Un beau bricolage pour le sac à dos…

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Un beau bricolage pour le sac à dos…
(les attentes des parents face au produit fini de leur enfant)

En fin d’après- midi, la maman de Jade vient la chercher chez Carole. Comme à chaque jour la maman s’intéresse à ce que sa petite fille de 3 ans a fait durant la journée. La responsable de garde explique à la mère que l’atelier d’aujourd’hui consistait à reproduire un bonhomme de neige en plaçant les yeux, le nez et la bouche dans le premier rond du bonhomme . Par la suite, elle devait mettre trois boutons un en dessous de l’autre dans le deuxième rond. Comme Jade a bien suivi les consignes, elle a eu le temps de compléter son bonhomme de neige avec de la ouate. Carole informe la maman qu’elle a dû aider Jade pour mettre les yeux, le nez et la bouche à la bonne place. La maman de Jade regarde les bonhommes de neige que Carole a affichés au mur. Elle demande à sa fille d’apporter à la maison son beau bricolage pour le montrer à son papa. Jade répond «je veux pas l’apporter, c’est même pas moi qui l’a fait»!!!! Un peu déçue de la réaction de sa fille, la maman décroche le bricolage et le dépose dans le sac à dos ….
Trop souvent dans ma pratique, j’ai vu ce genre de situation où le parent négocie avec son enfant le désir d’apporter le produit fini à la maison. La responsable s’oblige à ce que l’enfant apporte des bricolages à la maison pour signifier aux parents ce que son enfant fait au service de garde durant son absence. Ce qui donne souvent lieu à un bricolage tellement bien «fini» qu’il est presque impossible de croire que c’est un enfant de 3 ans qui en est l’auteur. Ou encore, les bricolages sont tous pareils, il est difficile pour l’enfant de reconnaître le sien.

Pourquoi attacher autant d’importance à ce que son enfant fait en terme de produit fini? J’ai posé la question à quelques parents, voici le résumé des réponses.

  • Cela me rassure de constater que malgré mon absence mon enfant apprend. Mon retour au travail ne le pénalise pas.
  • Il est sécurisant de voir son enfant capable de tenir un crayon, découper, écrire son nom. Ce sont des pré-requis essentiels pour l’école.
  • Je suis capable de voir les capacités de mon enfant par ce qu’il fait dans son milieu de garde.
  • Comme mon enfant ne me dit pas tout ce qui a fait durant la journée, le produit fini me permet de voir concrètement ses actions.
  • Voir ce que mon enfant fait avec son éducatrice me permet de poursuivre à la maison. Parfois même de lui montrer des choses différentes, afin de lui faire faire des apprentissages.

Il est certain qu’ être parent amène un lot d’inquiétudes, nous voulons tous lui éviter des difficultés dans ses apprentissages, nous avons le souci qu’il soit capable d’apprendre comme tous les autres enfants. Quoi de plus sécurisant de voir son enfant aimer faire du bricolage, découper, écrire son nom sur son dessin. Pour répondre à son inquiétude, le parent peut demander ou même exiger de la responsable de faire avec son enfant des activités un peu plus scolarisantes afin qu’il soit prêt pour l’école.

L’éducatrice a la responsabilité de stimuler, développer, faire vivre des expériences nouvelles à l’enfant. Entre 0-5 ans l’enfant n’a pas acquis les habiletés nécessaires pour faire des apprentissages scolaires. Le service de garde doit développer ces acquis par le jeu. Par exemple lorsque la responsable demande aux enfants de ranger, il doit classer, associer et différencier des objets, elle fournit à l’enfant l’occasion de faire des pré –mathématiques. Au même titre que lorsque le matériel est identifié sur les bacs par un dessin suivi du mot, elle permet à l’enfant de faire de la pré-lecture. Ces pré-requis sont nécessaires pour faire des apprentissages scolaires. L’enfant doit avoir atteint une maturité au niveau neurologique, c’est ce qui va lui permettre d’être dans sa période critique pour apprendre à marcher, découper, dessiner etc. Avant cette période, l’énergie déployée pour faire faire des apprentissages scolarisants est peu efficace et peut s’avérer inutile. Lorsque que l’enfant est dans sa période critique il s’exerce par lui même, il va demander par exemple,«c’est la lettre comme dans mon nom»?, «peux-tu m’écrire mon nom», il va compter combien il a d’amis dans le groupe, l’enfant va se pratiquer à découper etc. C’est alors que l’apprentissage se fait dans un minimum de temps et d’efficacité. Le rôle de l’éducatrice est d’offrir à l’enfant de vivre différentes expériences, mettre à sa disposition du matériel riche d’exploration, organiser le milieu physique pour stimuler l’intérêt de l’enfant à différents apprentissages et observer chacun des enfants dans leur développement afin de leur offrir du support plus individualisé. Le respect du rythme de l’enfant permettra de faire des apprentissages mieux adaptés à ses besoins.

Le parent doit être informé des apprentissages de son enfant dans chacune des expériences qu’il vit au service de garde. Dans ce sens, la responsable peut parler des expériences-clés que l’enfant développe dans ses jeux ou activités prévues. Par exemple, lorsque l’enfant joue dans le sable il apprend :

  • À explorer une matière.
  • À comparer des quantités en manipulant des chaudières vides et pleines.
  • À remplir et vider des contenants de différentes grosseurs. Il intègre les notions de léger/lourd, vide/plein, humide/sec, égal/différent, petit/grand, plus/moins, à côté/dedans/dessous/dessus.
  • À utiliser des objets pour en imiter d’autres, la chaudière remplie de sable peut servir de gâteau de fête pour une éducatrice.
  • À faire le choix des objets qu’il lui sont nécessaires pour jouer dans le sable.
  • À organiser son espace de jeu.
  • À exprimer ses idées avec d’autres enfants.

Il a développé en jouant dans le sable des habiletés mathématiques, sociales, spatiales et affectives. Ses expériences s’additionnent à celles déjà en place et développent chez l’enfant des bases nécessaires pour son entrée à l’école.

Devant les exigences des parents il parfois important de mettre en place des outils qui leurs permettront de mieux comprendre les acquis de leur enfant. Pour ce faire la responsable de garde peut développer des expériences- clés que l’enfant vit au quotidien, c’est- à – dire dans les routines, jeux libres et ateliers. Elle peut également prévoir de nouvelles expériences clés dans le cadre de ses activités prévues.

En après midi la maman de Jade vient chercher sa fille. Elle s’arrête devant le tableau des expériences- clés pour connaître ce que Jade a vécu aujourd’hui . Elle constate des apprentissages en terme d’autonomie, de motricité fine, de socialisation, d’exploration de différentes formes, grandeurs, couleurs et textures.

La maman trouve que sa fille apprend beaucoup chez Carole. Elle comprend qu’un sac à dos rempli d’expériences- clés représente tout un bagage pour l’avenir…. Elle en est maintenant certaine et fait confiance à son enfant. La curiosité intellectuelle mariée au plaisir développé chez Jade restera toujours un fondement de la motivation d’apprendre.
Dans le but de supporter les responsables de garde dans l’appropriation des expériences-clés, Céline Perreault enseignante en techniques d’éducation en service de garde au Cégep Régional de Lanaudière à L’Assomption donne des formations pour l’utilisation des expériences-clés auprès de groupe multiâge.
Pour la contacter pierreetceline@videotron.ca
Vous pouvez trouver la nomenclature des expériences-clés dans le tome 1 Jouer c’est magique, programme favorisant le développement global des enfants, Publication du Québec, gouvernement du Québec, 1998, 158 pages.