou absence d’une personne significative, etc.)